Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Photo : © Irish film board


Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d'un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu'avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock'n'roll ?

Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l'adoucissant d'un sirop émotionnel qu'on sent souvent sincère. Mais il n'arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au music business ?

Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s'intéresse à un si grand acteur : Michael Fassbender est-il magnétique de la tête aux pieds ou seulement en dessous des épaules ? On choisit la première option ; conséquence : n'importe quel inconnu aurait pu se glisser dans la grosse tête de Frank, ça n'aurait pas changé grand-chose à l'arrivée.

Christophe Chabert

Sortie le 4 février


Frank

De Lenny Abrahamson (Angl-Irl, 1h35) avec Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal...

De Lenny Abrahamson (Angl-Irl, 1h35) avec Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal...

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Jeune musicien rêvant d’être une rock star, Jon croise le chemin d’un groupe de pop avant-gardiste à la recherche d’un nouveau clavier. Il devient vite le protégé de Frank, leur leader, aussi fascinant que mystérieux...


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Claude Viallat expose à la Galerie Ceysson & Bénétière

Art Contemporain | À quelques pas du Musée des Beaux-Arts, la Galerie Ceysson & Bénétière propose un nouvel et vaste espace d’exposition sur deux niveaux. Créée en 2006 à (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 30 juin 2021

Claude Viallat expose à la Galerie Ceysson & Bénétière

À quelques pas du Musée des Beaux-Arts, la Galerie Ceysson & Bénétière propose un nouvel et vaste espace d’exposition sur deux niveaux. Créée en 2006 à Saint-Étienne la prestigieuse galerie d’art contemporain s’est ensuite implantée à Genève, au Luxembourg, à Paris et à New-York. L’artiste "Supports/Surfaces" Claude Viallat inaugure les cimaises avec plusieurs œuvres récentes, jusqu'au 31 juillet : des bâches militaires découpées sur lesquelles il a peint sa fameuse "empreinte" (un quasi rectangle). Pierre Collet, responsable de la galerie lyonnaise, nous annonce pour la suite deux expositions monographiques prometteuses, l’une consacrée au pape du minimalisme américain Frank Stella, et une autre à ORLAN.

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L’adolescence au tapis : "L'Envolée" d'Eva Riley

Drame | Mère décédée, père au comportement infantile, démissionnaire et absent… À 14 ans, Leigh s’assume toute seule, tenant grâce à la gymnastique. Las, ses résultats sont en berne depuis peu. L’arrivée d’un grand frère, jusqu’alors inconnu et un brin voyou, va faire évoluer son caractère…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

L’adolescence au tapis :

Rien de nouveau sous le soleil de cette satanée Angleterre : une banlieue entre pavillons premier prix et villas de quartiers huppés, de la misère sociale, des ados qui zonent et des adultes qui picolent. Et puis, au club gym, Leigh la petite prolo se fait chambrer par les “copines“ trop stylées, trop méchantes, trop blondes, trop friquées, trop pétasses… Avouons que le cadre est connu, proche du cliché. Mais Eva Riley sait se centrer sur le ressenti de son personnage et le transmettre sans un mot de trop. Confrontée trop tôt à la solitude, Leigh cherche des yeux une attention — ses regards vers les autres mères en disent long. Pas forcément quelqu’un qui l’admire, juste une présence qui fasse d’elle une “fille normale“, et non une orpheline mendiant de l’affection… et refusant la pitié tout à la fois. La relation ambiguë, semi incestueuse, qu’elle noue avec son demi-frère Joe tombé du ciel, témoigne de sa confusion : parce qu’il la fascine par la liberté qu’il incarne, son audace juvénile, sa qualité de presqu’adulte et qu’elle est en manque de repère, elle plaque sur lui des senti

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Le ministre de la Culture touché par le coronavirus

Covid-19 | Le ministère de la Culture l'a annoncé ce lundi soir à l'AFP : le ministre Frank Riester a été diagnostiqué positif au coronavirus, tout en précisant qu'il (...)

Sébastien Broquet | Lundi 9 mars 2020

Le ministre de la Culture touché par le coronavirus

Le ministère de la Culture l'a annoncé ce lundi soir à l'AFP : le ministre Frank Riester a été diagnostiqué positif au coronavirus, tout en précisant qu'il était « en forme ».

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Puzzle-thérapie : "Ne croyez surtout pas que je hurle"

Documentaire | De même que Man Ray s’abstenait d’appareil photographique pour réaliser ses images-photogrammes, Frank Beauvais a signé un long-métrage sans avoir (lui-même) eu (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Puzzle-thérapie :

De même que Man Ray s’abstenait d’appareil photographique pour réaliser ses images-photogrammes, Frank Beauvais a signé un long-métrage sans avoir (lui-même) eu recours à une caméra. Entre essai, journal intime et documentaire, Ne croyez surtout pas que je hurle est en effet constitué uniquement d’images d’archives, ou plutôt de séquences (parfois très courtes, de l’ordre de la seconde) empruntées aux quelque 400 films que le cinéaste a visionnés de manière compulsive durant les quelques mois pendant lesquels il a vécu en état dépressif quasi reclus dans un village alsacien après une rupture amoureuse. Commentant de manière clinique son aboulie et sa déréliction, Beauvais dégoise sur son environnement duquel il se sent — avec une certaine morgue parisienne, notons-le — très différent et dont il craint par conséquent la potentielle animosité. De son point de vue, tous les sépare : lui, l’urbain artiste cultivé homosexuel ; eux, les épais germaniques hétéro — on mettra sur le compte du chagrin d’amour l’outrance réductrice et globalisante de son propos. Si le propos de la voix off est parfois

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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de "X-Men : Dark Phoenix" est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisé ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'une forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables. Sop

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50 nuances de Grey : "X-Men : Dark Phoenix"

Marvel | De Simon Kinberg (E-U, avec avert. 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

50 nuances de Grey :

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour ses histoires de pantalon, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la surmultipliée déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine — achevées en apothéose dans Logan —, voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants, etc.) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance

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Cannes à Lyon : demandez le programme !

ECRANS | On connaît à présent le programme de la programmation des films issus du festival présentés “en léger“ différé de la Croisette… mais en avant-première de leur sortie (...)

Vincent Raymond | Vendredi 17 mai 2019

Cannes à Lyon : demandez le programme !

On connaît à présent le programme de la programmation des films issus du festival présentés “en léger“ différé de la Croisette… mais en avant-première de leur sortie sur grand écran. Première lyonnaise proposée par le Pathé Bellecour, elle permettra aux cinéphile les plus rapides de découvrir entre le vendredi 24 et le dimanche 26 mai inclus 14 films, dont 8 en compétition pour la Palme d’Or — laquelle sera remise samedi 25 au soir — : Les Siffleurs du Roumain Corneliu Porumboiu, Frankie d’Ira Sachs, It must be heaven d'Elia Suleiman, Little Joe de Jessica Hausner, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Sorry we missed you de Ken Loach, Le Traître de Marco Bellocchio, Atlantique de Mati Diop. Appartenant à la sélection officielle (mais hors compétition), il faut ajouter La Belle époq

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Notre petite sœur : "Une affaire de famille"

Palme d'Or | de Kore-eda Hirokazu (Jap ; 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Notre petite sœur :

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières — c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du “gang“ Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique “toléré“ par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de Boorman ou les Arsène Lupin dans la façon de construire une figure avenante à partir d’un malfrat, la modicité des larcins d’Osamu le dispense d’avoir à narguer les forces de l’ordre : l’estime dont il bénéficie demeure ici circons

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Kore-eda Hirokazu : « créer un malaise et un tiraillement chez le spectateur »

Une Affaire de famille | Actuellement à Paris pour le tournage (et montage) de son nouveau film qu’il espère soumettre à Cannes en 2019, Kore-eda Hirokazu nous parle de cette histoire de famille qui lui a valu la Palme d’Or 2018. Entretien.

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Kore-eda Hirokazu : « créer un malaise et un tiraillement chez le spectateur »

Vous êtes-vous inspiré d’un fait réel ? Kore-eda Hirokazu : Pas d’un fait divers réel en particulier, mais de plusieurs petits incidents ayant agité les médias japonais, qui m’ont nourri pour imaginer cette histoire. Deux sources, principalement. D’une part, ces enfants ne déclarant pas le décès de leurs parents et qui en conservaient le cadavre afin de continuer à percevoir leur pension de retraite. Cela avait fait un peu “sensation“. D’autre part, l’histoire d’une famille d’Osaka qui volait à l’étalage et complétait ses revenus en revendant les articles dérobés. Ils avaient été arrêtés parce qu’ils n’avaient jamais réussi à se séparer de deux cannes à pêche. Je me suis dit que le père et le fils adoraient pêcher ensemble et qu’ils n’avaient pu se résoudre à les vendre. Et c’est comme cela qu’est venue la première image du film : celle d’un père et d’un fils dont les liens ne sont pas des liens du sang, de dos chacun avec une canne. C’est elle qui a déclenché l’envie de ce film, que l’on peut dire inspiré de faits réels. Aviez-vous des références de cinéma liées à des familles dysfon

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Vincent Weber, un pas de côté

Littérature | Plutôt que rouler sur la bonne voie, aller dans le décor ! Si la métaphore peut avoir un aspect automobile risqué, elle est chez Vincent Weber (qui (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 novembre 2018

Vincent Weber, un pas de côté

Plutôt que rouler sur la bonne voie, aller dans le décor ! Si la métaphore peut avoir un aspect automobile risqué, elle est chez Vincent Weber (qui vient de publier Dans le décor, chez Trente-trois morceaux) à connotation beaucoup plus théâtrale. Ici, aller dans le décor (par le regard, par l'écriture, par l'attitude existentielle...) c'est se diriger ailleurs que vers le centre de la scène, le cœur de l'action, le devant du drame. La tentative de Weber n'est, certes, pas nouvelle et s'inscrit au sein d'un long héritage culturel : la flânerie poétique de Baudelaire, la saisie « d'instants non décisifs » de photographes comme Robert Frank ou Raymond Depardon, l'éclatement chorégraphique de toute centralité chez Merce Cunningham, l'informe chez Georges Bataille, l'écoute du silence et des creux de la parole chez Freud... Mais dans son petit livre, Weber réussit à insuffler une atmosphère très singulière (avec beaucoup d'ouvertures et de pistes lancées), dans une écriture à la couture fine, en n'hésitant pas pour autant à éclater ses quatre chapitres dans le te

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Frank Le Gall

CONNAITRE | On peut parler d’événement sans exagération tant il cultive la discrétion et fuit tout ce qui a trait à de la promotion brute ou à des manifestation publiques. (...)

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Frank Le Gall

On peut parler d’événement sans exagération tant il cultive la discrétion et fuit tout ce qui a trait à de la promotion brute ou à des manifestation publiques. Est-ce le cadre si particulier de cette pépinière d’artistes qu’est l’École Émile-Cohl, l’invitation lancée par l’Épicerie séquentielle (une joyeuse — et néanmoins sérieuse — guilde de professionnels de l’illustration) ou bien l’amitié nouée avec ses interlocuteurs de la soirée, qui a convaincu Frank Legall de venir participer à une conférence-rencontre ? Toujours est-il que ce sera l’occasion de revenir sur la genèse de la série phare du Breton, Théodore Poussin (dont le 13e tome Le Voyage de l’Amok vient de paraître chez Dupuis), ou d’évoquer l’aventure de Spirou et Fantasio qu’il avait signée, Les Marais du Temps. Une fois que vous aurez bu ses paroles, si vous avez la gorge sèche, un petit buffet est prévu contre une modeste participation aux frais (2€) At

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Sur le divan : "Love addict"

Flirt | de Frank Bellocq (Fr, 1h33) avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Sur le divan :

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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Les Intergalactiques, embarquement porte 7

Science-Fiction | Tout le monde s’accroche à son voisin, décollage imminent pour Les Intergalactiques ! Le festival de science-fiction se met en orbite autour du thème de la (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 3 avril 2018

Les Intergalactiques, embarquement porte 7

Tout le monde s’accroche à son voisin, décollage imminent pour Les Intergalactiques ! Le festival de science-fiction se met en orbite autour du thème de la Femme : il sera question de sa place dans la pop culture et de la technologie comme outil d’émancipation. On ne peut évidemment pas parler de SF sans quelques bons films : les rétrospectives du festival sont là pour ça. De Cherry 2000 (1988) de Steve de Jarnatt, film d’action déjanté où le protagoniste part à la recherche des pièces détachées pour réparer l’amour de sa vie, un robot à la perruque rousse flamboyante, au délirant Frankenhooker (1991) du culte réalisateur Frank Henenlotter, où un amoureux un peu dérangé assemble des morceaux de prostituées pour greffer sur ce corps le cerveau de sa bien-aimée, il y en aura pour tous les goûts, surtout extrêmes. Des longs mais aussi des courts-métrages : le festival est l’occasion de participer au concours "48h plus tard", durant lequel les équipes devront réaliser en deux jours une production de SF, toujours contraints par les règles farfelues du jury. Et si vous ne vous sentez pas l’âme d’un cinéaste

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On connaît la chanson : "Song To Song" de Terrence Malick

Love story | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

On connaît la chanson :

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

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"Alien : Covenant" : critique et entretien avec Ridley Scott

Science-Fiction | Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche de son troisième opus dans la saga Alien, participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, Blade Runner. Excitant.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

L’ouverture d’Alien : Covenant se fait sur un œil se dessillant en très gros plan. Ce regard tout neuf et empli d’interrogations est porté par l’androïde David, création du milliardaire Peter Weyland. Aussitôt s’engage entre la créature et son démiurge une conversation philosophique sur l’origine de la vie, où affleure le désir de la machine de survivre à son concepteur. L’image mimétique d’un instinct de survie, en quelque sorte. Cet œil inaugural, immense et écarquillé, reflétant le monde qui l’entoure, fait doublement écho non à Prometheus — dont cette séquence est la préquelle et la totalité de Covenant la suite — mais à l’incipit de Blade Runner (1982) du même Scott. L’œil y apparaît pareillement, pour réfléchir un décor futuriste et comme miroir de l’âme : c’est en effet par l’observation des mouvements de la pupille, lors du fameux test de Voight-Kampff, que l’on parvient à trier les authentiques humains de leurs simulacres synthétiques, les “répliquants”. Le David d’Alien rêve-t-il, comme eux, de moutons élect

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"À ceux qui nous ont offensés" : Fassbender en incarnation du Gitan britannique

Critique | Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad s’apprête à quitter sa roulotte avec femme et enfants pour se fixer dans une maison en dur. Mais Colby n’a pas l’intention de le laisser partir… Après Brad Pitt dans Snatch, voici Michael Fassbender en nouvelle incarnation du Gitan britannique — rien à voir avec leurs cousins du Continent, souvent représentés de manière moins glamour chez Kusturica ou Gatlif. Ce constat mis à part, les problématiques rencontrées par cette population au Royaume-Uni sont identiques : pilote chevronné voulant se ranger des voitures, Chad goûte à l’ostracisme lorsqu’il s’aventure hors du clan. Un rejet que subit également sa progéniture, au grand bonheur de Colby, qui croit à une forme de déterminisme social : un statu quo renforce son emprise sur le groupe. Film complexe, multiple, À ceux qui nous ont offensés marie à la fois le

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Ciné O’clock, 22e prise

Festival | Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se (...)

Julien Homère | Mardi 7 février 2017

Ciné O’clock, 22e prise

Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se révèle une Arche de Noé jouissive pour tous les amoureux des cinémas britannique et irlandais. La programmation embrasse un large spectre de 21 œuvres : les spectateurs pourront rattraper les films d’hier et d’aujourd’hui. De la Palme d’Or de Ken Loach (Moi, Daniel Blake) à la petite pépite bis Les Daleks envahissent la Terre, le festival propose de revoir ou découvrir tout ce que l’Irlande et l’Angleterre peuvent offrir d’aussi fou que solennel, d’aussi connu qu’oublié, d’aussi vieux que récent. Pour ceux qui voudront se replonger dans l'année écoulée, ou s’évader dans les années 1980, le quatrième long-métrage de John Carney,

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"Assassin’s Creed" : Enter the game… over

ECRANS | de Justin Kurzel (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h55) avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons…

Vincent Raymond | Mercredi 21 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire — laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile de jute. Puis, entre de

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Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

4 questions à... | Après avoir campé dans Steve Jobs un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la capuche de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet — par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la “physicalité” du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa “mémoire génétique”. Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écrits, pour avoir

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"Captain Fantastic" : à qui “père”, gagne

ECRANS | de Matt Ross (E-U, 1h58) avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Un père de famille survivaliste radical se résigne à quitter sa forêt avec ses six enfants pour assister aux obsèques de son épouse — leur mère. En découle une confrontation initiatique avec la prétendue “civilisation”, ainsi que les proches de la défunte, hostiles à son choix d’existence… La présence de Viggo Mortensen au générique aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : Captain Fantastic tranche avec ces faux films indé fabriqués par les studios dégueulant de mièvrerie et d’archétypes middle-class — telle l’escroquerie aux bons sentiments Little Miss Sunshine, pour ne pas la citer. Le doute subsiste pourtant lorsque la petite famille abandonne son cocon über-rousseauiste pour embarquer à bord de Steve, le car post-hippie : la succession de sketches montrant à quel point les (magnifiques) enfants super-éduqués valent bien mieux que tous les dégénérés rencontrés au fil du chemin, se révèle en effet un peu longuette. On croit ensuite deviner une issue réglée comme du papier à musique de feu de camp. Mais l’histoire, dans un soubresaut étonnant, offre aux personnages un dénouement si éloigné des

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X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

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Jodorowsky's Dune

ECRANS | de Frank Pavich (É-U, 1h30) avec Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Jodorowsky's Dune

Faut-il remercier Pavich, ou bien le maudire d’avoir permis à Jodorowsky de dévoiler les coulisses de son film maudit Dune ? Restée à l’état de projet très avancé, cette adaptation du roman de Frank Herbert avait tout pour devenir l’œuvre prophétique qu’il ambitionnait : un credo artistique, des moyens considérables alloués par un producteur esthète, un contexte mystique favorable (nous somme en 1975) et une distribution réunissant Pink Floyd, Dalí, Welles ou Mick Jagger… À ce stade, on est déjà à l’agonie ; Jodo nous achève en expliquant la genèse de son armée de “guerriers” (Mœbius, Dan O’Bannon, HR Giger…). Si son Dune n’a pas vu le jour, ce qui faisait son ferment (à défaut d’épice…) à ensemencé toute la SF des années suivantes, de Alien à Matrix. En cela, le projet initial de révolutionner l’histoire du cinéma a bien été accompli… sans que Jodo n’ait eu besoin de recourir lui-même à la pellicule, comme un contributeur de l’ombre. Ce documentaire lui renvoie l’ascenseur et la lumière : à l’instar de Lost in la Mancha consacré au désastre du Don Quichotte de Terry Gilliam, Jodorowsky’

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Brooklyn

ECRANS | de John Crowley & Paul Tsan (Irl/G-B/Can, 1h53) avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Brooklyn

Avec Une éducation, on avait découvert que le cœur de l’auteur britannique Nick Hornby était plus vaste qu’un stade de foot, et que son âme vibrait à d’autres musiques que sa collection de 33t rock. Brooklyn, dont il est à nouveau scénariste, enfonce le clou : il y raconte le parcours semé d’embûches d’une jeune femme s’affranchissant de toutes les tutelles (parentale, religieuse, culturelle…) pour s’accomplir, quitte à faire le deuil d’une partie de son identité. Portrait de femme moderne — dans l’acception du XXe siècle, mais qui pourrait revenir à la mode eu égard au conservatisme ambiant, d’une migrante qui plus est (un sujet brûlant d’actualité), Brooklyn ne s’écarte pas du classicisme attendu. Saoirse Ronan n’est pas à blâmer : elle s’en tient aux limites de son personnage et de ce film plus anecdotique que définitif. Quant à Hornby, espérons pour lui qu’il s’ouvre à d’autres schémas. VR

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Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can/Irl, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Room

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque : deux volets successifs sur l’enfermement. Au mitan de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu’elle a eu en captivité. Au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s’épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d’Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs — le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu’on s’extasie — Room s’en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) de Frédéric Videau, inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, permet de s’en convaincre… Il est à plus d’un titre intéressant que les votants de l’Académie des Oscars aient salué l’interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n’est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l’enfant (le critère “mignon” biaise toujours le jugement critique), m

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (127 heures), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Le natif de Manchester fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

« Penser différent »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail autour de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, pavé signé Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant les innovations à mettre à son actif - un livre paru en France en 2011 chez JC Lattès. L’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse, ne se lançant pas dans une illustration chronologique standard visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible "sa vie, son œuvre". Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue, modelant finalement la réalité à ses désirs, Sorkin et Boyle lui ont taillé un écrin biographique hors-norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sorte

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L'Éveil du printemps, porté à ébullition

SCENES | Pour incarner la fin de l’enfance, mieux vaut faire preuve d’une certaine fureur. Et Hugo Roux en a à revendre. Ce très jeune metteur en scène (19 (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 janvier 2016

L'Éveil du printemps, porté à ébullition

Pour incarner la fin de l’enfance, mieux vaut faire preuve d’une certaine fureur. Et Hugo Roux en a à revendre. Ce très jeune metteur en scène (19 ans !), actuellement élève à l’ENSATT, a réuni neuf comédiens de sa génération pour incarner ce texte d’un avant-gardisme absolu, L’Éveil du printemps. Le XIXe siècle n’était pas encore fini que Frank Wedekind livrait cette histoire d’ados découvrant le désir, se heurtant à un modèle social régi par la religion, les interdits et la culpabilité au point que certains en mourront. Aussi tragique soit-elle, cette pièce ne manque pas de vitalité. Après un premier quart d’heure trop scolaire, la troupe passe aisément d’un rôle à l’autre, des parents à leur progéniture, sans perdre en crédibilité - malgré un âge peu compatible avec certains personnages. Une fois les enjeux posés, les membres de la compagnie Demain dès l’aube jouent au mieux du décor particulièrement bien pensé avec une petite économie de moyens : de la terre à la fois nourricière et projectile, des tréteaux protecteurs des premières amours cachées et estrade des censeurs. En rythme, dans des scènes courtes po

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Ex_Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, l’ex-scénariste de Danny Boyle Alex Garland s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex_Machina

Imitation Game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex_Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail — n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine — auquel cas, le test est réussi. Ex_Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade Runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant appa

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Music and lyrics au Ciné O’Clock

ECRANS | Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Music and lyrics au Ciné O’Clock

Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des chansons, la tonalité de cette édition sera en partie musicale. Ce sera notamment le cas grâce à la version restaurée de A Hard Day’s Night, rencontre entre les Beatles, au sommet de leur gloire, et le free cinema pop de Richard Lester, qui a immortalisé l’esprit swinging London sur les écrans. À quelques décennies et mutations d’intervalle, la pop britannique est toujours vivace, notamment grâce à un groupe comme Belle and Sebastian, qui célèbre lui aussi ses vingt années d’existence en 2015. Un nouvel album vient de sortir, marquant un virage électro plutôt inattendu, mais juste avant, son leader Stuart Murdoch s’était lancé dans l’aventure cinématographique avec God Help the Girl. Un premier long-métrage encore inédit à Lyon, avec la charmante Emily Browning en songwriter à la recherche d’âmes sœurs pop pour fonder un groupe à Glasgow. Musique toujours avec un ciné-concert autour du Chantage de Hitchcock, qui fait

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Seconds : quand l’Amérique perd la face…

ECRANS | Après sa reprise cet été, nouvelle occasion grâce à la Ciné collection de voir "Seconds", incroyable film de John Frankenheimer sur le mythe américain illusoire de la seconde chance, d’une stupéfiante modernité formelle et graphique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Seconds : quand l’Amérique perd la face…

«Il n’y a pas de seconde chance dans la vie d’un Américain» disait Francis Scott Fitzgerald. C’est le parfait résumé de Seconds, que John Frankenheimer signe en 1966, alors que les studios sont en train de boire la tasse à force de formules réchauffées. Le cinéaste s’était fait une petite spécialité dans la politique fiction grâce à Sept jours en mai, sur l’uchronie d’un coup d’état militaire aux États-Unis, et Un crime dans la tête, où des soldats américains ayant subi un lavage de cerveau sont renvoyés chez eux pour y devenir des machines à tuer sous hypnose ; le pitch de Seconds a pourtant plus à voir avec celui d’un épisode de La Quatrième dimension. Arthur Hamilton, un employé vieillissant qui étouffe dans une vie familiale morne et étriquée, se voit offrir un pacte mystérieux : subir un traitement chirurgical révolutionnaire pour changer de visage et d’identité, afin de commencer une nouvelle vie. Frankenheimer crée dès les premières séquences un climat de paranoïa angoissant, en créant de constantes distorsions dans le cadre, par l’emploi du fish eye ou par un usage inédit de la caméra, qui se déplace au rythme

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Trash ? Yeah yeah !

SCENES | Un casting cinq étoiles et une mise en scène pluridisciplinaire au service de la quête amoureuse d'une superstar du porno : Jocelyn Flipo signe avec "Trash" sa comédie romantique la plus ambitieuse et la plus aboutie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Trash ? Yeah yeah !

Comme tout metteur en scène dont le talent est proportionnel à l'obsession avec laquelle il réinterroge œuvre après œuvre les thèmes qui lui sont chers, Jocelyn Flipo a son comédien fétiche. En l'occurrence Alex Ramirès, pour lequel il a imaginé, après le rêveur avenant de Dans ta bulle et le minet qui se découvre un don pour la peinture de Loving Out, un troisième rôle à la mesure de son élasticité et de son hypersensibilité : celui d'un pornographe amateur bien décidé à faire vaciller l'empire d'un magnat du cinéma pour adultes, personnage que le Serial lover devenu «grand garçon» interprète avec un aplomb écrasant. Ce qui, compte tenu du prestige et de l'harmonie du reste du casting, d'un Yann Guillarme irrésistible de bagou en producteur passif-agressif obnubilé par la rentabilité de ses films – au point d'ignorer le manque d'affection que cachent les provocations de sa fille, interprétée par la prometteuse Delphine Leputh – à une Ségolène Stock confondante de vraisemblance en hardeuse en bout de course, n'est pas peu dire. Il n'y a pas de rapport sexuel Ce n'est toutefois pas l'amour que Flipo porte à ses comédiens qui est au cœur de

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12 years a slave

ECRANS | Après "Hunger" et "Shame", Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre "maître" plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails d’une fresque édi

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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Quadrophenia, un film à la Mods

ECRANS | Les Who et le cinéma, pour beaucoup, c’est avant tout Tommy, opéra rock culte qui a plutôt mal vieilli. Mais c’est aussi ce Quadrophenia, passionnant à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Quadrophenia, un film à la Mods

Les Who et le cinéma, pour beaucoup, c’est avant tout Tommy, opéra rock culte qui a plutôt mal vieilli. Mais c’est aussi ce Quadrophenia, passionnant à redécouvrir trente-cinq ans après sa réalisation, à la fois évocation d’une époque passée — le courant Mods, à son acmé dans les années 60 — et œuvre importante du réalisme à l’anglaise au même titre que les premiers Loach ou les téléfilms d’Alan Clarke. Jimmy, le jeune héros de Quadrophenia, tente d’échapper à sa poisse sociale — coincé entre une famille qu’il ne supporte plus et un boulot merdique — en courant après un rêve dérisoire : intégrer les Mods et leur existence sexe, drogues, rock’n’roll et scooters customisés. Frank Roddam, le réalisateur, surveillé de près par Pete Townshend et Roger Daltrey, s’autorise un grand pont entre ce courant finalement éphémère et le punk qui alors faisait figure de culture dominante dans la jeunesse anglaise. Quadrophenia n’est ainsi pas très loin de la démarche de certains cinéastes du Nouvel Hollywood : la musique entre dans le film comme dans Mean Streets

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Old Field

MUSIQUES | Amateurs d'old time music, cette discipline qui plante ses racines dans les collines des Appalaches, collectionneurs de 78 tours, de murder ballads et (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 juin 2013

Old Field

Amateurs d'old time music, cette discipline qui plante ses racines dans les collines des Appalaches, collectionneurs de 78 tours, de murder ballads et de cavalcades de banjo, réjouissez-vous : voici venir Frank Fairfield au Sonic. Certes l'intéressé n'est en rien originaire des montagnes de Virginie de l'Ouest ou de quelque élevage de poulets du Kentucky, mais de Los Angeles, là où l'old time est autant à sa place que le crunk à Saint-Dié-des-Vosges. Mais Fairfield n'est pas à une contradiction près : alors qu'à l'entendre, on imagine un hillbilly édenté et calleux, c'est un jeune homme bien mis et gominé qui se présente. Redoutable joueur de banjo, de guitare et de violon, Fairfield fait voyager l'auditeur dans le temps avec une virtuosité et une authenticité qui tuent dans l'oeuf tout procès en singerie. Preuve que quand la musique ne fait pas du jeune avec du vieux, elle fait du vieux avec des jeunes, renversement dont Fairfield est un digne représentant, chevillé à une tradition

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Une chanson pour ma mère

ECRANS | De Joël Franka (Fr, 1h35) avec Sylvie Testud, Patrick Timsit, Dave...

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Une chanson pour ma mère

Survivant d'une époque plus lointaine mais qui ne fait pas plus rêver que celle de l'affreux Stars 80, Dave avait su résister jusqu'ici à la réhabilitation par voie cinématographique ; sa présence sur les canaux télé et son aura plus mineure justifiant sans doute l'absence de nécessité. Son nom au générique d'Une chanson pour ma mère, comédie à l'anglaise réunissant une famille de bras cassés kidnappant le fameux chanteur pour faire plaisir à leur maman malade et en sursis, avait de quoi faire peur. Si le film ne fait pas de miracles, s'évertuant à enchaîner des situations un peu trop improbables et pataudes aux moyens de personnages commodément stupides, Dave se révèle de loin le meilleur acteur du casting et une vraie surprise. Sans trop sombrer dans la complaisance kitsch, Joël Franka observe avec une réelle tendresse un Dave attachant qui, transformé malgré lui en levier d'une grande réconciliation familiale, devient un joli héros ordinaire. Jérôme Dittmar

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Boule & Bill

ECRANS | De Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez...

Jerôme Dittmar | Dimanche 24 février 2013

Boule & Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore Boule & Bill, prévisible catastrophe industrielle vu le matériau d'origine. Mais ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Car Boule & Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui il y a quelques gags mais qui tombent tous à plat. Oui on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Not dead but bien raide

MUSIQUES | Ils s'appellent Asap Rocky, Tyler the Creator ou Schoolboy Q. Ils sont jeunes, connectés, prolifiques, un peu niqués de la tête et surtout très doués et, de New York à Los Angeles en passant par Pittsburgh, ils reconfigurent le rap game nord-américain depuis le début de la décennie. Portrait collectif d'une génération en train de tuer le daron (avec sa complicité) et focus au singulier sur son plus éminent représentant, Kendrick Lamar, à l'occasion de son passage au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 17 janvier 2013

Not dead but bien raide

Dans ce vaste tout-à-l'ego qu'est le milieu du hip hop, les façons de prendre l'ascendant médiatique se comptent sur la main d'un Latin King faisant le signe de ralliement de sa bande – le même que celui des fans de heavy metal, à un pouce tendu près. Option numéro un, très prisée des Français : pourrir publiquement un rival, en priant pour que l'étendue de sa répartie ne soit pas proportionnelle au volume de ses biscottos. Option numéro deux, typiquement nord-américaine : sécuriser un deal (production, featuring, apparition dans un clip) avec une star de la pop, ce qui implique de déjà bénéficier d'un minimum de talent et/ou de notoriété. Option numéro trois, la plus vaniteuse, mais dont on raffole autant des deux côtés de l'Atlantique : acter la mort du genre pour mieux se poser comme son rédempteur, avec la certitude d'être sèchement contredit à plus ou moins long terme. En France, Fuzati a tenté le coup en 2004 sur Dead Hip-hop, extrait du premier album du Klub des Loosers. Bientôt neuf ans plus tard, n'en déplaise à ce misanthrope masqué dont on ne cesse de louer la verve, le rap hexagonal a gagné en fantaisie ce qu'il a perdu en conscien

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Summer rose

MUSIQUES | «Avec le temps va, tout s'en va», disait le poète qui, tel Florent Pagny, n'avait pas que ça à faire de «rester planté là». Tout s'en va, sauf quand le temps (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 juin 2012

Summer rose

«Avec le temps va, tout s'en va», disait le poète qui, tel Florent Pagny, n'avait pas que ça à faire de «rester planté là». Tout s'en va, sauf quand le temps est beau et que la programmation est alléchante. Comme au Transbordeur dont on vous informait qu'avant de prendre des vacances bien méritées, il avait pris ses quartiers d'été en extérieur pour une poignée de Summer sessions. Commencées en douceur avec le folk de Bower Birds et St Augustine, le Saint patron clermontois des folkeux, les choses se poursuivent de manière légèrement plus musclée. Ou disons, moins bucolique. D'abord avec la new-wave extrêmement rassérénante – ce qui est plutôt rare dans cette discipline où l'on a plutôt tendance à marcher droit dans les murs en lisant du Sylvia Plath et à porter des manteaux même en été – de God ! Only Noise – les amateurs de calembours et des Beach Boys, souvent les mêmes, auront perçu le clin d'œil à l'un des chefs d'œuvres des Plagistes. Quelque part entre Taxi Girl à la plage et des Lightning Seeds en kite-surf (music), God ! Only Noise vous fera hésiter entre la danse et le punch, sa

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Prometheus

ECRANS | Se voulant un retour aux origines de la saga "Alien", "Prometheus" est surtout une impasse pour Ridley Scott, tiraillé entre l’envie de retrouver sa splendeur graphique des débuts et son désir de rivaliser avec les blockbusters d’aujourd’hui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Prometheus

L’attente disproportionnée qui a entouré Prometheus, de l’annonce du projet (une prequel d’Alien) à ses nombreux changements d’horizon («l’invention d’une nouvelle mythologie») ne sont peut-être pas pour rien dans la déception éprouvée à la vision du film. Qui ne commence pourtant pas si mal… Pour la première fois, Ridley Scott s’essaie à la 3D et les images d’introduction, travellings aériens survolant une nature majestueuse, loin du space opera attendu, ont de l’allure. Même l’étrange géant diaphane qui se décompose au contact d’une substance noire et liquide, désintégrant jusqu’à son ADN, permet à Scott de déployer une certaine maestria visuelle. Quand le film s’envole dans l’espace avec une troupe de scientifiques et de grouillots au panel très Benetton, on y croit encore. Scott glisse par exemple une idée étonnante : l’androïde David, interprété par Michael Fassbender (curieux, tout de même, d’avoir confié à l’acteur le plus physique et sexuel du moment un personnage robotisé et désincarné), choisit son look en référence à Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie. Comme si, autant que d’expliquer les fondements de la

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung

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Shame

ECRANS | Révélé par l’uppercut "Hunger", le tandem Steve McQueen (réalisateur) et Michael Fassbender (acteur) enfonce le clou avec "Shame", portrait entre extase et agonie d’un trader atteint de dépendance sexuelle, porté par un geste de cinéma extraordinaire de culot. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

Shame

C’est par un crescendo incandescent que Steve McQueen nous attire à l’intérieur de son deuxième film, Shame. Crescendo musical où une envolée de cordes lyriques accompagne les images, mais aussi crescendo émotionnel dont l’inachèvement vaut comme raccourci du film dans son ensemble. Pourtant, il n’y a presque rien : un homme assis dans le métro regarde fixement la femme assise en face de lui, jolie, très maquillée, d’abord gênée par ce regard, puis curieuse et enfin complice. Elle se lève à la station suivante, on s’aperçoit qu’elle a une bague au doigt, elle sort de la rame. Il hésite quelques instants, puis se lève à son tour, tente de la rattraper mais elle a disparu dans la foule des passagers. Ce pourrait être un hommage au Brève rencontre de David Lean, le début d’un mélodrame à vous tirer des larmes. Ce sera l’inverse : une descente aux enfers. Car cet homme beau et attirant — normal, c’est le magnétique Michael Fassbender qui l’incarne, se livrant une fois encore à corps perdu à son metteur en scène Steve McQueen, qui l’avait révélé dans Hunger — nage dans

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Capra, c’est pas fini

CONNAITRE | Le Cinéma selon Frank Capra / L’Institut Lumière, tout juste remis du festival Lumière, reprend donc sa programmation habituelle avec une rétrospective (...)

Dorotée Aznar | Lundi 31 octobre 2011

Capra, c’est pas fini

Le Cinéma selon Frank Capra / L’Institut Lumière, tout juste remis du festival Lumière, reprend donc sa programmation habituelle avec une rétrospective consacrée à Frank Capra, un des cinéastes (avec Hawks, Lubitsch et Ford) qui a contribué à forger cet âge d’or d’Hollywood dans les années 30 et 40, aux débuts du cinéma parlant. Maître de la comédie, qu’il utilise pour interroger puis affirmer les valeurs fondamentales de l’humanisme américain (au prix d’un optimisme qui lui a parfois été reproché), Capra est avant tout un exemple de ces chefs d’orchestre qu’étaient les metteurs en scène de l’époque : si ses films sont si peu démodés, c’est qu’ils répondent à un savoir-faire impressionnant, du scénario au jeu des acteurs en passant par tous les postes techniques. Michel Cieutat de Positif (une revue qui est un peu chez elle à Lyon depuis que l’Institut Lumière en est devenu, avec Actes Sud, l’éditeur) animera une conférence sur le cinéaste le mardi 8 novembre à 19h30 avant de présenter l’époustouflant Extravagant Mr Deeds (1936) avec le duo irrésistible Cary Grant / Jean Harlow.Christophe Chabert

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Frank Girard

ARTS | Né en 1947, le sculpteur Frank Girard réalise en bronze ou en terre cuite des petits personnages anonymes mis en scène seuls ou en groupes. Ce sont des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 8 juin 2011

Frank Girard

Né en 1947, le sculpteur Frank Girard réalise en bronze ou en terre cuite des petits personnages anonymes mis en scène seuls ou en groupes. Ce sont des individus qui s'affrontent à quelque obstacle ou difficulté existentielle, d'autres qui errent sur un radeau ou bien s'exilent, en groupe, vers quelque destination inconnue... Un peu de lumière parfois ou des éléments végétaux complètent ces compositions souvent poignantes, cristallisations d'instants où une vie bascule. L'artiste présente plusieurs œuvres récentes à la Galerie Le Soleil sur la Place jusqu'au samedi 16 juillet. JED

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Dorotée Aznar | Mardi 31 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“ tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités. Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men au commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connue vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop ra

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À pleins tubes

MUSIQUES | Musique / Demandez à Nadine Morano ce qu'elle pense de Frank Williams & the Ghost Dance et elle vous répondra qu'elle regrette beaucoup l'époque où ce (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 21 avril 2011

À pleins tubes

Musique / Demandez à Nadine Morano ce qu'elle pense de Frank Williams & the Ghost Dance et elle vous répondra qu'elle regrette beaucoup l'époque où ce milliardaire écossais alignait les titres de champion du monde de formule 1 avec sa mythique écurie Williams-Renault (où il était alors associé avec l'auteur de Mistral Gagnant, un fou d'automobile). C'était l'époque des Nelson Monfort Piquet, des Alain Proust (qui trouvait entre deux grands prix le temps d'écrire La Recherche) ou Jacques Villeneuve (qui excella ensuite à la télévision avec son divertissement policier Le Droit de Savoir). Allez, c'est quasiment ça Nadine. Disons que Frank Williams & the Ghost Dance est effectivement du genre à démarrer au quart de tour et à enchaîner les tours de pistes (33 ou 45) à pleins tubes (mais alors pleins). Sauf qu'il s'agit d'un quatuor parisien bien rock n'roll dont l'album Temptation of Yours laisse du souffle dans les oreilles après son passage. On pense à des Pixies radoucis ou à des anti-folkeux endurcis où une voix masculine inquiète appelle son pendant féminin plus serein. Et pour ce qui est des fantômes, on en croise aussi pas mal : comme sur la seule chanson en français de l'alb

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Blog : Cannes, jour 10 : Désordres

ECRANS | Hors la loi de Rachid Bouchareb. Tender son de Kornel Mundruczo.

Christophe Chabert | Samedi 22 mai 2010

Blog : Cannes, jour 10 : Désordres

À peine débarqué sur la Croisette aux aurores, on a senti que l’ambiance avait changé. Il faut dire que le nez dans le cinéma, on oublie assez vite que l’actualité continue, et qu’elle finit par rejoindre parfois les films présentés ici. On parle bien sûr de l’affaire Hors la loi qui a entraîné un pénible désordre avec hordes de gendarmes, de CRS et de militaires à chaque coin de rue, fouilles particulièrement musclées à chaque entrée dans le palais, provoquant des queues interminables et quelques retards dans le programme. Déjà crevé par dix jours intenses, ce cirque a eu tendance à mettre les nerfs à vif, et on n’était pas mécontent de rentrer à l’hôtel ce soir — pas de bol, un accident nous a fait mariner pendant une heure avant d’y arriver ! Ça s’appelle la poisse… D’autant plus que le film a fait figure de double peine. Car Hors la loi est (encore !) un navet, achevant de plonger dans le ridicule une compétition déjà lassante de médiocrité. Le scandale, car il y en a un, c’est l’académisme insuppor

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Crazy heart

ECRANS | De Scott Cooper (ÉU, 1h51) avec Jeff Bridges, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Jeudi 25 février 2010

Crazy heart

Bad Blake est un chanteur de country sur le retour. Alcoolique et physiquement diminué, il joue dans des rades loin de sa gloire passée. Ruminant son amertume, méprisant les gens qu’il rencontre, couchant avec la première groupie venue, il est une sorte de mauvaise conscience cynique de l’Americana, un personnage grandiose de vacherie et d’égocentrisme vaniteux. Le coup de génie de Crazy heart, c’est d’identifier le personnage autour de son acteur, Jeff Bridges qui trouve ici une parfaite synthèse entre le boxeur loser de Fat city et le roi de la glande qu’était Dude Lebowsky. Absolument génial, Bridges ne laisse pas passer ce rôle à sa démesure. Le film de Scott Cooper est vraiment formidable dans sa première heure, émouvant dans les scènes avec la journaliste (Maggie Gyllenhaal, excellente elle aussi) ou dans le beau come-back orchestré dans un élan culpabilité par le pire ennemi de Blake, un chanteur country plus jeune et commercialement plus viable que lui (incarné par une super guest-star dont on préservera l’anonymat, souhaité au générique). Ensuite, les ressorts mélodramatiques du scénario, classique histoire de rédemption, sont plus prévisibles, avec de

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