Diversion

ECRANS | John Requa et Glenn Ficarra revisitent le film d’arnaque dans une comédie pop fluide et élégante portée par le couple glamour Will Smith / Margot Robbie. Divertissement longtemps irrésistible, "Diversion" rate de peu sa sortie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Photo : Ph : Frank Masi - © 2015 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC ALL RIGHTS RESERVED


Fondre en un seul geste la forme et le fond pour distraire le spectateur : c'est un programme de cinéma mais aussi une méthode d'arnaque éprouvée. Diversion en a conscience et c'est un beau tour de passe-passe qu'orchestrent le duo John Requa et Glenn Ficarra, ici un cran au-dessus de leurs deux premiers films — I Love You Philip Morris et Crazy Stupid Love.

Le titre original, Focus, plus que son équivalent français, marque d'ailleurs cette parenté entre la mise en scène (du film) et les coups montés par Nicky avec sa bande et sa nouvelle partenaire — et amante — Jess : il s'agit de déplacer la focale et d'orienter le regard pour mieux tromper la victime-spectateur.

Cela nécessite souplesse, charme et élégance ; il faut donc avant tout un couple glamour au possible : ici, Will Smith, dans un exercice sobre d'underplaying appris chez Shyamalan, et Margot Robbie, qui confirme après Le Loup de Wall Street qu'elle a un tempérament en plus d'avoir un sex-appeal.

Leur rencontre a des airs de comédie romantique subtilement dialoguée, mais c'est une ruse pour que nous regardions ailleurs. Pendant la drague, les affaires continuent, et seul le jeu trop appuyé d'un mari jaloux et armé viendra ruiner l'illusion. S'ensuit un cours magistral qui pourrait aussi être une leçon de séduction, car tout ici est pris dans un double fond pop où c'est l'exécution, fluide et invisible, qui prime.

Mirage, mon beau mirage

Diversion cultive alors de petits airs de Scorsese sans gravité, aux deux sens du terme. Cette économie parallèle brasse des tonnes de billets verts dans une organisation scientifique qui rappelle celle des mafieux dans Casino, et lors de l'acmé qui clôt la première opération, les deux réalisateurs optent pour une mise en scène rock'n'roll où travellings secs et cadres affûtés enserrent les personnages au fur et à mesure où les enchères montent.

Cette virtuosité, associée à la belle photo de Xavier Pérez Grobet, multipliant les aplats de couleurs flashy, donne la sensation que le film synthétise dans chaque plan son statut de mirage plaisant dissimulant un miroir aux alouettes.

C'est d'ailleurs quand Requa et Ficarra lèvent les masques et font entrer une violence jusque-là judicieusement tenue à distance que Diversion s'avère moins convaincant. Le retour sur terre du dernier acte, entre tentative de boucler la boucle et envie d'élargir son horizon, est clairement ce qu'il y a de plus lourd dans ce film qui, au contraire, n'existe que par son goût de la légèreté.

Diversion
De John Requa et Glenn Ficarra (ÉU, 1h44) avec Will Smith, Margot Robbie, Rodrigo Santoro…


Diversion

De Glenn Ficarra et John Requa (EU, 1h45) avec Will Smith, Margot Robbie...

De Glenn Ficarra et John Requa (EU, 1h45) avec Will Smith, Margot Robbie...

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La relation entre un arnaqueur professionnel et une apprentie criminelle vient perturber les affaires de chacun, quand ils se recroisent quelques années après leur première rencontre.


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Télégénie du mâle : "Scandale"

Biopic | Patron de la très conservatrice chaîne d’infos Fox News, Roger Ailes impose à ses collaboratrices ses exigences et privautés, ainsi qu’une impitoyable loi du silence. Jusqu’à 2016, où la journaliste Gretchen Carlson, mise sur la touche, révèle ses pratiques. Peu à peu, les langues vont se délier…

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Télégénie du mâle :

L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Roach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste — qui ne peut cacher ses sympathies démocrates — monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gagner les primaires, puis la Maison Blanche grâce au soutien du réseau médiatique de Rupert Murdoch piloté par Ailes. Soyons honnête : alignant des tonnes de stars oscarisables (grimées en vedettes US du petit écran inconnues en France), l’affiche n’était pas très ras

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Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

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Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans "Gemini Man"

Le Film de la Semaine | Un exécuteur d’État est traqué par son clone rajeuni de 25 ans. Entre paradoxe temporel à la Chris Marker et cauchemar paranoïde façon Blade Runner, Ang Lee s’interroge sur l’essence de l’humanité et continue à repenser la forme cinématographique. De l’action cérébrale.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

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Quentin se fait son cinéma : "Once Upon a Time… in Hollywood"

Tarantino | Les coulisses de l’usine à rêves à la fin de l’ère des studios, entre petites histoires, faits divers authentique et projection fantasmée par Quentin Tarantino. Une fresque uchronique tenant de la friandise cinéphilique, mais qui s’égare parfois dans ses digressions.

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Alan Menken : « il fallait que je maintienne l’intégrité de mon bâtiment »

Aladdin | Compositeur historique des studios Disney, lauréat de huit Oscar — dont deux pour la version animée de Aladdin —, le toujours affable Alan Menken est venu converser (au piano) de son travail au long cours sur ses partitions…

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Quel a été votre processus d’écriture pour ce film ? S’agit-il d’une “réécriture” ? Alan Menken : Écrire la musique pour un film animé est différent que pour un film en prises de vues réelles : il faut trouver des moments plus intenses et d’autres plus courts, des thèmes musicaux qui reviennent encore et encore… Au début d’Aladdin, j’ai été inspiré par des gens comme Fats Waller. Ensuite, pour la comédie musicale Aladdin — qui est sur scène depuis longtemps à Broadway mais n’a pas encore été jouée à Paris —, c’est encore très différent : j’ai dû écrire davantage de chansons et penser différemment… Enfin, ça a évolué vers cette version en prises de vues réelles, qui a nécessité que je modifie la musique afin qu’elle colle mieux. Écrire trois fois une partition, je l’avais déjà fait pour La Belle et La Bête. La clef pour vraiment y p

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Super calife agile : "Aladdin"

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Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Super calife agile :

Se livrant à ses activités délictuelles dans la cité d’Agrabah, le jeune tire-laine Aladdin sauve la princesse Jasmine qu’il prend pour une servante et en tombe amoureux. Grâce aux pouvoirs d’une lampe magique (et de son génie), il deviendra prince et sauvera le royaume du félon vizir… Même s’il se montre ici singulièrement calme — oubliez le surmontage rehaussé de ralentis et d’effets de variation de vitesse de défilement dont il est d’habitude si friand — le frénétique Guy Ritchie a d’emblée le mérite de remettre le minaret au centre du village, c’est-à-dire de renvoyer au cimetière du carton-pâte le pitre franchouillard piètre simulacre d’Aladdin en jouant la carte de la superproduction à l’ancienne, avec danseurs par milliers, éléphants et costumes chamarrés pour tout le monde. Bien sûr, il y a du numérique, mais il ne remplace pas les immenses plans d’ensemble où les chorégraphies prennent vie. Will Smith n’étonne guère dans la peau (bleue) du génie : sur le papier, il était évident qu’un showman de sa trempe glisserait aisément ses pieds da

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Reines à l’arène : "Marie Stuart, Reine d'Ecosse"

Drame | De Josie Rourke (É-U-G, 2h04) avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Reines à l’arène :

Son récent veuvage renvoie la jeune reine de France Marie Stuart dans son Écosse natale, où son trône est convoité par sa parente Elizabeth Ière d’Angleterre, laquelle se verrait bien doublement couronnée. Marie lui fait part de ses vues sur Albion. Diplomatie, trahisons et guerre à l’horizon… La Favorite vient récemment de prouver qu’il était possible d’être fidèle à l’esprit d’une époque en adoptant une esthétique décalée et volontairement anachronique. Sur un sujet voisin (grandeurs et misères des monarques britanniques) Marie Stuart offre a contrario l’exemple d’un dévoiement calamiteux de l’Histoire à la limite du révisionnisme, gâchant un bon sujet par des intentions politiquement correctes nuisant à la véracité et à l’authenticité factuelles d’un film semblant, en apparence, soigner le moindre détail au nom de son idée du “réalisme“. Ce n’est pas tant la lecture “fém

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Figure libre : "Moi, Tonya"

Biopic | De Craig Gillespie (É-U, 2h) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan…

Aurélien Martinez | Mardi 20 février 2018

Figure libre :

L’histoire se souvient de Tonya Harding comme de la première patineuse étasunienne à avoir fait un triple axel en compétition : classe. Mais aussi – plus que tout même – pour avoir été mêlée à un scandale quelques jours avant les Jeux olympiques de 1994 à Lillehammer : l'agression de sa rivale Nancy Kerrigan à coups de barre en métal, dont les images filmées après l’attaque (et les « Why ? Why ? Why ? » de Kerrigan) ont fait le tour du monde : moins classe. Tonya Harding est une de ces figures controversées que les États-Unis adorent produire à la chaîne. Une figure à laquelle le cinéaste australien Craig Gillespie vient de consacrer un biopic passionnant, justement parce que ce n’est pas tant un biopic (même si les acteurs et actrices ressemblent parfaitement aux véritables protagonistes) qu’un film sur le rêve américain et, surtout, l’une de ses faces les plus sombres – les blancs pauvres, appelés "white trash", représentés ici de la pire des manières. Du coup, l’agression comme le patinage ne sont presque que secondaires pour Craig Gillespie : il s’attache principalement à montrer une battante qui fait tout pour s

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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After Earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan, celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After Earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After Earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un accident en état

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce finale dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécaniqu

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