Une belle fin

ECRANS | Un mélo grisâtre, factice et tire larmes signé Uberto Pasolini.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Fonctionnaire gris dans une banlieue grise de Londres, John May est chargé de retrouver les proches des personnes décédées dans l'anonymat. Un travail qui le passionne, si tant est que ce petit bonhomme à la vie monacale et monotone puisse être qualifié de passionné. Aussi, quand il apprend que son job est menacé, il met toute son énergie pour réunir famille et amis de son voisin, Billy Stoke.

Uberto Pasolini — rien à voir avec Pier Paolo — n'a pas peur du pléonasme visuel pour illustrer cette histoire au demeurant originale, même si un bon court-métrage aurait sans doute suffit à en faire le tour. Cadres au cordeau dont la répétition donne le la d'une existence désespérante, interprétation monoexpressive du pourtant excellent Eddie Marsan, petite musique triste qui revient à intervalles réguliers sur la bande-son ; tout est fait pour conférer une ambiance de crépuscule funéraire à cet objet dont la mélancolie est purement fabriquée.

Sans parler d'un scénario programmatique, dont l'enjeu est cousu de fil blanc : comment ce John May va retrouver le goût de la vie en redonnant sa dignité à un mort. La fin est en cela une petite leçon de cynisme tire-larmes, reposant sur un coup de théâtre qui sent le scénariste fier de lui. À force de vouloir draguer le spectateur et ses émotions, Une belle fin s'avère surtout assez détestable.

Christophe Chabert

Sortie le 15 avril


Une belle fin

D'Uberto Pasolini (1h32)

D'Uberto Pasolini (1h32)

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Vol suspendu : "Otages à Entebbe"

Reconstitution | de José Padilha (G-B, 1h47) avec Daniel Brühl, Rosamund Pike, Eddie Marsan…

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1976. Convergence des luttes terroristes : des membres du Front Populaire de Libération de la Palestine reçoivent le soutien de gauchistes allemands des Cellules Révolutionnaires afin de détourner un vol Athènes-Tel Aviv vers l’Ouganda et de protester contre la politique israélienne… À certains égards, José Padhila signe ici une double reconstitution historique. Il fabrique un “film d’époque” assez convaincant, avec ses coupes de vêtements ajustées et ses cheveux gras seventies. Dans le même temps, il renoue avec ces euro-puddings qui faisaient jadis florès sur les écrans : des coproductions internationales causant dans une langue véhiculaire (donc l’anglais), farcies de stars représentant chacun des pays contributeurs. Douce aberration, qui nous donne ici à entendre Rabin et Peres échanger dans l’idiome de Churchill — l’un des deux interprètes étant britannique. Pas rédhibitoire, mais légèrement contrariant. Cela étant dit, Otages à Entebbe a le mérite d’ouvrir une brèche en abordant un événement peu relaté, et dévoile quelque

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Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

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Pendant dix jours, le centre culturel d’Écully et son cinéma proposent une superbe programmation autour de l’Italie, avec expositions, concerts et surtout films, pris dans l’actualité récente du cinéma transalpin ou dans son histoire, dont on connaît la richesse. Niveau actualité, deux avant-premières notables : Une belle fin d’Uberto Pasolini, certes tourné en anglais, à Londres et avec un casting 100% outre-Manche — dont l’excellent Eddie Marsan, hélas ici dans un registre monoexpressif et dépressif qui ne rend pas justice à son talent — mais signé par un cinéaste certifié italien. Bon, le film n’est vraiment pas notre tasse de thé, comme on l’expliquera la semaine prochaine au moment de sa sortie… En revanche, on a très envie de découvrir Leopardi de Mario Martone, biopic d’un poète majeur du XVIIIe siècle et étudiant rebelle envers sa famille d’aristocrates conservateurs. Parmi les films déjà sortis, il n’est pas inutile de conseiller encore et encore Hungry Hearts de Saverio Costa

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Tyrannosaur

ECRANS | Au fin fond de la misère sociale britannique, un homme cuve sa misanthropie et cherche une impossible planche de salut dans ce premier film de l’acteur Paddy Considine, impressionnant de noirceur, pas exempt de complaisance, mais très maîtrisé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 avril 2012

Tyrannosaur

Bourré comme un coing, écumant de colère contre son bookmaker, Joseph sort d’un pub en gueulant et décoche un méchant coup de pied à son chien, qui claquera peu de temps après. Pas de chance, car l’animal qui lui a servi de défouloir était son seul compagnon, son dernier repère. C’est ainsi que le spectateur découvre le protagoniste de Tyrannosaur : non pas en pleine chute, mais déjà au fond du trou, en harmonie avec le bout d’Écosse sinistre et sinistrée qui lui sert de décor. La politique est passée par là, a tout détruit, et ceux qu’elle a laissés sur le carreau n’ont même plus l’idée de se révolter — et à quoi bon, de toute façon ? Abandonnés de tous, livrés à leur misère, à la maladie et à la mort, ils ne croient plus en rien. Quand Joseph, après avoir agressé de paisibles employés pakistanais, se réfugie dans un magasin de brocante tenu par Hannah, une gentille fille qui ne jure que par Dieu, il la conspue en la ramenant à sa stupide bigoterie et à sa bonne conscience gluante. Détruire, dit-il Face à ce personnage, pur bloc de haine et de ressentiment, Paddy Considine trouve la bonne distance (et le bon acteur, Peter Mull

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La Disparition d'Alice Creed

ECRANS | De J Blakeson (Ang, 1h37) avec Gemma Aterton, Martin Compston, Eddie Marsan.

Christophe Chabert | Mercredi 23 juin 2010

La Disparition d'Alice Creed

Deux anciens taulards kidnappent une fille venue d’une famille huppée, la séquestrent et demandent une rançon contre sa libération. Défi de J Blakeson : animer ce pitch archi-classique par une série de situations paroxystiques, de coups de théâtre et de coups d’éclats et filmer le tout avec un maximum d’efficacité. Défi relevé, notamment dans l’hallucinante introduction qui raconte avec un enchaînement de plans coupants la machination parfaite et parfaitement exécutée, des deux voyous. Puis la machine se dérègle inexorablement ; il serait dommage d’en dire trop, tant La Disparition d’Alice Creed fonctionne sur son habile système de montagnes russes scénaristiques. Disons seulement qu’au terme du jeu de massacre, victimes et bourreaux auront singulièrement échangé leurs rôles. On peut reprocher à Blakeson son goût de la manipulation, cette manière finalement arbitraire d’introduire en guise de relances narratives des révélations inopinées sur le passé et les motivations des personnages. Des coutures qui seraient sans doute plus voyantes si le trio n’était pas formidablement incarné par trois excellents acteurs : Martin Compston confirme qu’il n’est plus seulement l’adole

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