Inupiluk + Le Film que nous tournerons au Groenland

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr, 32 min + 32 min) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca…

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Après le très réussi 2 automnes, 3 hivers, Sébastien Betbeder est revenu au format court avec Inupiluk : en trente minutes bien tassées, il suit deux potes hipsters et glandeurs, Thomas et Thomas, qui accueillent Ole et Adam, venus directement du Groenland pour passer quelques jours en France. Ponctué par des notations intimes — le père de Thomas vit au Groenland, sa copine ne répond plus à ses SMS — Inupiluk s'amuse du décalage de langue et de culture pour tisser un récit de vacances à la Jacques Rozier, de la Tour Eiffel à la dune du Pilat. Cette sensation de liberté et d'improvisation est franchement séduisante, et Betbeder confirme sa capacité à séduire un air du temps contemporain qui laisserait l'inquiétude à la porte.

Pour cette sortie en salles, il y a adjoint un autre court, Le Film que nous tournerons au Groenland, qui en est le prolongement logique : les deux acteurs retrouvent le cinéaste pour élaborer une suite où cette fois-ci ce sont les Français qui partiraient dans le village de leurs nouveaux amis groenlandais. Ce pré-making of est en fait un jeu de faux-semblants où la réalité est déjà une forme de fiction, et si tout cela paraît un peu crypté et narcissique, il ouvre la porte vers un drôle de triptyque dont on attend avec curiosité la conclusion…

Christophe Chabert


Inupiluk + Le film que nous tournerons au Groenland

De Sébastien Betbeder (Fr, 1h02) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca...

De Sébastien Betbeder (Fr, 1h02) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca...

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Ce soir, comme deux, trois ou quatre fois par semaine, Thomas rejoint Thomas au café, là où ils ont leurs habitudes. Mais l’esprit de Thomas est ailleurs, à l’autre bout du monde, dans les plaines enneigées du Groenland où vit son père.


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Match retour pour Thomas. Flanqué de son pote Thomas, il atterrit à Kullorsuaq, le village où vivent les deux Inuits qu’il avait hébergés chez lui dans le court-métrage Inupiluk… mais surtout où s’est réfugié depuis des années son père Nathan. L’occasion pour eux de briser la glace. Buddy movie à la française — c’est-à-dire incarné par deux anti-héros dotés de physiques improbables et surtout de coiffures façon yorkshires morts —, cette comédie oscillant entre le burlesque et le mélancolique déroule une suite de gags gentiment frappés inspirés par le dépaysement et les différences culturelles, avant de glisser vers le tendre et le pudique des liens familiaux. Malgré la prévisibilité de la trame, c’est parfois cocasse dans le décalage — lorsqu’il s’agit par exemple pour les Thomas d’actualiser leur situation d’intermittents avec une connexion Internet préhistorique, ou bien touchant lorsque le fils et le père doivent accomplir les derniers mètres avant de s’étreindre. Petit tacle au passage à la B.O. signée Minizza : le collectif ne s’est pas trop gelé les doigts en faisant

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