Mad Max : Fury Road

ECRANS | Une date dans le cinéma d’action ? Non, mais un bon blockbuster… Un grand film de George Miller ? Non, juste une efficace remise à jour de la franchise "Mad Max"… Bref, entre excitation et frustration, Fury Road laisse autant repu que sur sa faim. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 mai 2015

Seul face au désert, Max Rockatansky soliloque sur les êtres qu'il n'a pas pu sauver, les temps qui sont devenus fous et lui-même, peut-être plus cinglé encore que ceux qui veulent sa peau. Mad Max est de retour et, pour signer une bonne fois pour toutes l'entrée dans le XXIe siècle (cinématographique) de son héros légendaire, George Miller lui offre un lézard à deux têtes qu'il décapite puis dévore à pleines dents. Comme dit l'affiche : «Le futur appartient aux fous.»

C'est vrai et c'est faux dans Fury Road : vrai, car la folie est bel et bien omniprésente à l'écran, par la création d'un univers où effectivement, la raison semble avoir définitivement hissé le drapeau blanc, où les pénuries en série (pétrole, eau, verdure) ont donné naissance à une lignée d'êtres dégénérés, à la peau blanchâtre et au vocabulaire proche de celui d'Idiocracy, corps monstrueux, difformes et malades qui arrivent encore à se diviser en castes, alors qu'il n'y a manifestement plus grand chose à gouverner.

Folie aussi dans le projet, assez dément, de faire de Fury Road une sorte de film d'action ultime, sans temps morts, comme une énorme scène de poursuite de deux heures dont les respirations se limiteraient à un fondu au noir annonçant le passage d'un morceau de bravoure à un autre. La virtuosité déployée par George Miller sent ainsi l'orgueil d'un cinéaste qui, à 70 piges, décide de revenir dans le game du blockbuster pour rappeler qui est le patron aux petits jeunes qui bricolent en numérique des actionners riquiqui.

Son film est donc sauvage, intense, épuisant, incandescent, mais est-ce que cette folie a autre chose à exprimer qu'elle-même, c'est-à-dire le délire de puissance d'un auteur qu'Hollywood a longtemps regardé de haut ?

Le grand cirque Miller

Car si Fury Road est une actualisation spectaculaire du mythe Mad Max, et en particulier de son (post-)apocalyptique deuxième volet, il n'apporte pas grand chose au mythe d'un Miller humaniste et lucide, soucieux de remettre l'homme à sa juste place, animal porté sur la destruction de son environnement et la réduction en esclavage de ses semblables.

Si on cherche bien, on trouvera ici ou là des indices qui donnent à penser que le film est malgré tout personnel, et que Miller ne s'est pas contenté d'en foutre plein les mirettes à des spectateurs ébahis. Ainsi, il invente en cours de route un gynécée aussi propre que les mâles sont crasseux, sorte d'Eden préservé qui devient le véritable enjeu de convoitise des sauvages lancés à la poursuite du convoi piloté par Max et sa nouvelle acolyte — une Charlize Theron virilisée à l'extrême avec son crâne rasé, ses yeux passés au charbon et son bras mécanique.

«Le futur appartient aux femmes» dit plutôt Miller, même si l'instauration d'un matriarcat se limite à quelques plans assez furtifs, laissant entrevoir un propos plus qu'il ne le développe.

Finalement, ce qui frappe le plus dans Fury Road, c'est la façon dont Miller orchestre son film non pas comme l'opéra de la barbarie attendu, mais comme un gigantesque spectacle de cirque façon Fura del baus, ce que la présence d'un guitariste déjanté et d'une armée de tambours vient expliciter assez ouvertement.

Lorsque, dans l'ultime poursuite, des sauvages se balancent sur d'immenses piques souples tels des acrobates sous un chapiteau, on comprend que Miller a cherché à s'approcher au plus près de cette sensation live de l'exploit extrême, remettant le blockbuster dans une perspective foraine décomplexée où la puissance indéniable de la mise en scène ne cherche qu'une seule chose : la sidération permanente.

C'est pour cela que l'on sort du film à la fois heureux et frustré, comme si le cinéaste avait sacrifié sur l'autel de la performance visuelle absolue histoire et personnages, sous-texte et subtilité.


Mad Max : Fury Road

De George Miller (EU, 2h) avec Tom Hardy, Charlize Theron...

De George Miller (EU, 2h) avec Tom Hardy, Charlize Theron...

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Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt le désert à bord d'un véhicule militaire piloté par l'Impératrice Furiosa.


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Télégénie du mâle : "Scandale"

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Télégénie du mâle :

L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Roach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste — qui ne peut cacher ses sympathies démocrates — monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gagner les primaires, puis la Maison Blanche grâce au soutien du réseau médiatique de Rupert Murdoch piloté par Ailes. Soyons honnête : alignant des tonnes de stars oscarisables (grimées en vedettes US du petit écran inconnues en France), l’affiche n’était pas très ras

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Secrétaire très particulier : "Séduis-moi si tu peux !"

Comédie | De Jonathan Levine (É-U, 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Secrétaire très particulier :

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle et de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle plus transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéress

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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Legend

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Legend

Ce n’est pas la première fois que les caméras sont appâtées par les hauts faits criminels des zigotos monozygotes de l'East End : la principale, sobrement titrée Les Frères Kray (1990) de Peter Medak avait pour interprètes les frères — non jumeaux — Gary et Martin Kemp, du groupe Spandau Ballet. Cette nouvelle version signée Brian Helgeland, centrée sur leurs « années de gloire » combine réalisme méticuleux et rythme scorsesien, avec cette idée presque pédagogique de raconter le crime de l’intérieur dans sa frénésie ordinaire. Méthodique et linéaire, le film épouse l’existence de Frances, la compagne de Reggie, qui se fait la narratrice de ce biopic. Choix discutable, cependant : sa voix, qui mêle états d’âmes supposés, constatations, explications historiques, vient trop souvent polluer le récit par ses superpositions inutiles. Helgeland en fait souvent trop — voir Chevalier (2001) — et c’est encore le cas avec Legend qu’on raclerait bien de tous ces commentaires. Heureusement cela ne ruine pas le jeu de Tom Hardy… Tom Hardy, par-delà le mal... et le mal Erich von Strohe

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Mad Max : les routes furieuses de George Miller

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Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

Mad Max : les routes furieuses de George Miller

Élu meilleur film de l’année par tout ce qu’Internet compte de critiques de bande-annonces à la simple vue de ses innombrables trailers, Mad Max Fury road sera visible en version longue — en version film, quoi — dès le 14 mai. Histoire de rappeler que le culte autour du personnage ne date pas d’aujourd’hui, UGC Ciné Cité Internationale organise le mardi 12 mai une soirée avec les deux premiers volets de la saga signée George Miller — le troisième, où le cinéaste amorce un virage humaniste qu’il maintiendra ensuite via Lorenzo, Babe, le cochon dans la ville ou les deux Happy feet, est plus embarrassant. Dans Mad Max, on fait donc la connaissance de Max Rockatansky (Mel Gibson), flic badass arpentant les routes australiennes où des punks complètement vrillés sèment la terreur — viols, meurtres et tutti quanti — à la poursuite d’un or noir devenu denrée rare. À grands coups de scènes de poursuite spectaculaires, de violence et de nihilisme, Miller pose les bases d’un univers où la folie semble prendre le dessus sur tout autre sentiment, mais le circonscrit encore dans un périmètre réaliste, celui d’un futur proche où l’humanité

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L’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les superauteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter Ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l’air pour

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Quand vient la nuit

ECRANS | Après l’électrochoc "Bullhead", Michael R. Roskam négocie habilement son virage hollywoodien avec ce polar à l’ancienne écrit par le grand Dennis Lehane, très noir et très complexe, servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Quand vient la nuit

Dans son premier film, le stupéfiant Bullhead, Michael R. Roskam inventait un personnage de gros dur camouflant sa perte de virilité par une surdose de produits dopants le transformant en montagne musculeuse et toutefois taiseuse. Bob Saginowski, le héros de Quand vient la nuit que Tom Hardy campe avec un plaisir cabotin de la retenue, partage avec lui de nombreux points communs : taciturne, maladroit dans ses rapports humains, semblant masquer derrière son apparente absence d’états d’âme ce que l’on devine être un lourd passé. Bob traîne dans le milieu de la mafia russe à Brooklyn, s’occupant avec son cousin Marv — James Gandolfini, dans une puissante et émouvante dernière apparition à l’écran — d’un «bar-dépôt» servant avant tout à blanchir l’argent de tous les trafics nocturnes illicites ; mais il s’entête à prendre ses distances avec ce monde du crime, répétant inlassablement qu’il n’est «que le barman». Il va à l’église mais ne communie pas ; et il s’obstine à élever un pitbull qu’il a ramassé blessé dans la poubelle d’une jeune femme, Nad

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juillet 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus,

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Prometheus

ECRANS | Se voulant un retour aux origines de la saga "Alien", "Prometheus" est surtout une impasse pour Ridley Scott, tiraillé entre l’envie de retrouver sa splendeur graphique des débuts et son désir de rivaliser avec les blockbusters d’aujourd’hui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Prometheus

L’attente disproportionnée qui a entouré Prometheus, de l’annonce du projet (une prequel d’Alien) à ses nombreux changements d’horizon («l’invention d’une nouvelle mythologie») ne sont peut-être pas pour rien dans la déception éprouvée à la vision du film. Qui ne commence pourtant pas si mal… Pour la première fois, Ridley Scott s’essaie à la 3D et les images d’introduction, travellings aériens survolant une nature majestueuse, loin du space opera attendu, ont de l’allure. Même l’étrange géant diaphane qui se décompose au contact d’une substance noire et liquide, désintégrant jusqu’à son ADN, permet à Scott de déployer une certaine maestria visuelle. Quand le film s’envole dans l’espace avec une troupe de scientifiques et de grouillots au panel très Benetton, on y croit encore. Scott glisse par exemple une idée étonnante : l’androïde David, interprété par Michael Fassbender (curieux, tout de même, d’avoir confié à l’acteur le plus physique et sexuel du moment un personnage robotisé et désincarné), choisit son look en référence à Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie. Comme si, autant que d’expliquer les fondements de la

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Happy feet 2

ECRANS | De George Miller (ÉU, 1h39) animation

Dorotée Aznar | Dimanche 4 décembre 2011

Happy feet 2

Le succès du premier volet entraîne, comme d’ordinaire, le retour des pingouins danseurs dans un nouveau numéro de performance capture à la technique toujours plus élaborée et spectaculaire. Trop, sans doute, car on se sent assez vite harassé par ces loopings de "caméra" permanents, sauf quand Miller joue sur les profondeurs, notamment lorsqu’il s’agit de figurer un arrière plan rempli de milliers de palmipèdes. Ce n’est pas vraiment le problème, de toute façon, puisque ce qui cloche d’entrée dans ce deuxième volet, c’est le foutoir d’un scénario incapable de s’intéresser à un personnage en particulier, multipliant les figures pour mieux les abandonner en cours de récit, et noyant l’ensemble sous une infernale tambouille musicale d’un mauvais goût redoutable. Et pourtant, quand il déploie des visions cosmiques grandioses ou quand il laisse deux crevettes disserter sur le sens de la vie, il n’est pas très loin de signer le Tree of life du film pour enfants. Mais il replonge vite dans le grand bassin de l’entertainment décérébré, typique du cinéma d’animation américain depuis le triomphe du numérique (Pixar excepté). De la part du réalisateur de Mad Max, on atten

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Bronson

ECRANS | Avec un acteur principal habité et de circonvolutions esthétiques incroyablement maîtrisées, Nicolas Winding Refn nous démontre avec brio que oui, une biographie filmée peut avoir un point de vue dans sa mise en scène. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Bronson

Le monologue introductif impose illico le personnage comme son traitement cinématographique. Toute sa vie, Michael Peterson a voulu devenir célèbre. C’est donc en habit de clown blanc qu’il vient commenter à son public imaginaire les différentes étapes de son existence, avec une causticité des plus bourrines. Le braquage minable d’un bureau de poste, les années d’incarcération, ses coups d’éclat derrière les barreaux, l’interlude saisissant en hôpital psychiatrique, les émeutes et autres prises d’otages, sa courte libération (69 jours avant de retourner à l’ombre), son changement de patronyme lors de combats clandestins, l’enfer des cellules d’isolement… Bronson est une brute, une force de la nature conchiant toute forme d’autorité, aux motivations mal dégrossies, dont Nicolas Winding Refn livre sa propre vision kaléidoscopique. Le réalisateur ne propose aucune justification à la violence de ses actes, ne cède jamais à une empathie complaisante, mais crée un dispositif cinématographique complexe, puissamment sensoriel, un marabout-de-ficelle visuel dont le seul lien n’est autre que ce colosse imprévisible. Grande évasion Bien

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