Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Le titre fait évidemment penser au Into the Wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d'une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n'adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de «into the»… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l'héroïne ou les aphorismes inscrits à même l'écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d'une mère et celle d'un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n'arrête le regard.

Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s'intéressent pas aux autres ou à l'inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprises, les rencontres sont vécues comme des menaces pour cette fille solitaire. Mais Vallée, pas Québécois pour rien, ne franchit jamais le pas, et les gens sont en fin de compte gentils, même quand ils n'en ont pas l'air. Un suspense émotionnel hypocrite bien à l'image de Wild, dont même Reese Witherspoon, qui se montre avec un volontarisme gênant sous un jour peu glamour, ne sort pas grandie, loin de là.

Christophe Chabert


Wild

De Jean-Marc Vallée (EU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann...

De Jean-Marc Vallée (EU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann...

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Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue…


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Les noces rebelles : "Wildlife - Une saison ardente"

ECRANS | De Paul Dano (É-U, 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Les noces rebelles :

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile — il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs — mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de “jeune vieux“), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le Rêve américain, dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes pré

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Insomniaque

MUSIQUES | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

Insomniaque

27>01>17 LE SUCRE MATTHEW DEAR Le fondateur du label Ghostly International pose ses valises à Lyon le temps d'une nuit où l'homme qui multiplie les pseudonymes (Jabberjaw, Audion, False...) dévoilera sa techno atmosphérique et sombre, voisinant avec ses influences pop, new wave voire industrielles. Le Texan sera accompagné sur ce line-up du parisien Amandra, fondateur du label Ahrpe Records, et de la jeune pousse locale Bärchen. Dark. 27>01>17 L'EMPREINTE WILD ASPECT Encore un nouvel espace dédié aux musiques électroniques dans la ville... On frise l'overdose et l'on se demande lequel va jeter l'éponge en premier, à force. Voici donc venir sur ce terrain L'Empreinte, du côté de Jean Macé dans le 7e, qui convie une fois par semaine un collectif lyonnais. Ce vendredi, se relaieront Wild Aspect, Istigkeit (repéré récemment par le label Blackwater) et Milenko. Newcomer. 28>01>17 LE PETIT SALON GIORGIA ANGIULI La révélation italienne Giorgia Angiuli fait son pr

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"Tous en scène" : Music-animal

ECRANS | de Garth Jennings (E-U, 1h48) avec les voix (vo/vf) de Matthew McConaughey/Patrick Bruel, Reese Witherspoon/Jenifer Bartoli, Scarlett Johansson/Élodie Martelet…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel — l’engouement autour des télé-crochets musicaux — ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un fi

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Et une fantastique nouvelle année !

ECRANS | CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Et une fantastique nouvelle année !

CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur les terres du fantastique, avec une double programmation qui ne l'est pas moins : deux perles aussi noires que le jais, aussi précieuses que le diamant. D'abord une œuvre se situant à la lisière du conte, du polar, du drame social et de la parabole philosophique : Freaks (1932), de Tod Browning — initialement distribué en France sous le titre La Monstrueuse Parade. Cet ancêtre du Elephant Man (1980) de Lynch s’intéresse à la condition des monstres de foire, exploités jusqu’au début du XXe siècle pour leurs singularités morphologiques : les nains, géants, microcéphales, femmes à barbe, colosses, hermaphrodites, siamois… bref tous ceux que la médecine antique désignait comme tératoïdes. Browning, alors au sommet après le succès de son Dracula (1931), dépasse les attentes du studio Universal et de sa série de Monsters imaginaires

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Billy Wilder, au plus-que-parfait du jouissif

ECRANS | Un cortège de bon mots et de répliques en platine massif, une farandole de stars et de pin-ups, quelques Oscar pour faire bonne mesure… mais, a priori, (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Billy Wilder, au plus-que-parfait du jouissif

Un cortège de bon mots et de répliques en platine massif, une farandole de stars et de pin-ups, quelques Oscar pour faire bonne mesure… mais, a priori, pas de raton-laveur dans sa filmographie. Cinéaste typiquement hollywoodien — du fait de sa naissance en Europe, sans doute — Billy Wilder aura donné aux studios quelques-uns de leurs plus grands joyaux, du film noir d’encre avec femme fatale "deluxe" (Barbara Stanwyck, Marlene Dietrich) à la comédie débridée avec femmes et… euh… hommes sexy en diable (Marilyn Monroe, Tony Curtis, Shirley MacLaine). Et puis effleuré avec une sobre élégance les rivages sombres du drame comme de la vilénie humaine. Il faut profiter du cycle proposé par l’Institut Lumière (une presque intégrale de 23 films !) pour visiter La Garçonnière (1960) ou sonder Le Gouffre aux chimères (1951). Noter sur ses tablettes la projection unique de Mauvaise graine (1934) le 5 janvier, son premier film (français !), avec Danielle Darrieux. Sans se priver de revoir les incontournables (Certains l’aiment chaud, Sept ans de réflexion

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War Sweet War : guerre à domicile

SCENES | Il y a la guerre au-dehors, celle des Balkans par exemple (voir page 3) et il y a la guerre en-dedans. C’est de celle-ci que traite War Sweet War, (...)

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

War Sweet War : guerre à domicile

Il y a la guerre au-dehors, celle des Balkans par exemple (voir page 3) et il y a la guerre en-dedans. C’est de celle-ci que traite War Sweet War, déclinaison morbide de l’expression «home sweet home». Un couple assassine ses enfants avant de se donner la mort. Sur le plateau, deux intérieurs d’appartement identiques se superposent. Au rez-de-chaussée, il fait gris, en haut la couleur domine mais plus pour longtemps : les murs suintent d’un mélange de sang et de mazout, écoulements d’un conflit qu’on jurerait armé bien que les comédiens, eux aussi bientôt englués dans ces inquiétants liquides, n’aient rien dans les mains. Créé en 2012 au Centre Dramatique National de Caen qu’il dirigeait alors, ce spectacle de Jean Lambert-wild, aujourd'hui à la tête du CDN de Limoges, se joue aux Célestins jusqu’au 6 juin dans le cadre de la programmation très exigeante (et parfois compliquée) qu’aura été celle des Ateliers cette saison. Nous n’avons pu en voir qu’un extrait de 18 minutes en vidéo, soit exactement le tiers, le temps de mesurer l’importance plastique de cette œuvre très singulière. Nul doute que War Sweet War et ses zombies, personnifcation

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Insomniaque - Soirées du 8 au 14 octobre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer : le showcase du label Huntleys + Palmers au Sucre, Peak & Swift au Logo et Willie Burns au Terminal. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 7 octobre 2014

Insomniaque - Soirées du 8 au 14 octobre

10.10 Huntleys + Palmers Rien ne va plus : alors que le Hello Morning Festival de Nutella vient de se terminer, voilà que le Sucre met à l'honneur un label portant le nom d'une marque de biscuits. Fondé à Glasgow en 2011, Huntleys + Palmers a heureusement plus à voir avec les boîtes de chocolats de la maman de Forrest Gump : house mélodique sur lit de percussions africaines (Drumtalk), edits de vieilles scies funk proche-orientales (Mehmet Aslan) ou transes tribales 2.0 (Auntie Flo, co-fondateur du bazar), on ne sait jamais quelle bizarrerie transfrontalière va en sortir. Mais c'est à chaque fois un délice.   11.10 Depature to : Berlin Au diable la Génération Easyjet,

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Sous l’œil du PB

MUSIQUES | Pour la deuxième année consécutive, Le Petit Bulletin était invité par la Ville de Lyon à élaborer, en compagnie notamment de la reine des basses Flore (qui se (...)

Benjamin Mialot | Mardi 17 juin 2014

Sous l’œil du PB

Pour la deuxième année consécutive, Le Petit Bulletin était invité par la Ville de Lyon à élaborer, en compagnie notamment de la reine des basses Flore (qui se produira elle-même, comme l'an passé, à l'Estaminet K-nar), à la programmation de la scène électro installée au Parc des berges. Sur la grosse soixantaine de jeunes gens passés sous nos fourches caudines, une vingtaine s'en est tirée sans égratignure – au contraire des ahurissants Light Emitting Deejays, qui sont à Kraftwerk ce qu'un Jacky est à un pilote de F1. Parmi eux Steo Le Panda, qui partage avec un certain ursidé doré un goût prononcé pour les bonnets imitatifs et les arrangements zen – qu'il extirpe de son iPad avec la dextérité d'une dactylo –, Le Son Étrange, nouveau projet tout en riddims cybernétiques de l'ex-Peuple de l'Herbe DJ Stani, PCKRZ, duo dont l'électro-hip hop bien gueudin n'est pas sans rappeler les virulentes clowneries de Stupeflip, Wild Wild Waves, étonnant quatuor qui redonne du volume au trip hop à coups de vibraphone et de contrebasse, ou encore Rednik, mystérieuse formation versée dans le du

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Where the Wild Beasts are

MUSIQUES | On pourrait rapprocher la trajectoire de Wild Beasts de celle du Talk Talk de Mark Hollis et dans une moindre mesure du Japan de David Sylvian. Et pas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 avril 2014

Where the Wild Beasts are

On pourrait rapprocher la trajectoire de Wild Beasts de celle du Talk Talk de Mark Hollis et dans une moindre mesure du Japan de David Sylvian. Et pas seulement parce que le timbre d’Hayden Thorpe et de Tom Fleming se baladent dans les limbes de l’entre-deux, ni aigu ni grave, ni légèreté ni affectation – ou alors tout cela à la fois. Surtout parce qu’à l’image de ses illustres aînés, le quatuor de Kendal, après des albums qui auraient pu les vouer à l’emphase stadière et à la tentation tubesque – tout en donnant des signes épars des moyens qu’il avait de s’en prémunir – a comme choisi de faire à la fois un pas de côté et volte-face. Quitte à tourner le dos au succès en même temps qu’à la facilité et à une forme d’excentricité glam parfois gênante mais largement acclamée. C’était déjà le cas sur le précédent disque, Smother, ça l’est encore plus sur Present Tense dont le premier titre, Wanderlust, est éponyme d'un morceau de Sylvian et qui ne peut qu’évoquer les revirements et conséquemment les entêtements atmosphériques à forte capacité de sidération de ce dernier – et bien sûr de Mark Hollis. Thorpe ne cherche plus à torpiller le plafond et é

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Le Crépuscule des idoles

ECRANS | Pendant que la caméra remonte les rues de Los Angeles direction Sunset Boulevard et une de ces grandes villas où vivent les stars du cinéma, le narrateur (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Le Crépuscule des idoles

Pendant que la caméra remonte les rues de Los Angeles direction Sunset Boulevard et une de ces grandes villas où vivent les stars du cinéma, le narrateur du film se présente en voix-off : Joe Gillis (William Holden), scénariste à la rue dans une ville où l’on en croise dix à chaque carrefour. Surprise : on finit par le découvrir à l’image flottant sur le ventre dans une piscine comme un poisson crevé. Quoi ? Un mort qui parle ? C’est le premier tour de force de Boulevard du crépuscule — proposé en mars dans le cadre de la Ciné-Collection du GRAC : sa narration d’outre-tombe, comme si Gillis se remémorait le film de sa vie en accéléré, et plus précisément le moment fatal où il a atterri chez Norma Desmond, diva du muet sacrifiée sur l’autel du parlant, attendant désespérément de faire son comeback — ce qui est peu ou prou la réalité de son interprète, Gloria Swanson. Elle aussi est un fantôme, sa disparition des écrans s’apparentant à une forme de mort civile. On en croisera d’autres au cours du film, comme Buster Keaton dans son propre rôle ou Erich Von Stroheim dans celui d’un majordome impavide gardant les secrets de la star mais aussi, métaphoriqueme

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le SIDA commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la Une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empê

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Fedora, star au crépuscule

ECRANS | Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora, star au crépuscule

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte : celle d’une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d’une vieille infirme, d’une gouvernante, d’un garde du corps et d’un médecin alcoolique, qu’un producteur «indépendant» cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d’Anna Karenine. Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d’un de ses plus grands succès, Sunset Boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s’est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine pour laquelle la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par «les jeunes cinéastes barbus» et leurs «caméras légères». La puissa

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Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

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Cannes jour 3 : Par-delà les limites

ECRANS | Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Laurence Anyways de Xavier Dolan. Beasts of the southern wild de Benh Zeitlin

Christophe Chabert | Dimanche 20 mai 2012

Cannes jour 3 : Par-delà les limites

Les projections s'enchaînent à la vitesse de l'éclair, confirmant que si Cannes 2012 n'a pas encore prouvé qu'il était un bon cru, il s'avère particulièrement riche en propositions, au risque de ne plus savoir où donner de la tête. Commençons par la compétition qui, pour l'instant, ne décolle pas vraiment. On misait gros sur le nouveau film de Cristian Mungiu, récipendiaire de la Palme pour son excellent 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Mais Au-delà des collines est une déception, et si on ne participera pas au lynchage qui a commencé à la fin de la projection de presse, force est de reconnaître que le cinéaste a sans doute pêché par excès d'orgueil. Le pêché est au centre du film, qui raconte les retrouvailles entre deux filles, amantes lorsqu'elles vivaient ensemble dans le même pensionnat et qui se sont séparées temporairement. Alina est allée travailler comme serveuse en Allemagne ; Voichita a trouvé refuge dans un monastère orthodoxe isolé sur une colline au-dessus de la ville. Alina revient en Roumanie espérant emmener avec elle Voichita, mais celle-ci tergiverse, visiblement tiraillée entre sa foi nouvelle et son ancienne amoureuse.

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Café de Flore

ECRANS | Café de Flore avait le potentiel pour faire décoller le spectateur. Jean-Marc Vallée, réalisateur québécois de C.R.A.Z.Y, a voulu avec son nouveau long combiner (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 27 janvier 2012

Café de Flore

Café de Flore avait le potentiel pour faire décoller le spectateur. Jean-Marc Vallée, réalisateur québécois de C.R.A.Z.Y, a voulu avec son nouveau long combiner deux histoires dans un même scénario. La première, en 2011, est celle d’un DJ montréalais tiraillé entre son ex-femme et son nouvel amour ; la seconde, dans le Paris des années 1960, raconte le combat et l’amour inconditionnel d’une mère pour son fils trisomique. La partie "parisienne" est, de toute évidence, la mieux maîtrisée. Mais jusqu’ici pas de lien entre les deux si ce n’est la musique, à savoir ce morceau de Matthew Herbert qui sert de fil conducteur et de titre au film. Malheureusement, le spectateur se perd dans les envolées lyriques, la longueur de certaines scènes et ces incessants va-et-vient temporels. L’histoire part dans tous les sens et au fur et à mesure, on s’agace de ne pas connaître ce lien qui réunit les deux histoires. Il faut patienter un bon moment pour enfin comprendre le rapport entre ces destins. Le voile se lève par le biais d’un personnage de second plan ; et c’est par la voie de l’esprit et de l’irrationnel que l’on trouve l’explication finale. Un dénouement mystique, donc

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De l'eau pour les éléphants

ECRANS | De Francis Lawrence (ÉU, 1h55) avec Robert Pattinson, Reese Witherspoon, Christoph Waltz…

Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

De l'eau pour les éléphants

Le 22 juin, vous vous délecterez du génial Balada triste de trompeta. Ceux qui auront eu le malheur de s’aventurer au préalable dans une salle projetant De l’eau pour les éléphants verront que sur un même sujet, on peut produire soit un chef-d’œuvre, soit un bidon de lessive. De la part de Francis Lawrence, réalisateur des déjà médiocres Constantine et Je suis une légende, rien de franchement étonnant. Mais il y avait donc mieux à tirer de cette rivalité amoureuse entre un jeune véto et un directeur de cirque dans l’Amérique de 1931, en pleine dépression économique. Sauf que rien n’est traité à l’écran : ni le cirque — on ne voit jamais un numéro en entier, ni le contexte — réduit à une reconstitution appliquée, et encore moins le désir de l’héroïne, tiraillée entre sa loyauté à un mari cyclothymique et son attirance pour le jeune et fougueux vétérinaire. Reste un mélodrame longuet aux rebondissements attendus, aux effets appuyés et à la conclusion d’une effarante malhonnêteté. Seule satisfaction : même embarqué dans un projet boiteux, Christoph Waltz est un acteur passionnant à regarder jouer. Christophe Chabert

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FRIDA HYVÖNEN Silence is Wild

MUSIQUES | Secretly Canadian / Differ-ant

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 novembre 2008

FRIDA HYVÖNEN
Silence is Wild

La dernière Frida qu’on a connue chanteuse était Suédoise elle aussi (bon, il y a plus de Suédoises prénommées Frida que Françoise, aussi). Elle officiait avec sa copine Agneta et deux Playmobils sans charisme au sein d’un groupe qui tenta de promouvoir, il y a 30 ans, les fringues en papiers d’alu et les brushings en forme de casque. Pour les fringues, ça n’a pas trop pris mais leur musique est encore aujourd’hui très prisée des soirées à perruques et des comédies con-con pour Catherinettes (Muriel, Mamma Mia !). Tout ça n’a pas grand-chose à voir avec notre Frida 2.0, plus barrée (si, si) et moins barbante, mais dont les racines musicales puisent elles aussi dans la pop à paillettes d’antan (Kate Bush) à mélanger avec les ingrédients chargés en sucres de la pop cantonaise et du cabaret baroque. Étrange objet que ce disque, addictif et répulsif à la fois. Œuvre d’une fille-monstre qui affirme que le silence est sauvage et cherche à l’apprivoiser en le remplissant hystériquement d’arrangements haut perchés et de compositions folledingues (l’improbable Scandinavian Blonde qui aborde (il était temps !) le thème crucial de la fascination bien légitime pour la beauté oxygénée des no

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Sortir du bois

ARTS | Expo / Souvenez-vous. Vous aviez sept ou huit ans et, les dimanches gris, vous assembliez pendant des heures des dizaines de petites planchettes de bois identiques, nommées Kaplas, pour composer de somptueuses et ambitieuses embarcations, tours, cathédrales, ou autres folles bâtisses...

Dorotée Aznar | Jeudi 17 avril 2008

Sortir du bois

Une fois l'édifice terminé, papa et maman s'étouffaient en «Wouah ! c'est fou ce qu'il (elle) a fait ! Comme il (elle) est doué(e) !». Vous sentiez alors l'orgueil de vos parents gonfler comme une grosse baudruche narcissique et perciez l'abcès d'un grand coup de pied jouissif, réduisant la cathédrale à néant. Petit tas de bois fumant de colère. Et façon de dire aussi bien : na ! je fais ce que je veux, et que tout est éphémère ici-bas, cendre et poussière. Plus tard vous devenez VRP pour Kapla, grutier, ingénieur des ponts et chaussées ou... artiste ! Comme l'écossais Aeneas Wilder, né en 1967, qui construit, dans les musées ou en plein air, de monumentales structures en modules de bois, aux formes les plus diverses. Une fois l'exposition terminée, l'artiste détruit ses œuvres éphémères, qui ressemblent ainsi à autant de memento mori composés avec un cœur d'enfant. A la BF15, Aeneas Wilder a érigé une sorte de grande «nef» biscornue de quatre mètres de haut à l'équilibre très précaire, et, dans une autre salle, une imposante sphère en planchettes de bois. Un art minimaliste, passager, métamorphosant l'espace qui lui est affecté et drainant quelques réflexions sur l'archite

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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