Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd'hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C'est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l'image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l'image chaque fois qu'il en occupe le centre. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, Panahi a été interdit d'exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l'air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l'habitacle de caméras qu'il manipule à vue.

Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passagers descendent, le film bascule. Un troisième homme s'adresse au conducteur : «Vous êtes monsieur Panahi ?». Première surprise : le réalisateur est immédiatement démasqué et c'est à cet instant qu'il apparaît à l'écran. Deuxième surprise : le client demande si les deux passagers précédents étaient des acteurs, car il a reconnu une réplique clin d'œil à Sang et or, un autre film de Panahi.

Le documentaire que l'on croyait regarder devient donc une pure fiction dont l'ordonnateur est aussi le conducteur de la voiture. Mais où commence-t-elle et où s'arrête-t-elle ? Peu importe à vrai dire, et il y a de fortes chances que tout cela soit parfaitement écrit et soigneusement mis en scène, au point d'en devenir invisible. Ce qui compte surtout, c'est la manière dont Taxi va interroger la façon dont, aujourd'hui en Iran, on peut produire des images, mais on ne peut pas les diffuser, ou plus exactement on ne peut que les filtrer pour les rendre acceptables.

Défilent donc à l'écran un vendeur de DVD clandestins, un étudiant en cinéma, la propre nièce de Panahi qui doit réaliser un court métrage pour son école, un ancien voisin devenu vendeur de vidéo surveillance… Et les images se multiplient jusqu'au vertige : il y a bien sûr cette scène, extraordinaire, où un homme accidenté décide de dicter ses dernières volontés devant un IPhone, mais c'est aussi la vidéo d'un petit appareil photo ou encore celle, qu'on ne verra pas à l'écran, d'un écran d'IPad qui forment autant de fenêtres ouvertes dans le dispositif… À cela s'ajoutent les nombreux commentaires sur ce qu'il est possible ou impossible de montrer : l'étudiant qui demande une leçon rapide de cinéma à Panahi, lui qui voit des films, lit des livres mais n'a rien à raconter ; ou encore la professeur de sa nièce qui liste les règles en vigueur pour rendre un film «distribuable», règles aussi absurdes que l'interdiction pour un «gentil» de porter une cravate !

Le geste de Panahi, très fort et finalement assez proche de cet autre acte de lutte sublime qu'était le Holy motors de Carax, consiste à inviter dans son film tous les registres prohibés en en faisant autant de micro-intrigues qui s'enchaînent avec une spectaculaire fluidité : la comédie — car le film est très drôle, d'une drôlerie qui ne serait jamais le paravent d'un désespoir —, la tragédie, le réalisme social, la critique politique… Il tient son pari jusqu'au bout, dans une ultime pirouette où ce n'est pas l'État qui arrête le tournage, mais ce que justement il s'entête à nier et à combattre. Taxi est un grand film auquel on n'a pas fini de repenser…

Zaïmeche l'œil dans le Judas

Cette deuxième journée berlinoise fut un véritable feu d'artifices de propositions cinématographiques aussi diverses que réussies, mais il faut encore solder les comptes de la première, notamment avec le film de Rabah Ameur-Zaïmeche, Histoire de Judas. On avait découvert, comme tout le monde, le cinéaste avec Wesh wesh, qu'est-ce qui se passe ? qui portait un éclairage à la fois rageur et drôle sur la banlieue. Mais Zaïmeche, c'est tout à son honneur, n'a pas voulu devenir un porte-parole, et son cinéma a depuis pris une tournure plus aventureuse, d'abord avec Dernier maquis, où son esprit révolutionnaire s'épanouissait encore dans un contexte contemporain et réaliste, puis avec Les Chants de Mandrin, où il prenait définitivement la tangente, laissant pas mal de spectateurs sur le bas-côté. Histoire de Judas est dans la même veine, et le résultat est à la fois passionnant et ennuyeux, stimulant et maladroit.

Zaïmeche choisit d'abord, dans la lignée de plusieurs artistes français cette année — Carrère et Cavalier en tête — de dépoussiérer les représentations mythologiques du christianisme. Ici, on appelle Jésus «Rabi», on le présente autant comme «le prophète» que comme le «messie» et, surtout, il a la peau matte. Dans le film, les premiers chrétiens sont tous joués par des comédiens d'origine arabe, tandis que les Romains sont interprétés par des acteurs blancs. C'est à la fois un juste retour des choses — il est loin le christ blond et mensonger d'un Scorsese… — mais c'est aussi, évidemment, un commentaire contemporain très fort, qui peut valoir à la fois pour la situation en Palestine et pour les restes de colonialismes qui conduisent, encore aujourd'hui, l'Europe à chercher à dominer le Maghreb et le Moyen orient.

Autre décision radicale : privilégier l'absolue quotidienneté des séquences, que ce soit dans le langage ou dans les actions, refusant ainsi tout académisme de reconstitution. Dans les scènes entre Jésus et Judas — joué par le réalisateur lui-même —, dont l'amitié profonde sera brisée par les jeux de pouvoir entre les Juifs et les Romains, mais aussi dans des passages formidables où Zaïmeche intègre les traditions musicales à l'action, le film est souvent très fort, profitant à plein de cette approche singulière. Mais les choses se compliquent dès que le cinéaste confie des scènes entières à des acteurs manifestement amateurs, peu à l'aise avec un texte qui, même s'il fuit toute emphase, reste beaucoup trop sec et écrit pour ne pas donner l'impression d'être récité. C'est que Zaïmeche a choisi, depuis deux films, de s'inscrire très clairement comme un héritier d'un certain cinéma d'auteur français des années 70, dont Philippe Garrel serait le chef de file, et qui paraît aujourd'hui passablement daté et ringard.

Le film plonge alors dans une léthargie dont il ne sort que par à-coups, notamment lors du procès de Jésus, filmé dans des ruines figurant l'Empire romain en train de s'effondrer. Ou encore dans les séquences avec Carabas, sorte de poète illuminé qui rejoue en version bouffonne l'enseignement du prophète. Sans oublier les deux derniers plans, qui semblent dialoguer de manière étonnante avec celui qui terminait La Passion du Christ de Mel Gibson. Ici, pas de Jesus-Terminator se relevant de son tombeau, mais une simplicité magnifique pour évoquer le remords éternel de Judas et la résurrection du Christ.

600 Miles : mexican death road

De 600 Miles, présenté au Panorama, on ne savait que deux choses avant de le voir : son réalisateur, Gabriel Ripstein, qui signe ici son premier film, est le fils du grand Arturo Ripstein ; et un des interprètes principaux de cette production mexicaine n'est rien moins que le toujours fascinant Tim Roth — on lui pardonne beaucoup, même Grace de Monaco. De quoi donner envie d'y regarder de plus près… Dès le départ, c'est l'épure qui domine : pas de musique, une image granuleuse, de la caméra à l'épaule, de longs plans-séquences… On suit deux gamins qui tentent d'acheter des armes en Arizona ; l'un est Américain, l'autre Mexicain. Ce dernier finit par passer la frontière où il retrouve son oncle t ses acolytes. On comprend alors qu'il joue les passeurs pour un cartel familial de trafiquants d'armes entre les Etats-Unis et le Mexique.

Ripstein sait créer une tension dans ses plans qui, même s'il ne s'y passe pas grand chose, savent véhiculer une inquiétude qui n'est pas sans lien avec le traitement de la bande-son, particulièrement détaillée. On se demande tout de même où il veut en venir : montrer la facilité avec laquelle on se procure un arsenal de guerre en Amérique, même lorsqu'on est à peine majeur ? Filmer, de façon semi documentaire, les foires aux armes qui prolifèrent dans la Bible Belt ? Il faut attendre l'arrivée de Tim Roth, lors d'un plan assez ingénieux où celui-ci prend littéralement la place des deux jeunes protagonistes à l'écran, pour que la mécanique de Ripstein se déclenche. Roth joue un flic de l'ATM chargé de surveiller les achats d'armes à feu à des fins criminelles. Il tombe sur la piste de l'ado mexicain et, au moment de l'interpeller, les choses tournent mal et il se retrouve otage de l'autre côté de la frontière.

600 Miles s'attache alors à la relation qui s'instaure entre les deux, le flic cherchant peu à peu à protéger le gamin contre la violence qui ne va pas tarder à se déchaîner. Parti sur les bases d'une chronique réaliste, le film bascule dans le road movie, puis dans le thriller, et les partis pris de Ripstein dans sa mise en scène prennent à chaque fois plus de poids. Il s'offre notamment un moment très intense où, par une séparation spatiale du plan associée à sa continuité temporelle, il crée un effet de suspense qui retarde longuement l'explosion sanglante attendue. Pas de doute, il y a là un cinéaste à suivre, mais c'est encore un cinéaste sous influence. Car impossible de ne pas voir dans 600 Miles des similitudes criantes avec le cinéma d'un autre Mexicain, Michel Franco. Si Ripstein est loin de sa complaisance crapuleuse planquée derrière un discours moraliste, il lui emprunte largement sa grammaire et on n'est même pas surpris de découvrir au générique de fin que ledit Franco est le producteur du film… C'est d'ailleurs lui qui a amené Roth sur le projet, l'acteur l'ayant récompensé à Cannes par le Grand Prix Un certain regard pour Despuès de Lucía, avant de lui faire du pied pour travailler avec lui.

Cette ombre-là est particulièrement présente dans la conclusion du film, qui n'est pas loin de le ruiner totalement. Dans un twist qui rappelle justement ceux de Franco, Ripstein balance une rasade de nihilisme sur un scénario qui, sans être exactement bouleversant d'humanisme, avait su garder un sens de la mesure et de la nuance. C'est un problème global du cinéma mexicain, de Reygadas à Iñarritu, de Franco à Escalante : cette manière de ne jamais envisager des fictions qui pourraient déboucher sur un rayon d'espoir, ce besoin presque pathologique de tout voir en noir, comme si un pays qui ne vivait que dans l'angoisse de la mort, de l'enlèvement et de la corruption se devait d'en refléter en permanence le désespoir. Dommage, car à cet épilogue contestable près, 600 Miles est une des vraies révélations de ce début de Berlinale.

Herzog / Kidman : roi et reine du désert

On a gardé l'autre très gros morceau de la journée pour la fin : le superbe Queen of the desert de Werner Herzog. Superbe, on assume, car l'accueil très tiède — pas un applaudissement à la fin de la projection de presse — réservé au film laisse entendre qu'on ne sera pas forcément très nombreux à le défendre. Herzog donne pourtant une véritable leçon à bien des cinéastes d'aujourd'hui, à commencer par Isabel Coixet qui, avec une équation similaire — histoire vraie, grands espaces, romanesque historique, star féminine dans le premier rôle — a signé une purge en ouverture (cf notre billet d'hier). La différence ? Simplissime : la mise en scène, toujours inspirée, virevoltante, inventive chez Herzog, loin de tout académisme pétrifié, d'une souveraine liberté.

Sans cela, cette adaptation de la vie de Gertrude Bell, jeune diplomate qui, à la suite d'une tragédie amoureuse, décide de consacrer sa vie à la découverte des bédouins dans le désert, aurait tout à fait pu tourner au pudding. Ce n'est jamais le cas, et Herzog signe un mélodrame flamboyant, qui assume à fond son côté premier degré, ce qui n'exclut ni l'humour, ni la distance réflexive. Car oui, la première partie est une superbe histoire d'amour où la caméra ne cesse d'amplifier les sentiments, toujours en mouvement, célébrant à la fois la vigueur des corps et la splendeur des paysages. Herzog n'use d'aucune ironie pour montrer comment Gertrude succombe au charme d'Henry (James Franco), mais il n'hésite pas à ponctuer cette romance de détails drôles ou incongrus. Il faut voir par exemple comment il annonce la fin tragique de leur histoire en décalant le premier baiser par l'irruption d'un vautour dévorant des restes humains. L'humour d'Herzog est sensible aussi lorsqu'il met en scène l'entourage d'Henry à l'ambassade — une jeune fille transie d'amour et très collante, son père bon vivant et adepte des maximes populaires ; ou encore un T. E. Lawrence canaille et juvénile, loin de la représentation d'un David Lean et campé avec un certain panache par l'excellent Robert Pattinson ; ou enfin un Churchill bougonnant, obsédé par son cigare et sa postérité.

La deuxième partie est, elle, plus ouvertement assimilable aux autres films du cinéaste. Gertrude se lance dans son grand voyage dans le désert et rejoint ainsi les aventuriers obsessionnels qui ont hanté l'œuvre d'Herzog depuis ses débuts. Son but : se fondre dans cet univers qui n'est pas le sien, faire corps avec un environnement qui devrait la rejeter à plus d'un titre — en tant que femme et en tant qu'occidentale. Gertrude gagne ses galons d'héroïne par sa volonté forcenée de trouver sa place et le film se double alors d'un passionnant commentaire qui met à mal les clichés. Au départ, Gertrude est présentée comme une emmerdeuse par une assemblée de mâles occidentaux qui se résout, à contrecœur, à en faire son ambassadrice dans le désert. Au bout de son voyage, elle aura gagné le respect des chefs de tribus appelés à devenir les dirigeants puissants des Royaumes arabes. Ils verront en elle leur égal, un exploit dans une société hautement patriarcale. Entre les deux, c'est tout le travail, patient, de respect et de tolérance envers la culture de l'autre qui accomplit ce miracle, tandis que les politiciens de tout bord ne pensent qu'à une chose : étendre leur emprise sur ce territoire en le découpant cyniquement selon leurs intérêts. Herzog est tellement au diapason des désirs de son personnage que le film en est souvent transporté, long fleuve romanesque dont chaque étape est une épiphanie.

Ce miracle n'aurait pas pu avoir lieu sans l'investissement, extraordinaire, de Nicole Kidman. Herzog avait annoncé la couleur dans l'entretien qu'il nous avait accordé, déclarant que jamais elle n'avait été aussi bonne de toute sa carrière. Il n'avait pas menti. Il y a quelque chose de stupéfiant à redécouvrir l'actrice, d'une justesse constante et d'une expressivité démente — adieu les mauvais lissages liés à l'abus de botox. Son jeu transpire l'intelligence, elle sait mettre de la retenue lorsqu'il en faut et libérer l'émotion lorsque le récit le demande, sans jamais tomber dans la performance ou la facilité. Là encore, le fossé entre Kidman ici et Binoche dans Nobody wants the night est immense.

Herzog ne cherche pas à inscrire son film dans une quelconque modernité factice — c'est peut-être ce classicisme-là qui a déçu — mais plutôt à renouer avec le glamour des grands films hollywoodiens — le film est pourtant une production européenne. Pour lui, Kidman est l'équivalent des grandes stars des années 50, à ceci près que bien peu auraient pu prétendre à un premier rôle de cette ampleur à l'époque. Geste féministe et humaniste d'un immense cinéaste, et geste splendide d'une comédienne à qui, d'un coup, on pardonne beaucoup — même Grace de Monaco.

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Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Taxi Téhéran

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À la Berlinale, on remet chaque année le Teddy Bear du meilleur film LGBT, une tradition qui fête ses vingt ans et qui a depuis fait école dans d’autres festivals (cf la Queer Palm de Cannes). On ne sait trop si c’est l’œuf qui a fait la poule ou les poules qui ont pondu des œufs, mais toujours est-il que la Berlinale est devenue un lieu important pour le lancement d’une saison entière de films gays, ceux-ci se retrouvant dans toutes les sections, mais plus particulièrement en compétition (comme le Greenaway d’hier) et surtout au Panorama, où il y en a à foison. 13 minutes, et deux heures de souffrance Avant de donner quelques exemples parmi ceux qu’on a vus durant cette semaine, arrêtons-nous sur 13 minutes, le nouveau Olivier Hirschbiegel, «auteur» de La Chute et de l’impérissable Diana, dont on ricane encore deux ans après l’avoir vu — même si Grace de Monaco l’a dépassé dans le genre biopic bidon de princesse ridicule. Hirschbiegel, dans le meilleur des cas, pourrait postuler au titre de Claude Berri allemand, alignant les grosses p

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Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

ECRANS | « Life » d’Anton Corbijn. « Eisenstein in Guanajuato » de Peter Greenaway. « Gone with the bullets » de Jiang Wen. « Ned Rifle » d’Hal Hartley.

Christophe Chabert | Jeudi 12 février 2015

Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

Ce septième jour à la Berlinale a été marqué par le retour de quelques cinéastes qui ont connu leur heure de gloire à une époque déjà lointaine. Mais, surprise, ce ne sont pas ceux que la compétition berlinoise a consacré qui ont le plus brillé, et c’est en définitive d’un outsider surgi du Panorama qu’a eu lieu la plus belle renaissance. Life, un Corbijn dévitalisé Mais avant de parler de ces revenants, attardons-nous sur un des films qu’on attendait le plus au festival cette année : Life, quatrième long d’Anton Corbijn avec le désormais incontournable Robert Pattinson. C’est une déception, laissant penser que le cinéaste ne fera sans doute jamais mieux que son premier opus, le magnifique Control. Pourtant, il y avait dans le sujet quelque chose qui semblait taillé sur mesure pour Corbijn. En 1955, un jeune photographe ambitieux, Robert Stock, tombe par hasard dans une fête à LA sur le jeune James Dean, qui vient de tourner À l’est d’Eden et postule pour le rôle principal de La Fureur de vivre. Pattins

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

ECRANS | « El Club » de Pablo Larraín. « The pearl button » de Patricio Guzman. « Mr Holmes » de Bill Condon. « As we were dreaming » d’Andreas Dresen.

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

Quelle édition de la Berlinale ! Pas encore remis du choc Malick hier, on a été cueilli dès le matin par le nouveau film de Pablo Larraín, El Club. On était curieux de savoir comment le cinéaste chilien allait négocier l’après No, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il avait annoncé que celui-ci bouclait sa trilogie sur les années Pinochet, et donc qu’il allait nécessairement passer à autre chose ; la seconde, c’est qu’après deux films forts mais encore un peu rigides et dogmatiques dans leur forme, Larraín avait fait un pas de géant avec No où il proposait un récit prenant servi par une mise en scène qui, malgré son caractère expérimental, ne créait aucune barrière entre le spectateur et ce qu’il y avait sur l’écran. El Club relève ce double tournant avec un brio que l’on n’attendait pas à ce degré d’excellence, ce qui suffit à faire de Pablo Larraín un des cinéastes les plus intéressants en activité, de ceux que l’on va suivre avec impatience dans les années à venir. El Club a donc parfaitement digéré les leçons appri

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Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

ECRANS | « Knight of cups » de Terrence Malick.

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2015

Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

Bien sûr, on a vu d’autres films aujourd’hui à Berlin… Bien sûr, monopoliser un billet entier pour un seul film, dans un festival, ce n’est pas forcément le contrat… Mais un nouveau film de Terrence Malick est un événement qui mérite qu’on lui accorde une place particulière. Et ce d’autant plus que Knight of cups est absolument admirable, surprenant pour ceux qui ne considèrent pas le cinéma de Malick seulement comme une suite d’images accompagnée de voix-off méditatives. Depuis ce sommet indépassable qu’était Tree of life, il semble que Malick se plaise à déplier les motifs qu’il avait synthétisés dans son œuvre phare, tout en ramenant son cinéma vers des sujets profondément actuels. Déjà, dans À la merveille, il évoquait à sa manière singulière la crise des subprimes ou l’extraction du gaz de schiste. Dans Knight of cups, c’est l’écart monstrueux entre le monde du divertissement californien avec ses fêtes et ses excès, et les miséreux qui jonchent les trottoirs de Los Angeles où qui hantent les ateliers de fabrica

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

ECRANS | "Nobody wants the night" d’Isabel Coixet.

Christophe Chabert | Vendredi 6 février 2015

Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

Nous voilà donc de retour à Berlin, accueilli par la neige, mais toujours enchanté par l’organisation toute germanique d’un festival absolument titanesque, avec 170 films dans les diverses sections et une ouverture au public autant qu’aux professionnels. La Berlinale reste sur une édition 2014 très réussie, même si, c’est connu, sa compétition est toujours un peu de bric et de broc. Toujours est-il qu’à N+1, force est de constater que deux films de la sélection 2014 — The Grand Budapest hotel et Boyhood — se retrouvent dans la course à l’oscar du meilleur film, et que son ours d’or — Black coal — a révélé un cinéaste sur lequel il faudra compter dans les années à venir. On n’oublie pas non plus que c’est à Berlin qu’on a découvert deux films français importants de la saison, Dans la cour de Pierre Salvadori et L’Enlèvement de Michel

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Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

ECRANS | Cinéaste à la filmographie labyrinthique hors des genres et des formats, né en Allemagne mais ayant tourné aux quatre coins du monde, nanti d’une curiosité insatiable et entouré d’une série de légendes liées à ses tournages homériques et à ses rapports complexes avec Klaus Kinski, Werner Herzog est à l’honneur de l’Institut Lumière pendant deux mois. Rencontre exclusive avec un maître tranquille. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

On vient de découvrir en France deux films de 40 minutes inédits de vous, réunis sous le titre Les Ascensions de Werner Herzog. Quelle est l’importance des courts-métrages dans votre carrière par rapport aux longs que vous avez tournés ? Werner Herzog : J’ai fait des films de quatre minutes, de dix minutes, un film de 34 minutes sur le danger d’envoyer des textos en conduisant qui n’est visible que sur YouTube [From one second to the next, NdlR]… Les choses viennent comme elles viennent, il n’y a pas d’idéologie, de méthode, de plan ou de carrière. Je fais ce que j’ai envie de faire avec pragmatisme. Mais quand vous commencez un projet, avez-vous une idée de sa durée ? Oui, bien sûr.

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Werner Herzog, cinéaste des cimes

ECRANS | C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Werner Herzog, cinéaste des cimes

C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux moyens-métrages documentaires de sa tentaculaire filmographie : La Souffrière (1977), sur les habitants d’un village guadeloupéen qui décident de rester sur leur sol malgré la menace d’explosion du volcan avoisinant, et Gasherbrum (1984), où deux alpinistes décident de gravir l’Himalaya d’une seule traite. Évidemment, ces deux films sont moins connus que les grandes épopées tournées par Herzog avec son «ennemi intime» Klaus Kinski — Aguirre, Fitzcarraldo ou Cobra Verde. Moins connus aussi que ses commandes américaines, de l’inédit Rescue Dawn au dément Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans. Sans parler de ces grands documentaires que sont

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Stoker

ECRANS | Après avoir croisé "Thérèse Raquin" et un film de vampires dans "Thirst", Park Chan-wook se délocalise en Australie pour passer "L’Ombre d’un doute" au filtre de l’horreur gothique. Le résultat, ultra stylisé et plutôt distrayant, se présente comme une récréation dans son œuvre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Stoker

Une veuve éplorée, un oncle bellâtre prénommé Charlie revenu d’un long voyage à l’étranger et une adolescente introvertie nommée India à l’imaginaire macabre : voici les ingrédients de Stoker, drôle de film longtemps attendu qui marque les premiers pas de Park Chan-wook hors de sa Corée du Sud natale. Pas exactement aux États-Unis, mais sous la bannière australienne, avec deux actrices principales du cru : Mia Wasikowska, épatante et Nicole Kidman,  par ailleurs coproductrice, dont la carrière se risque de plus en plus vers des rivages troubles qui lui vont plutôt bien. Plus exotique encore, le scénario est signé Wentworth Miller, le beau gosse de la série Prison break, et on aimerait bien jeter un œil à son script tant celui-ci reprend — sans le citer, et c’est sans doute un tort — L’Ombre d’un doute d’Hitchcock. Dans son précédent Thirst, Park Chan-wook s’amusait déjà à relire l’intrigue du Thérèse Raquin de Zola dans l’univers contemporain et fantastique du film de vampires. C’es

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah ! les «bras concrets»…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de v

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-c

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Into the abyss

ECRANS | Et si le cinéma d'Herzog n'avait jamais été aussi passionnant que depuis ces dernières années ? Avec "Into the abyss", documentaire à charge contre la peine de mort, l'auteur de "Fitzcarraldo" offre le portrait fascinant d'une Amérique monstrueuse et définitivement humaine. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Vendredi 19 octobre 2012

Into the abyss

Werner Herzog s'est découvert une passion : l'Amérique et ses criminels. Précédent On Death row (sur une prison haute sécurité et son couloir guillotine) et Hate in America (une série en projet), Into the abyss ouvre le premier la porte des enfers. Direction donc le Texas, à la rencontre d'un condamné à la sentence capitale et son complice, leurs proches et ceux des victimes. À l'origine du film, une histoire aussi dérisoire qu'effroyable : un bête vol de voiture par deux adolescents paumés tournant au triple meurtre. Pour remonter le fil de l'histoire, Herzog opte pour la méthode classique, la parole, prise en plan simple et mise en scène dans des cadrages lumineux aux allures un peu irréelles. Ce choix d'aller vers un format documentaire a priori balisé n'est pas un formatage, il est évident : Into the abyss n'est qu'une grande et folle confession, s'ouvrant dans un mélange de facéties et de gravité sur un pasteur, filmé en amorce d'un cimetière de condamnés à mort. Compassion généralisée Ce plan matrice du personnage religieux qui à la fois guide et écoute, Herzog l'endosse jusqu'au bout et dans le but d'u

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Paperboy

ECRANS | De Lee Daniels (ÉU, 1h48) avec Nicole Kidman, Zac Efron, Matthew McConaughey…

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paperboy

Le mirage continue autour de Lee Daniels : après les louanges déversées sur ce navet putassier et obscène qu’était Precious, le voilà sélectionné à Cannes pour un film encore pire, Paperboy. Daniels a désormais un style : en tant qu’auteur, il raconte à peu près n’importe comment ses histoires, passant d’un point de vue à un autre, ne choisissant jamais un angle pour traiter les sujets qu’il brasse, en général plein de bonne conscience (ici : racisme, peine de mort, identité sexuelle). En tant que cinéaste, c’est la fête puisque l’image, déjà enlaidie par l’utilisation de filtres glauques pour faire vintage, est triturée avec d’incompréhensibles surimpressions, ralentis et anamorphoses, avant d’être baignée dans de la musique rétro. En tant qu’homme, Daniels aimerait provoquer (il faut voir Nicole Kidman se livrer à de pathétiques simagrées sexuelles pour mesurer l’étendue des dégâts), émouvoir (on n’a jamais vu mort d’un personnage aussi peu touchante à l’écran) et pousser à l’indignation. Mais le seul souvenir que laisse Paperboy, c’est celle d’un typ

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Broken

ECRANS | De Rufus Norris (Ang, 1h30) avec Tim Roth, Eloïse Laurence, Cillian Murphy…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Broken

Malédiction des fictions puzzle contemporaines : ici, c’est une banlieue ordinaire de l’Angleterre où se jouent les petits et les grands drames d’une dizaine de personnages, avec comme pivot une jeune fille passant de l’enfance à l’adolescence. Ce regard-là est censé apporter une unité au film, mais conduit surtout à un déluge de chromos publicitaires et de voix-off singe savant, tandis que Rufus Norris manipule ses stéréotypes sans jamais chercher à les bousculer : le père violent et sa fille nymphomane et menteuse, le simplet gentil mais victime de la cruauté qui l’entoure, l’avocat quitté par sa femme au profit d’un professeur plus jeune… Le tout dans un savant désordre chronologique sentant l’exercice de style, qui ne se met en ordre que pour déverser un inquiétant pathos final teinté de bondieuserie naïve. Une fois de plus, quand un film force la sympathie du spectateur, c’est plutôt l’antipathie qui l’emporte. Christophe Chabert

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Effraction

ECRANS | De Joel Schumacher (ÉU, 1h31) avec Nicole Kidman, Nicolas Cage, Cam Gigandet...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Effraction

Plus indéfendable que Joel Schumacher, tu meurs. En chute libre depuis dix ans, c'est à croire qu'il n'a plus rien à perdre, enchaînant avec une certaine malice suicidaire des projets toujours plus borderline. Effraction n'enlèvera rien aux pulsions droitières du bonhomme qui, dans ce proto remake de Desperate Hours, embarque Nicolas Cage et Nicole Kidman (couple bourgeois en crise) dans une spirale infernale de violence. Jouant d'une intrigue à tiroirs où une banale histoire de prise d'otage et d'argent débouche sur des trahisons en cascade, Schumacher dépeint un portrait malade de la famille et des relations conjugales, engoncées dans leurs mensonges et désirs inavoués. En ressort un objet tendu, souvent hystérique et écoeurant de mauvais goût, mais qui prend progressivement forme pour accoucher d'une vision radicale et déviante. Jusqu'au-boutiste, problématique, ambigu, aberrant, Schumacher trace sa route au mépris des conventions et sans se soucier de plaire. Pour ça, respect. Jérôme Dittmar

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La Grotte des rêves perdus

ECRANS | En réalisant ce documentaire en 3D sur la grotte de Chauvet, Werner Herzog reste fidèle à son œuvre de fiction, tout en dissimulant dans les creux de sa caverne un autoportrait en cinéaste confiant dans l’avenir de l’art. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 26 août 2011

La Grotte des rêves perdus

Des paléontologues s’enfoncent, lumières en main, dans une grotte dont les parois sont recouvertes de sédiments et y découvrent les peintures rupestres laissées par les hommes de Néanderthal, miraculeusement conservées après des milliers d’années. Immédiatement, ces images évoquent la conquête spatiale et les astronautes arpentant les cratères lunaires, ce que l’usage de la 3D vient renforcer. Ainsi Werner Herzog a-t-il pensé "La Grotte des rêves perdus" : comme un pont fascinant entre le passé et le futur dont il serait à la fois le témoin privilégié et l’architecte malicieux. Car s’il reste ici dans un cadre purement documentaire, le cinéaste y établit un dialogue avec ses œuvres de fiction les plus célèbres : les travellings le long des parois rappellent ceux du générique de "Nosferatu", les explorateurs sont de lointains cousins des conquistadors d’Aguirre, la montagne qui entoure Chauvet renvoie à celle que devait franchir le bateau de Fitzcarraldo… La bizarrerie des différents intervenants (l’un d’eux s’habille avec un costume inuit pour retrouver les sensations des hommes préhistoriques à l’ère glaciaire, un parfumeur sillonne les gorges de l’Ardèche pour y sentir l’odeur

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Soirée de soutien à Jafar Panahi

CONNAITRE | Le cinéaste iranien, condamné à 6 ans de prison et 20 ans d’interdiction d’exercer son métier, est actuellement en liberté sous caution. À l’initiative de la (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 21 avril 2011

Soirée de soutien à Jafar Panahi

Le cinéaste iranien, condamné à 6 ans de prison et 20 ans d’interdiction d’exercer son métier, est actuellement en liberté sous caution. À l’initiative de la Cinémathèque française, du Festival de Cannes et de la SACD, des soirées de soutien sont organisées tout au long de la saison. La première aura lieu à l’Institut Lumière ce jeudi 28 avril en présence de Serge Toubiana avec la projection de Hors jeu, excellent film de Panahi où une jeune femme tente d’entrer dans un stade de football (réservé aux hommes en Iran).

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Rabbit hole

ECRANS | De John Cameron Mitchell (ÉU, 1h32) avec Nicole Kidman, Aaron Eckhardt…

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Rabbit hole

Difficile d’être insensible à ce Rabbit hole qui traite du drame par excellence : celui de la perte d’un enfant. Et pourtant… Si on verse une larme pendant sa scène finale (mais on pleurait à torrent devant la fin similaire d’"Arizona Junior"), le film de John Cameron Mitchell agace aussi par son insistance à solliciter l’émotion du spectateur. La faute à une adaptation maladroite de la pièce de théâtre initiale : ce que l’on peut accepter sur une scène devient factice à l’écran, notamment le fait que les personnages secondaires n’existent que pour illustrer un aspect du sujet, comme si le monde du film se réduisait à son thème. La mise en scène suit le même chemin : elle s’interdit distance et humour, confond pudeur et pose démonstrative. Enfin, les acteurs se livrent à un étrange anti-cabotinage, notamment Kidman qui semble expier les choix malheureux de sa carrière en acceptant de laisser quelques rides lui rendre l’expressivité qu’un abus de botox avait fini par effacer. Christophe Chabert

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? Car à l’écran, il n’y a pas l’once d’un point commun entre les deux, sauf si on considère qu’un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. Quand Herzog fait l’iguane… De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. L’ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustrer en sauvant la vie d’un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de

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Dernier maquis

ECRANS | Pour sa troisième réalisation, Rabah Ameur-Zaimeche nous montre un univers en vase clos, où les inévitables luttes de pouvoir se font jour dans une singulière ambiance de gravité chaleureuse. François Cau

Dorotée Aznar | Mercredi 22 octobre 2008

Dernier maquis

Ce qui frappe immédiatement dans le nouveau film de Rabah Ameur-Zaimeche (après Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? et Bled Number One), c’est son décor. Une entreprise de stockage et de réparations de palettes, dont la dominante rouge frappe la rétine et donne lieu à une saisissante scène d’introduction - un employé pulvérise des flots impressionnants de peinture sur les installations, quitte à se fondre complètement dans le plan. Cette aliénation de l’humain au profit de son environnement industriel refera surface, dans des acceptions diverses, mais le réalisateur privilégiera toujours les échanges verbaux de son microcosme. Dans cette dynamique, Rabah Ameur-Zaimeche ne se donne pas le beau rôle en interprétant Mao, le patron, avenant mais profondément gauche dans son pragmatisme entrepreneurial, devant faire face aux légitimes exigences salariales de ces employés. Pour garantir un minimum de paix sociale, il va leur offrir une mosquée dans l’enceinte du bâtiment, pour mieux s’empêtrer par la suite en choisissant lui-même l’Imam, contre l’avis général. Palettes blues Diverses saynètes se succèdent sur un ton presque badin ; l’impeccable froide

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La lutte des places

ECRANS | Rencontre avec Rabah Ameur-Zaïmeche, réalisateur exalté et généreux de Dernier Maquis. Propos recueillis par François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 17 octobre 2008

La lutte des places

Petit Bulletin : Est-ce que les grands espaces de Bled Number One vous ont donné envie de vous consacrer cette fois-ci à un semi huis clos ?Rabah Ameur-Zaïmeche : Pour ce film, c’est le décor qui a imposé notre manière de faire, et globalement, qui a imposé toutes les caractéristiques de Dernier Maquis. On avait découvert cet endroit il y a une dizaine d’années, et tout de suite, j’ai senti que c’était un décor de cinéma, un moyen de faire quelque chose de conséquent sur un univers industriel obsolète, en déliquescence. C’est un vrai paysage cinématographique, rarement exploité à l’écran, qui sent le travail, la sueur, la souffrance et la douleur des travailleurs. Comment avez-vous choisi les comédiens du film ?Ce sont les travailleurs des entreprises de réparation de palettes, à qui on a demandé de jouer leur propre rôle. Quand on est arrivé sur place, on avait un impératif de temps, on se disait que les palettes risquaient de partir dans les prochains jours, qu’il valait mieux se précipiter, et en même temps, on savait qu’on allait découvrir nos personnages là-bas. On avait cette certitude mais sans auc

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L'Homme sans âge

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Fr-Roum-All, 2h20) avec Tim Roth, Bruno Ganz...

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2007

L'Homme sans âge

Un vieux professeur, foudroyé en pleine rue, est transporté comme grand brûlé à l'hôpital. Quand il retrouve l'usage de la parole, les médecins se rendent compte qu'il a rajeuni d'une trentaine d'années. Ce miracle inexpliqué ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd : nous sommes en Roumanie en 1942, et les Nazis s'interrogent sur les capacités de cet "homme sans âge" qui, autrefois, travaillait sur l'origine du langage. Le problème étant que cet homme-là est atteint d'une forme étrange de schizophrénie, et qu'il ne peut effacer de sa mémoire le souvenir de la femme qu'il a aimée. Passé et présent, éternel retour et cours de l'Histoire, quête philosophique et tragédie amoureuse : pour son grand retour derrière une caméra après dix ans d'absence, Francis Ford Coppola montre qu'il a gardé son ambition intacte. L'Homme sans âge, adapté d'un roman de Mircea Eliade, est un film-monde où le cinéaste tente un grand pont entre le Rosebud de Citizen Kane et l'os transformé en vaisseau spatial de 2001, entre le romanesque à l'épreuve du siècle et la métaphysique la plus pointue. Car ce qui surprend, en plus de la maestria des images et de la mise

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