Partisan

ECRANS | Sur le thème de la communauté repliée hors du monde, Ariel Kleiman fait beaucoup moins bien que Shyamalan et Lanthimos ; pire, son premier film, dépourvu de tension dramatique et incapable de déborder son programme scénaristique, est carrément rasoir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Partisan est le genre de premier film qui a tout pour être aimé : un sujet fort — comment un homme énigmatique, mi-hipster, mi-gourou, décide de créer une communauté de femmes et d'enfants vivant selon ses propres règles hors de la civilisation — un environnement qui ne demande qu'à être exploré — une sorte de rétro-futurisme mais qui pourrait aussi être la conjonction déboussolante d'un présent industriel et d'une application pratique des théories de la décroissance — et même un Vincent Cassel troublant en patriarche imposant à tout prix le bonheur à sa "famille".

L'Australien Ariel Kleiman s'inscrit dans la lignée de son compatriote David Michôd qui, l'an dernier, avait tenté lui aussi avec son étrange The Rover de donner une dimension politique à un cinéma marqué par les codes du genre.

Mais la comparaison s'arrête là et les éloges attendront : Partisan souffre très vite de sa faiblesse dramaturgique et d'un scénario programmatique que la mise en scène, malgré d'authentiques tentatives pour instaurer un climat trouble et dérangeant, ne parvient jamais à sortir des ornières de l'ennui.

Village triste

C'est peu dire qu'on a toujours dix bonnes minutes d'avance sur le film, qui prend en plus le temps de faire du surplace en filmant les mêmes situations à plusieurs reprises, histoire de souligner que cette communauté vit en vase clos selon des rites répétitifs et monotones, simulacres instaurés pour distraire les plus jeunes d'une tentation d'évasion.

Malgré tout, un des enfants, Gregory, plus malin et plus conscient que les autres, devient le grain de sable qui va faire dérailler cette utopie mêlant bons et mauvais sentiments, pulsions réactionnaires et projet révolutionnaire. Substitut trop évident du spectateur, il accomplit à son tour un trajet totalement prévisible, reprenant sa liberté au grand dam de son père adoptif.

Les faiblesses de Partisan sont d'autant plus criantes lorsqu'on le compare à deux grands films récents sur le même sujet : Canine de Yorgos Lanthimos et Le Village de M. Night Shyamalan. Dépourvu de l'humour noir et de la violence sociale du cinéaste grec, mais aussi du mystère et de la poésie du sorcier américain, Kleiman oscille entre le pamphlet mou et le dispositif vain, livrant un exercice de style qui, hormis une superbe partition électronique de Oneohtrix Point Never, en manque tout de même beaucoup.

Partisan
D'Ariel Kleiman (Australie, 1h38) avec Vincent Cassel, Jeremy Chabriel…


Partisan

D'Ariel Kleiman (Fr, 1h38) avec Vincent Cassel, Jérémy Chabriel…

D'Ariel Kleiman (Fr, 1h38) avec Vincent Cassel, Jérémy Chabriel…

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Grégori est à la tête d'une communauté protégée du monde qui abrite des femmes et leurs enfants. Parmi eux, Alexandre, 11 ans, a grandi en voyant le monde à travers les yeux de Grégori. Mais des événements inattendus vont l'amener à penser par lui-même.


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Pas sages mais protégés : "Hors Normes"

Comédie | Au sein de leurs associations respectives, Bruno et Malik accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Pas sages mais protégés :

Ceux qui connaissent un peu Nakache & Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux, puis Intouchables, puisaient ainsi à des degrés divers dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes “n’exploite pas un filon“ en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film dans des fables optimistes et humanistes. Hors Normes est construit sous cette forme de chronique “loachienne“, tenant davantage du manifeste que de la comédie à gags : au fur et à mesure s’impose le caractère indispensable des associations investissant le secteur sanitaire et social, ainsi que leur rôle dans l’insertion. Le dernier quart d’

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Le premier flic de France : "L'Empereur de Paris"

Vidocq | De Jean-François Richet (Fr, avec avert., 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Le premier flic de France :

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un “bon“ voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu, et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et les caves. C’est l

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Les parfaites viennoiseries de Partisan Boulanger

Boulangerie | Bientôt la fin des rois ? Il n'est jamais trop tard pour découvrir le travail d'un jeune boulanger très doué.

Adrien Simon | Mardi 24 janvier 2017

Les parfaites viennoiseries de Partisan Boulanger

Hype, l'épiphanie ? La frangipane serait devenue objet de distinction sociale... Pour jouer au jeu de la galette star, il fallait se ruer chez Sève, chez Bouillet. Le premier, chocolatier incontournable, produit un modèle bling-bling : pimpant, matelassé comme une Barbour d’équitation, très beurré, très sucré, vendu 70€ le kilo avec une énorme couronne à diamants, sponsorisée Jaguar. Le second, roi du macaron jusqu'au Japon, joue une carte plus tradi/réconfort (à 52€ le kilo) : le résultat est doré et dodu, grassement garni, aux bords poliment chiquetés (mais avec, pas de chance, une croute qui part en chips). Au classement de la "meilleure galette de Lyon", réalisé par de fameuses blogueuses, ces deux pâtissiers trustent le podium depuis cinq ans. Mais ils ont fini par être détrônés par un Partisan Boulanger croix-roussien. Mince ! Il ne reste plus que quelques jours pour profiter de sa galette et de son feuilletage au bon goût de beurre, bien cuit, couleur ambrée, garni d'une frangipane d'équilibriste (50€ le kilo). Quand janvier

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Tale of Tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Tale of Tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of Tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue — les contes et l’heroic fantasy — via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la remorque de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit — l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland a ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, partant, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent. N’

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Le Moine

ECRANS | De Dominik Moll (Fr-Esp, 1h40) avec Vincent Cassel, Déborah François, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Le Moine

Adapter le livre culte de Matthew Lewis, resté fameux pour son approche fantastique et feuilletonesque de la religion catholique, était un défi que Dominik Moll a pris visiblement à contresens. Plutôt que de s’engouffrer dans les outrances offertes par cette histoire baroque et iconoclaste (un moine rigoriste succombe à la tentation en se faisant abuser par une diablesse masquée, avant de commettre des crimes pour dissimuler son péché), il prend tout extrêmement au sérieux et déballe un bric-à-brac visuel qui manque et de souffle, et de rythme. Aucun vertige, aucun trouble, aucune fascination et surtout aucun plaisir à la vision de ce film tétanisé d’un bout à l’autre, à l’image d’un Vincent Cassel bridé par son jeu, à qui on conseillera d’aller voir la prestation de Banderas dans La Piel que habito pour voir qu’on peut s’amuser tout en composant un personnage glacé et ambivalent. Christophe Chabert

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Black Swan

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 février 2011

Black Swan

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du "Lac des Cygnes" montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans "Répulsion", mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la «menace» du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du "Carrie" de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrueuse, la poussant vers une forme

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Mesrine, l'Ennemi public N°1

ECRANS | Après le blockbuster superficiel L’Instict de mort, Jean-François Richet se décide enfin à traiter son sujet. Mais après une première heure réussie, Mesrine révèle sa vraie nature de film de compromis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Mesrine, l'Ennemi public N°1

Dès la première scène de L’Ennemi public n°1, on sent que les choses ont changé dans le Mesrine de Jean-François Richet. Certes, il y a à nouveau une scène d’évasion, mais ce n’est plus l’action qui guide la séquence ; c’est le personnage dans toute sa démesure. Ouf ! On se demandait si, sur quatre heures, Richet allait faire de Jacques Mesrine autre chose qu’un prétexte, bad guy de convention visitant le grand musée du cinéma de genre. Donc le voilà enfin et, paradoxalement, Mesrine se présente à nous comme un comédien, génie du masque plus que du mal, agitateur incorrigible qui se rêve en «ennemi public» et ne pense qu’à se hisser en tête du hit parade («Numéro 1 !» s’exclame-t-il avec fierté). Il vient de rédiger ses mémoires et une réplique de son avocate nous apprend que tout cela est peut-être pures foutaises. Mythomane obsédé par la popularité, Mesrine révèle le visage crédible d’un criminel médiatique, bouffon provoquant un pouvoir déstabilisé. Du coup, surprise, L’Ennemi public n°1 est un film assez drôle, grâce notamment à la prestation de Vincent Cassel qui excelle dans ce registre de bateleur flamboyant. Q

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Mesrine, l’instinct de mort

ECRANS | de Jean-François Richet (Fr-Canada, 1h53) avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu…

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

Mesrine, l’instinct de mort

Difficile d’évoquer ce premier volet du diptyque Mesrine sans signaler que non seulement sa seconde partie est meilleure, mais qu’elle se passe largement de cette longue introduction. C’est la grande faiblesse de L’Instinct de mort : au bout de deux heures remplies jusqu’à la gueule d’explosions, de péripéties et de suspense, on ne sait toujours rien de Jacques Mesrine, et surtout pas ce que Richet veut raconter du personnage. Ici, c’est plutôt Kill Mesrine : trimballé à coups d’ellipses béantes d’époque en époque, de pays en pays, de genre en genre, Mesrine n’est qu’un pantin, prétexte à un exercice de style assez vain et parfois ridicule. Mesrine fait la guerre d’Algérie, Mesrine en Espagne, Mesrine trouve un deuxième souffle et enfin, gratinés, Mesrine au Québec et Mesrine en Amérique avec vieil Indien et Grand Canyon fordien. N’importe quoi ? Oui, et ce serait ludique si Richet s’avérait aussi inspiré que dans ses précédents films. Mais quand il filme une scène d’évasion comme du Peter Berg avec caméra épileptique et montage illisible, ça sent plus le pop-corn que la mise en scène. Curieuse entrée en matière donc : L’Instinct de

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