Emmanuel Mouret : «Le souci des autres et le souci de soi»

ECRANS | Depuis Laissons Lucie Faire, son premier film, nous avons noué un dialogue fructueux et passionnant avec Emmanuel Mouret, et c’est un plaisir de le prolonger pour la sortie de Caprice. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Jusqu'à quel point vos films se répondent, positivement ou négativement, entre eux ? Y a-t-il par exemple une suite logique entre Caprice et Une autre vie, ou au contraire une volonté de rupture ?
Emmanuel Mouret : Difficile de répondre… Le scénario de Caprice était déjà écrit avant que je tourne Une autre vie, lui-même écrit il y a une dizaine d'années. Ça ne veut pas dire que je ne les retravaille pas ; sur Caprice, j'ai quasiment mis deux ans à trouver la fin, elle a été écrite après le tournage d'Une autre vie. Je pense qu'ils se répondent nécessairement, puisque tout ce qu'on vit nous traverse et nous change. Même s'il y a des choses que l'on retrouve dans mes films, j'ai le désir d'en explorer de nouvelles. Donc je réagis au film précédent quoi qu'il en soit.

Que vous ayez trouvé la fin de Caprice après Une autre vie fait sens, car c'est justement là que le lien entre les deux films est le plus évident…
Peut-être. Au début, Caprice se terminait comme une sorte de quadrille, mais je trouvais l'idée forcée, je ne la sentais pas. Ces dix dernières minutes, je les ai reprises pour trouver quelque chose qui exprime mon ressenti de manière plus pertinente. Une autre vie y est certainement pour quelque chose.

On vous sent de plus en plus attiré par l'idée du mélodrame…
Oui, j'aime le mélodrame, mais je ne sais pas si cette fin-là tire vers le mélodrame. Le retour des spectateurs d'ailleurs est changeant… Je voulais un fin qui se termine, pas une fin en l'air ou une queue de poisson, mais que néanmoins on soit traversé par une impression complexe qui peut, chez certaines personnes, laisser passer un courant de mélancolie.

Ce qui m'a paru le grand challenge de Caprice, c'est de faire une comédie où ce qui arrive au personnage principal, ce ne sont pas des malheurs, mais trop de bonheur…
C'est peut-être mon désir d'impertinence. Quand on fait un film, c'est toujours un personnage confronté à des difficultés, et là, c'est un personnage trop gâté. On fantasme toujours d'être très gâté, et le film explore les conséquences de ce fantasme. Une phrase de Minnelli m'a beaucoup marqué : «Le plus grand danger pour l'homme, c'est d'être le rêve de quelqu'un». C'est pour ça qu'un des personnages dit dans le film : «C'est terrible d'être le rêve d'une femme, on est sûr de la décevoir.»

En même temps, le film garde cette structure classique du poisson hors de son bocal…
Il se retrouve avec la femme de ses rêves, une actrice, dans un milieu qu'il ne croyait jamais côtoyer, sans comprendre comment c'est arrivé : elle a été charmée par sa maladresse et par une prédiction. Il est dans une fragilité permanente, avec l'impression que tout ça peut se briser, finir d'un instant à l'autre. J'avais envie de construire sur ce sentiment : on a quelque chose mais on sent que ça peut nous échapper, ce qui concourt au suspense du film.


Caprice

D'Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier...

D'Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier...

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Clément, instituteur, est comblé jusqu'à l'étourdissement : Alicia, une actrice célèbre qu'il admire au plus haut point, devient sa compagne. Tout se complique quand il rencontre Caprice, une jeune femme excessive et débordante qui s'éprend de lui.


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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

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Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

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Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites-lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Une autre vie

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Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Une autre vie

Aurore, pianiste qui ne joue plus depuis la mort de son père, rencontre Jean, électricien spécialisé dans la pose d’alarmes, qui vit avec Dolores, modeste vendeuse de chaussures. S’ensuit un triangle amoureux mélodramatique, à l’émotion contenue par une mise en scène qui préfère les chuchotements aux cris, la pudeur à l’hystérie, et qui revient comme un aimant sur la question centrale du cinéma d’Emmanuel Mouret : une phénoménologie du sentiment amoureux qui scrute les lapsus, les actes manqués et les hésitations plutôt que les discours emplis de certitudes. En délaissant son ton habituel de fantaisie légère à la Rohmer pour les violons du drame conjugal à la Truffaut — et en laissant sa place à l’écran à un JoeyStarr un peu pétrifié par l’enjeu — Mouret se prend les pieds dans le tapis du pléonasme. Film sérieux ne veut pas forcément dire film qui se prend au sérieux, et c’est tout le problème d’Une autre vie, dont on se demande sans cesse ce qui l’empêche de rétrouver ne serait-ce qu’un peu de cette quotidienneté badine qui faisait le charme de Changement d’adresse ou de

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L’Art d’aimer

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Christophe Chabert | Mercredi 16 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux,

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Fais-moi plaisir

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Judith Godrèche, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Fais-moi plaisir

Satellite géostationnaire de la planète cinéma français, Emmanuel Mouret élabore film après film une formule qui n’appartient qu’à lui et à son drôle de corps, signature physique d’un univers empruntant à Rohmer et à Guitry, en plus érotique, sinon névrotique. Si la formule ne varie que peu, les résultats sont contrastés : excellent dans Changement d’adresse, décevant dans Un baiser s’il vous plait et contrasté pour ce Fais-moi plaisir. Démarré sur un ton de badinage en chambre à la fausseté trop assumée, le film bascule quand son anti-héros (Mouret lui-même) accomplit son fantasme à la demande de sa compagne : aller à un rendez-vous pour coucher avec une autre fille (et se la sortir ainsi de l’esprit). Commence alors un autre film, qui lorgne sur le Blake Edwards de La Party sans vraiment trouver ni son ton, ni son rythme. Mais grâce à ses bifurcations réalistes (passage par l’Élysée et un président impeccablement campé par Jacques Weber) dans un récit hautement fantaisiste, et par ses escapades toujours inattendues (une belle parenthèse avec la bonniche Déborah François, une conclusion joyeusement amorale), Fais-moi plaisir n’arrive pas à être totale

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Les amours de Mouret

ECRANS | À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

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À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait autant aux fantaisies tropéziennes de De Funès et Max Pécas qu’aux comédies de Rohmer, le balbutiant Laissons Lucie Faire, il plantait son corps de grand dadais gaffeur au milieu d’une intrigue abracadabrantesque où l’espionnage et les sentiments faisaient mauvais ménage. Depuis, il a affiné son style et trouvé ses marques d’auteur : un sens du dialogue fait de lapsus et de répliques performatives, un mélange d’obsessions et de frustrations sexuelles, un égal dosage entre vaudeville à la Feydeau et marivaudage. Depuis son remarquable Changement d’adresse, Mouret tente de grands écarts, comme dans son dernier Fais-moi plaisir, qui lorgne vers le slapstick et le conte : «Je voulais filmer des gags qui ne naissent pas seulement des dialogues, mais aussi des situations physiques» commente-t-il. «Tout est né de l’idée de la braguette dans les rideaux, qui m’avait marqué dans la scène du Grand blond entre Pierre Richard et Mireille Darc». Une référence toujours aussi peu FEMIS… CC

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