Hungry Hearts

ECRANS | Après "La Solitude des nombres premiers", Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Photo : © Christie Mullen


La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d'un restaurant chinois, incommodés par l'odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée.

Cette première scène de Hungry Hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable et terrible La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d'abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d'un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses.

C'est ce qui va détraquer l'histoire d'amour : une fois le mariage célébré, l'enfant à naître n'est pas vraiment désiré. «Ne viens pas en moi !» demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d'étranger est donc entré dans son corps, et le fruit de cette "invasion" va devenir pour Mina l'objet de toutes ses attentions, qu'elle chercher à préserver à son tour de toute intrusion venue de l'extérieur.

Pénétration interdite

Costanzo touche juste dans sa peinture d'une femme qui construit une bulle étanche pour protéger sa famille, cultivant ses propres légumes, recouvrant les angles des meubles de papier bulle et refusant de s'aventurer dans des rues polluées et agressives — la bande-son, hyper-réaliste, toute en détails crispants, parvient à figurer cette angoisse de l'héroïne. Il le fait par des moyens purement cinématographiques, confirmant son appétit pour la forme déjà sensible dans son film précédent : plutôt qu'Argento et Carpenter, il préfère cette fois l'influence d'un Polanski, plus rugueuse et anxiogène encore.

La mise en scène multiplie les plans au fish-eye déformant perspectives et visages, courbant l'espace jusqu'à le rendre abstrait, produisant une sensation de claustrophobie constante. La folie qui s'empare des personnages semble contaminer la texture même des images, bousculant les repères du spectateur et créant un malaise durable.

Le choix des deux acteurs n'y est pas pour rien non plus : la troublante Alba Rohrwacher et le ténébreux Adam Driver, couple italo-américain aussi étrange sur le papier qu'à l'écran, prouvent que dans ce film peu aimable, mais franchement passionnant, rien n'a été laissé au hasard.

Hungry Hearts
De Saverio Costanzo (Ita, 1h53) avec Alba Rohrwacher, Adam Driver…


Hungry Hearts

De Saverio Costanzo (It, 1h53) avec Adam Driver, Alba Rohrwacher...

De Saverio Costanzo (It, 1h53) avec Adam Driver, Alba Rohrwacher...

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Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux.


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"Le Dernier Duel" de Ridley Scott : boucherie à l’arène

Drame | Une querelle entre nobliaux moyenâgeux se transforme en duel judiciaire à mort quand l’un des deux viole l’épouse de l’autre. Retour aux sources pour Ridley Scott avec ce récit où la vérité comme les femmes sont soumises au désir, à l’obstination et à la vanité des hommes.

Vincent Raymond | Lundi 11 octobre 2021

France, fin du XIVe siècle. Tous deux écuyers au service du comte d’Alençon, Jean de Carrouges et Jacques Le Gris présentent des tempéraments opposés : quand le premier — un va-t-en-guerre impulsif — agace, le second obtient par son esprit en cour les bonnes grâces de son seigneur. Une rivalité va sourdre entre les deux hommes, s’amplifiant avec les années pour atteindre son sommet lorsque Marguerite, l’épouse de Jean, accuse Jacques de l’avoir violée pendant que son mari était à la guerre. Devant le roi et devant Dieu, Jean demande réparation lors d’un duel… Selon un adage bien connu, un auteur aura beau faire (ou contrefaire), il écrira toujours le même livre. D’une simple pelote de laine, l’on peut également tricoter toutes les formes que l’on désire, en variant les points… Puis défaire et refaire son ouvrage à l’envi tant que le fil ne rompt pas. On ignore si Ridley Scott taquine l’aiguille ; ce dont est sûr, c’est qu’il ferraille depuis toujours avec certaines obsessions. Dont la figure “matricielle“ du duel — e

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Ridley Scott : « tous les personnages sont importants pour moi »

Le Dernier Duel | Boulimique de films, féru d’histoires et d’Histoire, jamais à court d’expérimentations, Ridley Scott reprend les armes et les routes de France pour dépeindre un crime moyenâgeux. Propos rapportés lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Lundi 11 octobre 2021

Ridley Scott : « tous les personnages sont importants pour moi »

Votre premier long-métrage s’appelait Les Duellistes et celui-ci, Le Dernier Duel. Qu’est-ce qui vous fascine tant dans les duels ? Ridley Scott : Mais… chaque jour de ma vie est un duel ! Je suis en duel avec les studios, ou avec les uns ou avec les autres… Si vous ne pouvez pas supporter le stress, ne faites pas le même métier que moi ! (sourire) Quand j’ai tourné Les Duellistes, j’avais 40 ans et déjà pas mal réussi dans le domaine de la publicité. Du fait de cette réussite, je craignais de perdre l’envie de faire des films. Comme j’étais allé partout en France pour les pubs, pour le livre transformé en scénario, je ne pouvais penser qu’à la Dordogne. Du côté de Sarlat, sur le lieu où l’on souhaitait tourner, j’ai dû aller à la mairie avec le script du film pour validation. La mairie m’avait demandé : « hum… vous voulez faire un film ici ? — oui. — portant sur des affaires sexuelles ? — non. — avec Brigitte Bardot ? — dans le genre Michael Winner ? — non. — OK, c’est bon. » Comment avez-vous procédé pour la reconstitution, extrê

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“Annette” de Leos Carax : noces de son

Cannes 2021 | Espéré depuis un an, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes ; moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

“Annette” de Leos Carax : noces de son

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et elle encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le tamis du temps — on n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également — on le verra — à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographique de l’égotisme des gens de la “société du spectacle”, à l’instar du All That Jazz

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Comme un petit goût de reviens-y-pas : "The Dead Don't Die"

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Comme un petit goût de reviens-y-pas :

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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Un café glaçant : "The Place"

Comédie Dramatique | De Paolo Genovese (It, 1h45) avec Valerio Mastandrea, Marco Giallini, Alba Rohrwacher…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Un café glaçant :

Perpétuellement vissé à la banquette du café The Place, un homme accueille celles et ceux qui recherchent conseils ou services particuliers. Consultant son grand agenda, il leur assigne alors d’étranges missions qui, miraculeusement règlent tous leurs soucis. Mais quid des siens ? Décor unique, personnage énigmatique dont on ne sait s’il est un mafieux, l’incarnation du fatum, ou un bienfaiteur pervers ; mises à l’épreuve générale, cas de consciences et réconciliations… The Place tient de la pièce métaphysique. Le problème, c’est que le concept itératif tourne hélas rapidement à vide, Genovese ne parvenant pas à transcender ni son argument théâtral, ni son huis clos en tournant le tout comme une suite d’épilogues de série télé. Dommage, car il avait de la matière et une fort jolie distribution. Dommage également pour lui de manquer son rendez-vous avec le public français, qui connaît indirectement le travail de cette star transalpine sans avoir vu sur les écrans jusqu’à présent la moindre de ses réalisations — c’était son Perfetti s

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L’esprit simple : "Heureux comme Lazzaro"

Le Film de la Semaine | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à Alice Rohrwacher le Prix du scénario Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

L’esprit simple :

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort — son prénom l’y prédestinait.

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Afros, blancs et méchants : "BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Afros, blancs et méchants :

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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Mater dolorosa : "Ma fille"

Drame | de Laura Bispuri (All-It-Sui, 1h37) avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Mater dolorosa :

Fillette sarde de 10 ans, Vittoria découvre Angelica et sa vie dépenaillée, à mille lieues de l’existence modeste mais rangée dans laquelle Tina, sa mère, veut l’élever. Sauf que la délurée Angelica est sa génitrice biologique. Vittoria va se rapprocher d’elle, au grand dam de Tina… Valeria Golino semble s’être fait une spécialité des emplois de mère courage, usant sa plénitude quadragénaire et son regard triste dans des histoires de familles à problèmes majuscules avec une grâce jamais entamée ; Ma fille le prouve à nouveau, même si la comédienne occupe ici, à égalité avec Alba Rohrwacher (dans le rôle de la serpillère, mère du sang mais pas de cœur) un rôle secondaire. Car la réalisatrice Laura Bispuri place réellement l’enfant au centre du récit, adoptant le plus souvent son point de vue afin que l’on perçoive son dilemme, ses (dés)espoirs, ses chagrins. Cela, sans un mot de sa part ou presque. Pour rendre compte de cet écartèlement permanent, qui se retrouve dans la rousseur de Vittoria, entre la bru

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Un Soderbergh petit bras : "Logan Lucky"

ECRANS | de Steven Soderbergh (E-U, 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Un Soderbergh petit bras :

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Soderbergh a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la “frères-Coen”, un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le publi

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

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Écully, sempre italiano

ECRANS | Pendant dix jours, le centre culturel d’Écully et son cinéma proposent une superbe programmation autour de l’Italie, avec expositions, concerts et (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Écully, sempre italiano

Pendant dix jours, le centre culturel d’Écully et son cinéma proposent une superbe programmation autour de l’Italie, avec expositions, concerts et surtout films, pris dans l’actualité récente du cinéma transalpin ou dans son histoire, dont on connaît la richesse. Niveau actualité, deux avant-premières notables : Une belle fin d’Uberto Pasolini, certes tourné en anglais, à Londres et avec un casting 100% outre-Manche — dont l’excellent Eddie Marsan, hélas ici dans un registre monoexpressif et dépressif qui ne rend pas justice à son talent — mais signé par un cinéaste certifié italien. Bon, le film n’est vraiment pas notre tasse de thé, comme on l’expliquera la semaine prochaine au moment de sa sortie… En revanche, on a très envie de découvrir Leopardi de Mario Martone, biopic d’un poète majeur du XVIIIe siècle et étudiant rebelle envers sa famille d’aristocrates conservateurs. Parmi les films déjà sortis, il n’est pas inutile de conseiller encore et encore Hungry Hearts de Saverio Costa

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Les Merveilles

ECRANS | Alice Rohrwacher tente de faire renaître le néo-réalisme italien en filmant une famille d’apiculteurs loin de la modernité, bousculée par les aspirations de la fille aînée et l’irruption de la télévision. Un petit film attachant mais un peu longuet. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Les Merveilles

En sélectionnant Les Merveilles en compétition au dernier festival de Cannes, Thierry Frémaux n’a pas forcément rendu le meilleur service à Alice Rohrwacher ; Jane Campion et son jury non plus en lui décernant leur Grand prix. Car le costume est d’évidence trop large pour ce deuxième film modeste et attachant, dont les défauts sont criants et qui témoigne plutôt de l’affirmation d’un talent encore en devenir. Déjà, Corpo Celeste, premier film de Rohrwacher, empilait quelques clichés du cinéma d'auteur : image naturaliste, mise en scène à hauteur d’enfant, approche intime mais pas très critique de la question religieuse… Les Merveilles, tout en s’inscrivant naturellement dans la même lignée, est bien plus passionnant : on y voit une famille d’apiculteurs de la région des Étrusques, comme sortie d’une autre époque — l’Italie rurale des années 30, mais aussi les communautés beatnik des années 70 — avec un père fantasque et colérique et quatre filles dont l’aînée, Gelsomina — bonjour La Strada ! entre dans l’adolescence. Ce microcosme bri

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Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteur Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern Love de David Bowie déchaîné sur la bande-son.

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La Belle endormie

ECRANS | Marco Bellocchio signe un film choral interrogeant le droit de décider de sa propre mort et, malgré l’étonnante vivacité de sa mise en scène, n’évite pas un certain didactisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

La Belle endormie

Amour, Quelques heures de printemps et maintenant La Belle endormie : la question de la fin de vie travaille le cinéma contemporain comme elle travaille la société, produisant des films qui tentent, chacun à leur échelle, de ramener le sujet à des destins singuliers. La stratégie de Marco Bellocchio est d’ailleurs la plus claire : il s’empare d’un fait divers qui a embrasé l’Italie — la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans — provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien, qui a lui-même fait subir une euthanasie à sa femme des années auparavant, prêt à voter contre son groupe et ainsi mettre fin à sa carrière, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la vie pour Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma et délaissant son propre fils, qui lui aussi s’apprête à devenir com

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La Solitude des nombres premiers

ECRANS | Un garçon et une fille bloqués par des traumas enfantins se croisent sur quatre époques dans ce film magistral et poignant où Saverio Costanzo déconstruit la narration et emprunte les codes du cinéma de genre pour pénétrer au cœur du drame de ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

La Solitude des nombres premiers

En 1984, Mattia et Alice sont deux enfants vifs, intelligents, épanouis. Sept ans plus tard, Mattia est introverti, Alice est la souffre-douleur des autres filles. Sept ans s’écoulent à nouveau et ils se retrouvent au mariage d’une camarade de classe dont Alice fut brièvement l’amie. Enfin en 2007, désormais adultes, ils sont devenus des îlots de solitude, éloignés géographiquement mais toujours liés par une même connexion existentielle. Mattia et Alice sont comme les «nombres premiers» du titre, solitaires mais surtout singuliers, uniques, irréductibles. Et la manière dont Saverio Costanzo raconte leur histoire (d’après un roman à succès de Paolo Giordano) semble répondre à une logique mathématique, en faisant des allers-retours entre chaque époque, différant ainsi la révélation des traumas qui ont affecté le développement affectif de Mattia et Alice. Labyrinthe affectif Le cinéma contemporain nous a habitué à ces exercices de déconstruction, Iñarritu et son scénariste Guillermo Arriaga s’en sont même fait les champions. Pour Saverio Costanzo, il ne s’agit en aucun cas de manipuler le spectateur, le préparer à un coup de théâtre ou créer des r

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