Praia do futuro

ECRANS | De Karim Aïnouz (Brésil-All, 1h46) avec Wagner Moura, Clemens Schick…

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Deux motards se noient sur la plage du futur à Rio, et Donato, maître nageur, ne parvient à sauver que Konrad. Le drame digéré, les deux hommes se jettent l'un sur l'autre pour copuler dans une voiture. Ellipse. Berlin, quelques mois plus tard. Donato a suivi Konrad, mais traîne son spleen d'exilé dans les rues de la ville. Ellipse. Ayrton, le frère de Donato, débarque à son tour dans la capitale allemande à la recherche de son frangin, qu'il adulait.

On a à peu près tout raconté du nouveau film de Karim Aïnouz, remarqué avec Madame Sata, et c'est justement le problème de ce trop long métrage : il est particulièrement avare en idées de scénario, sinon en idées de cinéma. Dommage, car quand il en a — une par partie — elles sont plutôt bonnes. Notamment cette capacité à saisir la sensation de déracinement éprouvée par Donato face à la grisaille allemande. En revanche, le cinéaste est incapable de montrer la passion physique autrement que comme une sorte de pulsion animale, sans aucune forme de sensualité.

Surtout, il a une fâcheuse tendance à tout filmer in extenso, plus par paresse que par goût d'un cinéma contemplatif — et contempler quoi, de toute façon, à part des fêtes techno et une reprise en français dans le texte d'Aline de Christophe ? Bizarrement, le film n'est pas entièrement déplaisant à regarder ; il laisse juste un profond sentiment de vide et de superficialité.

Christophe Chabert


Praia do futuro

De Karim Aïnouz (Brés-All, 1h46) avec Wagner Moura, Clemens Schick...

De Karim Aïnouz (Brés-All, 1h46) avec Wagner Moura, Clemens Schick...

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Donato, sauveteur brésilien sur la plage de Praia do Futuro, assiste à la noyade de deux hommes mais ne peut en sauver qu’un, Konrad, un touriste allemand dont il tombe amoureux. Pour vivre pleinement cette histoire, il décide de tout quitter pour le suivre en Allemagne.


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