Hacker

ECRANS | Ce devait être le grand retour de Michael Mann après le décevant "Public Enemies", mais ce cyber-thriller ne fait oublier un scénario aux enjeux dramatiques faibles et aux personnages superficiels que lors de ses scènes d’action époustouflantes et novatrices. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Pour son retour au cinéma après six ans de silence — et une série HBO avortée, Luck — Michael Mann s'est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel.

Hacker va donc défier David Fincher, l'autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d'abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l'auteur de l'attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l'on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l'enquête.

On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l'empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu'un action man bodybuildé et prompt à la punchline ironique, survivance du blockbuster années 80 qui, comme il se doit, tombera tranquille la jolie chinoise avec qui il fait équipe.

Cyber-guérilla urbaine

C'est le point très faible de Hacker : un scénario empêtré dans des clichés de seconde zone, des personnages monolithiques et une histoire d'amour dont on se contrefout. De plus, comme geek ultime, Chris Hemsworth et son look de surfer haltérophile se pose un peu là… On aimerait aussi que Mann laisse tomber certaines de ses marottes, désormais éculées, en particulier son goût de filmer en HD les lumières de villes s'étendant à perte de profondeur de champ.

Comme s'il était conscient du caractère bancal de ce matériau, le cinéaste garde toutes ses cartouches pour les grandes scènes d'action du film, histoire de rappeler que sa légende ne se fonde pas sur du vent. Et il y parvient haut la main ; mettant en scène des gunfights en milieu urbain avec un réalisme visuel et sonore impressionnant, Mann fait une fois encore avancer la grammaire cinématographique, mariant sentiment de direct et spectaculaires chorégraphies de la violence.

Ce souffle expérimental, même circonscrit à des morceaux de bravoure, montre que Mann a toujours un appétit de filmer hors norme. Hacker, film moyen, est donc quand même une bonne nouvelle.

Hacker
De Michael Mann (ÉU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei, Viola Davis…


Hacker

De Michael Mann (EU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei...

De Michael Mann (EU, 2h13) avec Chris Hemsworth, Tang Wei...

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Hacker suit un détenu en permission et ses associés américains et chinois dans leurs efforts pour traquer et démanteler un puissant réseau de cybercriminalité internationale, les entraînant de Chicago et Los Angeles à Hong Kong et Jakarta.


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Welcome to the Hotel California & Nevada : "Sale temps à l'hôtel El Royale"

Thriller | de Drew Goddard (É-U, int.-12 ans, 2h22) avec Chris Hemsworth, Dakota Johnson, Jon Hamm…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Welcome to the Hotel California & Nevada :

Fin des années 1960. Construit à cheval entre la Californie et le Nevada, l’Hotel El Royale a connu des jours meilleurs. C’est pourtant dans ce décor décrépit que se retrouvent une poignée de voyageurs en apparence ordinaire. Ne vous a-t-on jamais dit de vous méfier des apparences ? Distribution de prestige, première séquence intrigante, décor prometteur… Drew Goddard sort du bois avec du costaud dans la musette. Sous l’apparence d’un polar mode-vintage, un peu exagérément série B, à la manière d’une fantaisie des frères Coen, et chapitré/destructuré à la Tarantino, Sale temps à l’hôtel El Royale cristallise dans ses coursives un concentré des obsessions, des hantises et des traumas ayant frappé la société américaine au tournant des années 1960, alors qu’elle faisait le deuil de ses soldats morts au Vietnam, de(s) Kennedy, des Trente Glorieuses et de nombreuses illusions… Derrière le paravent du film de braquage, c’est en ce lieu symboliquement frontière que le mythe d’une nation éternellement adolescente prend du plomb dans l’aile (et d

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We Blew It

ECRANS | Nul besoin de vous rappeler à quel point nous avions apprécié le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, We blew it (consacré à l’évolution des États-Unis des années (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

We Blew It

Nul besoin de vous rappeler à quel point nous avions apprécié le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, We blew it (consacré à l’évolution des États-Unis des années 1970 à Trump) et combien nous avions déploré que ce road-movie analytique, chargé de témoignages précieux et débordant d’amour pour le cinéma (starring Peter Bodganovitch, Jerry Schatzberg, Tobe Hooper…), n’ait été programmé sur aucun écran lyonnais lors de sa sortie nationale. Miracle ! Le cinéma Jeanne-Mourguet répare cet oubli en conviant le réalisateur lors d’une soirée spéciale. Au Cinéma Jeanne-Mourguet à Saint-Foy-lès-Lyon le mercredi 17 janvier à 20h

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Les USA, entre le road movie et la mort : "We blew it"

Le Film de la Semaine | Comment a-t-on pu passer de sex, summer of love & rock’n’roll au conservatisme le plus radical ? Sillonnant la Route 66, Jean-Baptiste Thoret croise les témoignages d’Étasuniens oubliés des élites et désillusionnés avec ceux de hérauts du Nouvel Hollywood. Balade amère dans un pays en gueule de bois.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Les USA, entre le road movie et la mort :

Sans doute Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échecs — ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it », « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un “âge des possibles” — et de toutes les transgressions — révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Trump prompt à faire miro

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

15.09.17 > TERMINAL ACID WASHED Le nu disco un brin pervers, pas mal italo et larvé d'acid house que pratique Acid Washed nous enchante, assurément : écoutez Heartbeat Maker, envolée qui ouvre leur album House of Melancholy ; un track parfait pour faire hurler un dancefloor comprimé comme celui du Terminal vers les 3 heures du mat', ivre et joyeux. Sexy. 16.09.17 > GROOM CLÉMENTINE Perle en ascension de la scène locale, activiste de Chez Émile, le disquaire, mais aussi du côté de la pertinente web-radio Lyl où elle mène de main de maîtresse l'émission Mellow Madness, Clémentine s'offre une nuit au Groom où soul, disco et funk s'emmêlent langoureusement pour vous coller la fièvre all night long. Black.

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Un Moi(s) de cinéma #4

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Lundi 2 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #4

Au sommaire de ce quatrième numéro : • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson • Selma de Ava DuVernay • The Voices de Marjane Satrapi • Hacker de Michael Mann • À trois on y va de Jérôme Bonnell

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Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

MUSIQUES | 27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – Brodinski, Gesaffelstein et autres «princes de la techno» – voient leur style décortiqué dans la presse masculine. The Hacker réussit depuis une vingtaine d'années – et a fortiori sur son récent diptyque indus/new wave Love/Kraft – l'exploit de se situer à l'intersection de ces deux attitudes, mi-voyou aux kicks qui claquent comme des coups de batte mi-gentleman à la tête pleine de mélodies cafardeuses. Autant dire qu'il a toute sa place au Bellona. 28.02 Terminal 2 Years Le Terminal fête ses deux ans d'activité et, considérant les liens profonds qui unissent notre journal au 3 de la rue Terme – des exemplaires ant

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L’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les superauteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter Ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l’air pour

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Les quatre fantastiques

MUSIQUES | Le Sucre sort de sa routine le temps de quatre soirées durant lesquels se produiront autant de fondateurs de labels emblématiques de la musique électronique actuelle... Et qu'on vous recommande plutôt quatre fois qu'une. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

Les quatre fantastiques

La vingt-neuvième cérémonie des Victoires de la musique fut, sans surprise, un énième pince-fesses corseté où chanteurs-sandwichs et égéries périmées tentèrent tant bien que mal de faire oublier le déficit d'ambition et d'idées qui grève l'industrie du disque depuis le début des années 2000. Une  mascarade qui ne doit pas faire oublier ce motif de satisfaction : la présence, parmi les nominés, du redoutable Gesaffelstein, aboutissement de deux décennies d'activisme techno. Un activisme dont le Grenoblois The Hacker est encore aujourd'hui l'une des principales figures, aussi bien en tant que label manager (jadis de Goodlife, aujourd'hui de Zone, qu'il a co-fondé avec... Gesaffelstein) qu'en tant que producteur - d'une musique devant autant à la compacité et à la combativité du new dance sound of Detroit qu'à la morgue mélancolique des souverains de la new wave. A l'approche de la parution d'un album en forme de synthèse esthétique, le sacrément bien titré Kraft/Love (non content de lister les qualités suffisantes et nécessaires à l'exercice d'un art, il fait référence à Kraftwerk et Lovecraft), Le Sucre ne pouvait mieux l'honorer qu'en l'invitant à donne

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Thor : le monde des ténèbres

ECRANS | Écrit n’importe comment et sans aucune ligne artistique, ce nouveau Thor est sans doute ce que les studios Marvel ont fait de pire. Mais est-ce vraiment du cinéma, ou seulement de la télévision sur grand écran ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 novembre 2013

Thor : le monde des ténèbres

Une intro pompée sur Le Seigneur des anneaux, du rétrofuturisme médiéval, de la comédie romantique, de la destruction massive, des monstres… Le brassage de ce nouveau Thor pourrait être qualifié de «pop» si on considérait qu’il y avait autre chose que des décideurs derrière. On préfèrera donc parler de pot-pourri marketing où une armée de scénaristes réunis en pool tentent de faire entrer des carrés dans des ronds avant qu’un cinéaste venu de la télé n’aille illustrer l’affaire à la va-comme-je-te-pousse — qui pourra par exemple expliquer cette succession de mises au point ratées, à moins que ce ne soit la post-production qui ait saccagé certains plans ? Il n’est pas compliqué de mettre en pièces ce blockbuster poussif et vain à côté duquel le premier volet signé Kenneth Brangah, pourtant très moyen, prend soudain une intégrité indéniable. Par exemple, son absence totale de ligne artistique, qui peut passer d’un combat titanesque platement mis en scène dans un champ banal et sans ligne de fuite à un univers entièrement numérique complètement baroque et sans horizon, de

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Rush

ECRANS | Autour de la rivalité entre Niki Lauda et James Hunt, Ron Howard surprend en signant un film à la fois efficace et discret où, par-delà l’affrontement sportif, l’important est de se trouver un meilleur ennemi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Rush

Pour toute une génération, Niki Lauda est ce champion de Formule 1 autrichien défiguré après un accident spectaculaire, un visage monstrueux autant qu’une légende de son sport. Diverses plaisanteries pas très fines ont achevé d’en faire un mythe, et Rush en ajoute une dernière, accessible au seul public français, en faisant incarner le coureur par l’excellent Daniel Brühl… Cette transformation est le pivot dramatique du film de Ron Howard, son climax un peu obscène — les scènes d’hôpital ne sont pas du meilleur goût en termes de mise en scène — mais c’est aussi là que se joue sa séduisante alliance d’efficacité et de subtilité. Rush n’est pas exactement une bio filmée de Lauda, du moins est-elle couplée à une autre consacrée à son rival sportif et intime, l’Anglais James Hunt — très bon Chris Hemsworth, qui Thor ici le cou à ses détracteurs. La première partie pose leur antagonisme : Lauda est cérébral, impassible et pas très glamour, mais sa science de la mécanique et de la conduite le rendent imbattable sur les circuits ; Hunt est impulsif, dragueur, fêtard, beau gosse et, malgré ses audaces en

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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Un Mann, un vrai

ECRANS | Pour démarrer son cycle consacré au cinéma des années 80, le Comœdia propose le très rare et peu connu Solitaire de Michael Mann, film héritier des années 70 mais amorçant déjà les 80’s rutilantes et le style de son réalisateur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 2 juillet 2012

Un Mann, un vrai

Le Solitaire (Thief en VO, à ne pas confondre du coup avec le navet de Jacques Deray avec Belmondo) est le premier film tourné pour le grand écran par Michael Mann. À la sortie de Drive, on a pointé les ressemblances entre le travail de Nicolas Winding Refn et celui mené à l’époque par le futur cinéaste de Heat. On y trouve dans les deux cas un hors-la-loi héroïque et romantique menant une double vie, progressivement happé dans une mécanique criminelle s’opposant à ses principes et à ses méthodes, ce qui le contraint à un déchaînement de violence pour préserver celle qu’il aime. Plus globalement, Le Solitaire et Drive partagent une même volonté de transcender un scénario de série B truffé de codes et de clichés par le style et la mise en scène, mais aussi par l’érotisation de leur héros. Si Ryan Gossling figure une sorte d’ange asexué, James Caan est, à l’inverse, un monstre de virilité assumée, premier d’une longue liste dans la filmo de Mann. Sortir de la marge Le Solitaire s’ouvre sur une spectaculaire

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Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 4. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 20 mai 2012

Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage des anciennes usines Brossette. Même pas la moyenne. Nulle incompétence derrière ce pronostic de parieur mutuel urbain du dimanche, seulement le reflet du crédit que l'on accorde à Nuits sonores. Quitte à éprouver des regrets là où tout ne devrait être que gratitude.     Stage divin Il faut reconnaître qu'Arty Farty nous a fait un beau cadeau avec ce secret stage, foulé dans l'ordre par Clara Moto, The Hacker, Gesaffelstein, Oxia, Dixon, un Ricardo Villalobos tout juste remis de son examen du très exigeant catalogue du label ECM aux Célestins, Brodinski, Agoria et Laurent Garnier. Reconnaître également que, même si nous étions en attente d'une surprise qui n'est jamais venue, d'un

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Thor

ECRANS | De Kenneth Branagh (ÉU, 1h54) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Thor

L’association Marvel / Kenneth Branagh avait de quoi faire ricaner sur le papier… Pourtant, le début de Thor donne tort aux rieurs tant on y trouve un souffle inattendu. Branagh filme ses Dieux avec sérieux et arrive à rendre l’environnement rétrofuturiste crédible, piochant du côté de la mythologie grecque et nordique mais aussi, bien sûr, de Shakespeare. Au bout de ces trente minutes pas mal du tout, Thor est déchu et envoyé sur Terre et là, le film amorce comme lui une irréversible dégringolade. Le choix du panel humain (des abrutis gonflés à la bière, des men in blacks rigides et une équipe de scientifiques) conduit soit à de la comédie style Les Visiteurs en Amérique, soit à des conflits dramatiques mous — le personnage faiblard de la chercheuse Natalie Portman est vite acquise à la cause de Thor. Quand les potes de Thor débarquent d’Asgard avec leurs costumes ridicules poursuivis par un robot géant, Branagh s’embourbe dans la série B et laisse sa mise en scène aller à vau-l’eau, se contentant de faire des cadres penchés. Même le climax final, dont l’enjeu est la destruction d’un pont arc-en-ciel, est assez maigre en matière de spectacle. Pas vraim

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Public enemies

ECRANS | De Michael Mann (Éu, 2h11) avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Public enemies

Depuis qu’elle a atteint les sommets avec Heat, Révélations et Ali, l’œuvre de Michael Mann se cherche, entre expérimentations et relectures de ses propres mythologies. Public Enemies ne fait pas exception à cette règle et suscite une certaine déception. L’évocation de la «carrière» de John Dillinger, célèbre braqueur de banques des années 30, est certes une merveille de sophistication formelle, inventant une forme totalement nouvelle pour mettre en scène un film d’époque (la reconstitution y est invisible, Mann privilégiant tout ce qui est intemporel : les costumes sombres, la forêt plutôt que la ville, le cinématographe). Mais c’est aussi une reprise à l’identique du thème de Heat : deux figures métaphysiques de chaque côté de la loi, l’une romantique et créatrice (le gangster), l’autre désespérément figée dans son envie de destruction (le flic). Cet antagonisme passe ici au forceps, à travers le jeu crispé de Bale et celui, plus séduisant, de Depp. Quant à l’histoire d’amour entre Dillinger et Billie Frechette (Marion Cotillard), elle est littéralement écrasée par l’ambition plastique du cinéaste. Si les scènes de fusillade sont exceptionne

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Ensemble c’est two

MUSIQUES | Miss Kittin et The Hacker, DJ et producteurs, après un First Album qui avait durablement traumatisé son monde et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash, sortent huit ans plus tard, Two, qui surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. François Cau

Christophe Chabert | Lundi 30 mars 2009

Ensemble c’est two

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu’on a appelé, dans un élan d’inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d’une ironie mortelle impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d’autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu’à ce que mort artistique s’ensuive, le tandem a alors d’autres aspirations, comme l’explique rétrospectivement Michel “The Hacker“ Amato. «On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l’arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalis

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