Une merveilleuse histoire du temps

ECRANS | La vie de Stephen Hawking transformée en mélodrame très anglais par James Marsh, dans un film qui vise de façon ostentatoire les récompenses, de la performance de son acteur Eddie Redmayne à l’académisme de sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Photo : © Universal pictures international


«C'est sans doute la phrase la plus anglaise que j'ai jamais entendue» dit Jane Hawkins (la très belle et très douée Felicity Jones) à sa mère (la revenante Emily Watson) qui lui propose d'aller chanter dans la chorale de sa paroisse. Une merveilleuse histoire du temps est, de même, le film le plus anglais qui soit, du moins selon une image internationale faite de patrimoine littéraire et de patrimoine tout court. Pourtant, cette bio filmée du cosmologiste Stephen Hawking, atteint de la maladie de Lou Gehrig (popularisée récemment par les pitreries humanitaires des stars lors du Ice Bucket challenge), paraissait bien éloignée de ce programme.

Or, le film ne s'attarde guère sur les racines de son génie, sa passion des trous noirs, du big bang et de l'origine du temps, et son infirmité est surtout un formidable véhicule pour que le comédien qui l'incarne, Eddie Redmayne, offre une performance remarquable au sens où, des spectateurs aux votants de l'académie des oscars, tout le monde se plaira à la remarquer. Non, ce qui intéresse Anthony McCarten, le scénariste, et James Marsh, réalisateur du très fort Shadow dancer, c'est la relation entre Hawking et sa femme Jane, dans un mélodrame qui puise aux racines romanesques anglaises.

Raison et sentiments

Ils se rencontrent à Cambridge en 1963, s'embrassent sur un pont en dessous duquel passent des gondoles, vont passer le week-end chez les parents so british de Stephen (dont un père joué par l'insaisissable Simon McBurney)… On est ici à la limite de la carte postale et la mise en scène, parfaitement académique, ne fait rien pour dissiper cette sensation. Lorsque le bonheur conjugal des époux Hawking se fissure et que Jane rencontre un chef de chœur qui va devenir son amant, avec le consentement d'un Stephen de plus en plus amoindri, le film s'engage dans son vrai projet.

Marsh s'inscrit dans une logique très Jane Austen, mais reste extrêmement prudent, sinon prude, dans la représentation de ce ménage à trois. On a même droit à un parallèle malheureux entre l'infidélité de l'épouse et l'attaque qui coûtera à Hawking l'usage de la parole — et au caméo très WTF de Franck Lebeuf en médecin suisse ! Tout ce qui pourrait éventuellement troubler le storytelling très propre du film est systématiquement minimisé au nom d'une pudeur parfois hypocrite, comme s'il ne fallait pas entacher la légende Hawking, il est vrai toujours vivant aujourd'hui.

Une merveilleuse histoire du temps
De James Marsh (Ang, 2h03) avec Eddie Redmayne, Felicity Jones…


Une merveilleuse histoire du temps

De James Marsh (Angl, 2h03) avec Eddie Redmayne, Felicity Jones... 1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde.
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
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Casse vermeil : "Gentlemen cambrioleurs"

Comédie | De James Marsh (G-B, 1h46) avec Michael Caine, Tom Courtenay, Jim Broadbent…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Casse vermeil :

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public senior de Ocean Eleven, avec une distribution appropriée — elle réunit la crème des vieilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Winston, Gambon et Broadbent font le job — c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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Bien cuites, les baguettes : "Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald"

Fantastique | de David Yates (G-B-É-U, 2h14) avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Bien cuites, les baguettes :

1927. Le sournois Grindelwald s’évade durant son transfert, affolant toutes les polices magiques du globe. Dumbledore expédie en secret Norbert Dragonneau sur ses traces, à Paris. Mais le collectionneur d’animaux fantastiques étant assigné à résidence sur le territoire britannique, il lui faut donc ruser… Désormais recyclée scénariste et productrice de ce cycle spin-off de Harry Potter, J. K. Rowling ne risque-t-elle pas, à force de tirer sur sa corde, de griller son aura auprès de ses plus fidèles fanatiques ? Oh, l’autrice dispose d’un confortable capital sympathie, et beaucoup de dragées surprises de Bertie Crochue seront avalées avant que ses émules ne commencent à douter de son infaillibilité, à renoncer à leur vénération pour ce gourou au sourire si doux. Prendre un tant soit peu de recul permet pourtant de constater la platitude paresseuse de cet épisode, qui pourrait tenir en deux formules de première année à Poudlard : Dillutio salsa (on rallonge la sauce) et Revelatio caudalix (on balance un vieux cliffhanger

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Un sport qui se joue à bronze contre bronze : "Cro Man"

Animation | de Nick Park (Fr, 1h29) avec les voix (v.o./v.f.) de Eddie Redmayne/Pierre Niney, Maisie Williams/Kaycie Chase, Tom Hiddleston…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Un sport qui se joue à bronze contre bronze :

La tenue de la Coupe du Monde en juin prochain est un prétexte commode pour nous faire manger du ballon rond à toutes les sauces : en salade russe en l’honneur du pays hôte, à la française (en hommage aux vingt ans de la victoire de 1998), et même en pâte à modeler dans Cro Man grâce aux Studios Aardman — jadis mieux inspirés. A priori, rien ne laisse supposer qu’un film se déroulant à l’âge du bronze se raccroche ainsi à la grand-messe footballistique. Elle en est pourtant l’alpha et l’omega, puisque Nick Park y “dévoile” les origines accidentelles du jeu, en attribuant son invention à des hommes des cavernes pré-mancuniens. Et il montre comment leurs héritiers, menés par Doug, doivent affronter l’équipe de l’âge de Bronze dirigée par le cupide Lord Nooth, afin de conserver leur vallée. Même si les productions Aardman, référence dans le domaine du stop-motion, restent d’une constante qualité technique, Cro Man se révèle une petite déception, à l’instar de Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

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Rogue One : A Star Wars Story

Pas encore vu | de Gareth Edwards (E-U, 2h13) avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Rogue One : A Star Wars Story

Dans l’Univers étendu de Star Wars™, George Lucas® a trouvé le moyen de rentabiliser les interstices entre chaque épisode de chacune de ses trilogies© : en autorisant la création de spin-off, c’est-à-dire d’extensions de l’histoire originelle autour de nouveaux personnages. Si grâce à ce subterfuge, les fans hardcore trépignent à l’idée de retrouver à tous les Noëls ou presque un nouveau film (avec sa cargaison de produits dérivés), ils ne mesurent pas le potentiel migraineux de l’ensemble de ces opus : la multiplication des arcs narratifs ne peut en effet que provoquer des conflits dans la continuité générale. Certains exégètes trouveront le moyen de s’en réjouir, passant de fait quelques dizaines d’heures de plus sur les forums dédiés afin d’expliquer en quoi les incohérences apparentes n’en sont pas, et relèvent même d’un haut degré de génie intersidéral. Sinon, comme nous n’avons pas vu le film — mais l’aurions-nous vu que nous aurions été astreints à un embargo —, nous pouvons seulement révéler ce que tout le monde sait déjà : Rogue One se déroule entre la seconde trilogie et la première, donc entre la “prélogie“ et la vraie trilogie, so

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The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

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Shadow dancer

ECRANS | Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden agenda) / Paul Greengrass (...)

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Shadow dancer

Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden agenda) / Paul Greengrass (Bloody sunday), nous avait habitué à traiter la question du terrorisme irlandais sous un angle réaliste, sinon hyper-réaliste. Marsh en prend le contre-pied, lorgnant plutôt du côté des fictions paranoïaques 70’s façon Alan Pakula. La scène d’ouverture (après un prologue posant le traumatisme initial) donne le ton : un attentat raté dans le métro de Londres, filmé entièrement du point de vue de la poseuse de bombe, Collette — extraordinaire Andrea Riseborough — que la caméra accompagne en longs plans méticuleusement composés en scope et baignés d’une lumière froide et métallique. Arrêtée, elle doit se plier au contrat proposé par un agent du MI5 (Clive Owens, qui se coule avec modestie dans ce second rôle fantomatique) : dénoncer ses frères, tous terroristes, et les têtes pensantes de l’IRA pour éviter d’aller croupir en prison. Marsh ne fait jamais retomber la tension et le suspense qui accompagnent les louvoiements de son personnage, privilégiant la durée des séquences et l’ambiance qui en découle plutôt que le

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My week with Marilyn

ECRANS | Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 30 mars 2012

My week with Marilyn

Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, chaque personnalité ainsi transfigurée par le 7e art devrait au moins voir ses singularités respectées… Hélas : l’œuvre d’une vie est vouée à y être résumée et expliquée par les plus petits dénominateurs communs, et l’interprète se doit de foncer dans un mimétisme outré, garant de nombreuses nominations. Dans ce contexte lénifiant, un film comme My week with Marilyn, où les comédiens courent moins à l’imitation qu’à la réinterprétation, fait donc a priori un bien fou – il ne se concentre que sur une parenthèse désenchantée de la tumultueuse vie de Marilyn Monroe, lors d’un tournage en Angleterre sous la houlette du très pincé Laurence Olivier. L’occasion pour le réalisateur de nous amuser du choc des cultures entre le professionnalisme guindé de l’establishment cinématographique anglais et le capricieux star system américain ne jurant que par la «method» chère à l’Actors Studio. Dans l’écrin d’une mise en scène discrète mais élégante, l’expérience se révèle même savour

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