Werner Herzog, cinéaste des cimes

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Photo : © Potemkine films


C'est peut-être l'événement de cette fin d'année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l'Institut Lumière de l'immense Werner Herzog pour présenter deux moyens-métrages documentaires de sa tentaculaire filmographie : La Souffrière (1977), sur les habitants d'un village guadeloupéen qui décident de rester sur leur sol malgré la menace d'explosion du volcan avoisinant, et Gasherbrum (1984), où deux alpinistes décident de gravir l'Himalaya d'une seule traite.

Évidemment, ces deux films sont moins connus que les grandes épopées tournées par Herzog avec son «ennemi intime» Klaus Kinski — Aguirre, Fitzcarraldo ou Cobra Verde. Moins connus aussi que ses commandes américaines, de l'inédit Rescue Dawn au dément Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans. Sans parler de ces grands documentaires que sont La Grotte des rêves perdus ou Into the Abyss, pour ne parler que de sa production récente.

Il faut dire que l'œuvre de Herzog est labyrinthique, se défiant des formats et des genres, guidée seulement par l'instinct d'aventurier du cinéaste, dont les tournages sont aussi épiques que le résultat à l'écran, et qui n'hésite jamais à aller poser sa caméra là où personne n'est allé jusqu'ici — de la grotte de Chauvet aux couloirs de la mort américains. Sa visite lyonnaise, consécutive à la sortie d'un premier coffret DVD chez Potemkine, est donc fort attendue, mais elle n'est qu'un prélude à la grande rétrospective qui lui sera consacrée début 2015. Et sur laquelle on reviendra en compagnie du maître !

Christophe Chabert

Soirée Werner Herzog
À l'Institut Lumière, dimanche 16 novembre

 


Les Ascensions de Werner Herzog

De Werner Herzog (Fr, 1h15) documentaire

De Werner Herzog (Fr, 1h15) documentaire

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Projection de deux documentaires de Werner Herzog. La Soufrière : En 1976, Herzog se rend en Guadeloupe alors que le volcan de La Soufrière menace d'entrer en éruption. D'après les sismographes, s'annonce une catastrophe inévitable dont la puissance pourrait être équivalente à celle de cinq bombes atomiques. 75 000 habitants sont alors évacués de Basse-Terre. Herzog part à la rencontre d’une poignée d’habitants qui ont choisi de rester, au péril de leur vie. Gasherbrum : Les alpinistes Reinhold Messner et Hans Kammerlander, entreprennent l'ascension de deux sommets de l'Himalaya culminant à 8000 mètres, d'une seule traite, sans camp fixe, sans radio ni oxygène. Messner a déjà gravi ces deux sommets, mais les enchaîner ainsi, sans retour au camp de base, serait un exploit inédit.


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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

ECRANS | Cinéaste à la filmographie labyrinthique hors des genres et des formats, né en Allemagne mais ayant tourné aux quatre coins du monde, nanti d’une curiosité insatiable et entouré d’une série de légendes liées à ses tournages homériques et à ses rapports complexes avec Klaus Kinski, Werner Herzog est à l’honneur de l’Institut Lumière pendant deux mois. Rencontre exclusive avec un maître tranquille. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

On vient de découvrir en France deux films de 40 minutes inédits de vous, réunis sous le titre Les Ascensions de Werner Herzog. Quelle est l’importance des courts-métrages dans votre carrière par rapport aux longs que vous avez tournés ? Werner Herzog : J’ai fait des films de quatre minutes, de dix minutes, un film de 34 minutes sur le danger d’envoyer des textos en conduisant qui n’est visible que sur YouTube [From one second to the next, NdlR]… Les choses viennent comme elles viennent, il n’y a pas d’idéologie, de méthode, de plan ou de carrière. Je fais ce que j’ai envie de faire avec pragmatisme. Mais quand vous commencez un projet, avez-vous une idée de sa durée ? Oui, bien sûr.

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-c

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Into the abyss

ECRANS | Et si le cinéma d'Herzog n'avait jamais été aussi passionnant que depuis ces dernières années ? Avec "Into the abyss", documentaire à charge contre la peine de mort, l'auteur de "Fitzcarraldo" offre le portrait fascinant d'une Amérique monstrueuse et définitivement humaine. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Vendredi 19 octobre 2012

Into the abyss

Werner Herzog s'est découvert une passion : l'Amérique et ses criminels. Précédent On Death row (sur une prison haute sécurité et son couloir guillotine) et Hate in America (une série en projet), Into the abyss ouvre le premier la porte des enfers. Direction donc le Texas, à la rencontre d'un condamné à la sentence capitale et son complice, leurs proches et ceux des victimes. À l'origine du film, une histoire aussi dérisoire qu'effroyable : un bête vol de voiture par deux adolescents paumés tournant au triple meurtre. Pour remonter le fil de l'histoire, Herzog opte pour la méthode classique, la parole, prise en plan simple et mise en scène dans des cadrages lumineux aux allures un peu irréelles. Ce choix d'aller vers un format documentaire a priori balisé n'est pas un formatage, il est évident : Into the abyss n'est qu'une grande et folle confession, s'ouvrant dans un mélange de facéties et de gravité sur un pasteur, filmé en amorce d'un cimetière de condamnés à mort. Compassion généralisée Ce plan matrice du personnage religieux qui à la fois guide et écoute, Herzog l'endosse jusqu'au bout et dans le but d'u

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La Grotte des rêves perdus

ECRANS | En réalisant ce documentaire en 3D sur la grotte de Chauvet, Werner Herzog reste fidèle à son œuvre de fiction, tout en dissimulant dans les creux de sa caverne un autoportrait en cinéaste confiant dans l’avenir de l’art. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 26 août 2011

La Grotte des rêves perdus

Des paléontologues s’enfoncent, lumières en main, dans une grotte dont les parois sont recouvertes de sédiments et y découvrent les peintures rupestres laissées par les hommes de Néanderthal, miraculeusement conservées après des milliers d’années. Immédiatement, ces images évoquent la conquête spatiale et les astronautes arpentant les cratères lunaires, ce que l’usage de la 3D vient renforcer. Ainsi Werner Herzog a-t-il pensé "La Grotte des rêves perdus" : comme un pont fascinant entre le passé et le futur dont il serait à la fois le témoin privilégié et l’architecte malicieux. Car s’il reste ici dans un cadre purement documentaire, le cinéaste y établit un dialogue avec ses œuvres de fiction les plus célèbres : les travellings le long des parois rappellent ceux du générique de "Nosferatu", les explorateurs sont de lointains cousins des conquistadors d’Aguirre, la montagne qui entoure Chauvet renvoie à celle que devait franchir le bateau de Fitzcarraldo… La bizarrerie des différents intervenants (l’un d’eux s’habille avec un costume inuit pour retrouver les sensations des hommes préhistoriques à l’ère glaciaire, un parfumeur sillonne les gorges de l’Ardèche pour y sentir l’odeur

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? Car à l’écran, il n’y a pas l’once d’un point commun entre les deux, sauf si on considère qu’un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. Quand Herzog fait l’iguane… De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. L’ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustrer en sauvant la vie d’un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de

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