Hallucinations collectives : la politique des horreurs

ECRANS | Le festival Hallucinations collectives s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles lyonnais. Cette année, entre une compétition de films inclassables, des raretés empruntées à l’histoire bis du cinéma et l’invitation lancée à ce grand cinéphage de Christophe Gans, le festival poursuit son exploration d’une autre politique des auteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

L'important dans l'expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d'opportunisme François Truffaut, ce n'est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l'institution truffaldienne en ouverture d'un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu'est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre.

Qu'on regarde, même d'un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n'y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d'autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d'une très alléchante compétition.

Cette mosaïque bigarrée dessine une forme d'itinéraire bis dans l'histoire du cinéma — et non pas d'itinéraire dans l'histoire du cinéma bis — ce que le président et programmateur du festival Cyril Despontin souligne dans son édito de présentation. Mais elle relève aussi d'une attitude clairement politique : contre l'aseptisation en cours de la société et l'infantilisation progressive du cinéma, le retour à l'ordre moral et la tentation de la censure ou de l'autocensure, ces films sauvages et inclassables nous rappellent que tant qu'il y a de la transgression, il y a de l'espoir.

Nos plus fidèles lecteurs nous diront qu'on rabâche un peu le même couplet chaque année… Certes ; mais quand on voit un client à la FNAC se plaindre de la diffusion sur un petit écran muet du Blu-Ray de Massacre à la tronçonneuse, sous prétexte qu'un adolescent pourrait tomber dessus, ou les ligues de vertu réussir à obtenir une interdiction aux moins de 18 ans pour le Nymphomaniac de Lars Von Trier, on se dit qu'il est plus que temps de défendre les vertus cathartiques de ce cinéma frondeur, sans concession et qui balance de gros coups de genoux dans les parties des pudibonds de tout poil.

Mangez-vous les uns les autres

De toute façon, ce cinéma-là n'est jamais passé comme une lettre à la poste, au contraire. Ainsi, Cannibal Holocaust, que le festival présente dans une version restaurée — un paradoxe pour cette œuvre singulièrement craspec et fière de l'être — provoqua lors de sa sortie un procès où son réalisateur, Ruggero Deodato, fut accusé d'homicide, le film prenant soin de présenter sa fiction sous la forme d'un (faux) documentaire sur des ethnies africaines cannibales. Il inventait en fait la mode du found footage movie, qui aujourd'hui n'est plus que le repère facile des producteurs fauchés pour donner un caractère "expérimental" à leurs séries B éculées.

Avant de devenir un habitué respectable des sélections officielles au festival de Cannes, David Cronenberg était la cible fréquente des féministes radicales, qui lui reprochaient de faire des femmes les vecteurs de propagation du mal — amantes sexuellement contagieuses, mères névrosées et castratrices, dominatrices perverses…

Dans Scanners, que le festival propose en illustration de son cycle consacré à la «Nouvelle humanité», Cronenberg montrait pourtant à quel point son projet n'était pas l'exploration des rapports contemporains entre les êtres, mais l'explosion à venir des frontières de l'humain, reconfigurant ainsi dans une optique héritée des théoriciens de la libération sexuelle et de la psychanalyse l'organisation de la société.

Ainsi, derrière ce stupéfiant film d'horreur qu'est Scanners, il y a une tragédie œdipienne avec un père monstrueux et des frères rivaux, mettant en cause les "progrès" d'une science dévoyée par son obsession à contrôler la vie. Le tout, évidemment, généreusement arrosé de sang et de têtes qui explosent…

Furieuses machines désirantes

Quelques années plus tard, au Japon, un enfant putatif du cinéma de Cronenberg et de la mode cyberpunk poussera cette idée d'une humanité reconfigurée par la technologie à son paroxysme. Avec le diptyque Tetsuo — dont le festival présente le deuxième volet — Shinya Tsukamoto invente l'homme-machine, agrégat de chair et de métal, de veines et de câbles. D'abord victime passive de sa propre monstruosité, cet être mutant va devenir un enjeu stratégique qui, telle la créature de Frankenstein, se retournera contre ceux qui l'ont créée.

Et le sexe dans tout ça ? Il y en aura à foison au cours du festival — qui consacre à l'Italie, renommée «mère de tous les bis» et grande patrie de l'exploitation en tout genre, un hommage gigogne — mais plus particulièrement dans ce qui est sans doute LA curiosité absolue de cette édition : Bijou de Wakefield Poole. Tourné en 1972, c'est un des premiers pornos gays "officiels", mais c'est en définitive beaucoup plus que ça : un film trip où fantasmes et fantastique, pulsion sexuelle et pulsion scopique se mélangent dans une partouze visuelle et psychédélique so 70's.

Politique des horreurs, a-t-on titré ce papier. Mais Hallucinations collectives pratique aussi, pour notre bonheur et la fulmination des puritains, la politique de l'amour (physique) — et tant pis pour le jeu de mots truffaldien.

Hallucinations collectives
Au Comœdia jusqu'au 6 avril

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De nouveau, du travail d'orfèvre à Sapnà

Restaurant | Arnaud Laverdin et Rémy Havetz, qui régalent depuis trois ans à La Bijouterie, ouvrent à deux pas leur nouveau restaurant. Au programme : la même cuisine cosmopolite, des petits plats explosifs et des desserts toujours aussi barrés.

Adrien Simon | Mardi 27 novembre 2018

De nouveau, du travail d'orfèvre à Sapnà

On a croisé la première fois Arnaud il y a trois ans : sa Bijouterie venait d'ouvrir, et il maniait un fumoir, rempli de chocolat noir, en pleine rue Hippolyte Flandrin. Ce grand tatoué représentait mieux que quiconque la nouvelle cuisine lyonnaise, décomplexée par ces chefs trentenaires, souvent descendus de chez Têtedoie (comme ses ex-collègues, désormais à la tête des Apothicaires ou de l'Établi), pour cuisiner plus près de la rue. La Bijouterie, avec ses dimsums déjeunatoires et son menu unique du soir connut rapidement le succès. En deux ans, il a été rejoint par Thomas Pezeril (un ancien de chez Pic) en cuisine, Matteo Bonatto aux bouteilles, et Rémy pour le sucre. « La Bijouterie marchait bien. Je me suis

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Le Lyon Street Food met les petits plats dans les grands

Food | Des chefs colombiens, mexicains et hongkongais, des pâtisseries, des cocktails, et de l'indie pop pour se trémousser et respecter la directive “manger-bouger” : Lyon Street Food met les bouchées doubles pour cette seconde édition.

Lisa Dumoulin | Jeudi 7 septembre 2017

Le Lyon Street Food met les petits plats dans les grands

Faire voyager vos papilles ! Noble ambition, pour le Lyon Street Food Festival. Plusieurs escales sont prévues : déjà, la Colombie, omniprésente ces temps-ci (c'est l’année France-Colombie de l'Institut Français). Les chefs Santiago Torrijos de l’Atelier Rodier à Paris et Victor et Amélie Sanchez d’El Cafetero à Lyon feront découvrir la richesse, parfois méconnue, de leur gastronomie. Pour les kids, des cours de cuisine en espagnol, et pour les parents des masterclass cumbia sont en menu. Et un atelier de cuisine cinq étoiles, mené par le chef Juan Arbelaez du restaurant Nubé (l’hôtel Marignan, sur les Champs-Elysées). Prochain arrêt : Puebla, Mexico en compagnie de Liz Galicia, propriétaire de l’une des plus belles tables du pays, qui vient cuisiner le mole poblano. Hugo et Sandra Boissin du Piquín et Enrique Gomez du Gomex sont aussi de la partie. Changement de cap avec Hong Kong ! De nouveau invitée au festival, la ville est représentée par M.

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Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Grand Cuisine Cinéma Club | Ce dimanche a lieu la seconde édition du Grand Cuisine Cinéma Club, un festival de films culinaires, durant lequel on n’oublie pas de manger. Interview avec Mat Gallet, l’un des organisateurs de l’événement.

Adrien Simon | Dimanche 18 décembre 2016

Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Un mot sur l’année dernière : en plus des dix films présentés (six documentaires, deux films d’animation, un long-métrage de fiction et un court-métrage) on pouvait manger des petites assiettes en rapport direct avec les projections : du houmous préparé par Simon Huet pour suivre le film Make hummus not war, des ramens de Yomogi avec Tampopo, une salade thai de Têtedoie en accompagnement de Farang. Le dispositif va changer ? Mat Gallet : Au Grand Cuisine Cinéma Club, on essaye d’imaginer un format d’événement propre à chaque thématique. La première édition tournait autour des foodmaniacs. On l’avait donc construite comme une expérience quasi boulimique : douze heures non stop, une orgie de films et de tapas un peu sexy. Là, avec l’édition #disruption, on se devait de tester un nouveau modèle. Vu les films programmés, il nous semblait important que les cuisiniers puissent vraiment donner leur interprétation des films. On a donc pris le contrepied de tous les conseils qu’on nous donnait. Et plutôt que de faire un événement plus gros, on a choisi de proposer un événement plus concent

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À mater & à manger

Grand Cuisine Cinéma Club | Le Grand Cuisine Cinéma Club retend la toile et remet le couvert pour un second festival de mets et de films, dont une avant-première goûtue : à savourer sans modération.

Adrien Simon | Mardi 13 décembre 2016

À mater & à manger

C’était en septembre de l’année dernière : un festival de cinéma (le premier du genre) offrant autant à voir qu’à manger. Pour la première édition du Grand Cuisine Cinéma Club, les spectateurs-dîneurs enchaînaient douze heures de films (documentaires, animation, fiction et courts-métrages) sur la cuisine, et de tapas apparus à l'écran (du houmous pour accompagner Hummus not war, des ramens pour suivre Tampopo...). Mat Gallet (Nuits sonores, Le Sucre) et sa bande recommencent ce week-end dans une formule moins boulimique, avec un nombre restreint de convives et une sélection filmique plus resserrée. En parallèle, quelques-uns des jeunes chefs lyonnais les plus en vue du moment « cuisineront en live, pendant les séances, dans la salle » pour (en plus de nombreuses surprises) servir un vrai repas, à table.

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Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Lyon Street Food Festival | Au premier Lyon Street Food Festival ce week-end, l'on croisera la route des meilleurs food trucks du coin mais pas seulement : des Apothicaires à la Mère Brazier, les top chefs de la ville se la jouent street credibility. Fameux.

Adrien Simon | Mardi 20 septembre 2016

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Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

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Bistronomie : ces chefs qui bousculent la tradition

GUIDE URBAIN | De Katsumi le précurseur à Tabata & Ludovic les derniers installés, une génération spontanée de chefs voyageurs, connectés et décomplexés explosent les codes de la gastronomie traditionnelle : tour d'horizon.

Adrien Simon | Mardi 22 mars 2016

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Il fut un temps où la cuisine, en France, n'était pas "cool". Un temps d'avant Instagram, les blogueuses et les yelpeurs ; avant Top Chef, Jamie et Cyril ; avant la "food" (porn, ing, ista) ; avant les brunchs électro, les soirées fooding, les chefs en jean-baskets et tablier bleu. La cuisine en France, à défaut d'être branchée, pouvait être gastronomique, patrimoniale, référence mondiale. Quoique... Fin 90, une certaine presse étrangère la juge « rigide », « ennuyeuse », trop chère. En 2014, le New York Times s'acharne encore : la cuisine française a définitivement implosé ! Mais ses débris sont précieusement ramassés par une flopée de jeunes chefs, (notamment) adeptes de la bistronomie, qui explosent les codes du restaurant de papa et envoient des assiettes mode. À Lyon, parler de bistronomie revient à évoquer En Mets Fait ce qu'il te Plait, improbable chalet au coin des rues Chevreul-Gryphe (la façade a depuis été refaite). Improbable bazar aussi, que son hall d'entrée. Katsumi s'y installe en 1999, seul en cuisine : il décrète que l'on viendra chez lui pour ce qu'il y a dans l'assiette (et les verres) — un point c'est

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Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

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Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

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Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

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Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

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Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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