Anton Tchekhov 1890

ECRANS | Un biopic anachronique et scolaire de René Féret autour de l’auteur russe — ici en version française.

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Comme il l'avait fait pour Nannerl, la sœur de Mozart, René Féret consacre à Anton Tchekhov un biopic en costumes qui louvoie entre académisme télévisuel et volonté de ne pas se laisser embastiller par sa reconstitution.

Projet bizarre, assez ingrat, qui récupère des défauts de tous côtés, que ce soit dans des dialogues beaucoup trop sentencieux et littéraires ou dans une caméra à l'épaule qui, loin de donner de l'énergie à la mise en scène — comme chez Benoît Jacquot, quand il est en forme — souligne surtout le manque de moyens de l'entreprise.

Il y a aussi cette manière très scolaire d'exposer sa thèse sur l'auteur : médecin modeste et pétri d'un sentiment de culpabilité et d'impuissance, Tchekhov — Nicolas Giraud qui, comme les autres jeunes acteurs du film, paraît frappé d'anachronisme — ne s'épanouit pas non plus dans la littérature, se jugeant indigne des honneurs qu'on lui consacre. Il faudra qu'il s'exile dans un bagne pour que ses deux vocations se rejoignent et que Tchekhov parvienne à une forme de paix intérieure. C'est d'ailleurs le meilleur moment du film, celui où il trouve son ton et la juste distance pour filmer son personnage.

Il n'empêche : ce cinéma est tout de même très suranné, et conviendrait bien mieux aux soirées "culturelles" sur les chaînes du service public.

Christophe Chabert


Anton Tchekhov 1890

De René Féret (Fr, 1h36) avec Nicolas Giraud, Lolita Chammah...

De René Féret (Fr, 1h36) avec Nicolas Giraud, Lolita Chammah...

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Été 1890. Pour se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, Anton Tchekhov, médecin modeste, écrit des nouvelles pour des journaux qu’il signe Antocha Tchékhonté. Des personnages importants, écrivain et éditeur, viennent lui faire prendre conscience de son talent. Sa situation s’améliore et Anton Tchekhov obtient le prix Pouchkine et l’admiration de Tolstoï. Mais lorsque l’un de ses frères meurt de la tuberculose, Anton le vit comme un échec personnel et veut fuir sa notoriété et ses amours. Il se souvient de sa promesse et décide alors d’aller sur l’Ile de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou, à la rencontre des bagnards.


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Gaby Baby Doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Gaby Baby Doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby Baby Doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futi

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Coup d’éclat

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Nicolas Giraud…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Coup d’éclat

Véhicule pour Catherine Frot en femme-flic au bout du rouleau, de plus en plus seule au fil du récit et qui tente de se raccrocher à une enquête concernant l’assassinat d’une fille de l’Est, Coup d’éclat ne fait pas d’étincelles. Le rythme est léthargique, les rebondissements prévisibles, les dialogues mal écrits ; on se croirait devant un épisode de Derrick ! Et les zones d’ombre sont tellement soulignées qu’elles participent du manque de subtilité générale. Sans parler du contenu social du film, qui n’est là que pour rappeler qu’il s’agit d’un polar de gauche. Il est aussi mauvais que les polars de droite. Christophe Chabert

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Copacabana

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr-Belg, 1h47) avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah…

Christophe Chabert | Vendredi 2 juillet 2010

Copacabana

En inversant les termes du traditionnel conflit de générations — ici, c’est la mère qui est fantasque et irresponsable tandis que sa fille est casée et sérieuse — et en distribuant les Huppert mère et fille dans les rôles principaux, Marc Fitoussi dessine une comédie de mœurs crédible et attachante, et il confirme après l’intéressant La Vie d’artiste qu’il est un cinéaste à suivre. Si Copacabana souffre visiblement d’un budget riquiqui (HD mal maîtrisée et direction artistique assez flottante) et si son dernier tiers utilise beaucoup le chausse-pied scénaristique pour arriver à ses fins, le film possède un charme certain, sensible dans l’humour comme dans la mélancolie. Un charme qui tient à la performance toute en contrastes et ruptures d’Isabelle Huppert, mais aussi au soin apporté aux seconds rôles (Luis Rego, Aure Atika ou Noémie Lvosvky dans une scène à la Desplechin où un dialogue se développe autour du déplacement d’un canapé) et à la pointe de critique sociale que Fitoussi déploie dans la deuxième partie à Ostende, comme un doigt de belgitude dans son programme très français. CC

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Nannerl, la sœur de Mozart

ECRANS | De René Féret (Fr, 2h) avec Marie Féret, Marc Barbé, David Moreau…

Christophe Chabert | Vendredi 4 juin 2010

Nannerl, la sœur de Mozart

Officiant d’ordinaire dans une économie modeste, René Féret se retrouve ici à la tête d’un film en costumes relatant les jeunes années de Nannerl Mozart, sillonnant les cours d’Europe avec son père, sa mère et son jeune prodige de frère, Wolfgang. Le film démontre que ce génie n’était pas seul dans la famille : Nannerl compose, joue et chante avec un degré d’inspiration égal, mais sa condition de femme et une passion avortée pour le dauphin Louis XV l’éloigneront de la création artistique et la renverront dans l’ombre patriarcale. Féret tente ici un étrange film de famille féministe caché derrière une peu crédible reconstitution d’époque tant décors et costumes sentent méchamment la location, ce que la réalisation à coups de longues focales et de caméra portée ne fait que souligner. Le cinéaste se cherche d’abord entre trivialité et académisme, avant de ne plus vraiment trancher, laissant le film aller au fil de l’eau. Du coup, il est d’un ennui mortel et irréversible dès sa troisième bobine, déroulant sa thèse et ses situations avec une monotonie plombante, façon téléfilm culturel prêt pour une thema d’arte. CC

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