Lumière 2014, jour 2 – Petit, petit, petit...

ECRANS | "Paradis perdu" d'Abel Gance, "L'Homme qui rétrécit" de Jack Arnold, "Embrujo" de Carlos Serrano de Osma.

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2014

Tandis que la France s'émeut des troubles aux projections d'Annabelle – certains audacieux osent prétendre que ceux-ci ne sont pas liés à la jeunesse des spectateurs ni à la nature horrifique du film, mais plutôt à sa médiocrité, illustrant sans le vouloir la fameuse phrase de la critique Pauline Kael  : «les salles sont pleines, mais rien n'indique que les spectateurs n'en sortent pas furieux» – prolifère tranquillement durant le festival Lumière tout type de comportements antisociaux. Ainsi, durant la séance du Voyeur à l'Institut Lumière, un couple de vieux débris – pourquoi leur témoigner de la mansuétude ? a laissé sonner cinq fois son portable pendant le film et n'a rien trouvé de mieux à répondre à ceux qui s'en sont plaints que «le cinéma, aujourd'hui, c'est comme ça, y a du bruit...» Allez, va acheter ton exemplaire du bouquin d'Eric Zemmour, l'intégrale DVD de Laurent Gerra et le best of de Michel Sardou, mais surtout, ferme ton putain de téléphone, si tu ne veux pas que ta retraite s'arrête prématurément.

On nous a rapporté des incidents similaires à la projection de La Taverne de la Jamaïque et, pendant celle de Paradis perdu, une ado visiblement peu concernée par ce qui se passait sur l'écran a passé une partie de son temps à regarder le sien à côté de nous, agitant cette disgracieuse petite lumière qui fait qu'aujourd'hui les salles obscures le sont de moins en moins.

On ne va pas faire son baroudeur, mais Lumière est le seul festival de cette taille où aucun avertissement n'est lancé avant les films pour dire aux spectateurs de couper leurs téléphones. A Cannes, un festival que Thierry Frémaux connaît bien, on peut se faire exclure non seulement de la séance, mais de la manifestation toute entière si on a le malheur de le faire sonner pendant une projo. On espère que des sanctions du même ordre seront prises ici, ou sinon il faut s'attendre à ce que les plus civilisés des spectateurs ne fassent la loi eux-mêmes dans les salles. Ce qui, convenons-en, risque de semer une joyeuse pagaille.

Après tout, Lumière, c'est surtout le moyen de découvrir en salles des films que les cinéphiles ont depuis longtemps dans leur DVDthèque. Mais les découvrir en salles, ce n'est pas seulement une question de taille d'écran et de qualité de projection, mais aussi de recueillement ou de communion face à l'œuvre ; osons le dire, le numérique a en partie faussé la donne. On était content de voir hier Mado et La Femme aux cigarettes en 35 mm, moins de voir aujourd'hui une copie à peine meilleure qu'un Blu-ray de L'Homme qui rétrécit. Quant à Embrujo, les sous-titres se sont mystérieusement volatilisés, transformant la séance en version originale pure et dure. Ce qui ne serait pas arrivé avec de l'argentique...

On a pu lire récemment les propos de Quentin Tarantino, Prix Lumière 2013, disant son embarras lorsqu'à Cannes il s'est retrouvé face à la copie numérique restaurée de Pour une poignée de dollars. «J'avais l'impression de regarder un putain de Blu-ray» disait-il. L'an dernier, à Lumière, il avait posé comme condition de projeter tous ses films en 35 et avait apporté lui-même les copies de certains films de sa carte blanche. Tarantino a raison : l'expérience d'un film, c'est l'expérience des imperfections de sa copie, c'est ce qui rend la projection unique.

Lors d'une séance récente de Boulevard de la mort, film sur lequel Tarantino s'est employé à rayer volontairement la pellicule pour lui donner un côté usé et vieilli, le film a sauté lors d'un changement de bobine, inversant le haut et le bas de l'image. Pour ceux qui ne l'avaient jamais vu, ce défaut de projection s'est fondu dans l'expérimentation menée par le réalisateur, comme s'il n'était qu'une manipulation supplémentaire pour renforcer le caractère vintage de la copie. Pour les autres, cela a donné une nouvelle dimension à la séance, montrant à quel point ce genre d'incident est parfois le meilleur moyen de jauger la réussite de l'œuvre, mais aussi de maintenir une tension latente chez le spectateur, le moindre craquement, la moindre rayure sur la copie lui rappelant la fragilité et la singularité de ce qu'il est en train de regarder.

Ce qui nous amène à ce constat. Ce blog, on le tiendrait bien plus tranquillement depuis chez nous. Par exemple, on pourrait aujourd'hui regarder depuis notre salon à 10h30 Monsieur Klein, à 15h Vincent, François, Paul et les autres, à 17h30 Classe tous risques et à 20h15 Arrebato. On fermerait les volets, on couperait portable et ordinateur, et on verrait des films dans des conditions correctes, mais surtout, avec la certitude d'être au calme. Et on ne filerait pas cinq euros en tickets quotidiens à TCL.

Bon, il faut parler des films et, même si le cœur n'y est pas vraiment, on va le faire. Commençons par Paradis perdu d'Abel Gance, présenté par Bertrand Tavernier dans le cadre de sa carte blanche sur le cinéma français. Belle introduction d'ailleurs, drôle et érudite, dudit Tavernier sur le film, qui a su en pointer les originalités tout en en dissimulant les faiblesses, pourtant évidentes. La première demi-heure est excellente : alerte, pleine d'idées de mise en scène, excellemment interprétée et bourrée d'esprit. C'est une comédie romantique à l'ancienne où un peintre fier de sa bohême tombe amoureux d'une jeune fille qui travaille pour un célèbre couturier de la Place de Paris. Il veut l'emmener au bal des Beaux-arts, mais elle n'a pas de robe. Il lui en confectionne une à la va-vite, au gré de son inspiration et celle-ci fait un triomphe, lançant une révolution où les femmes s'affranchissent de leurs corsets. Une carrière de styliste s'offre alors à lui, et avec elle le succès et l'argent, mais il n'a d'yeux que pour sa belle, qu'il épouse et emmène en voyage de noces. Puis la guerre éclate et le voilà mobilisé sur le front. Pendant qu'il croupit dans les tranchées, elle devient ouvrière participant à l'effort de guerre, contracte une maladie et en meurt.

Gance entre alors dans la partie mélodramatique de son récit, nettement moins convaincante. La fantaisie formelle – cadres inclinés, surexpositions kaléidoscopiques – dont il faisait preuve jusqu'ici s'efface au profit d'un classicisme déjà moins stimulant, et le jeu particulièrement naturel des comédiens se rigidifie face aux conventions propres au genre lui-même. Il y a parfois une séquence étonnante, comme les retrouvailles entre le père et son enfant, émouvantes ; mais aussi des moments nettement plus empesés, notamment l'imbroglio amoureux à Cannes, qui conduit le film à une surenchère dialoguée assez pénible. Paradis perdu reste une curiosité, mais en aucun cas un grand film méconnu.

Venons-en aux fameux choix effectués par Almodovar pour ses deux cartes blanches. On en rappelle les principes respectifs : d'un côté, retrouver à l'intérieur de ses propres films la trace des films des autres – extraits, affiches, citations ; de l'autre, établir un parcours libre à travers l'histoire du cinéma espagnol via quelques classiques quasi-inconnus – pas difficile, tant cette cinématographie n'a connu que peu de défenseurs français de poids. On a pu tester les deux hier, grâce au génial L'Homme qui rétrécit de Jack Arnold et l'étonnant Embrujo de Carlos Serrano de Osma.

D'abord, un petit commentaire : Arnold, cinéaste modeste ayant surtout travaillé dans la série B, aura donc été mis à l'honneur coup sur coup par Tarantino, qui avait choisi son jubilatoire High school confidential l'an dernier, et par Almodovar. De quoi rehausser la cote de cet artisan un peu négligé par les historiens du cinéma, sinon par Jean-Pierre Andrevon dans sa somme sur le cinéma de SF. L'Homme qui rétrécit est en tout cas son opus majeur, un petit bijou dont la facture de divertissement malin se termine par une ouverture profondément métaphysique.

L'argument est connu : après être passé à travers un nuage radioactif, un type tout ce qu'il y a de plus banal se met à rétrécir jour après jour, jusqu'à ne mesurer plus que quelques centimètres. D'abord énigme médicale, puis phénomène médiatique, il se retrouve enfermé dans sa cave, laissé pour mort par sa femme et ses proches. Là, il devra apprendre à survivre, dans un retour à l'état sauvage et au primitivisme qu'un John MacTiernan a du adorer. Pour Arnold, c'est d'abord l'occasion de confectionner des effets spéciaux parfois maladroits – lorsqu'il utilise les transparences – parfois fascinants – lorsqu'il reconstruit entièrement les décors à des échelles gigantesques pour les adapter à la taille supposée du comédien à l'écran. L'attaque du chat, le combat contre l'araignée, l'inondation de la cave ; autant de morceaux de bravoure savoureux qui procurent toujours autant de plaisir.

Dans son dernier acte, L'Homme qui rétrécit change à son tour d'échelle : cette fois, l'homme, réduit à une dimension insignifiante, s'échappe de sa prison et se confronte à l'infini du cosmos. En plus d'être assez juste scientifiquement – l'ordre de nos atomes comme reproduction de l'ordre cosmique – cette fin peut se lire à plusieurs niveaux, comme un appel à se libérer de ses chaînes sociales pour accepter sa place dans une nature qui nous dépasse, ou comme un vibrant plaidoyer pour un ordre divin face auquel on ne peut que se sentir tout petit. Dommage d'ailleurs que la voix-off du film, inutile passée sa première demi-heure, ne vienne aiguiller le spectateur vers cette dernière piste. On rêve du coup qu'un jour, un musicien de talent supprime tout cela et se lance dans un ciné-concert autour du film qui laisserait parler sa pleine puissance visuelle et sa capacité d'évocation.

Côté espagnol maintenant : Embrujo, bizarrerie de 1948 signée par l'inconnu au bataillon Carlos Serrano de Osma. Mélodrame encore, mais sans les scories de Gance, tant le film s'applique à remplacer toutes les séquences attendues par des moments de danse, de chant mais surtout de mise en scène et de montage, avec des expérimentations totalement démentes. Serrano de Osma raconte ainsi des scènes entières par la seule force de ses images surimprimées à l'écran, où il peut juxtaposer celui qui regarde et celle qui est regardée, soulignant le fossé qui se creuse entre ses deux personnages principaux : Manolo, le chanteur de flamenco célèbre mais au crépuscule de sa gloire, et Lola, jeune danseuse qui, elle, commence à devenir populaire. Parce qu'il l'aime, il lui propose de se produire en duo ; parce qu'elle ne l'aime pas, elle se concentre entièrement sur son art et progresse jusqu'à éclipser celui qui l'a découverte.

Même si le flamenco est le genre de musique qui, en général, nous scie profondément les nerfs, impossible de rester insensible à la manière dont Embrujo se nourrit de son énergie mais aussi de sa mélancolie, les laissant infuser dans la mise en scène comme deux impulsions contradictoires et pourtant harmonieuses. Alors que Lola fait le tour du monde avec un nouvel impresario, Manolo sombre dans l'alcoolisme en compagnie de son agent dont la philosophie est : «Boire pour vivre, vivre pour oublier que l'on boit, et boire à nouveau.» Le film ne fait pas que montrer ce qu'est le flamenco ; il en capte l'âme par la structure de son récit, par le rythme de ses images et par la tristesse de sa narration, qui s'ouvre sur Lola vieillie regardant une jeune danseuse lui dédier une chorégraphie, et s'achève sur le tombeau de Manolo. Sans oublier quelques pointes d'humour bienvenues et des personnages secondaires finement croqués – l'habilleuse, le bras droit du manager, l'agent de Manolo… C'est en tout cas la première découverte de taille du festival, le genre de raretés qui donnent encore envie d'aller affronter l'épreuve de la salle et ses désagréments.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un best of Lumière 2014 à l’Institut

ECRANS | Lumière 2014, c’est terminé mais… ça continue. Comme chaque année, l’Institut Lumière reprend une partie de la programmation du 24 octobre au 11 novembre, avec (...)

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Un best of Lumière 2014 à l’Institut

Lumière 2014, c’est terminé mais… ça continue. Comme chaque année, l’Institut Lumière reprend une partie de la programmation du 24 octobre au 11 novembre, avec notamment trois films de Claude Sautet (Les Choses de la vie, César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres…), trois Capra (Amour défendu, L’Homme de la rue et L’Extravagant Mr Deeds) et cinq Almodovar (dont Kika, qui n’avait pas été présenté au cours du festival !). À ne pas rater, la copie restaurée d’Un étrange voyage d’Alain Cavalier, dont on vous parle ici, et celle de Wake in fright que l’on vous conseillait là. Et trois énormes classiques : Andreï Roublev, Monsieur Klein et Une journée particulière. À suivre

Continuer à lire

Lumière 2014, jours 6 et 7 - Les fantômes du permanent

ECRANS | «Un étrange voyage» d’Alain Cavalier, «Piège de cristal» de John MacTiernan, «Furtivos» de José Luis Borau, «La Femme de mon pote» de Bertrand Blier.

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Lumière 2014, jours 6 et 7 - Les fantômes du permanent

Voilà, le festival est fini, mais il est encore temps de revenir sur ses deux dernières journées de projection, dont un samedi riche en émotions. À commencer par la venue, tardive mais exceptionnelle, de John MacTiernan pour présenter Piège de cristal. Après avoir été honoré par la Cinémathèque Française et par le festival de Deauville, MacTiernan a débarqué quasiment à l’improviste à Lyon, où il s’est d’abord plié à l’exercice de la présentation d’un film du festival — en l’occurrence L’Homme de la rue de Capra ; puis, en catimini, Lumière a monté cette séance exceptionnelle autour du premier Die hard, ce qui n’a pas empêché la salle d’être comble en 24 heures, remplie de fans qui se sont rués sur le cinéaste une fois son introduction terminée. MacTiernan est apparu fatigué, se déplaçant difficilement, s’exprimant avec lenteur, lançant aux spectateurs un avertissement qui sentait bon la parano quant aux dérives de son pays vers l’extrême droite. Pour ceux qui n’auraient pas vraiment suivi "l’affaire MacTiernan", rappelons que suite à un vaste scandale lié à des écoutes illégales impliquant un certain nombre de grands n

Continuer à lire

Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

ECRANS | «Overlord» de Stuart Cooper, «Trains étroitement surveillés» de Jiri Menzel, «Andreï Roublev» d’Andreï Tarkovski.

Christophe Chabert | Samedi 18 octobre 2014

Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

Le festival Lumière entre dans sa dernière ligne droite, et même s’il reste deux jours de projections et encore pas mal de choses à découvrir, l’envie est grande de lever le pied et de se faire simplement plaisir. Autant dire que la nouvelle d’une projection surprise de Piège de cristal en présence de son mythique réalisateur John MacTiernan ce samedi à 20h45 à l’UGC Ciné Cité Confluence a fait l’effet d’une petite bombe. Non seulement parce que le film est génial, mais aussi parce que MacTiernan sort d’une année passée en prison, et qu’il est toujours bon d’aller lui témoigner sa gratitude de spectateur. On en reparle demain, bien entendu. D’ailleurs, pendant que la plupart des festivaliers saluaient la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar, on s’est offert une «grande projection» — la seule de cette section — celle d’Andreï Roublev de Tarkovski. Pas vraiment un film de distraction, certes, même si on se disait en entrant que Lumière était quand même un festival à part. Quelle autre manifestation pourrait, un vendredi soir, remplir une salle de 350 places avec un film russe de 3 heures vieux de quarante-cinq ans ? Qui plus

Continuer à lire

John McTiernan à Lumière 2014

ECRANS | Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 octobre 2014

John McTiernan à Lumière 2014

Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) rejoint la programmation. Au sens figuré comme au sens propre : il sera samedi 18 octobre à l'UGC Concluence à 20h45 pour présenter Piège de cristal, mythique premier épisode de la franchise Die Hard, à laquelle Bruce Willis doit tout de son statut d'action hero.

Continuer à lire

Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

ECRANS | "Grand Rue" de Juan Antonio Bardem, "Le Bourreau" de Luis García Berlanga, "El Extraño viaje" de Fernando Fernan Gomes.

Christophe Chabert | Vendredi 17 octobre 2014

Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

Ce jeudi aura donc été entièrement consacré à la suite de la carte blanche laissée à Pedro Almodovar pour mettre en lumière — jeu de mot — un cinéma espagnol dont on ne connaît pour ainsi dire presque rien en France. Certes, ce n’est pas une poignée de films qui va permettre de rattraper l’injustice mais il faut saluer le beau travail de programmateur du nouveau Prix Lumière : sa sélection est belle, riche, variée et pertinente. Après l’étonnant Embrujo et le génial Arrebato, voici donc Grand Rue, Le Bourreau et El Extraño viaje. On pouvait d’ailleurs s’amuser à chercher à l’intérieur même des films ce qui les unissait : dans Arrebato, un personnage cite nommément Fernando Fernan Gomes, acteur dans Embrujo et réalisateur d’El Extraño Viaje, dont l’idée originale est signée Luis García Berlanga, réalisateur du Bourreau… Quant à Juan Antonio Bardem, il est l’oncle de Javier Bardem, acteur révélé par Almodovar, qui fait une apparition vocale de Arrebato… La boucle est bouclée, mais au-delà de l’anecdote, cela prouve surtout que le cinéma espagnol a été, pendant près de 40 ans, un petit

Continuer à lire

Lumière 2014, jour 3 – Extase

ECRANS | "Arrebato" d’Ivan Zulueta.

Christophe Chabert | Jeudi 16 octobre 2014

Lumière 2014, jour 3 – Extase

Après trois jours de festival, le voilà, le film qu’il fallait avoir vu. Une seule séance, ce mercredi soir à l’Institut Lumière, pour Arrebato d’Ivan Zulueta, projeté dans le cadre de la carte blanche à Pedro Almodóvar, inédit en France et dont il n’est absolument pas dit qu’on puisse le revoir sur grand écran un jour. C’est un météore, à l’image de son auteur, qui n’a presque rien fait par la suite, retournant à un quotidien assez proche de celui décrit dans le film — claustration, vie nocturne et addiction à l’héroïne. Il a gardé tout son potentiel de fascination, même 35 ans après son tournage, et conserve son caractère hautement dérangeant — dès la dixième minute et un shoot d’héroïne en gros plan, un spectateur a pris la poudre d’escampette, et ce ne fut pas le seul ; mais, deux minutes après la fin du générique, beaucoup n’arrivaient carrément pas à quitter la salle, médusés par la puissance de ce qu’il venait de voir. À la Quinzaine des réalisateurs cannoise en mai dernier, Nicolas Winding Refn, présentant la copie restaurée de Massacre à la tronçonneuse — que l’on vous incite fortement à découvrir à Lumière — parlait de cette m

Continuer à lire

Lumière 2014, jour 1 – Garçon, des films !

ECRANS | "Mado" et "Garçon !" de Claude Sautet. "La Femme aux cigarettes" de Jean Negulesco.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Lumière 2014, jour 1 – Garçon, des films !

Inutile de parler ici de la cérémonie d’ouverture, qu’on a séchée comme toutes les années — la Halle Tony Garnier, pour le cinéma, ce n’est simplement pas possible — mais le festival Lumière a pris l’heureuse initiative de commencer dès le lundi matin ses projections, ce qui fait qu’au moment d’aller se coucher, on avait déjà trois films au compteur — notre rythme de croisière prévu pendant une semaine. Avant de causer desdits films, deux remarques liminaires : d’abord, la moyenne d’âge carrément élevée à toutes les séances. On ne fera pas l’injure au festival en disant qu’il a réussi à transformer ce que beaucoup considère comme du "vieux cinéma" en cinéma pour vieux, mais tout de même… On n’avait pas eu ce sentiment les années précédentes, en tout cas, pas de façon aussi systématique. Est-ce à dire que, pour les séances du matin et de l’après-midi, seuls les retraités peuvent se rendre au cinéma ? Ce serait logique, mais l’absence de jeunes cinéphiles dans les rangs — à quelques exceptions près, quasiment toutes connues de nos services — est tout de même un peu flippante. Deuxième remarque : les présentations. On a eu droit hier au laïus introductif de Nicole G

Continuer à lire

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

ECRANS | Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la (...)

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la rétrospective de ses films, de ses œuvres provocatrices période Movida à ses opus de la maturité, mélodrames flamboyants dont Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver sont les plus beaux fleurons. Mais Pedro Almodóvar chaussera aussi, pour ce festival Lumière, la casquette du cinéphile à travers deux cartes blanches qui font figure d’aérations nécessaires au sein de la programmation, par la rareté des films choisis comme par leur éclectisme. "El cine dentro de mí" propose un joli laboratoire où le cinéaste Almodóvar crée de stimulantes correspondances entre ses films et les films des autres, non pas comme des influences directes, mais plutôt comme des souvenirs féconds et obsédants dont la trace se retrouve sur l’écran, remodelé par son désir et ses obsessions. C’est parfois évident — L’Homme qui rétrécit, matrice du petit film muet en noir et blanc de Parle avec elle ; Le Voyeur, dont le personnage de Victoria Abril dans Kika est comme la reproduction à l’è

Continuer à lire

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

ECRANS | La saga Alien proposée pendant toute une nuit à la Halle Tony Garnier est non seulement l’occasion de revoir une des franchises les plus stimulantes du cinéma de SF américain, mais aussi la possibilité de constater les premiers pas de quatre cinéastes importants, tous représentatifs des évolutions récentes du style hollywoodien.

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

1979 : Alien, Ridley Scott Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps difficiles pour Coppola et Cimino, vitesse de croisière pour De Palma — les studios découvrent les vertus d’une génération d’Anglais venus de la pub et du clip : Alan Parker, Adrian Lyne et enfin Ridley Scott, peu de temps avant son frère Tony, passent à la mise en scène de cinéma. Scott, remarqué pour le beau Duellistes, se retrouve aux manettes d’Alien et invente le film d’horreur galactique, à la direction artistique impeccable, misant sur le suspense et la suggestion, montrant des ouvriers de l’espace aux prises avec un monstre viscéral. Les inoubliables visions de ce premier film ont posé la mythologie Alien : les face huggers, l’accouchement abdominal de la bête et, moins horrible, Sigourney Weaver en survivante sexy et virile. 1986 : Aliens, le retour, James Cameron Cameron sort du succès surprise de Terminator et empoigne cette suite pour en faire un film raccord avec l’état d’esprit du cinéma américain des années 80 : un Vi

Continuer à lire

Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

ECRANS | Si le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar est l’événement du sixième festival Lumière, la rétrospective intégrale des films de Claude Sautet, ainsi que la réédition du livre d’entretiens accordés à Michel Boujut, est tout aussi essentielle, tant le cinéaste reste un sujet passionnel pour les cinéphiles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

Une semaine après l’inauguration à la Cinémathèque Française de l’exposition consacrée à François Truffaut en parallèle à une grande rétrospective de ses films, le festival Lumière propose, pour sa sixième édition, une intégrale Claude Sautet en copies restaurées, accompagnée de la réédition de Conversations avec Claude Sautet (Actes Sud / Institut Lumière), le livre d’entretiens réalisés en 1992 par Michel Boujut. Cette coïncidence — si c’en est une ! fait ressurgir de vieilles querelles : Truffaut contre Sautet, c’est les Cahiers du cinéma contre Positif, la Nouvelle Vague contre la Qualité française, l’auteur contre l’artisan, la mise en scène contre le scénario… Cette guerre de position, Thierry Frémaux la souligne dans la nouvelle préface qu’il signe pour cette réédition. Mais plutôt que de chercher l’apaisement, il a tendance à souffler sur les braises, soulignant mi-malicieux, mi-outragé que Les Inrockuptibles, dans leur classement discutable des cent meilleurs films français de tous les temps, n’en ont gardé aucun de Sautet. Il rappelle aussi que les destins de Truffaut et de Sautet, loin d’être opposés, sont en fait «crois

Continuer à lire

Lumière 2014 : flashback sur l’outback

ECRANS | Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Lumière 2014 : flashback sur l’outback

Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar. Tout comme on ne peut que vous inciter à aller découvrir dès cette semaine des raretés comme Garçon ! de Claude Sautet et le mélodrame espagnol Embrujo ou encore l’avant-première de The Go-Go Boys, sur l’histoire de la Cannon et de ses deux producteurs. Mais s’il est un film à ne surtout pas louper dans la programmation, c’est le génial Wake in Fright de Ted Kotcheff (qui le présentera en personne). Tourné en Australie en 1971, le film part d’une anecdote réelle : pour s’assurer que les fonctionnaires de l’éducation nationale aillent exercer dans les coins les moins peuplés de l’outback, le gouvernement australien obligeait les nouveaux instituteurs à verser une caution qu’ils récupéreraient après quelques années de bons et loyaux services dans ces bleds désertiqu

Continuer à lire

The Search en avant-première au festival Lumière

ECRANS | Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera (...)

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2014

The Search en avant-première au festival Lumière

Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera projeté en avant-première et en présence de son réalisateur le samedi 18 octobre à 18h à l’UGC Ciné Cité Confluence. Fraîchement accueilli à Cannes, ce mélodrame sur fond de guerre en Tchétchénie, remake d’un film de Fred Zinnemann, a depuis subi un sérieux remontage, le cinéaste ramenant sa durée de 2h40 à 2h14. On est curieux de découvrir cette version 2, tant la première laissait entrevoir, au milieu des longueurs et des lourdeurs, un vrai geste de mise en scène, comme on le disait sur notre blog cannois à l’époque. Les locations pour la séance ouvrent ce mercredi à 13h.

Continuer à lire

Tout sur la clôture de Lumière

ECRANS | Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 26 septembre 2014

Tout sur la clôture de Lumière

Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

Continuer à lire

Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

Continuer à lire

"Le Voyage de Chihiro" à Lumière 2014

ECRANS | L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 29 août 2014

L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 octobre à 14h30 à la Halle Tony Garnier. Le prix des places est à l'avenant de ce créneau familial : 6€ pour les adultes, 4 pour les enfants. Pour réserver, c'est toujours par ici : http://billetterie.festival-lumiere.org/institutlumiere/manifestations.aspx

Continuer à lire

Faye Dunaway et "Bonnie and Clyde" en ouverture de Lumière

ECRANS | Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 août 2014

Faye Dunaway et

Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter Bonnie and Clyde d'Arthur Penn dans sa version restaurée. Le film est souvent considéré, de par sa représentation crue de la violence, comme un des fondements du Nouvel Hollywood. C'est en tout cas une œuvre mythique qui a permis à son couple vedette — Dunaway, donc, et Warren Beatty — d'entrer dans la légende hollywoodienne. Comme d'habitude, la séance était complète avant même l'annonce de son contenu, mais le film sera diffusé tout au long du festival dans des séances "classiques"…

Continuer à lire

Almodóvar, por fin…

ECRANS | Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Almodóvar, por fin…

Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

Continuer à lire

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

ECRANS | On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 juillet 2014

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

Continuer à lire

Il voyage en solitaire

MUSIQUES | De retour sur scène à l'occasion d'un "Intime tour" pour lequel il se prépare d'arrache-pied, en attendant un album pour l'automne, Christophe, 50 ans de carrière, est toujours tel qu'en lui-même : insaisissable et perché. Avec cet éternel temps de retard sur les choses que peuvent se permettre les types en avance dans leur tête. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Dimanche 30 décembre 2012

Il voyage en solitaire

Programmer une interview avec l’interprète d'Aline, c'est tout un poème : Les Mots bleus et Les Paradis Perdus réunis, l'impression d'être effectivement à la poursuite du Dernier des Bevilacqua. Le rituel veut qu'on lui envoie un SMS le jour dit, une demi-heure avant l'heure H. Pour le réveiller, car Christophe est un oiseau de nuit, lui rafraîchir la mémoire ou lui permettre de se préparer, on ne sait guère.   Le soir convenu pour l'entretien, déjà compliqué à caler, il nous éconduit, bredouille – Christophe bredouille toujours un peu, cherche ses mots (bleus) – qu'il répète avec des potes, qu'ils sont en train de tout chambouler, que s'il ne finit pas ça va être le bordel.   On l'entend à peine, il parle bas et comme du fond d'une grotte, demande de rappeler le lendemain à dix-neuf heures. Un rendez-vous qu'il honore d'un texto qui vau

Continuer à lire