Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de coeur de la compétition (3)

ECRANS | Chat de Philippe Lasry. Simiocratie de Nicolas Pleskof. Les Heures blanches de Karim Bensalah. Rhino full throttle d’Erik Schmitt. La Part de l’ombre d’Olivier Smolders.

Christophe Chabert | Jeudi 20 novembre 2014

On termine aujourd'hui notre petit tour de la compétition villeurbanaise avec quelques films qui brillent par leur originalité, et même un authentique chef-d'œuvre dont on se prend à rêver qu'il ira décrocher le Grand Prix samedi lors de la cérémonie de palmarès…

Chat de Philippe Lasry n'en est pas un, de chef-d'œuvre, mais il est fortement recommandable. Son dispositif minimaliste — tout se déroule sur la scène d'un théâtre dans une institution pour handicapés mentaux — est assez séduisant : l'éducatrice incarnée par Corinne Masiero — meilleure ici que dans la plupart des longs dans lesquels elle s'est égarée depuis Louise Wimmer — demande à une jeune fille de raconter un souvenir qui lui inspire de la tristesse. Elle choisit le moment où elle a dû déménager et où ses parents ont décidé de donner son chat à un voisin. Puis l'éducatrice désigne d'autres participants à l'atelier pour monter sur scène et rejouer ce moment. Tandis que l'exercice s'enlise, l'ensemble du groupe se lance dans un moment de défoulement qui la renvoie à son propre passé douloureux. Explosion dont on ne sait si elle est de l'ordre de la cruauté ou de l'amusement spontané, mais qui fait vaciller le spectateur sur ses bases : là où d'ordinaire les films sur le handicap cherchent à tout prix la compassion, Chat montre ses personnages comme des grands gamins inconscients des blessures qu'ils peuvent infliger. À force de manipuler leurs émotions dans un jeu de rôle thérapeutique, ils retournent le principe par pur goût de la provocation contre celle qui est supposée les aider.

Plus encore, ce que le film dit, c'est que derrière les bénévoles attentionnés se cachent des êtres tout aussi cabossés que ceux qu'ils encadrent. La scène finale, où tous se retrouvent autour de la même partie anarchique et débraillée de football, fait figure d'acceptation tacite de cet état des choses : ce n'est pas parce que l'on est valide aux yeux de la société que l'on ne charrie pas avec soi des traumatismes psychologiques handicapants.

Les Heures blanches, étrangement, utilise un renversement assez similaire, même si le ton du film, glacial comme certains films de Egoyan, en est à l'opposé. Tout commence par le meurtre d'un enfant à coup de bâtons dans une forêt enneigée. Ellipse et raccord sur une femme qui colle désespérément des affichettes sur un parking pour retrouver son fils disparu, tandis qu'en voix-off s'écoule le récit de cet enfant mort trop tôt, tué pour rien par un de ses camarades. Quelque chose cloche dans la synchronicité des événements : assiste-t-on à un flashback précédant la découverte du corps raconté par la mère, ou cette femme et la narratrice sont-elles deux personnes différentes ? Et si oui, quel lien les unit ?

Karim Bensalah utilise à plein les pouvoirs de manipulation du cinéma, préparant son twist tragique. Mais Les Heures blanches possède quelque chose de plus, qui tient à la manière dont il organise la circulation de la douleur et de la compassion. Pendant qu'un tissu de solidarité s'organise autour de la femme sur le parking, le texte off évoque la profonde solitude de la mère qui sait que son enfant ne reviendra pas, et le ressentiment qui en découle. L'empathie du spectateur passe, comme dans Chat, d'un bord à l'autre, de la victime au bourreau et du bourreau à la victime, puisque l'un peut devenir l'autre et vice-versa. Les Heures blanches a été tourné au Canada, et à sa vision revient le souvenir du splendide Prisoners, signé par un autre Québécois, Denis Villeneuve, qui montrait comment le désir de vengeance était un vecteur redoutable de contagion du mal. Comparaison n'est pas raison, mais elle dit assez bien l'ambition de ce film assez fort.

Avant de reprendre un gros bain de noirceur, quelques mots sur deux films nettement plus légers. En particulier le charmant Rhino Full Throttle d'Erik Schmitt, que l'on déconseillera aux allergiques à la coolitude berlinoise, dont il offre un condensé trognon tout plein. La panoplie est complète : le hipster qui fait de la ville un vaste espace d'intervention, la romance so chic avec une jolie fille qui a déjà traversé la planète toute entière et qui se prend en photo avec un grand panneau «I am here», le sentiment que le travail, c'est vachement XXe siècle et que la bohème, ça, c'est vraiment le must du must. On est quelque part entre Jean-Pierre Jeunet et Michel Gondry, entre la naïveté ado et le bricolage cinématographique. Charmant, c'est le mot, et chacun jugera s'il est péjoratif ou non au vu du résultat.

Quant à Simiocratie, c'est une nouvelle preuve du flair de son producteur, Amaury Ovise, pour s'aventurer dans des projets joyeusement à contre-courant. À son actif, Les Lézards et Tristesse Club de Vincent Mariette, mais aussi l'excellent L'Amour propre, un court fort justement récompensé il y a trois ans à Villeurbanne, et bientôt Aquabike, le nouveau film, qui s'annonce bien délirant, du réalisateur de La Bifle, Jean-Baptiste Saurel. Simiocratie, réalisé par Nicolas Pleskof — que l'on avait découvert à Villeurbanne avec le prometteur Zoo — reconstitue la chambre de Louis XV où le Roi en personne essaie de trousser la belle Charlotte, qui tient un salon où s'expriment les libres penseurs de l'époque, y compris les plus hostiles à la monarchie. Débarque un baron à la suffisance affichée, sorte de Jason Schwartzmann français, revenu des colonies avec un petit singe dont il prétend qu'il est beaucoup plus apte à la pensée que la moindre des femmes.

Si les costumes et les décors sont soigneusement conformes à la période traitée, le film, et c'est tout son intérêt, ose prendre de sérieuses libertés avec les conventions du cinéma historique. Pleskof a bien compris qu'il ne fallait pas confondre reconstitution et absence de quotidienneté, et laisse ses comédiens adopter un naturel et une décontraction qui brisent l'amidon dans lequel le film aurait pu s'embourber. Surtout, il a le sens du timing : Simiocratie fonce d'un bout à l'autre, quitte à frôler l'excès de vitesse lors du grand défi final, mais en tire une insolente santé, sinon une réelle santé dans l'insolence. Cette comédie féministe et pré-révolutionnaire fait du bien dans une compétition, on se répète, où l'humour n'était pas la vertu première.

D'ailleurs, pour conclure, rien de moins marrant que le nouveau film de ce génie d'Olivier Smolders, La Part de l'ombre. Et pourtant, rien de plus ludique aussi que ce portrait d'Oskar Benedek, photographe hongrois sulfureux, avant-gardiste et mystérieusement disparu au moment où les troupes allemandes envahissaient la Hongrie en 1944. Smolders, en voix-off, dit avoir découvert l'œuvre de Benedek lors d'une rétrospective dans une galerie bruxelloise où elle fit scandale au point que certaines images ont été rapidement décrochées. Trop choquantes. Alors Smolders ouvre le dossier Benedek : dedans, on y trouve des archives filmées, un journal intime, des témoignages de ceux qui l'ont connu, notamment un reportage de la télé autrichienne, et bien sûr ses images. Et quelles images ! D'abord assez classiques, si ce n'est le goût pour un noir et blanc dont le grain est tellement charbonneux qu'il tend vers une certaine abstraction, elles s'orientent ensuite vers des portraits torturés, des nus érotiques de sa muse et maîtresse, et finalement, après sa rencontre avec l'étrange docteur Klein, elles basculent dans l'horreur pure : enfants défigurés, visages recousus, corps difformes… Benedek fait du Joel Peter Witkin avec quarante ans d'avance, et on ne peut que se demander, fort légitimement, pourquoi un tel artiste est si peu connu des historiens de la photographie…

La réponse, on l'aura deviné, tient à la nature même du projet de Smolders, et aux ramifications de son enquête, de plus en plus bizarres. Benedek aurait survécu, il se serait réfugié à Paris où ses photos prennent un tour encore plus dérangeant, jusqu'à une série d'autoportraits immortalisant sa disparition progressive. Il y a quelques années, Smolders avait déjà signé un chef-d'œuvre, Mort à Vignole, où il allait jusque dans une morgue pour illustrer la théorie selon laquelle «le cinéma, c'est la mort au travail». La Part de l'ombre prolonge ce geste audacieux ; cette fois, l'image capture des fantômes en devenir, cette "part de l'ombre" qui peu à peu va tout envahir. Mais l'image peut mentir, n'être qu'un simulacre habilement déguisé en preuve. Qu'Oskar Benedek ait existé ou pas, que ses photos soient les siennes ou celles, contemporaines, d'un autre artiste, ne change rien à la manière dont Smolders conçoit son propos : quand on s'approche de trop près de l'horreur, on n'en revient jamais indemne, et on ne peut qu'en porter les stigmates morales jusqu'à sa propre mort. C'est vers ce trou noir que converge La Part de l'ombre, et il est autrement plus fascinant que celui de Christopher Nolan dans Interstellar !

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Woodstower dévoile sa programmation 2021

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Marc Simonet-Lenglart : « le Loto du patrimoine ne suffit pas »

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À Fléchère, un château comme un personnage de cinéma

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Dreamaway : visiter Versailles, mais à Lyon

Réalité Virtuelle | Parce que plonger dans un monde artificiel créé numériquement permet d’oublier le quotidien. Et parce que déambuler dans le Château de Versailles à Lyon, c’est le paradis.

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Chats' Beat

Punk | Rock impérieux, lyrics de crevards : les Australiens de The Chats se piquent d'ajouter un nouveau sous-genre au punk : le pub-punk, cantique express de la racaille et de la débrouille dégueulant de vitalité nécessiteuse.

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On connaissait le pub-rock qui au mitan des années 70 et dans la moiteur toute british des débits de boisson maltée, entendait prendre à revers les boursouflures du rock progressif et de la scène glam. Dans le sillage de puristes nommés Nick Lowe, Ian Dury, Graham Parker et Dr Feelgood, des Elvis Costello et autres Joe Strummer firent leurs premiers pas musicaux portés par ce dogme, avant, dans un geste radical, d'allumer la mèche du météorique mouvement punk. Il fallait bien qu'un jour le punk, émancipé, revisité, ressuscité, retourne sur les lieux de ses premiers méfaits de gloire, là où a germé sa faconde effrontée : le pub, donc. De cela, les Australiens de The Chats se sont chargés, "inventant" un pub-punk ramenant le genre sous la tireuse à bibine. De là, les hommes d'Eamon Sandwith, plus belle frange rouquemoute du Queensland, reviennent aux sources d'un binaire hirsute arrosé d'éructations biturées à la pisse d'âne (pertinent site Web qui répond à l'adresse thechatslovebeer.com). Pour l'heure la for

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40e festival du film court, premier service

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N’en déplaise à la Jetée clermontoise, c’est dans la Métropole lyonnaise qu’on a d’abord rêvé un festival de courts-métrages il y a bientôt quarante ans. Avec un certain sens de l’à-propos, la soirée d’ouverture de son édition anniversaire s’effectue autour du rêve, sous la houlette de Perrine Ruby — chercheuse en neurosciences, elle ne manquera pas de nous éclairer sur toutes les acceptions du terme “projection“. Cette ouverture sera précédée d’une bienvenue remembrance des 39 marches déjà gravies : le festival a en effet composé un florilège par décennie. Quatre programmes, donc, pour (re)découvrir des œuvres passées par Villeurbanne, emblématiques de leur époque, souvent primées. Tels Comme les doigts de la main d’Éric Rochant (1984), Acide Animé de Guillaume Bréaud (1998), Skhizein de Jérémy Clapin (2008), Logorama des H5 (2009) ou Avant que de tout perdre de Xavier Legrand (2012). Des films importants pour ce qu’ils sont, mais aussi pour ce et ceux qu’ils apportent au cinéma en génér

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Antoine Russbach : « L’espace cinématographique nous renvoie à nos responsabilités collectives »

3 questions à... | Antoine Russbach signe avec Ceux qui travaillent (présenté à Avignon et Gérardmer) l’un des premiers films francophones les plus percutants de l’année, où il expose en pleine lumière les coulisses du système capitaliste. À voir pour dessiller les consommateurs !

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Quel est le point de départ de ce film ? Antoine Russbach : Au départ, ce film s’inscrivait dans un projet plus vaste, beaucoup trop compliqué et trop cher pour un premier film : Ceux qui travaillent, ceux qui combattent et ceux qui prient, reprenant l’ordre de la société médiévale — ceux qui travaillent étant le tiers-état, les paysans ; ceux qui combattent, la noblesse et puis ceux qui prient le clergé s’occupant de notre âme. Je l’ai scindé en trois et donc ce film se pose la question de qui, aujourd’hui, nous nourrit. Je suis parti de la chaîne de distribution logistique de biens, la manière que l’on a de consommer aujourd’hui. La particularité, c’est que ça parle du travail dans sa finalité avec un personnage d’une classe sociale élevée qui représente le modèle de réussite que l’on peut avoir naïvement dans notre société et qui contient quelque chose de défaillant. ll serait clairement coupable Toutes les décisions que prend votre personnage semblent répondre à une logique pragmatique — même si elles peuvent paraître absurdes, voire inhumaine

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La gueule de l’emploi : "Ceux qui travaillent"

Kapital | Premier arrivé, dernier parti ; costume cravate, droit comme un i… Frank a tout du cadre modèle dans la société de fret maritime où il a gravi tous les échelons. Mais une décision coupable lui vaut d’être licencié. Lui qui se pensait pour toujours dans le camp des vainqueurs va vaciller…

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La gueule de l’emploi :

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Prenez garde ! : "Je promets d'être sage"

Comédie | Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle…

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Prenez garde ! :

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Iñaki Aizpitarte : « J'étais fasciné par les bistrots »

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Adrien Simon | Mardi 13 mars 2018

Iñaki Aizpitarte : « J'étais fasciné par les bistrots »

On te décrit souvent comme un chef rock and roll, voire même punk. Un punk devenu le chef de file d'une bistronomie qui depuis le milieu des années 2000 secouerait la gastronomie française. Iñaki Aizpitarte : On aime bien mettre les gens dans des cases, c'est classique. Quand les journalistes sont passés par ici, voir ce qu'on faisait... disons que ça les changeait. Ils se sont arrêtés sur une ou deux choses qui leur permettaient de nous décrire comme sortant de l'ordinaire - va pour le rock en cuisine. Quant au rôle de chef de file... On n'a pas été les premiers à faire de la bistronomie. il y avait déjà des chefs comme Thierry Coué, ou (plus connu) Yves Camdeborde. Ils sortaient de grandes maisons très codifiées (Senderens, Constant), un peu pince-cul et ont ouvert des restaurants à leur image, des trucs plus chaleureux. Leur cuisine avait des notes un peu plus tradi, plus régionales que ce que l'on fait maintenant. On a renouvelé cet élan-là. C'est avec cette ambition que tu as ouvert le Chateaubriand... De mon côté, je n'ai jamais réfléchi à un concept avant d'ouvrir. J'étais fasciné par les bistrots.

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Un chaton dans la gorge

MUSIQUES | Une « Rub a dub spleen diva », voici comment Grnd Zero qui l'accueille « hors les murs » le vendredi 15 décembre (il vous faudra trouver où) (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 12 décembre 2017

Un chaton dans la gorge

Une « Rub a dub spleen diva », voici comment Grnd Zero qui l'accueille « hors les murs » le vendredi 15 décembre (il vous faudra trouver où) décrit CHATON, à ne pas confondre avec le poète conceptuel Anne-James Chaton, Jessie Chaton ou Vertical Chaton, ou d'ailleurs quelque chaton que ce soit. Derrière ce nom à décourager toute recherche Google se cache un parisien à la chevelure turbulente et à la voix de miel. Du miel d'autant plus doux qu'il est délicatement auto-tuné. Sur des rythmiques doucement électronisées, cette espèce de dub timide et cotonneux, CHATON pose des Poésies, du titre de son morceau pour l'heure le plus emblématique, qui se traînent comme des arbres morts, débordant de spleen pas toujours poli, où « l'alcool fort déborde de larmes. » Anesthésiante autant que rassérénante, la musique de CHATON est une drôle de chose qui doit autant à l'électro-reggae, au hip-hop nouvelle génération ratiboisant les cordes vocales qu'au chant mélancolique et caressant d'un Julien Baer. Montrant, avec d'autres que quelque chose se lève dans la nouvelle nouvelle nouvelle chanson fr

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38e Festival du film court de Villeurbanne : une édition fantastique

Court-Métrage | Vigie d’une production européenne très orientée genre cette année, le Festival du Film Court de Villeurbanne participe de surcroît au rayonnement de la création locale. Clap clap !

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

38e Festival du film court de Villeurbanne : une édition fantastique

Nul besoin de tortiller en tout sens la compétition européenne pour dégager la dominante thématique de ce 38e millésime villeurbannais : le fantastique infuse et irrigue près de la moitié des 48 films en lice. Et il ne s’agit pas d’une lubie hexagonale : tous les pays représentés connaissent la même résurgence pour ce cinéma de genre que les jeunes cinéastes maîtrisaient parfois mal autrefois. Ce n’est plus cas. Pour Laurent Hugues, directeur des festivals du Zola, « si le goût pour le fantastique a toujours été là, il avait du mal à passer le stade des commissions d’aide à la production, qui donnaient leur préférence aux films à caractère social. Aujourd’hui, on trouve davantage de personnes aspirant à élargir le spectre des œuvres financées. » Quant au volume… Le fantastique ne naît pas dans une société apaisée : « L’air du temps inspire une inquiétude grandissante chez les auteurs, un malaise qui s’accroit depuis deux ou trois ans. » Et le comité de sélection du festival a peut-être, lui aussi, gagné en audace. Mise en bouche

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Tissu de bêtises : "Mr Chat et les Shammies" de Edmunds Janson

Animation | de Edmunds Janson (Let, 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Tissu de bêtises :

Il y a des projets audiovisuels qu’on a du mal à cerner. Ce bout-à-bout de courts-métrages d’animation en fait partie. Si l’on sait depuis Chapi-Chapo et les Tele-Tubbies que les programmes d’éveil destinés aux tout-petits peuvent revêtir des allures franchement psychotropes, Mr Chat et les Shammies les surpasse en bizarrerie… et surtout en laideur. Ici, un chat se trouve investi du rôle de référent adulte auprès des Shammies (des marionnettes anxiogènes faites de patchwork et de brins de laine). Comme il est filmé en vidéo grossière sur un fond moche puis approximativement incrusté dans leur monde, le félin n’a pas le loisir de suivre son instinct, c’est-à-dire les réduire en charpie à coup de griffes et de crocs, dommage ! Il ne peut empêcher les Shammies d’enchaîner des bêtises soporifiques à base de baignoire ou de chambre mal rangée. Pire : cette grosse peluche bienveillante de Mr Chat finit toujours par les chouchouter ! Cat-astrophique.

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Des gares en transformation : Saint-Étienne – Chateaucreux

Patrimoine | Éternelle rivale et pourtant amie de Lyon, Saint-Étienne est si près, si quotidienne pour 4 millions de voyageurs qu'on oublie parfois de regarder sa gare. Rattrapage.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Des gares en transformation : Saint-Étienne – Chateaucreux

Tentez d'aller de Perrache à Firminy (Le Corbusier ! C'est classé à l'UNESCO depuis cet été), et vous allez vous arrêter dans pas moins de... quatre gares à Saint-Étienne ! Chateaucreux, Carnot, Le Clapier, Bellevue. Et encore, il vous manque La Terrasse, près du stade Geoffroy Guichard. Cette anomalie tient en partie au fait que la ligne Saint-Étienne / Lyon est l'une des premières liaisons ferroviaires de France, avec 20 000 voyageurs par jour. Entièrement réhabilitée en 2005, la gare de Chateaucreux est aussi la seule qui accueille des TGV en cité stéphanoise. Connectée au tramway T2 et T3, cette gare a précisément été créé parce que Saint-Étienne ne disposait pas de gare principale, mais de plusieurs petites devenues vétustes au fil des ans. Il fallait combiner à la fois une gare pour les voyageurs, les marchandises et un dépôt pour les machines. Nous sommes alors en 1857. Victime d'un affaissement du sol (elle est construite au lieu-dit "château creux"), elle sera de nou

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Boulevard des Brotteaux : il fallait regarder derrière l'écran

Restaurants | En tournant autour d'un chef "vu à la télé", on a finalement accosté une charmante trattoria : la Gazzetta Mezza Lira.

Adrien Simon | Mardi 20 décembre 2016

Boulevard des Brotteaux : il fallait regarder derrière l'écran

L’émission Top Chef, paraît-il, existe encore ; et va même entamer très bientôt sa 8e saison. En 2015, Florian Chatelard s'était présenté devant ce jury. La prod' lui avait taillé un sacré costume de cuistot "sanguin", Lyonnais donc prétentieux : une "machine de guerre" conçue pour irriter le téléspectateur. Après son élimination, le jeune homme a discrètement préparé l’ouverture de son resto, que l’on attendait avec un plutôt bon a priori, heureux de pouvoir regarder derrière les montages de la téléréalité ; et convaincu par Tabata Mey (ex-Top Chef, désormais cheffe des Apothicaires) que les candidats au concours de M6 pouvaient être de très talentueux cuisiniers. Son P’tit Boulevard est situé sur le boulevard des Brotteaux. Pas de folies, côté déco : murs blancs, mobilier et vaisselle (Ikea) noir, quelques plantes (Ikea) vertes. Par une petite fenêtre, on aperçoit l'homme en blanc qui s’agite. Au déjeuner il envoie contre 15€ ce qui est certai

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"Le Voyage au Groenland" : “père” pas le Nord

ECRANS | de Sébastien Betbeder (Fr, 1h 38) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca, François Chattot…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Match retour pour Thomas. Flanqué de son pote Thomas, il atterrit à Kullorsuaq, le village où vivent les deux Inuits qu’il avait hébergés chez lui dans le court-métrage Inupiluk… mais surtout où s’est réfugié depuis des années son père Nathan. L’occasion pour eux de briser la glace. Buddy movie à la française — c’est-à-dire incarné par deux anti-héros dotés de physiques improbables et surtout de coiffures façon yorkshires morts —, cette comédie oscillant entre le burlesque et le mélancolique déroule une suite de gags gentiment frappés inspirés par le dépaysement et les différences culturelles, avant de glisser vers le tendre et le pudique des liens familiaux. Malgré la prévisibilité de la trame, c’est parfois cocasse dans le décalage — lorsqu’il s’agit par exemple pour les Thomas d’actualiser leur situation d’intermittents avec une connexion Internet préhistorique, ou bien touchant lorsque le fils et le père doivent accomplir les derniers mètres avant de s’étreindre. Petit tacle au passage à la B.O. signée Minizza : le collectif ne s’est pas trop gelé les doigts en faisant

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Festival du film court de Villeurbanne : L’enfance du 7e art

37e festival du film court de Villeurbanne | Si la fusion Auvergne/Rhône-Alpes a porté le mastodonte clermontois au top des rendez-vous régionaux dédiés aux courts-métrages, celui du Zola conserve (malgré un budget trop modeste) l’avantage de l’antériorité, de la convivialité et de la curiosité.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Festival du film court de Villeurbanne : L’enfance du 7e art

Année après année, le Festival du film court de Villeurbanne demeure LE refuge pour spectateurs avides de propositions cinématographiques inédites. La preuve avec cette 37e édition, parcourue par un souffle de nouveautés, perceptible notamment dans les 44 films de sa compétition européenne — sa principale sélection —, et accentuée par une étonnante surreprésentation d’enfants. D’enfants à naître, dans le superbe court animé de Roshanak Roshan, Yalda où une Iranienne exilée révèle sa crainte de devenir mère, ou d’êtres infantilisés, à l’instar du protagoniste de Nabelschur. Signé par la prometteuse Eliza Petkova, ce film à la direction artistique impeccable montre un jeune homme garrotté par une mère mutique et possessive à l’amour odieusement destructeur. Renouveau allemand Observateurs, messagers, parfois dépositaires de secrets écrasants, les enfants entrent dans un monde terrifiant auquel ils ne sont pas préparés : la fillette kurde réfugiée chargée d’annoncer un diagnostic médical à sa mère de Il Silenzio, ou le môme découvrant que son père doit dém

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Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Caviste nature | Dans le quartier de Saint-Jean, se niche un esthète libanais nommé Mahdi qui saura trouver le bon canon d'artisan à écouter en buvant un Charles Mingus millésimé. Ou l'inverse, c'est selon.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Nous : « Alors je voudrais un rouge, genre… » Mahdi : « Goûte ce pétillant plutôt ! » Le fond du verre accueille le breuvage avant notre phrase finie. Nous goûtons, approuvons. Mahdi complète alors le verre. Mahdi Hachem n’est pas là pour nous servir l’apéro : il est en mission, pour faire découvrir tout un monde ; et raconter l’histoire des gens qu’il aime — les vignerons, les musiciens — par les breuvages qu’il sert, par le jazz se lovant dans sa petite échoppe. Sa propre histoire aussi, par ricochet. Et il aime commencer par le début, comme toute bonne histoire, qu'elle se conte, ou qu'elle se boive. Car même si nous passions la première fois boire un seul verre en solo, nous avons été capturés (comme bien d’autres) par l’atmosphère peu commune de ce spot à la déco iconoclaste (le maître de la demeure s'adonne aussi à la peinture), par l'amour qui s’en dégage, par l’histoire contée ce jour-là par un tenancier pas tout à fait comme les autres et ne respectant surtout aucune des conventions en usage habituellement dans un tr

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Insomniaque

MUSIQUES | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 18 octobre 2016

Insomniaque

22>10>16 NINKASI KAO EZ! #43 Amateurs de bass music, cette soirée va vous combler : c'est un best of du label Château Bruyant qui est ici convié, avec celui qui est sans doute le meilleur représentant du dubstep dans nos contrées, Niveau Zéro, accompagné d'un duo calorifère sur scène (Tambour Battant), d'un DJ passionnant repéré par Gilles Peterson (Nikitch) et enfin de The Unik : clairement pas une nuit pour âmes sensibles, mais les adeptes de breaks tropicalisés et de basses massives vont se caler sur le beat. Heavy. 22>10>16 LE PETIT SALON KEVIN SAUNDERSON Voici venir le quota de légende techno hebdomadaire dans la ville : et pour le coup, c'est rien moins que l'un des trois fondateurs du genre à Détroit, Kevin Saunderson, qui fait une halte au Petit Salon... On lui doit ce qui est devenu un mouvement de masse, mais aussi quelques hits absolus continuant de réveiller n'importe quel dan

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10 concerts à voir en juin

MUSIQUES | En attendant d'entrer pleinement dans la saison des festivals, voici dix concerts à ne pas louper dans la ville.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 juin 2016

10 concerts à voir en juin

Billie On l'avait laissé sur un Baiser, on la retrouve sur un French Kiss. Le Baiser, c'était son premier album d'étrange chanson française d'obédience krautrockeuse et conteuse. Le French Kiss, c'est ce moment de retrouvailles traditionnellement organisé par le Club Transbo pour fêter la sortie (ou la release comme on dit en étranger) d'un album ou d'un EP d'un ami du coin. Là c'est un EP, Nuits Aquatiques produit par Erotic Market en mode plus r'n'b et plus coulant, quoique. Comme il se doit l'affaire se joue gratuitement sur réservation avec pléthore d'invités surprises. Au Club Transbo le mercredi 15 juin Neil Young & Promise of the Real Au rythme où ça va, gageons que Neil Young est parti pour enterrer tous ses pairs. Le fait qu'il est l'un des derniers de sa génération à sortir des albums dignes de ce nom — pas toujours, l'avant-dernier n'étant pas une réussite — et porteurs d'une capacité de régénération plutôt hors du commun. DHEA ? Non, enthousiasme, car Neil pr

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La Saison des femmes

ECRANS | de Leena Yadav (Ind, 1h45) avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

La Saison des femmes

Lorsqu’un film issu d’un pays non-occidental prend fait et cause pour les femmes victimes du patriarcat, de mariages forcés ou de violences ordinaires, le premier mouvement du spectateur acquis à la parité consiste à applaudir. Certaines de ces réalisations sont en effet tournées clandestinement, en dépit de la censure (en Iran notamment), travaillent à briser des tabous en étant projetées sur leur territoire — voir l’exemple de Mustang. D’autres, en revanche, semblent ne s’adresser qu’à l’exportation, en véhiculant des messages politiquement fédérateurs pour le public des festival internationaux. C’était le cas de La Source des femmes (2011) de Radu Mihaileanu, faux film du Sud montré à Cannes mais jamais sorti au Maghreb ; il en va de même avec ce “conte” chamarré présenté à Toronto et Stockholm, encore inédit sur le sol indien, pourtant terre de cinéma. Gommant le plus possible les particularismes locaux (tels les pittoresques intermèdes chantés du cinéma masala) La Saison des femmes adopte un langage universel — une sorte de “globish”— pour témoigner d’une triste réalité. Certes, ce n’est pas à la quantité de folklore que l’on mesure l’au

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Le Soulier de Claudel

Brangues - Isère | Datant des XVII et XVIIIe siècles, ce château a une accointance avec nos grands auteurs. À commencer par Stendhal qui y fit un séjour en 1827 suite à (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Le Soulier de Claudel

Datant des XVII et XVIIIe siècles, ce château a une accointance avec nos grands auteurs. À commencer par Stendhal qui y fit un séjour en 1827 suite à l’affaire Berthet, du nom de ce jeune homme qui, à l’église, au moment de la communion, a grièvement blessé une croyante avant de tenter vainement de se suicider (la peine de mort l’emportera peu après). C’est ici que l’écrivain grenoblois aurait imaginé Le Rouge et le noir en s’inspirant de ce fait divers. En 1927, Paul Claudel, alors ambassadeur de France au Japon, en fit l’acquisition auprès du marquis de Virieu. C’est neuf ans plus tard, ne se consacrant plus qu’à ses activités littéraires, qu’il s’installe à plein temps dans ce château où il reçoit de grandes figures comme François Mauriac ou le maire de Lyon, Édouard Herriot. Selon sa volonté, le dramaturge est enterré dans ce lieu suite à son décès à Paris en février 1955. Sur sa tombe est gravée l’épitaphe : « Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel. » Référencé comme monument historique, ce château, privé, ne se visite plus que lors des Journées du patrimoine. La tombe de Claudel est, a contrario, toujours accessible au publ

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Le Festival du Film Court, premier sur le renouvellement

ECRANS | ​Lancé à l’aube des années 1980 à Gerland puis installé dans la foulée au Zola de Villeurbanne, le Festival du Film Court a connu de nombreuses métamorphoses. Mais il demeure, à 36 ans, un phare précieux pour révéler les nouvelles générations. Et transmettre le témoin…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Le Festival du Film Court, premier sur le renouvellement

Il faut avoir de l’endurance oculaire lorsque l’on appartient au comité de sélection villeurbannais : cette année, ces passionnés ont eu à se prononcer sur près de 1 300 courts métrages inscrits en présélection dans la section principale, la compétition européenne. C’est donc la quintessence de la production 2014-2015 qui a été retenue, soit 38 œuvres réparties en 7 programmes — auxquelles s’ajoute un bonus : une "séance de rattrapage" offerte à 5 films à la lisière de la sélection, méritant d’être vus même s’ils ne concourent pas pour un prix. Beaucoup de films, mais surtout «plus de cinéma en compétition que les années précédentes précise Laurent Hugues, le directeur des festivals, car ce n’est pas la même chose. Faire du cinéma, c’est employer un langage spécifique pour raconter une histoire, pour la véhiculer et caractériser ses personnages.» Un langage, mais aussi plusieurs idiomes, pourrait-on compléter, tant grande est la diversité des formes rassemblées durant la dizaine festivalière : certes, le documentaire est absent et la fiction dominatrice, cependant que l’expérimental possède son représentant et l’animation compose le cinquième de la sé

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Rentrée cinéma : du côté des festivals

ECRANS | Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : du côté des festivals

Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les formes de cinéma. Ça va aller vite, autant être prévenu. Lumière s’achèvera en effet avec l’ouverture des vacances de la Toussaint… et donc le lancement du festival Les Toiles des Mômes dans les salles du GRAC (du 17 octobre au 1er novembre). Dédié au jeune public, complété par des animations, ce rendez-vous autrefois baptisé Toiles des Gones prend du galon en dépassant les frontières de la Métropole. Aux mêmes dates, Ciné Filou sillonnera les Monts du Lyonnais. Le cinéma Les 400 Coups de Villefranche accueillera ensuite la 20e édition de ses Rencontres du Cinéma Francophone (du 9 au 15 novembre) avec son lot d’avant-premières présentées par leurs auteurs, précédant le doyen des festivals de l’agglomération, l’incontournable 36e Festival du film Court de Villeurbanne au Zola (13 au 22 novembre). Plus discret, mais pas moins intéressant, Sol'enFilms programmera (dans les salles du GRAC à nou

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Rhône-Alpes en huit sites incontournables

ACTUS | Avant que la région n'en compte douze, zoom sur les lieux les plus emblématiques de chacun des huit départements de Rhône-Alpes, qu’ils soient inscrits ou classés aux monuments historiques. À voir et à revoir.

Nadja Pobel | Mardi 7 juillet 2015

Rhône-Alpes en huit sites incontournables

Ain – Édifice de Brou Sacré "Monument préféré des français" en 2014 par l’émission télé du même nom, le Monastère royal de Brou est furieusement tendance. Situé à Bourg-en-Bresse, à même pas une heure de Lyon, ce chef-d’œuvre gothique du XVIe siècle qui attire les foules est en fait un mausolée princier accueillant trois tombeaux. Car le monastère est né d'une belle histoire d'amour : il fut mis en chantier par Marguerite d'Autriche, inconsolable après la mort de son mari le duc de Savoie. Incroyablement bien conservé, il renferme aujourd'hui un important musée de sculpture flamande du XVIe. Sa succession de trois (!) cloîtres prolonge le plaisir de la découverte. Valentine Martin Ardèche – La Caverne du Pont-d'Arc Depuis le 25 avril, la reconstitution de la grotte Chauvet invite à découvrir un exceptionnel trésor ancestral : mille dessins rupestres, dont 425 animaux – notamment des

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Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

ECRANS | "Sicario" de Denis Villeneuve. "Cemetery of Splendour" d’Apichatpong Weerasethakul. "Le Tout nouveau testament" de Jaco Van Dormael.

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2015

Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

Après la parenthèse enchantée de Vice Versa offerte (à vie) par les studios Pixar, retour à la dure réalité cannoise avec des films qu’on qualifiera gentiment d’inaboutis, pour des raisons somme toute très diverses. Prenons Sicario de Denis Villeneuve… Tout laissait à penser que le cinéaste québécois allait donner à ce polar sur fond de lutte contre les narcotrafiquants mexicains la même classe que celle insufflée à son superbe Prisoners. Le film démarre d’ailleurs très bien avec un assaut mené contre un repère de gangsters soupçonnés de détenir des otages. À la place, et après avoir soigneusement dégommé les habitants peu fréquentables du lieu, les agents découvrent un véritable charnier de cadavres étouffés dans des sacs plastiques puis dissimulés dans les murs de la maison. Vision d’horreur puissante qui permet aussi de mettre en avant la protagoniste du film : Kate (Emily Blunt), jeune recrue idéaliste du FBI, vite débauchée par un groupe d’intervention d’élite emmené par un type aussi débonnaire qu’inflexible (Josh Brolin) assoc

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La nuit de Château

MUSIQUES | «Ne jamais faire confiance à un type qui après avoir été un punk joue de l'électro» prévenaient les Wampas. Didier et ses copains édentés auraient pu formuler le même (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

La nuit de Château

«Ne jamais faire confiance à un type qui après avoir été un punk joue de l'électro» prévenaient les Wampas. Didier et ses copains édentés auraient pu formuler le même avertissement à propos d'un metalhead devenu producteur de dubstep, mais ils auraient pour le coup eu tort : le Parisien Niveau Zero a suivi un tel parcours – et arboré un temps une chevelure arachnéenne à faire passer Sinsémilia pour un bataillon d'apprentis Jacques Dessange – sans que cela l'empêche de s'imposer en une paire d'albums, dont le terrible Jasmine, bande-son âcre et tellurique du Printemps arabe, comme un pilier de la bass music hexagonale. Massif le pilier, à l'instar du reste de l'édifice Château Bruyant, du nom du radar à basses fréquences qu'il co-manœuvre avec le duo marseillais Tambour Battant – qui fait dans la ghetto-tech/house/whatever et le fait bien – et auquel le Transbordeur consacrera une "label night" ce samedi 28 février. Outre ces trois châtelains (manque à l'appel The Unik, mais il se ratt

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Quand Rappeneau nous mène en château...

ECRANS | La Ciné-collection du GRAC aura fait un sans faute depuis la rentrée. Son film de décembre, La Vie de château, est une sorte d’apothéose joyeuse, ce bijou de (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Quand Rappeneau nous mène en château...

La Ciné-collection du GRAC aura fait un sans faute depuis la rentrée. Son film de décembre, La Vie de château, est une sorte d’apothéose joyeuse, ce bijou de comédie tourné en 1965 par Jean-Paul Rappeneau venant opportunément flanquer la honte à toutes les comédies françaises qui s’échouent telles des baleines ivres sur les écrans hivernaux. Il faut dire que Rappeneau avait su bien s’entourer : le grand (et récemment disparu) Daniel Boulanger aux dialogues, deux script doctors de luxe (Alain Cavalier et Claude Sautet, rien que ça) et des comédiens à l’énergie juvénile irrésistible : Catherine Deneuve, véritable stradivarius entre les mains du réalisateur, et Philippe Noiret, parfait de flegme bougon. La force de ce vaudeville qui en dépoussière violemment la tradition, c’est de prendre pour cadre une époque qui ne prête pas à la poilade : 1944 et le débarquement sur les plages normandes. Mais l’action est vue entièrement depuis un château bourgeois en Normandie où un couple trompe son ennui en attendant, probablement, de se tromper l’un l’autre. Lui aime son confort campagnard, elle ne rêve que de "monter" à Paris. Et tandis qu’il fait contre mauvaise f

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Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de cœur de la compétition (2)

ECRANS | "Ocze Masz" de Kacper Lisowski. "Poisson" d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux. "Tant qu’il nous reste des fusils à pompe" de Caroline Poggi et Jonathan Vinel. "Café de la plage" de Xavier Champagnac, Prune Saunier et Gilles Gaston-Dreyfus.

Christophe Chabert | Jeudi 20 novembre 2014

Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de cœur de la compétition (2)

Une des déceptions de cette compétition 2014, c’est la faiblesse des courts européens présentés, largement distancés par les films français, mais surtout francophones — comme on l’expliquera dans notre billet de demain. Un exemple : Safari de l’Espagnol Gerardo Herrero, qui sombre dans le mauvais goût le plus total en créant un suspens malsain et clipesque autour d’une tuerie façon Columbine. D’ordinaire, le court espagnol sait être mordant et caustique, mais dans ce cas, il n’est qu’un vain exercice de style d’un petit malin cherchant à choquer pour choquer. Il faut toujours une exception pour confirmer la règle : ce sera donc le Polonais Ocze Masz (qu’on peut traduire par La Fête des pères) qui, sans être aucunement révolutionnaire, tient plutôt correctement son programme doux-amer. Un chanteur punk vieillissant passe la nuit avec une groupie levée à la fin d’un concert et se réveille le matin avec la gueule de bois, la demoiselle dans le coma et son fiston sur les bras. C’est beaucoup pour un seul homme, surtout quand il a fait de l’absence de responsabilités une véritable éthique de vie. Il tente d’abord de refourguer le ga

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Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de coeur de la compétition (1)

ECRANS | "Nectar" de Lucile Hadzihalilovic. "Shadow" de Lorenzo Recio. "La Petite casserole d’Anatole" d’Éric Montchaud.

Christophe Chabert | Mercredi 19 novembre 2014

Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de coeur de la compétition (1)

Avant d’entrer dans les détails de cette compétition 2014 du festival de Villeurbanne, une remarque liminaire : chaque festival de court-métrage possède son empreinte particulière, une certaine cohérence pour trier, parmi le millier de films reçus, ce qui constituera sa vitrine annuelle. Au fil des éditions, Villeurbanne dessine un goût pour le court où s’exprime une réelle maîtrise du cinéma, dans la manière de raconter une histoire ou de la mettre en scène visuellement à l’écran. Sur les 37 films présentés, quasiment aucun n’est pris en faute de goût, à l’exception, mais c’est presque inévitable, notamment dans le court français, du dialogue, pas toujours très crédible, et de la direction d’acteurs, parfois hasardeuse. Cette cohérence a son revers : le binge watching de la compétition entraîne assez vite une accoutumance à ce cinéma bien fait, bien produit, bien écrit et bien réalisé, qui laisse peu de place à l’imprévu et se contente souvent de traiter un sujet de façon assez conventionnelle. Ce sont, du coup, les œuvres les plus aventureuses qui tirent la couverture à elles, celles qui n’ont pas peur d’expérimenter et de déranger, refusant les récits bouclés ou bous

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Une belle brochette de courts…

CONNAITRE | Le festival du film court de Villeurbanne, manifestation phare du genre dans l’agglo, a commencé au Zola vendredi dernier et se poursuit jusqu’à dimanche. (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Une belle brochette de courts…

Le festival du film court de Villeurbanne, manifestation phare du genre dans l’agglo, a commencé au Zola vendredi dernier et se poursuit jusqu’à dimanche. En plus de ses sections parallèles, c’est bien sûr sa compétition qui fera l’événement cette semaine, avec l’arrivée du jury et le palmarès samedi soir. Sur les trente-sept films présentés, une bonne douzaine vaut largement le déplacement, et on en parlera quotidiennement sur notre site web… Mais l’un d’entre eux est de ces chefs-d’œuvre qui éclipsent tous les autres. Il s’appelle La Part de l’ombre et est signé par Olivier Smolders, fabuleux cinéaste belge qui a construit une œuvre singulière puisqu’à l’exception d’un long resté hélas confidentiel, il n’a tourné que des courts. Son nouveau film se propose d’éclaircir, à partir d’une multitude de sources, l’énigme du photographe hongrois Oskar Benedek, dont la carrière sulfureuse et avant-gardiste a été interrompue par sa disparition mystérieuse en 1944. Smolders y trouve un nouveau prétexte pour explorer les puissances de l’image et son rapport à la mort, ici conçue comme un effacement progressif du vivant. Une œuvre-choc et hantée, dont on n

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En bonnes voix

MUSIQUES | Dix ans déjà que, depuis les contreforts du Beaujolais, le festival Nouvelles Voix vendange les nouveaux talents pour tenter de dresser un portrait de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 novembre 2014

En bonnes voix

Dix ans déjà que, depuis les contreforts du Beaujolais, le festival Nouvelles Voix vendange les nouveaux talents pour tenter de dresser un portrait de la musique – tendance chanson plutôt – d'aujourd'hui et surtout de demain. En offrant d'ailleurs à peu près pour tous les goûts – tendance chanson plutôt, donc, mais en fait pas que. On ne s'étonnera alors pas d'y retrouver certains de nos chouchous locaux comme Pethrol, à deux doigts de gagner le statut de premiers de cordée qu'ils méritent. Mais aussi, Nouvelles Voix ratissant plus large, esthétiquement comme géographiquement, parfois même très loin, des découvertes (ou des "à découvrir si ce n'est déjà fait") comme le Bordelais Talisco (vu cet automne à Just Rock?), l'Israëlienne aux instruments venus d'ailleurs Lior Shoov, les Toulousains pluridisciplinaires de Kid Wise ou encore Klô Pelgag, Québécoise quelque peu extra-terrestre (d'où sans doute, ce nom crypto-Klingon). Et puis comme on fête une décennie (ou peut-être que ça n'a rien à voir, après tout), le festival s'offre une belle soirée de gala. En tête d'affiche Hollysiz,

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De la Terre à l'éther

CONNAITRE | Dans De la Terre à la Lune, le Gun Club de Baltimore mettait trois explorateurs des temps modernes en orbite façon homme-canon. Dans la nouvelle BD d'Alex (...)

Benjamin Mialot | Mardi 4 novembre 2014

De la Terre à l'éther

Dans De la Terre à la Lune, le Gun Club de Baltimore mettait trois explorateurs des temps modernes en orbite façon homme-canon. Dans la nouvelle BD d'Alex Alice, dessinateur de l'indispensable saga ésotérique Le Troisième Testament et de Siegfried (époustouflante variation wagnérienne dont les planches répondront aux cuivres de l'ONL dans le cadre du festival Cuivres en folie), c'est l'éther, une mystérieuse énergie irriguant l'atmosphère, qui doit permettre à un ballon de rejoindre le firmament. Passé cette parenté contextuelle – la révolution industrielle revisitée à travers le prisme de l'anticipation – Le Château des étoiles

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Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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Les Drôles de poissons-chats

ECRANS | De Claudia Sainte-Luce (Mex-Fr, 1h29) avec Ximena Ayala, Lisa Owen, Sonia Franco…

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2014

Les Drôles de poissons-chats

Vendeuse désabusée dans un supermarché, Claudia se réveille une nuit avec un terrible mal de ventre. Direction les urgences où on lui diagnostique une crise d’appendicite ; tandis qu’elle se remet de l’opération, elle va sympathiser avec sa voisine de chambre, Martha, quadragénaire entourée par ses quatre enfants. Le cancer qui la ronge n’entame pas sa joie de vivre et elle propose même à Claudia de venir passer quelques jours chez elle, où elle va peu à peu trouver sa place au milieu de ce sympathique chaos domestique. Il y a d’abord une petite appréhension face aux Drôles de poissons-chats : le récit d’apprentissage tragi-comique à hauteur d’enfant ou d’adolescent est devenu un poncif du world cinema d’auteur. Mais Claudia Sainte-Luce fait vite la différence grâce à une fine caractérisation de tous ses personnages, notamment les enfants de la tribu, possédant tous une personnalité singulière, créant ainsi des contrastes forts qui lui permettent de pimenter les situations les plus quotidiennes. La mise en scène, aidée par une très belle photo signée Agnès Godard, plus inspirée ici que pour les films de Claire Denis, parvient à capter l’énergie née de ce désordr

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Chat ne va pas de soi

CONNAITRE | Dans Le Chat de Schrödinger (Gallimard, 2013) de Philippe Forest (invité de la table ronde "Être ou ne pas être : et s'il n'était pas nécessaire de choisir", (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 mai 2014

Chat ne va pas de soi

Dans Le Chat de Schrödinger (Gallimard, 2013) de Philippe Forest (invité de la table ronde "Être ou ne pas être : et s'il n'était pas nécessaire de choisir", jeudi 22 mai aux Subsistances), tout part d'une anecdote des plus triviales : un soir, un chat perdu entre dans le jardin de la maison de campagne du narrateur. Ce micro-événement plonge l'auteur dans des réflexions, peu à peu abyssales, sur la rencontre ou, au contraire, l'étanchéité parallèle de deux (au moins) univers : celui de la vie animale et de la vie humaine, du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, de l'être et de son reflet. Au point de glisser vers des méditations éclairantes et poétiques sur la physique quantique de Schrödinger, de Heisenberg et d'autres : «Le plus grand des mystères se tient dans le plus petit des replis du réel. Là règnent d'autres lois que celles que nous connaissons. Là s'étend un domaine de poussières où il n'est plus inconcevable qu'une chose soit et son contraire». Grande fiction poético-philosophique, Le Chat de Schrödinger rouvre les possibles, défie les identités, redessine

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Le grand duc

CONNAITRE | Chambéry est la préfecture de la Savoie. Logique, donc, que le château des ducs de Savoie soit sur ses terres, à l'extrémité de la colline de Montjay. Ce petit (...)

Benjamin Mialot | Mardi 29 avril 2014

Le grand duc

Chambéry est la préfecture de la Savoie. Logique, donc, que le château des ducs de Savoie soit sur ses terres, à l'extrémité de la colline de Montjay. Ce petit bijou datant du XIe siècle abrite aujourd'hui (et depuis 1890) la préfecture et le Conseil Général de Savoie. Mais plus qu’une simple enclave administrative, le lieu est un écrin qui se visite. Cerise sur le château, l’été, sa splendide cour se transforme en véritable scène grâce au festival gratuit Les Estivales en Savoie – cette année du 4 au 26 juillet. Mais revenons-en à cette fameuse bâtisse, qui a subi de nombreuses modifications et extensions au cours de son histoire. Une exposition, avec notamment deux maquettes, permet de comprendre l'évolution de ce monument qui fut la résidence principale de la maison de Savoie de 1295 à 1563 – rappelons que la Savoie a été tour à tour un comté, un duché et un royaume avant d’être annexée par la France de Napoléon III en 1860. Parmi les éléments remarquables de cet édifice de forme quadrilatère (avec un donjon carré), on retient surtout la Sainte-Chapelle, qui a carrément abrité le suaire qui aurait enveloppé le Christ. Elle présente des vitraux du XV

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Festival du film court de Villeurbanne : Compétition, partie 2

ECRANS | Au terme de sa compétition, le festival du film court de Villeurbanne semble dessiner un boulevard pour le génial The Mass of men, qui a survolé la journée d’hier, malgré quelques belles révélations. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 23 novembre 2013

Festival du film court de Villeurbanne : Compétition, partie 2

Il y a des films qui, dans une compétition festivalière, ne font pas de prisonniers et écrasent tout sur leur passage. The Mass of men, chef-d’œuvre de Gabriel Gauchet dont on parlait ici, a déjà raflé des grands prix à tire-larigot, à Locarno, Grenoble, Grenade, etc. Le film n’a pourtant rien d’une bête à concours ; il représente juste ce que tout court-métrage devrait être : un regard sur le monde qui tient autant à la qualité d’une écriture, à la maîtrise de la direction d’acteurs et à des choix de mise en scène qui permettent au spectateur de vivre l’action mais aussi de la décoder et de la mettre en perspective. À l’aune de The Mass of men, les faiblesses de ses concurrents apparaissent criantes : tel cinéaste se regarde filmer, tel autre a un sujet, mais le décline scolairement à l’écran ; et celui-ci, qui n’a pas écrit des dialogues suffisamment pensés pour ses acteurs, et qui se retrouve à galérer pour les rendre cinématographiques… Qu’on soit clair, dans la compétition de Villeurbanne, si aucun f

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Festival du film court de Villeurbanne : Compétition, partie 1

ECRANS | À mi-parcours de sa compétition européenne, nos favoris au 34e festival du film court de Villeurbanne restent solidement en tête, malgré de jolies découvertes et un nouvel OVNI filmique de l’insaisissable Christophe Loizillon. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 22 novembre 2013

Festival du film court de Villeurbanne : Compétition, partie 1

Bon cru, annoncions-nous ici il y a quelques jours concernant la compétition européenne du festival du film court de Villeurbanne… Ça a tendance à se confirmer même si, après quatre programmes visionnés, il ne fait pas de doute que nos chouchous découverts dans d’autres festivals continuent tranquillement la course en tête : Avant que de tout perdre et L’Amour bègue — The Mass of men et Solitudes seront présentés aujourd’hui. Animations Commençons par ce qui fâche : on se demande, année après année, pourquoi le festival programme autant de films d’animations dans sa compétition. On n’a rien contre le genre en soi, mais il paraît évident que les films retenus ont l’air maigrichons face aux mastodontes de la fiction en prises de vue réelles. Exemple extrême : Snejinka (Flocon), dessin animé russe au-delà du naïf, avec son exotisme africain de pacotille façon sous-Kirikou. Ou enc

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Le court des choses

ECRANS | La compétition du 34e festival du film court de Villeurbanne s’annonce passionnante, et plus que jamais ouverte sur le monde — et ses affres —, vu par des cinéastes en quête d’audace et d’efficacité. La preuve en quelques films majeurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 novembre 2013

Le court des choses

Depuis que le festival du film court de Villeurbanne a fusionné ses compétitions francophone et européenne, cette épine dorsale de sa programmation a trouvé une nouvelle ampleur. Ce qui frappe cependant pour cette 34e édition, c’est que les films eux-mêmes semblent traverser les frontières, et il n’est pas rare de voir un cinéaste français tourner en Angleterre ou en Afrique du Sud… Une mondialisation qui se retrouve aussi dans les sujets abordés, où l’immigration et les conséquences de la crise économique forment le background de nombreuses fictions. Cette façon de prendre le pouls d’une époque n’a vraiment rien d’inattendu et serait même anecdotique si les films ne cherchaient pas avant tout de nouvelles formes pour traiter leur sujet. C’est particulièrement frappant dans The Mass of men de Gabriel Gauchet, un véritable chef-d’œuvre qui fait déjà figure de favori pour le palmarès final. Gauchet met d’abord en scène un fait divers sanglant, un massacre au pistolet à clous dans un Pôle emploi britannique, qu’il regarde à travers les images froides des caméras de survei

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Des Grecs et une Parmentier

ECRANS | C’est le début cette semaine de l’incontournable Festival du film court de Villeurbanne au Zola, qui s’annonce cette année comme un excellent cru. On dit ça (...)

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

Des Grecs et une Parmentier

C’est le début cette semaine de l’incontournable Festival du film court de Villeurbanne au Zola, qui s’annonce cette année comme un excellent cru. On dit ça car on a déjà jeté un œil à certains films de sa compétition européenne, et il y a de sacrés morceaux de cinéma là-dedans. On y reviendra en détail la semaine prochaine — le festival continue jusqu’au 24 novembre — mais il ne faudrait pas négliger les belles séances de cette semaine, à commencer par la carte blanche proposée à Julie-Marie Parmentier (vendredi 15 novembre à 21h), marraine et membre du jury de cette 34e édition, qui a fait de grands écarts de programmation, entre un court muet de Chaplin (Charlot boxeur) et un autre, absolument rarissime, de Takeshi Kitano, One fine day. Surtout, elle y a adjoint un court long métrage (64 minutes) de son amie Isild Le Besco, Demi-tarif. À l’époque, ce film hors norme et hors format avait trouvé un défenseur de choix en la personne du regretté Chris Marker, qui avait vu dans cette dérive de trois enfants livrés à eux-mêmes un souffle nouveau pour le cinéma français — confirmé par Le Besco ensuite dans ses deux a

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Un château en Italie

ECRANS | De et avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr, 1h44) avec Louis Garrel, Céline Sallette…

Christophe Chabert | Mardi 22 octobre 2013

Un château en Italie

Une actrice qui ne joue plus rencontre un acteur qui en a marre de jouer. Pendant ce temps, son frère se meurt du SIDA et sa mère, aristocrate déchue, veut vendre le château familial… Il est plus facile pour un chameau et Actrices, les deux premiers films réalisés par Valeria Bruni Tedeschi, exaspéraient par l’impudeur avec laquelle elle étalait sa vie et son métier, sans jamais trouver une forme cinématographique autre que l’ordinaire de l’auteurisme à la française. Un château en Italie fait à peu près la même chose, et quiconque connaît un peu sa biographie — qui est en partie aussi celle de sa très médiatique sœur — passera son temps à chercher les clés pour démêler ce qui relève ici de la vérité et de la fiction. Un jeu aussi vain que lassant, qui pousse parfois loin la plaisanterie — Garrel travesti refusant un rôle à un cinéaste manifestement gay, si ce n’est pas une référence à Laurence Anyways… Dommage, car Bruni Tedeschi a progressé en tant que cinéaste, moins ar

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