Lumière 2014, jour 1 – Garçon, des films !

ECRANS | "Mado" et "Garçon !" de Claude Sautet. "La Femme aux cigarettes" de Jean Negulesco.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Inutile de parler ici de la cérémonie d'ouverture, qu'on a séchée comme toutes les années — la Halle Tony Garnier, pour le cinéma, ce n'est simplement pas possible — mais le festival Lumière a pris l'heureuse initiative de commencer dès le lundi matin ses projections, ce qui fait qu'au moment d'aller se coucher, on avait déjà trois films au compteur — notre rythme de croisière prévu pendant une semaine.

Avant de causer desdits films, deux remarques liminaires : d'abord, la moyenne d'âge carrément élevée à toutes les séances. On ne fera pas l'injure au festival en disant qu'il a réussi à transformer ce que beaucoup considère comme du "vieux cinéma" en cinéma pour vieux, mais tout de même… On n'avait pas eu ce sentiment les années précédentes, en tout cas, pas de façon aussi systématique. Est-ce à dire que, pour les séances du matin et de l'après-midi, seuls les retraités peuvent se rendre au cinéma ? Ce serait logique, mais l'absence de jeunes cinéphiles dans les rangs — à quelques exceptions près, quasiment toutes connues de nos services — est tout de même un peu flippante.

Deuxième remarque : les présentations. On a eu droit hier au laïus introductif de Nicole Garcia avant Garçon ! et à celui de Pierre Rissient avant La Femme aux cigarettes. Dans les deux cas, il était frappant de constater à quel point ils n'avaient manifestement pas envie de parler des films qu'ils présentaient… Garcia a préféré évoquer l'apport du script doctor Sautet à deux de ses scénarios — Le Fils préféré et Place Vendôme ; Rissient a balayé une partie de la carrière d'Ida Lupino actrice, évoquant l'autre film programmé au festival — dont on reparlera en fin de semaine — et d'autres absents de la sélection, mais pas celui de Negulesco, dont il s'est contenté de dire qu'il n'était pas le médiocre cinéaste qu'on a souvent décrit.

Restons donc sur La Femme aux cigarettes. Une fois le film vu, on se dit : 1) que Rissient n'en a presque pas parlé car il n'y avait effectivement pas grand chose à en dire ; 2) que Negulesco est bien un cinéaste de seconde zone, un faiseur plus doué pour la technique que pour la mise en scène. Autrement dit, La Femme aux cigarettes, mélodrame criminel bateau et impersonnel, est totalement loupable, puisqu'on y trouve guère de remarquable que la prestation de Lupino, qui sait rendre saignantes les quelques répliques bien senties qu'on lui offre en début de film, des gros plans sur un Richard Widmark totalement possédé et une très belle forêt de studio dans le dernier quart d'heure, superbement éclairée et joliment nimbée de brume. Le reste est au-delà du prévisible, parfois d'un ennui absolu, et le fait que Negulesco n'ait même pas eu l'envie de creuser ce drôle de ménage à trois dans ses soubassements sexuels montre qu'en plus de ne pas être très doué, il était manifestement d'un conformisme total.

Quant à Garçon ! on comprend aussi l'embarras de Nicole Garcia face au film une fois celui-ci vu. Résumons son intervention : son rapport d'actrice à Sautet ? Elle n'était pas vraiment son type, il cherchait une nouvelle Romy Schneider et il la trouvera en la personne d'Emmanuelle Béart. Montand ? Il traversait une phase difficile sur le plan personnel, et ses tergiversations ont longtemps décalé le tournage, lui estimant que son rôle n'était pas assez politisé par rapport à ses prises de position publiques. La place des femmes dans Garçon ! ? Lointaine, Sautet s'intéressant surtout au trio masculin et à l'ambiance de la brasserie dans laquelle ils travaillent. C'est diplomatiquement présenté, et Sautet est nettement plus franc dans ses Conversations avec Michel Boujut, soulignant en effet à quel point Montand avait joué sa diva, refusant de partager la vedette avec Jacques Villeret… Sans parler des rapports difficiles avec la production qui ont conduit à plusieurs montages différents du film.

Tout ça explique l'échec critique et public du film à sa sortie, mais aussi sa faiblesse évidente dans l'œuvre de Sautet. Garçon ! est franchement raté, et seules les quinze premières minutes, où le cinéaste orchestre un ballet virtuose et burlesque entre la salle et les cuisines de ce restaurant typiquement parisien, sont vraiment convaincantes. Non seulement Montand est beaucoup trop vieux pour le rôle, mais il est dans sa phase de cabotinage amorcée avec Tout feu tout flamme de Rappeneau. Il y a quelque chose d'un peu pathétique à le voir draguer des filles très très jeunes — comme la belle Dominique Laffin, disparue prématurément deux ans après le tournage à 33 ans — ou à déployer une énergie considérable pour construire une sorte de grande kermesse un peu minable du côté de Noirmoutier. Les intrigues sentimentales sont assez vaines, comme si Sautet caricaturait son propre cinéma en le réduisant à un vague téléfilm pour milieu d'après-midi. Même ses figures de style bien connues se transforment en scories — la pluie à la fin — et son adresse scénaristique fait figure ici de mécanique poussive — les vignettes sur les clients récurrents de la brasserie. Bref, l'anonymat dans lequel le film est tombé — pas d'édition DVD française, peu de diffusion télé — n'est, comme souvent, pas un hasard, et on déconseille évidemment à ceux qui ne connaissent pas le cinéma de Sautet de commencer par là…

Tout comme, mais pour des raisons diamétralement opposées, on leur demandera de regarder Mado une fois digérées des œuvres plus emblématiques de son cinéma comme Les Choses de la vie, César et Rosalie ou Vincent, François, Paul et les autres. Car Sautet y prend beaucoup de contrepieds avec ses habitudes de cinéaste : à commencer par cette introduction où, dans une voiture sillonnant la campagne, deux personnages discutent de la crise, du chômage et de la difficulté de vivre à Paris, loin de la petite-bourgeoisie que Sautet aimait peindre. La conversation continue avec d'autres comparses dans un café, et se termine par l'évocation de Mado, elle aussi en proie à des problèmes financiers, et qui a trouvé une solution pour travailler de nouveau. Elle se prostitue, et c'est dans le lit de Simon / Michel Piccoli qu'on la découvre, pour une scène d'amour superbement filmée. S'ensuit un dialogue où, avec son art de l'évocation, Sautet fait comprendre que Simon est un nanti, qui s'est enrichi grâce au marché immobilier. Ce parvenu se retrouve au cœur d'un scandale financier qui pousse son associé au suicide et sa société au bord de la faillite. Décidé à se venger des escrocs qui l'ont mis sur la paille, il va tendre un piège pour faire tomber ses ennemis.

Mado, par sa structure chorale, sa manière de jongler entre la chronique de mœurs et le polar, évoque certains films de Robert Altman — dont Sautet était un grand admirateur. Les digressions dans le récit, la multiplication des seconds rôles — formidables, comme ceux tenus par François Perrier, Charles Denner ou Michel Aumont — et l'apparente nonchalance dans la conduite de l'intrigue — pas toujours très claire, surtout au cœur du film — en font un drôle d'objet, à la fois daté et curieusement contemporain. Sautet sait tellement situer socialement l'environnement de ses œuvres que l'on ne peut s'empêcher d'effectuer des comparaisons avec notre France d'aujourd'hui, pour mieux constater à quel point les choses ont peu changé, si elles ne se sont pas encore dégradées. La crise, donc, mais aussi le fossé infranchissable ente classes populaires, classes moyennes et parvenus ou encore la corruption affairiste, autant de sujets toujours tristement d'actualité…

Cela étant, dans sa dernière partie, extraordinaire, Sautet propose une utopie là encore très originale au sein de son cinéma. Alors que tous les personnages sont enfin réunis pour aller visiter la parcelle de terrain que vient d'acquérir Simon et qui va lui permettre de faire redémarrer son affaire, les voilà qui se retrouvent embourbés sous la pluie, improvisant un feu de camp de fortune en attendant des secours. Les classes se mélangent, la joie prend le dessus, même si la mélancolie n'est jamais très loin. Alors que Simon ne rêve que de reconquérir le cœur de Mado, celle-ci se rapproche du personnage incarné par Jacques Dutronc, modeste comptable dont l'abnégation et la fidélité lui servent de refuge face aux désirs possessifs et destructeurs des hommes qui l'entourent.

C'est surtout un instant de grande liberté dans le récit, proche de la fin de Maine Océan de Jacques Rozier, comme si l'énergie longtemps contenue se déversait par tous les pores du film en un élan vital qui fait tout péter : les barrières sociales, les différences de génération, mais aussi la durée ou le cadre. Un moment tout à fait à part dans le cinéma de Sautet, donc particulièrement précieux.

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Un enfant à la mère : "Sous les étoiles de Paris" de Claus Drexel

Comédie dramatique | Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Un enfant à la mère :

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine voit surgir le petit Suli, un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares — le seul ? — films où les deux sœurs Frot se donnent la réplique.

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Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

Sous les étoiles de Paris | Après le visionnaire "America", Claus Drexel revient à la fiction à la demande de Catherine Frot pour un étrange buddy movie entre une clocharde et un petit migrant dans le décor somptueux de Paris. Un projet venu tout droit d’un autre documentaire, "Au bord du monde"…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

C’est par un documentaire, Au bord du monde (2013), que vous êtes arrivé à Sous les étoiles de Paris… Claus Drexel : Oui, mais je faisais déjà de la fiction avant. J’ai plutôt fait un virage vers le documentaire sans jamais avoir envie d’arrêter la fiction. Ce qui s’est passé à l’époque de Au bord du monde, c’est que je voyais des reportages sur les gens de la rue où ces personnes ne s’exprimaient jamais parce qu’on interviewait les associations — qui font un travail formidable. J’avais l’impression de vivre dans une ville avec des personnes que je ne connaissais pas, dont je ne savais rien. J’ai eu envie de les rencontrer, en tant qu’individu. C’est un peu par hasard qu’est venue ensuite l’idée de tirer un documentaire de ces rencontres, Au bord du monde, et finalement j’ai adoré ça. Ce film a changé mon regard sur le monde à plusieurs niveaux. Car j’ai adoré le concept de documentaire et j’ai eu envie de continuer à en faire, sans perdre l’envie de faire de la fiction qui était ma voie d’origine. Alors, quand Catherine Frot m’a contacté après avoir vu

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Gigi, l'espiègle petite sœur

Bar | La Madone, bar de la rue des Capucins, accueille une petite sœur là-haut sur le plateau : ambiance guinguette !

Adrien Simon | Mercredi 14 octobre 2020

Gigi, l'espiègle petite sœur

Les pentes connaissaient La Madone, débordant bruyamment sur la place de la scientologie. Ses tenanciers, Romain Tamayo et Guillaume Monet, les fondateurs du label Hard Fist étendent leurs affaires sur le boulevard. Épaulés par Isa Favotte (ex Lavoir Public), ici cuisinière. Ce Gigi tape dans l’œil comme sa grande sœur — préférant le rose princesse au bleu roi (façade bonbon et bar en marbre). Et soigne son extérieur, avec sa terrasse au cul des camions, les chansons des gens du marché en bande-son, lampions de guinguette, serviettes vichy et auvent à braies vertes. Le coin plus calme est en bas d’une volée de 7 marches — le nom du bar dont il prend la place, institution pour premiers baisers, premières pintes, premier chichon aussi disait la police. À la carte les pressions de la Brasserie Georges (dont la Gigi à 2, 8

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The Black Madonna : « créer un environnement dans lequel les gens peuvent ressentir l'espoir »

House | Quelques mois après son passage à Nuits sonores, Marea Stamper, aka The Black Madonna, est de retour à Lyon le 29 novembre pour une soirée d'anthologie au Sucre. Ce sera dans le cadre d'une tournée visant à recueillir des fonds et à sensibiliser autour de la cause des réfugiés LGBT+. Entretien.

Gabriel Cnudde | Mercredi 27 novembre 2019

The Black Madonna : « créer un environnement dans lequel les gens peuvent ressentir l'espoir »

Tu tournes actuellement en Europe en partenariat avec l'association Help Refugees. Peux-tu nous expliquer l'origine de cette collaboration et de cette tournée We Still Believe – Choose Love ? The Black Madonna : Ça a commencé de manière très simple. J'adorais l'association et ses t-shirts. J'ai acheté plusieurs Choose Love que je portais en tournée. C'était une des nombreuses associations que j'appréciais et que je voulais aider. Une grande partie de l'association est basée à Londres. On nous a présenté. À côté, je parlais avec une amie à moi, Diana Arce, membre du collectif Black Lives Matter à Berlin, sur ce qu'on pouvait faire pour les réfugiés queer. J'ai des amies, un couple de lesbiennes, qui sont en train de demander l'asile. Elles ont beaucoup de mal, parce que c'est très différent des démarches pour les couples hétéro. Alors, on se demandait avec Diana comment aider les queers demandeurs d'asile du monde entier. C'est une question que mon équipe et moi-même on a fini par poser à Help Refugees. On voulait travailler avec eux, alors on a demandé : « hey, vous faites quelque chose en particulier pour

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The Black Madonna, icône en terre sainte

Clubbing | Habituée à faire transpirer Chicago, Londres ou New York, The Black Madonna n'a jamais caché son amour pour Lyon. Ce vendredi soir, au Sucre, elle risque bien de clamer à nouveau son attachement à la capitale des Gaules et à ses danseurs nocturnes.

Gabriel Cnudde | Mardi 26 novembre 2019

The Black Madonna, icône en terre sainte

Si la Vierge est à Lyon gardienne et qu'elle exauce les vœux de ses protégés, elle n'a jamais encore fait danser les Lyonnais après minuit. Fort heureusement, elle est suppléée, depuis 2014, par une Vierge noire, icône des soirées dansantes rhodaniennes qui vient régulièrement prêcher la bonne parole de la house sur les bords de Saône. Ce vendredi 29 novembre, The Black Madonna sera encore au centre du tableau, derrière ses platines, pour son "We Still Believe – Choose Love tour". L'occasion pour elle de revenir à Lyon, ville chère à son cœur. « J'aime tellement Lyon. C'est un de mes endroits préférés au monde. J'ai des amis très chers ici. C'est un endroit très spécial, une ville dans laquelle j'ai vécu certaines de mes expériences musicales les plus incroyables. J'ai vraiment hâte d'y revenir », explique-t-elle à quelques heures d'un set à Glasgow. Un amour qui a habité tous ses passages ici, du premier au Sucre, en décembre 2014, jusqu'au dernier, à Nuits sonores 2019. Nul doute que son nouveau passage sur le rooftop le plus connu de la ville sacralisera encore un peu plus celle qui vient défendre les opprimés LGBT+ et défendre un message d

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Eau-delà : "Atlantique", premier film pour Mati Diop

Drame | Dakar, de nos jours. Lassés de travailler sans être payés, les ouvriers d’un chantier décident de quitter le pays dans une embarcation de fortune qui chavire en mer. Mais leurs esprits reviennent posséder les vivants et réclamer justice pour les vies qui leur ont été volées…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Eau-delà :

La vie actuelle est-elle à ce point si désespérante qu’il faille se résigner à recourir à des extensions post mortem pour pouvoir la vivre pleinement ? C’est un peu le sentiment que l’on éprouve face à la déferlante de films de zombies, revenants et autres fantômes dont nos écrans sont les réceptacles depuis quelques semaines. Ces non-morts à qui la paix du repos a été refusée viennent hanter les vivants comme des incarnations — souvent désincarnées — de leur mauvaise conscience, dans un mouvement de balancier moral très judéo-chrétien. Amalgamant une situation sociale et géopolitique (le drame des réfugiés économiques) à une structure fantastique, Atlantique est représentatif de cette tendance. Et s’il parle d’une histoire d’amour interrompue entre Ada et Suleiman avant que d’avoir été consommée, il y est surtout question de possessions : celle du promoteur voyou qui ne paie pas ses employés ou du riche mari d’Ada, celle de ces corps hantés la nuit par les esprits des défunts ; celle d’Ada, enfin, revendiquée par deux amants. Tous les éléments sont présents pour faire symbole, mais il manque à ce conte un

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La Madone, chic et décontractée

Bar | La Madone semble jouer un match à trois France-Italie-Espagne dans une ambiance festive avec des produits de qualité.

Sarah Fouassier | Mardi 26 juin 2018

La Madone, chic et décontractée

En cette place des Capucins, vous ne trouverez nulle statue mariale aux bras tendus veillant sur vous, mais une nouvelle chapelle où vous recueillir et confesser votre soudaine soif de prosecco. La Madone, bar qui emprunte ses codes à la restauration méditerranéenne et à la brasserie parisienne avec ses chaises de bistrot en rotin et une volonté d’être ouvert à la rentrée prochaine dès 8 heures pour accueillir les clients et leur croissant, jusqu’à 1 heure et ce sept jours sur sept. Pour l'instant, c'est en rodage, avec des horaires d’ouverture restreints, mais on nous promet une programmation qui devrait plaire aux voisins de tous âges. Les créateurs du spot ont imaginé La Madone comme un repère de copains : la formule semble fonctionner. Depuis l’ouverture le 4 mai, la terrasse ne désemplit pas une fois que l’heure de l’apéro sonne. Vous aurez sûrement à jouer des coudes pour trouver une table libre après 19h... Il faut dire que Guillaume Monet, Lotfi Alami, Raphaël Fuhrmann et leur quatrième acolyte anonyme disposent d’un sacré carnet d’adresses. En ce samedi soir, on observe quelques

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Aldo Paredes, challengeur

Portrait | Vous avez sûrement déjà croisé le flash de son appareil photo sans savoir qui le déclenchait. Il vous a tiré le portrait ? Voici le sien.

Anaïs Gningue | Mercredi 28 mars 2018

Aldo Paredes, challengeur

Au terme de son cursus aux Beaux-Arts de Lyon, une correspondance épistolaire avec l’artiste chilien Alejandro Jodorowsky, attaché à l’irréel, ramène Aldo Paredes sur Terre. Nous sommes en 2011 : Aldo est rongé par des démons intérieurs, il n’arrive pas à expliquer ses doutes. Cet échange lui permet de poser les mots sur les tourments qui l’ont poussé à quitter son Équateur natal six ans plus tôt. « C’était tellement intelligent par sa simplicité et sa profondeur que c’était clair en moi », explique-t-il. À l’adolescence, il était balloté de lycées en lycées ; il fait partie de ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ces souvenirs d’Équateur sont aujourd’hui flous ou ont disparu au profit de ceux qu’il a créés à Lyon. Je me souviens avoir touché un point très obscur. Mais il fallait que je passe par là pour savoir que c’était le moment d’agir. Aldo pose ses valises dans la capita

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Amadou et Mariam : la Confusion des genres

Sono Mondiale | Avec La Confusion, Amadou et Mariam opèrent un retour clair et tranchant. Oscillant entre la profondeur de thèmes délivrés dans la plus grande naïveté d'expression et la pulsion de danse, voilà sans doute leur album le plus grave et le plus dansant. Le plus dansant, peut-être parce que le plus grave. À constater le jeudi 28 octobre au Transbordeur.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 octobre 2017

Amadou et Mariam : la Confusion des genres

Il y a chez Amadou et Mariam comme un paradoxe permanent. D'abord, une musique des plus festives délivrée avec une sorte de stoïcisme marmoréen, conséquence peut-être de leur condition de non-voyant empêchant toute frontalité des rapports et extériorisation excessive. Ensuite, des textes d'une naïveté proverbiale qui pourtant se muent, peut-être précisément pour cette raison, en messages universalistes. Et font du duo malien l'un des ambassadeurs les plus courus non pas des musiques du monde, comme on le dit vulgairement, mais de la musique mondiale tout court. C'est que cette musique et les thèmes qui la font sont traversés par les catastrophes qui agitent notre planète et plus particulièrement l'Afrique. Et voilà un autre paradoxe : délivrer une musique dansante, contagieusement jouissive, consignant les malheurs du monde, ce qui donne une autre indication sur le pourquoi du stoïcisme évoqué plus haut. C’est chaud Composé dans le contexte de la guerre au Mali, le dernier album d'Amadou et Mariam ne pouvait trouver pour toutes ces raisons titre plus approprié : La Confusion. Celle d'un monde en pleine mu

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"Wallay" de Berni Goldblat

ECRANS | de Berni Goldblat (Fr-Burk-Qat, 1h24) avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Petite délinquance, chapardage des économies familiales… Ady a trop tiré sur la corde. Son père l’envoie donc en “vacances” chez son oncle au Burkina Faso. Sur place, l’ado apprend que son billet de retour en banlieue dépend de ses efforts. Un lent apprivoisement mutuel débute… Venu du documentaire, Berni Goldblat dessine dans ce film d’apprentissage une trajectoire géographique allant à rebours de la majorité des productions contemporaines traitant de l’axe Europe-Afrique : la question de l’immigration est ici présente en arrière-plan. Son jeune héros Ady doit certes obtenir un visa, mais c’est pour l’âge adulte ; non pour un supposé el dorado. Le réalisateur en profite également pour casser le cliché d’un bled rétrograde et miséreux, vivant hors la modernité : l’emprise consumériste y est réelle, mais pas aussi forte qu’au nord de la Méditerranée. Du (bon) grain à moudre pour de jeunes spectateurs s’interrogeant sur leur identité ou leur sujétion aux marques ! U

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Nuits sonores 2017 | Retour aux Subsistances, une carte blanche à Lisbonne, Derrick Carter et ESG en invités, une offre food revisitée : Nuits sonores 2017 est sur de bons rails.

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

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The Black Madonna, curatrice du Day 1 (jeudi 25 mai) dévoile un programmes des plus intéressants, conviant le légendaire Derrick Carter qui jouera 100% disco. C'est un grand retour à Lyon pour celui qui était déjà présent lors des éditions 1, 5 et 15 du festival. Beaucoup de filles sur ce line-up : la new-yorkaise Honey Dijon, adepte d'une house très Chicago ; les légendaires ESG, groupe post-punk totalement groovy échappé du Bronx et des années 80, toujours aussi efficace et classe. L'échappée de Ninjatune qu'est Throwing Shade ou encore la Coréenne installée à Berlin Peggy Gou sont aussi à l'affiche. La patronne (The Black Madonna, donc) jouera elle-même en back2back avec les écossais de Optimo, qui lui ont donné l'envie de s'engager dans ce monde du clubbing. On notera aussi la présence sur ce même programme du jeudi de Jamie 3:26, de Rahaan (une forte prédominance du son de Chicago, donc) et du

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30>09>16 LA PLATEFORME LAZARE HOCHE La bonne nouvelle, c'est la relance d'une activité clubbing régulière à La Plateforme avec une nouvelle direction artistique axée house, le tout à prix modique ce qui n'est plus si fréquent la nuit venue : 6€. Pour cette seconde 01046, le parisien Lazare Hoche, fondateur des labels LHR et Oscillat Music et protégé de DJ Grégory, est l'invité de marque : adepte d'une house aérienne emplie de soul, le jeune producteur arrive précédé d'une belle réputation en tant que DJ. Le local Hergè et Wavesonik sont aussi à l'affiche. Planant. 30>09>16 LE SUCRE THE BLACK MADONNA Difficile de passer outre le retour dans la ville de l'américaine, tant The Black Madonna a marqué les esprits lors de la dernière édition de Nuits sonores... Issue de la

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MUSIQUES | La première fois que Disclosure est passé à Lyon en 2013, Guy Lawrence fêtait son anniversaire, un brin timide, sur la scène de Nuits sonores lors d'un (...)

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La première fois que Disclosure est passé à Lyon en 2013, Guy Lawrence fêtait son anniversaire, un brin timide, sur la scène de Nuits sonores lors d'un concert ébouriffant où leur mélange de UK bass, de pop, de R&B, de hip hop et de house fît rugir de plaisir les anciennes usines Brossette : cette fusée ne semblait pas prête de s'arrêter, pas après un seul album en guise de rampe de lancement, Settle, largement acclamé et sorte de compilation des hits sortis depuis leurs débuts en 2010, dont les fantastiques White Noise et Control. Guy et son frère cadet Howard ont largement confirmé depuis, enchaînant par un featuring détonnant avec la princesse Mary J. Blige, F for You, véritable anthem propre à faire lever les bras et donner le sourire sur n'importe quel dancefloor de la planète. Ces deux gamins du Sud de Londres sont l'aboutissement parfait d'une génération issue du MP3 assimilant tous les genres sans distinction (jusqu'à l'inspiration gospel de When A Fire Starts to Burn), se les appropriant, les recrachant sous forme d'évidentes pépites installant ce duo au firmament des producteurs actuels comme l

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On pourrait dire cela de chacune des éditions de Jazz à Vienne, mais c'est particulièrement vrai pour celle-ci : elle marque un retour aux sources, et même plusieurs. D'abord avec une ouverture en forme d'hommage et de déclaration d'amour à la ville-mère du jazz, La Nouvelle Orléans. Où l'on croisera entre autres Dee Dee Bridgewater, mais aussi la fascinante Leyla McCalla, et dont le point d'orgue sera la présence, peu commune, du pianiste, chanteur, auteur-compositeur et surtout producteur de R'n'B originel Allen Toussaint. Comme chaque année, c'est un retour aux sources en chaîne qui s'opère derrière. Retour un peu permanent avec l'éternel comeback de figures comme George Benson ou Didier Lockwood, mais aussi de genres oubliés, avec le légendaire Golden Gate Quartet, qui prêche le gospel depuis 80 ans, et Gilberto Gil et Caetano Veloso, ce couple inspiré qui mit le feux aux poudres de la musique brésilienne (et de la musique tout court) à la fin des années 60 pour accoucher d'un mouvement qu'on appela tropicalisme. Dans le genre all-stars, ne pas manquer n

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Pour sa cinquième édition, Les Écrans du doc se fraie un chemin entre les festivals de cinéma lyonnais du moment — Les Reflets au Zola, qui continuent cette semaine, le Festival du cinéma européen, qui débute ce vendredi à Meyzieu — et tire largement son épingle du jeu. L’idée étant de monter des doubles programmes thématisés pour mettre en perspective la production documentaire actuelle, plutôt foisonnante. Ainsi, Mehran Tamadon sera mis à l’honneur ce mercredi avec ses deux films, Bassidji et Iranien, où lui, l’athée, se confronte coup sur coup aux défenseurs extrêmes de la République islamiste et à quatre mollahs, dans un dialogue de sourds qui serait drôle s’il n’était aussi tragique dans ses conséquences — Tamadon ne peut désormais plus retourner en Iran. Il sera présent pour débattre avec les spectateurs au cours de la soirée. Complémentaires aussi, les deux documentaires projetés le jeudi 19 qui montrent le calvaire des demandeurs d’emploi : côté pile, l’enfer bureaucratique de Pôle e

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10.12 Don't mess with us #3 Après les avoir inaugurées en DJ set, Arnaud Rebotini prend les commandes des soirées punks-et-clubbers-friendly du Transbo avec la clique à la tête de laquelle il célèbre, depuis le milieu des années 2000, les noces crépusculaires des guitares et des synthétiseurs. Il y présentera l'obsédant Godforsaken Roads, deuxième album de Black Strobe où, vocalisant comme un Nick Cave assommé par une boule à facettes – ou Dave Gahan après un bain de bouche à la tourbe – il s'impose une fois pour toutes comme le plus badass des crooners. Lui chercher des poux dans la gomina ? Aucun risque.   12.12 The Cosmic Adventure Deux garçons, une fille, des tas de possibilités ondulatoires. Ce pourrait être le pitch du prochain périple aux confins de la house auquel Le Sucre et Kosme vous proposent de prendre part. Les deux garçons, ce sont le

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Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Lumière 2014, jours 6 et 7 - Les fantômes du permanent

Voilà, le festival est fini, mais il est encore temps de revenir sur ses deux dernières journées de projection, dont un samedi riche en émotions. À commencer par la venue, tardive mais exceptionnelle, de John MacTiernan pour présenter Piège de cristal. Après avoir été honoré par la Cinémathèque Française et par le festival de Deauville, MacTiernan a débarqué quasiment à l’improviste à Lyon, où il s’est d’abord plié à l’exercice de la présentation d’un film du festival — en l’occurrence L’Homme de la rue de Capra ; puis, en catimini, Lumière a monté cette séance exceptionnelle autour du premier Die hard, ce qui n’a pas empêché la salle d’être comble en 24 heures, remplie de fans qui se sont rués sur le cinéaste une fois son introduction terminée. MacTiernan est apparu fatigué, se déplaçant difficilement, s’exprimant avec lenteur, lançant aux spectateurs un avertissement qui sentait bon la parano quant aux dérives de son pays vers l’extrême droite. Pour ceux qui n’auraient pas vraiment suivi "l’affaire MacTiernan", rappelons que suite à un vaste scandale lié à des écoutes illégales impliquant un certain nombre de grands n

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Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

ECRANS | «Overlord» de Stuart Cooper, «Trains étroitement surveillés» de Jiri Menzel, «Andreï Roublev» d’Andreï Tarkovski.

Christophe Chabert | Samedi 18 octobre 2014

Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

Le festival Lumière entre dans sa dernière ligne droite, et même s’il reste deux jours de projections et encore pas mal de choses à découvrir, l’envie est grande de lever le pied et de se faire simplement plaisir. Autant dire que la nouvelle d’une projection surprise de Piège de cristal en présence de son mythique réalisateur John MacTiernan ce samedi à 20h45 à l’UGC Ciné Cité Confluence a fait l’effet d’une petite bombe. Non seulement parce que le film est génial, mais aussi parce que MacTiernan sort d’une année passée en prison, et qu’il est toujours bon d’aller lui témoigner sa gratitude de spectateur. On en reparle demain, bien entendu. D’ailleurs, pendant que la plupart des festivaliers saluaient la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar, on s’est offert une «grande projection» — la seule de cette section — celle d’Andreï Roublev de Tarkovski. Pas vraiment un film de distraction, certes, même si on se disait en entrant que Lumière était quand même un festival à part. Quelle autre manifestation pourrait, un vendredi soir, remplir une salle de 350 places avec un film russe de 3 heures vieux de quarante-cinq ans ? Qui plus

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John McTiernan à Lumière 2014

ECRANS | Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 octobre 2014

John McTiernan à Lumière 2014

Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) rejoint la programmation. Au sens figuré comme au sens propre : il sera samedi 18 octobre à l'UGC Concluence à 20h45 pour présenter Piège de cristal, mythique premier épisode de la franchise Die Hard, à laquelle Bruce Willis doit tout de son statut d'action hero.

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Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

ECRANS | "Grand Rue" de Juan Antonio Bardem, "Le Bourreau" de Luis García Berlanga, "El Extraño viaje" de Fernando Fernan Gomes.

Christophe Chabert | Vendredi 17 octobre 2014

Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

Ce jeudi aura donc été entièrement consacré à la suite de la carte blanche laissée à Pedro Almodovar pour mettre en lumière — jeu de mot — un cinéma espagnol dont on ne connaît pour ainsi dire presque rien en France. Certes, ce n’est pas une poignée de films qui va permettre de rattraper l’injustice mais il faut saluer le beau travail de programmateur du nouveau Prix Lumière : sa sélection est belle, riche, variée et pertinente. Après l’étonnant Embrujo et le génial Arrebato, voici donc Grand Rue, Le Bourreau et El Extraño viaje. On pouvait d’ailleurs s’amuser à chercher à l’intérieur même des films ce qui les unissait : dans Arrebato, un personnage cite nommément Fernando Fernan Gomes, acteur dans Embrujo et réalisateur d’El Extraño Viaje, dont l’idée originale est signée Luis García Berlanga, réalisateur du Bourreau… Quant à Juan Antonio Bardem, il est l’oncle de Javier Bardem, acteur révélé par Almodovar, qui fait une apparition vocale de Arrebato… La boucle est bouclée, mais au-delà de l’anecdote, cela prouve surtout que le cinéma espagnol a été, pendant près de 40 ans, un petit

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Lumière 2014, jour 3 – Extase

ECRANS | "Arrebato" d’Ivan Zulueta.

Christophe Chabert | Jeudi 16 octobre 2014

Lumière 2014, jour 3 – Extase

Après trois jours de festival, le voilà, le film qu’il fallait avoir vu. Une seule séance, ce mercredi soir à l’Institut Lumière, pour Arrebato d’Ivan Zulueta, projeté dans le cadre de la carte blanche à Pedro Almodóvar, inédit en France et dont il n’est absolument pas dit qu’on puisse le revoir sur grand écran un jour. C’est un météore, à l’image de son auteur, qui n’a presque rien fait par la suite, retournant à un quotidien assez proche de celui décrit dans le film — claustration, vie nocturne et addiction à l’héroïne. Il a gardé tout son potentiel de fascination, même 35 ans après son tournage, et conserve son caractère hautement dérangeant — dès la dixième minute et un shoot d’héroïne en gros plan, un spectateur a pris la poudre d’escampette, et ce ne fut pas le seul ; mais, deux minutes après la fin du générique, beaucoup n’arrivaient carrément pas à quitter la salle, médusés par la puissance de ce qu’il venait de voir. À la Quinzaine des réalisateurs cannoise en mai dernier, Nicolas Winding Refn, présentant la copie restaurée de Massacre à la tronçonneuse — que l’on vous incite fortement à découvrir à Lumière — parlait de cette m

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Lumière 2014, jour 2 – Petit, petit, petit...

ECRANS | "Paradis perdu" d'Abel Gance, "L'Homme qui rétrécit" de Jack Arnold, "Embrujo" de Carlos Serrano de Osma.

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2014

Lumière 2014, jour 2 – Petit, petit, petit...

Tandis que la France s'émeut des troubles aux projections d'Annabelle – certains audacieux osent prétendre que ceux-ci ne sont pas liés à la jeunesse des spectateurs ni à la nature horrifique du film, mais plutôt à sa médiocrité, illustrant sans le vouloir la fameuse phrase de la critique Pauline Kael  : «les salles sont pleines, mais rien n'indique que les spectateurs n'en sortent pas furieux» – prolifère tranquillement durant le festival Lumière tout type de comportements antisociaux. Ainsi, durant la séance du Voyeur à l'Institut Lumière, un couple de vieux débris – pourquoi leur témoigner de la mansuétude ? a laissé sonner cinq fois son portable pendant le film et n'a rien trouvé de mieux à répondre à ceux qui s'en sont plaints que «le cinéma, aujourd'hui, c'est comme ça, y a du bruit...» Allez, va acheter ton exemplaire du bouquin d'Eric Zemmour, l'intégrale DVD de Laurent Gerra et le best of de Michel Sardou, mais surtout, ferme ton putain de téléphone, si tu ne veux pas que ta retraite s'arrête prématurément. On nous a rapporté des incidents similaires à la projection de La Taverne de la Jam

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Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

ECRANS | Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la (...)

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la rétrospective de ses films, de ses œuvres provocatrices période Movida à ses opus de la maturité, mélodrames flamboyants dont Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver sont les plus beaux fleurons. Mais Pedro Almodóvar chaussera aussi, pour ce festival Lumière, la casquette du cinéphile à travers deux cartes blanches qui font figure d’aérations nécessaires au sein de la programmation, par la rareté des films choisis comme par leur éclectisme. "El cine dentro de mí" propose un joli laboratoire où le cinéaste Almodóvar crée de stimulantes correspondances entre ses films et les films des autres, non pas comme des influences directes, mais plutôt comme des souvenirs féconds et obsédants dont la trace se retrouve sur l’écran, remodelé par son désir et ses obsessions. C’est parfois évident — L’Homme qui rétrécit, matrice du petit film muet en noir et blanc de Parle avec elle ; Le Voyeur, dont le personnage de Victoria Abril dans Kika est comme la reproduction à l’è

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Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

ECRANS | La saga Alien proposée pendant toute une nuit à la Halle Tony Garnier est non seulement l’occasion de revoir une des franchises les plus stimulantes du cinéma de SF américain, mais aussi la possibilité de constater les premiers pas de quatre cinéastes importants, tous représentatifs des évolutions récentes du style hollywoodien.

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

1979 : Alien, Ridley Scott Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps difficiles pour Coppola et Cimino, vitesse de croisière pour De Palma — les studios découvrent les vertus d’une génération d’Anglais venus de la pub et du clip : Alan Parker, Adrian Lyne et enfin Ridley Scott, peu de temps avant son frère Tony, passent à la mise en scène de cinéma. Scott, remarqué pour le beau Duellistes, se retrouve aux manettes d’Alien et invente le film d’horreur galactique, à la direction artistique impeccable, misant sur le suspense et la suggestion, montrant des ouvriers de l’espace aux prises avec un monstre viscéral. Les inoubliables visions de ce premier film ont posé la mythologie Alien : les face huggers, l’accouchement abdominal de la bête et, moins horrible, Sigourney Weaver en survivante sexy et virile. 1986 : Aliens, le retour, James Cameron Cameron sort du succès surprise de Terminator et empoigne cette suite pour en faire un film raccord avec l’état d’esprit du cinéma américain des années 80 : un Vi

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Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

ECRANS | Si le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar est l’événement du sixième festival Lumière, la rétrospective intégrale des films de Claude Sautet, ainsi que la réédition du livre d’entretiens accordés à Michel Boujut, est tout aussi essentielle, tant le cinéaste reste un sujet passionnel pour les cinéphiles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

Une semaine après l’inauguration à la Cinémathèque Française de l’exposition consacrée à François Truffaut en parallèle à une grande rétrospective de ses films, le festival Lumière propose, pour sa sixième édition, une intégrale Claude Sautet en copies restaurées, accompagnée de la réédition de Conversations avec Claude Sautet (Actes Sud / Institut Lumière), le livre d’entretiens réalisés en 1992 par Michel Boujut. Cette coïncidence — si c’en est une ! fait ressurgir de vieilles querelles : Truffaut contre Sautet, c’est les Cahiers du cinéma contre Positif, la Nouvelle Vague contre la Qualité française, l’auteur contre l’artisan, la mise en scène contre le scénario… Cette guerre de position, Thierry Frémaux la souligne dans la nouvelle préface qu’il signe pour cette réédition. Mais plutôt que de chercher l’apaisement, il a tendance à souffler sur les braises, soulignant mi-malicieux, mi-outragé que Les Inrockuptibles, dans leur classement discutable des cent meilleurs films français de tous les temps, n’en ont gardé aucun de Sautet. Il rappelle aussi que les destins de Truffaut et de Sautet, loin d’être opposés, sont en fait «crois

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Lumière 2014 : flashback sur l’outback

ECRANS | Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Lumière 2014 : flashback sur l’outback

Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar. Tout comme on ne peut que vous inciter à aller découvrir dès cette semaine des raretés comme Garçon ! de Claude Sautet et le mélodrame espagnol Embrujo ou encore l’avant-première de The Go-Go Boys, sur l’histoire de la Cannon et de ses deux producteurs. Mais s’il est un film à ne surtout pas louper dans la programmation, c’est le génial Wake in Fright de Ted Kotcheff (qui le présentera en personne). Tourné en Australie en 1971, le film part d’une anecdote réelle : pour s’assurer que les fonctionnaires de l’éducation nationale aillent exercer dans les coins les moins peuplés de l’outback, le gouvernement australien obligeait les nouveaux instituteurs à verser une caution qu’ils récupéreraient après quelques années de bons et loyaux services dans ces bleds désertiqu

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The Search en avant-première au festival Lumière

ECRANS | Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera (...)

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2014

The Search en avant-première au festival Lumière

Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera projeté en avant-première et en présence de son réalisateur le samedi 18 octobre à 18h à l’UGC Ciné Cité Confluence. Fraîchement accueilli à Cannes, ce mélodrame sur fond de guerre en Tchétchénie, remake d’un film de Fred Zinnemann, a depuis subi un sérieux remontage, le cinéaste ramenant sa durée de 2h40 à 2h14. On est curieux de découvrir cette version 2, tant la première laissait entrevoir, au milieu des longueurs et des lourdeurs, un vrai geste de mise en scène, comme on le disait sur notre blog cannois à l’époque. Les locations pour la séance ouvrent ce mercredi à 13h.

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Tout sur la clôture de Lumière

ECRANS | Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 26 septembre 2014

Tout sur la clôture de Lumière

Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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"Le Voyage de Chihiro" à Lumière 2014

ECRANS | L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 29 août 2014

L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 octobre à 14h30 à la Halle Tony Garnier. Le prix des places est à l'avenant de ce créneau familial : 6€ pour les adultes, 4 pour les enfants. Pour réserver, c'est toujours par ici : http://billetterie.festival-lumiere.org/institutlumiere/manifestations.aspx

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Faye Dunaway et "Bonnie and Clyde" en ouverture de Lumière

ECRANS | Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 août 2014

Faye Dunaway et

Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter Bonnie and Clyde d'Arthur Penn dans sa version restaurée. Le film est souvent considéré, de par sa représentation crue de la violence, comme un des fondements du Nouvel Hollywood. C'est en tout cas une œuvre mythique qui a permis à son couple vedette — Dunaway, donc, et Warren Beatty — d'entrer dans la légende hollywoodienne. Comme d'habitude, la séance était complète avant même l'annonce de son contenu, mais le film sera diffusé tout au long du festival dans des séances "classiques"…

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Almodóvar, por fin…

ECRANS | Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Almodóvar, por fin…

Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

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Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

ECRANS | On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 juillet 2014

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

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