Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

ECRANS | "Youth" de Paolo Sorrentino. "The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien. "Mountains May Depart" de Jia Zhang-ke. "Dheepan" de Jacques Audiard. "Love" de Gaspar Noé.

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2015

Dur dur quand même ce festival de Cannes. Comme d'habitude, nous objecte notre petite voix intérieure. Oui, enfin, un peu plus que ça, lui répond-on, agacé. C'est parce que tu as la mémoire courte, renchérit-elle. Non, les pieds en feu et les yeux cernés surtout, tentons-nous pour couper court au débat. Sur quoi on se dit que si l'on en est à écrire ce genre de conversations imaginaires, c'est qu'effectivement il y a comme une forme de surchauffe intérieure et qu'on n'est pas loin de crier, proximité de l'Italie oblige : «Aiuto !»

Youth : la grande mocheté de Sorrentino

À moins que cet appel à l'aide ne soit la conséquence de l'accueil délirant réservé au dernier Paolo Sorrentino, Youth, qu'on considère pourtant clairement comme une horreur, sinon une infamie. C'est à ne plus se comprendre soi-même, tant on était resté sur le souvenir, émerveillé, de sa Grande Bellezza il y a deux ans, où il portait son cinéma rutilant et excessif vers une forme d'absolu, sillonnant les rues romaines avec une caméra virtuose et élégiaque dans un hommage même pas déguisé à La Dolce vita. De "Grande beauté", il n'y a point dans Youth, qui est plutôt d'une grande laideur, autant morale que visuelle.

Transformant un paisible hôtel sur les hauteurs alpines en centre de villégiature pour artistes vieillissants et / ou dépressifs, il parque quelques grandes stars (du cinéma comme Michael Caine et Harvey Keitel, mais aussi du foot, avec l'apparition-gag ridicule de Maradona) qui trompent leur ennui entre promenades dans la montagne, réflexions aigres sur leur vie quotidienne et aphorismes lelouchiens sur la vie tout court. Eux ont le droit, par rapport à tous les autres personnages, à la bienveillance du cinéaste ; normal, ils représentent le relais parfait du regard vieux con / gros beauf de Sorrentino, toujours prompt à caricaturer ceux qui viennent perturber leur quiétude ruminante. C'est d'abord un émissaire de la Reine d'Angleterre qui en prend pour son grade ; puis c'est une pop star qui a eu le malheur de larguer un acteur déprimé car uniquement reconnu pour sa participation à un blockbuster inepte. Parenthèse : dans un remake vulgos de Sils Maria, Sorrentino oppose sans cesse la haute culture européenne — musique classique et cinéma d'auteur — et débilité des produits commerciaux. On a quand même très envie de lui demander des comptes sur son appartenance à la première catégorie, tant son film ne transpire jamais autre chose qu'un berlusconisme grossier et publicitaire…

Malin, Sorrentino a prévu la réponse à ce reproche : à chaque personnage soigneusement moqué correspond un petit moment où il s'agit de renverser les apparences. Bel exemple : la Miss Univers plantureuse que l'acteur ridiculise d'abord comme une bimbo sans cervelle, avant de découvrir que, mince, elle a aussi de la répartie et de l'esprit. Sauf que, in fine, Sorrentino la ramène à l'écran à son cliché : une bombasse silencieuse qui plonge à oilpé dans une piscine. Dans La Grande Bellezza ou même dans le décevant This Must Be the Place, Sorrentino utilisait un procédé du même ordre, mais il avait la délicatesse : 1) de laisser durer les choses sur plusieurs séquences ; 2) de s'en tenir au moment où l'humanisme du regard l'emporte sur le cynisme du préjugé.

Beaucoup plus mal écrit, Youth est victime de sa construction en saynètes paresseuses, et souvent indigentes. Voir Michael Caine se remémorer sa gloire de compositeur en inventant mentalement un concert de vaches ou d'horloges, ou Harvey Keitel fantasmer dans un champ un chorus d'actrices qui se livrent à des caricatures d'extraits de films imaginaires, cela n'est ni drôle, ni inspiré. Sorrentino cherche tellement à séduire le spectateur qu'il déploie une démagogie insupportable, mixant cinéma pour seniors et stylisme superficiel.

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10 spectacles à réserver pour la saison à Lyon

Théâtre | Immanquables ? Assurément. Voici 10 pièces de théâtre pour lesquelles il faut absolument réserver cette saison dans la Métropole lyonnaise. Sélection.

Nadja Pobel | Mercredi 8 septembre 2021

10 spectacles à réserver pour la saison à Lyon

Love Trois ans que l’on attend de revoir ce Love depuis qu’il était passé au CDN de Valence dans la foulée de Paris. Ce travail du Britannique, auteur et metteur en scène Alexander Zeldin nous convie sur le palier d'un étage de logement social. Un quadra y vit avec sa mère incontinente, une famille d'immigrés tente d’y nourrir correctement ses enfants. Des hommes sans papier passent par là. Les langues se mélangent, les corps, dont aucun ne ressemble à celui d'un autre, se frôlent. L'amour déborde mais se heurte à la plaie béante qu'est la pauvreté. Cette grande pièce, déchirante et bouleversante, décalée par le Covid, trouvera enfin sa place à Lyon. Et c’est une joie. Aux Célestins du mercredi 3 au dimanche 7 novembre Pli Il y a eu la tornade de papier sous la verrière des Subs. Et il y a désormais les agrès de la circassienne israélienne Inbal Ben Haim. Tout dans Pli, créé la fois aux Subs et au centre chorégraphique de Grenoble auquel elle est associée, est fait de p

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Play it again, festival de cinéma de patrimoine, dévoile sa programmation à Lyon

ECRANS | Prenez un fauteuil pour faire un saut dans la passé : grâce au festival Play it Again !, vous allez voir ce que vous allez voir, voire revoir autrement ce que vous avez déjà vu… Le tout dans différentes salles de la Métropole de Lyon.

Vincent Raymond | Jeudi 9 septembre 2021

Play it again, festival de cinéma de patrimoine, dévoile sa programmation à Lyon

« Du passé, faisons salles combles ! » : telle pourrait être la devise de Play it again ! Se déroulant dans les cinémas français membres de l’ADRC (Agence Nationale pour le Développement du Cinéma en Régions), ce festival met chaque année à l’honneur des œuvres du patrimoine fraîchement restaurées afin de leur redonner pleine et entière existence sur grand écran. En cette période post-confinement qui a vu la consommation de films classiques augmenter sur les plateformes, une telle manifestation peut contribuer à ranimer l’appétit et la curiosité de découvrir des “nouveautés anciennes” là où elles s’épanouissent le mieux : dans les salles. Brillant par son éclectisme, le millésime 2021 compte une vingtaines de titres, dont des programmes de courts. Impossible toutefois de déguster l’ensemble du programme — les cinémas piochent dans les sélections mises à disposition — ; il y a de quoi se régaler malgré tout avec les assortiments concoctés par les écrans de l’agglomération lyonnaise. Au menu… Notez qu’il faudra naviguer d’Ouest en Est pour découvrir ces

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Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Le Film de la Quinzaine | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Sur le plateau du film consacré la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC — yeux qui lui cuiront lorsqu’il le visionnera —, Lux Æterna, n’est pas un long-métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de “ridelles“ virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et

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Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Festival Lumière | En guise d’amuse-rétines nocturne, Gaspar Noé a composé un appétissant sandwich cinématographique qui devrait teinter d’une belle couleur rubis les rêves de ses spectatrices et spectateurs. Estomacs délicats et autres ténias, passez votre chemin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Film après film, on ne cesse de le seriner, voire de le suriner : Gaspar Noé compte parmi le cercle (vicieux) très fermé des auteurs possédés par une ambition d’écriture de la forme cinématographique, et pour qui l’expérience de visionnement doit permettre au public de dépasser sa passivité habituelle en instaurant une interaction quasi-organique entre l’objet projeté et le spectateur. Si d’aucuns qualifient Noé de “provocateur“ parce qu’il traite de sujets mordant la marge (inceste, sexe, viol, drogue, mort, etc.), le cinéaste vise surtout à provoquer une émotion qui ne soit pas pré-mâchée. Infusée, perfusée par le registre expérimental, mais aussi imprégnée des formes kubrickiennes et godardiennes, son œuvre dispose toutefois d’une voix originale et bien timbrée, reconnaissable dès ses premiers grenats. Concept singulier — sans doute taillé pour les couche-tôt lyonnais —, la Mini-nuit du Festival Lumière permettra aux dubitatifs de réviser leur jugement, et aux aficionados de se faire un triple bang(halter). Abracadabra ! Des trois films présentés, le deuxième constitue la principale sur

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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Séances pour amoureux

Saint-Valentin | L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Séances pour amoureux

L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) patrimoine des œuvres sentimentales voire mélodramatiques — tous les moyens sont bons pour se blottir contre son ou sa voisine. Chez Pathé, on mise sur la romance rigolote entre un libraire londonien bobo et la star hollywoodienne (Hugh Grant + Julia Roberts = Coup de Foudre à Notting Hill) ; du côté de chez UGC, on prépare plutôt les mouchoirs avec l’histoire de la liaison impossible entre deux amis et voisins (Joaquin Phoenix + Gwyneth Paltrow + James Gray = Two Lovers). Le pire, c’est qu’il faut choisir… Coup de Foudre à Notting Hill Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le jeudi 7 février à 19h45 Two Lovers À l'UGC Astoria et Ciné-Cité Confluence du 6 au 12 février

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Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Théâtre | Au cri dans la nuit, Marta Gornicka préfère la chorale de ces hommes et femmes debouts, dressés face au monde. Le festival Sens interdits offre en son année off cette première date en France du spectacle de la Polonaise à qui il est fidèle.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Un hymne à l'amour. Voilà comment la Polonaise Marta Gornicka nomme cette création née à Poznan en janvier 2017. Durant une heure, face public, 25 hommes et femmes, de tous âges et même des enfants, forment un chœur, selon le mode d'expression que la metteuse en scène pratique. Nous n'avons pas vu ce spectacle mais Chœur de femmes présenté dans le festival Sens interdits 2013, deux ans après que celui-ci ait accueilli RequieMachine et Magnificat. Que disaient-elles, ces femmes ? Que le pouvoir est entre leurs mains, qu'elles n'ont peur de rien, refusent les diktats et que l'avenir leur appartient. Banal ? Certainement pas. Entre temps, le mouvement #metoo a mis au jour le manque abyssal d'écoute de la parole féminine. La Pologne a sérieusement régressé en la matière avec une loi de plus en plus restrictive concernant l'IVG, les nationalistes prennent le pouvoir jusqu'à la nausée (Italie, Autriche...) ou entrent des les assemblées (l'AfD en Allemagne). Alors, les œuvres de

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L’Italie à sa botte : "Silvio et les autres"

Bunga-Bunga | de Paolo Sorrentino (It-Fr, 2h38) avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

L’Italie à sa botte :

Sergio, petit escroc provincial cherche à s’attirer les faveurs de Berlusconi afin de monter en gamme dans le bizness. S’il dispose des atouts nécessaires (des jeunes femmes), il lui faut trouver la connexion idoine. Au même moment, dans sa villa, l’ex Cavaliere se prépare à revenir au pouvoir. La première séquence montre un agneau innocent entrant par mégarde dans la demeure de Berlusconi. Fatale erreur : fasciné par la télévision diffusant un jeu quelconque, il s’écroule raide, traîtreusement pétrifié par la climatisation glaciale, aussi sûrement que par une œillade de Méduse. Malheur à tous ces Icare et Sémélé ayant désiré approcher leur divinité : leur chute sera à la hauteur de leur orgueil. Cette ouverture en forme de parabole résume tellement bien le propos du film qu’on se demande, un peu inquiet, si ce qui suit peut être du même niveau. Même si Sorrentino fait une proposition intéressante en abordant Berlusconi par une périphérie canaille et envieuse, en retardant son apparition au deuxième voir troisième acte à la façon du Tartuffe

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Redrum on the dance floor : "Climax"

Le Film de la Semaine | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après Love, Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Redrum on the dance floor :

Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet. Et c’est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier par l’excitation de l’attente l’effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon — point d’orgue dionysiaque de tous les paganismes — est vouée à la dilacération.

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Sur le divan : "Love addict"

Flirt | de Frank Bellocq (Fr, 1h33) avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Sur le divan :

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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Deux visions de l'amour

ECRANS | On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Deux visions de l'amour

On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime star de caractère encore de ce monde : il se trouve même être le cadet de cinq mois de Olivia de Havilland, l’inoubliable Melanie Hamilton d’Autant en emporte le vent, par ailleurs double détentrice de l’Oscar de la meilleure actrice. L’une de ses statuettes fut conquise pour sa prestation dans un mélodrame de la plus belle eau signé William Wyler, L’Héritière (1949). Jouant mieux que personne de la paupière accablée, elle y campe Catherine, une oiselle timide et peu apprêtée, étouffée par son ladre de père la tenant à distance des coureurs de dot. Un père autoritaire allant jusqu’à la priver de celui qu’elle pense être son grand amour : Morris Townsend, un gandin empressé ayant les traits de Monty Clift. Townsend éprouve-t-il pour elle de tendres sentiments, ou bien cherche-t-il à atteindre son portefeuille à travers son cœur ? On ne révélera pas le fin mot de l’intrigue, ni son dénouement d’une noirceur sent

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The Younger Lovers, missionnaires en lo-fi

Queer Punk | Sans retouches et sans barrières, Brontez Purnell et ses Younger Lovers font partie des derniers représentants du lo-fi et du queer-punk californien. Avec des textes crus et une production minimaliste, ils ramènent le rock à ses racines les plus primitives.

Gabriel Cnudde | Mardi 13 septembre 2016

The Younger Lovers, missionnaires en lo-fi

De Brontez Purnell, leader noir et gay de The Younger Lovers, on connaissait le côté engagé et revendicateur. On le sait aujourd'hui plus romantique, mais pas moins libre de faire ce qui lui plait. Figure de proue de la scène queer-punk californienne des années 2000, le guitariste chanteur a d'abord officié au sein de Gravy Train ! sous le pseudonyme de Junx avant de lancer, en 2003, son nouveau projet. Trois albums plus tard (Newest Romantic, Rock Flawless, Sugar in my pocket), les trois rockeurs de Younger Lovers ont affirmé leur style, alliant avec tact ce que le rock fait de plus brut et ce qu'il écrit de plus simple : la romance. À travers ses chansons, Purnell livre à ses fans diverses histoires de cœur. Si ces dernières finissent mal, en général, d'autres sont plus légères, voire triviales. Servie par un power trio qui sait aller à l'essentiel, la discographie des Younger Lovers ferait taper du pied le plus récalcitrant des auditeurs. Mais pour pleinement saisir la musique des californiens, il faut passer outre ce rapprochement avec la pop dansante et contagieuse des Mystery Je

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Les 10 concerts à voir en septembre

Musique | La concurrence (ou les confrères) prenant leur temps pour redémarrer la saison en mode diesel, c'est une certaine péniche du quai des Étroits, qui ce mois-ci fait figure de bon élève boulimique, alignant comme des perles les concerts de musique pas comme les autres. Septembre sera (surtout) Sonic ou ne sera pas.

La rédaction | Jeudi 1 septembre 2016

Les 10 concerts à voir en septembre

Daniel Romano Les fans hardcore de l'ancien Daniel Romano ont sans doute eu du mal à reconnaître leur protégé canadien lorsqu'ils ont posé l'oreille sur Mosey, son dernier album, puis constaté qu'il avait troqué le costume de dandy à Stetson – et les chansons crincrin qui allaient avec – pour une veste de jogging. Finie (pour le moment) la country pliant (magnifiquement) le genou devant les figures d'Hank Williams ou Merle Haggard, Romano a ici sorti le couteau suisse musical et donne l'impression de balayer d'un revers de main sa discographie précédente à coups de pop cinématographique, emphatique ou intime, reliant par la grâce du fil invisible d'un songwriting impressionnant Morricone, Dylan, Newman, Hazlewood. Et surtout l'ancien Daniel avec le nouveau, génial dans toutes les configurations. Au Sonic le mardi 13 septembre

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"Love & Friendship" : une délicieuse adaptation de Jane Austen

ECRANS | Avec cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, Whit Stillman semble du genre à se faire désirer. Logique qu’il ait succombé aux charmes de Lady Susan, cultivant la séduction comme l’un des beaux-arts. En résulte une transposition délicieuse du roman épistolaire de la jeune Jane Austen.

| Mardi 21 juin 2016

Le rôle du cinéma et de la télévision dans le regain de popularité rencontré par l’œuvre de Jane Austen est indubitable : la prodigieuse quantité d’adaptations — qui elles-mêmes ne l’étaient pas toutes — déversées sur les écrans depuis une vingtaine d’années a contribué à la postérité contemporaine de l’auteure britannique au-delà du périmètre des lecteurs avertis et des anglophones. La surexposition de Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments ou Emma a cependant eu comme corollaire étrange de restreindre la notoriété de ses écrits à ces quelques titres, abandonnant les autres à une ombre plus épaisse encore. En un sens, c’est heureux que personne ne se soit emparé de Lady Susan avant Whit Stillman : il a eu le bonheur de travailler sur un matériau vierge de tout repère. Et de façonner “son” image de Lady Susan. Une Kate avisée d’un époux aisé Celle-ci épouse les traits merveilleux — comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il s’agit d’une coureuse de beau parti, fine manigancière au physique envoûtant — de Kate Beckinsale

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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The Assassin

ECRANS | de Hou Hsiao-hsien (Taï, 1h45) avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

The Assassin

Où l’expression “rester interdit” devant une certaine beauté (ou une beauté incertaine) revêt un sens inaccoutumé… Mais avec Monsieur Hou ce type de situation tend à dépasser le cadre de l’exception — le cinéaste taïwanais semblant estimer l’hermétisme comme une langue raffinée dont il convient d’user pour maintenir à distance un public profane. En l’occurrence, le procédé se révèle curieux lorsque l’on s’attelle à un wu xia pian (le film de sabre chinois), genre éminemment populaire, remis au goût du jour par le très chorégraphié Tigre et Dragon (2000) du toujours génial Ang Lee. Refusant sans doute de s’abaisser à signer un film totalement épique ou spectaculaire (aurait-il peur de déchoir ?), HHH verse dans une abstraction esthétique floue, certainement très symbolique. Mais à la différence d’un Tarkovski, d’un Bergman ou d’un Kubrick (voire d’un Malick dans ses bons jours), il ne va pas au bout de sa démarche et paraît comme incapable de se résoudre à une dissolution narrative absolue, qui ferait de ses œuvres de purs objets contemplatifs — même ses séquences de combats sont à Tsui Hark ou John Woo ce que Rivette pourrait être à Scorsese e

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La Terre et l’Ombre

ECRANS | De César Acevedo (Col, 1h37) avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

La Terre et l’Ombre

Heureusement que le métal fin ne s’oxyde pas ! Sans quoi, la Caméra d’or reçue par César Acevedo pour son premier film en mai dernier sur la Croisette aurait terni avant que son œuvre n’arrive sur les écrans. Cela dit, le délai observé par La Terre et l’Ombre entre son sacre et sa sortie respecte son apparente discrétion et son rythme lent. Une lenteur insistante aussi esthétisée que l’image est composée, avec un luxe de symétries et de clairs-obscurs. Cette gravité contemplative en vient à déranger, tant elle semble s’énivrer de sa propre beauté tragique, allant jusqu’à détourner l’attention du spectateur des vrais sujets : l’agonie du fils du vieux héros et ce que le film révèle des conditions de vie infâmes des journaliers colombiens. Non qu’il faille, par principe, assigner une forme crasseuse et tremblotante à un drame social, mais opter pour un maniérisme très cosmétique n’est sans doute pas l’alternative la plus heureuse. VR

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Much Loved

ECRANS | Salué dans tous les festivals où il est projeté, le nouveau film de Nabil Ayouch parle avec force et subtilité d’amours occultes et tarifées, mais aussi de la condition féminine. À votre avis, laquelle des deux thématiques lui a valu une censure totale au Maroc ?

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Much Loved

Elles sont trois colocataires, bientôt quatre, vivant à Marrakech. Menées par Noha, elles survivent en se prostituant, participant quand elles le peuvent à des soirées-orgies données en l’honneur de Saoudiens venus "se distraire". Traquant la moindre opportunité leur permettant d’accroître leur pécule, elles doivent faire face à la violence des clients et de la rue, à l’opprobre public, à la corruption de la police, au rejet de leurs proches… C’est un flot ordurier qui se déverse durant les premières minutes ; un torrent de grivoiseries que Noha et ses comparses évacuent en surabondance devant Saïd, l’homme mutique leur servant de chauffeur de taxi et de garde du corps. Qu’on ne s’y trompe pas : ces obscénités langagières ne révèlent aucune prédisposition à la frivolité ; il s’agit d’une sorte de mise en condition. Comme un maquillage de souillure dont les prostituées se revêtent pour s’éloigner d’elles-mêmes, avant d’aller exercer leur besogne. Nabil Ayouch assène une claque d’entrée, ce ne sera pas la seule : il veut montrer la société marocaine, quant à elle, sans fard. Engluée dans le paradoxe de sa morale élastique, tell

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Youth

ECRANS | Deux artistes octogénaires tentent de soulager leurs multiples douleurs dans un hôtel de luxe grouillant de curistes aisés. Après sa réussite "La Grande Bellezza", Paolo Sorrentino s'embourbe en voulant à tout prix amener son film vers une séquence de fin grandiose.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Youth

Mick travaille sur un projet de film au milieu d’un aréopage de jeunes scénaristes. Fred, lui, a tiré un trait sur son métier de compositeur. Un émissaire de la Reine d’Angleterre lui fait miroiter un anoblissement. En contrepartie, Mick devra diriger un concert. Sa réponse ? Non. À l’instar de Wes Anderson pour Grand Budapest Hotel, mais dans un style plus classique, Paolo Sorrentino se crée sa Montagne magique à lui. Un décor helvétique déréalisé, où les minutes ont suspendu leur inexorable course ; où tout est figé dans des rites immuables, fréquenté par une aristocratie désuète et anachronique… Si les personnages de Fred et Mick se détachent, préférant la solitude ou leurs moments de complicité, voire la compagnie d’un jeune acteur (Paul Dano), c’est que demeure en eux une flamme de vitalité s’exprimant en dépit des trahisons du corps : l’instinct de création. Tant que l’un peut continuer à "faire" de la musique (pour lui-même, à partir du son d’un papier de bonbon ou des clarines des vaches) et l’autre du cinéma, aucun des deux ne renoncera à la vie. Youth pourrait s’arrêter ici ; on se

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Cinéma : une rentrée en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Cinéma : une rentrée en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août — une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre, The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28, Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poids lourds écartés de Cannes mais chouchous du public préparent leur revanche. Youth, nouvelle méditation mélancolique sur l’âge et le temps qui file signée Paolo Sorrentino, réunissant

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Love

ECRANS | Le souvenir d’une histoire d’amour racontée par ses étapes sexuelles : Gaspar Noé se met autant à nu que ses comédiens dans ce film unique, fulgurant et bouleversant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

Love

Un 1er janvier, Murphy reçoit un message sur son répondeur : la mère d’Electra s’inquiète car elle est sans nouvelle d’elle depuis plusieurs semaines. Qui est Electra ? La femme que Murphy a aimée, avec qui il a vécu une passion ardente puis qu’il a laissée partir. Aujourd’hui, Murphy vit avec une jeune fille dont il a un enfant, mais ce n’est pas la vie qu’il a désirée — elle n’aurait dû être qu’une passade et ce foutu préservatif n’aurait pas dû craquer… Alors, dans un mélange de regrets et d’inquiétude, Murphy va se souvenir de son histoire avec Electra. Love s’inscrit immédiatement sous le signe de cette nostalgie des amours gâchés, et ce saut dans le temps est pour Gaspar Noé l’occasion de construire un puzzle mental dont toutes les pièces seraient des images renvoyant au sexe – avant, pendant et après. D’où le paradoxe sublime sur lequel s’érige le film : à mesure qu’il s’enfonce dans le cerveau de Murphy, il en ramène des corps, de la chair, du plaisir, de la jouissance. Et tandis que son héros se heurte aux quatre murs de son appartement, couverts de traces d’un passé qui est autant celui du personnage que de l’auteur lui-même (un poster de

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Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

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Un Moi(s) de cinéma #7

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #7

Au sommaire de ce Moi(s) de cinéma, les films à voir absolument en ce mois de juillet : • Victoria de Sebastian Schipper • Microbe et Gasoil de Michel Gondry • Love de Gaspar Noé • While we're young de Noah Baumbach • Sorcerer de William Friedkin (reprise)

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

ECRANS | "Sicario" de Denis Villeneuve. "Cemetery of Splendour" d’Apichatpong Weerasethakul. "Le Tout nouveau testament" de Jaco Van Dormael.

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2015

Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

Après la parenthèse enchantée de Vice Versa offerte (à vie) par les studios Pixar, retour à la dure réalité cannoise avec des films qu’on qualifiera gentiment d’inaboutis, pour des raisons somme toute très diverses. Prenons Sicario de Denis Villeneuve… Tout laissait à penser que le cinéaste québécois allait donner à ce polar sur fond de lutte contre les narcotrafiquants mexicains la même classe que celle insufflée à son superbe Prisoners. Le film démarre d’ailleurs très bien avec un assaut mené contre un repère de gangsters soupçonnés de détenir des otages. À la place, et après avoir soigneusement dégommé les habitants peu fréquentables du lieu, les agents découvrent un véritable charnier de cadavres étouffés dans des sacs plastiques puis dissimulés dans les murs de la maison. Vision d’horreur puissante qui permet aussi de mettre en avant la protagoniste du film : Kate (Emily Blunt), jeune recrue idéaliste du FBI, vite débauchée par un groupe d’intervention d’élite emmené par un type aussi débonnaire qu’inflexible (Josh Brolin) assoc

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Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

ECRANS | "Vice Versa" de Pete Docter

Christophe Chabert | Mercredi 20 mai 2015

Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

Lundi matin, 11h. Alors que commençait la deuxième moitié du festival sous le signe d’interrogations diverses et variées résumables en : «Est-ce que c’est un bon cru, cette édition 2015 ?», la lumière est apparue sur l’écran du Théâtre Lumière, et tout a soudain été bouleversé. Nous en premier, en sanglots durant les quinze dernières minutes du film, puis systématiquement lorsqu’on l’évoquait aux gens qui ne l’avaient pas encore vu ; mais aussi l’ordre d’un festival qui, jusque-là, manquait singulièrement de hiérarchie. La lumière, c’est celle de Vice Versa (Inside Out) de Pete Docter, dernier-né des studios Pixar, et c’est peu de dire qu’il s’agit d’un événement considérable, un classique instantané du cinéma et une date dans l’histoire de l’animation. Surtout, c’est le genre de choc dont on ne se remet pas, une projection qui restera à jamais gravée dans nos mémoires, petite bille bleue et jaune stockée quelque part au fond de notre conscience que des mains agiles iront régulièrement ressortir pour nous refoutre le frisson, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Car ce que raconte Vice Versa, dans un élan méta-phys

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Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

ECRANS | "Carol" de Todd Haynes. "Mon roi" de Maïwenn. "Plus fort que les bombes" de Joachim Trier. "Green Room" de Jeremy Saulnier.

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

Il fait beau et chaud sur Cannes, et tandis que les plagistes ont les pieds dans l’eau, les festivaliers continuent de macérer dans une mare de sueur, brûlant au soleil de files d’attente désespérées, rabrouant les resquilleurs, espérant secrètement découvrir de beaux films. À la mi-temps du festival, on est encore dans l’expectative. Il faut dire que des films, on n’en voit moins que les années précédentes, et surtout que l’on se concentre sur les films événements. A perdre chaque jour entre trois et cinq heures à attendre, on doit forcément sacrifier la part de découverte pourtant essentielle à la manifestation. D’où l’impression d’assister à une grande preview des films importants de l’automne, plus qu’à une compétition en bonne et due forme. Carol : Tood Haynes sublime le mélodrame Si toutefois on devait jouer le jeu des pronostics, on dirait que Carol de Todd Haynes ferait une très belle Palme d’or. Ce n’est pas ce qu’on a vu de mieux dans ladite compétition — Le Fils de Saul a notre préférence — mais il marque une étape décisive dans la carrière d’un cinéaste plutôt rare, dont chaque œuvre était jusqu’ici pétrie de contradic

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Cannes 2015, jour 4. La mère des songes.

ECRANS | "The Sea of Trees" de Gus Van Sant. "Mia Madre" de Nanni Moretti. "Les Milles et une nuits, volume 1" de Miguel Gomes.

Christophe Chabert | Dimanche 17 mai 2015

Cannes 2015, jour 4. La mère des songes.

Cannes 2015, de l’avis général, c’est l’enfer. Après les exploitants, c’est au tour de la presse, et notamment de son lumpenprolétariat, de râler sévère contre l’organisation. Il fallait en tout cas arriver deux bonnes heures à l’avance, cuire tel un poulet au four en faisant la queue et réciter une prière aux dieux du cinéma pour espérer voir les projections du Gus Van Sant et du Todd Haynes, du moins si l’on ne faisait pas partie du gotha de la critique. De plus en plus terrible année après année, cette répartition engendre qui plus est des comportements particulièrement rustres, les copains se gardant des places dans les queues puis dans les salles, histoire de s’assurer que l’on ne finisse pas le cul sur les marches — dans le meilleur des cas — ou le bec dans l’eau — dans le pire. Bref, une réforme de ce fourbi paraît inéluctable, et on rêve que tout cela se termine à la loyale : premier arrivé, premier servi, quitte à ce que, telles des groupies avant un concert de rock, certains en soient à planter leur tente devant les barrières pour être sûrs de dégotter le précieux sésame. The Sea of Trees : Van Sant se fait hara kiri Évidemment, la rage

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Cannes 2015, jour 3. Au cœur de l’irrationnel

ECRANS | "Le Fils de Saul" de László Nemes. "L’Homme irrationnel" de Woody Allen. "The Lobster" de Yorgos Lanthimos.

Christophe Chabert | Samedi 16 mai 2015

Cannes 2015, jour 3. Au cœur de l’irrationnel

Appliquant la règle berlinoise dite de l’embargo jusqu’à la projection officielle d’un film, on se laisse parfois 24 heures — un luxe ! avant de causer de la compétition, ce qui fait qu’à l’heure où vous découvrirez ces lignes, vous saurez déjà en allant fureter sur les réseaux sociaux qu’une bronca spectaculaire s’est levée sur The Sea of trees, le nouveau Gus Van Sant. Pour savoir ce que l’on en a pensé, patience jusqu’à demain, donc. Le Fils de Saul / Le Fils de l’homme On a aussi attendu pour dire à quel point Le Fils de Saul, premier long-métrage du Hongrois László Nemes, fut le grand choc de ce début de festival — en espérant que ce ne soit pas le seul. S’il y a une raison d’endurer le cirque cannois, c’est bien pour se retrouver nez à nez avec des œuvres pareilles, surgies de nulle part mais, une fois la projection terminée, inscrites de manière indélébile dans notre mémoire. On pourrait penser que cela tient exclusivement au sujet du film : la description d’un camp d’extermination nazi à travers les yeux de Saul, un membre du Sonderkommando, ces prisonniers chargés de participer à la solution finale en conduisant les juifs dans les

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Cannes 2015, jours 1 et 2. Le festival se la raconte…

ECRANS | "Tale of tales" de Matteo Garrone. "L’Étage du dessous" de Radu Muntean. "L’Ombre des femmes" de Philippe Garrel.

Christophe Chabert | Jeudi 14 mai 2015

Cannes 2015, jours 1 et 2. Le festival se la raconte…

Voilà, Cannes, 2015, c’est parti, dans un foutoir qui ferait le charme du festival s’il n’était pas une source considérable d’épuisement pour celui qui le subit onze jours durant. Au menu cette année : un plan Vigipirate renforcé qui crée un gigantesque périmètre de sécurité devant l’entrée du Palais, obligeant les centaines de festivaliers à s’agglutiner le long des barrières lorsqu’ils sortent et provoquant des queues monstres quand ils veulent pénétrer à l’intérieur ; des exploitants furibards devant la réforme de leur système de tickets, prêts à mener une action en haut des marches histoire d’exprimer leur mécontentement ; et un grand Théâtre Lumière rénové de fond en comble, du double escalier en hélice à la salle elle-même, bien plus confortable que dans sa configuration précédente. Comme d’habitude, les couacs sont nombreux au démarrage, à commencer par des séances presse tellement étroites qu’il était quasi-impossible d’assister aux projections du dernier Kore-Eda, Notre petite sœur ; pas grave, on se le gardera pour les séances de rattrapage le dernier dimanche, juste avant le palmarès. Ou encore ces publicités pour le moins menaçantes de la Ville de

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L'éternelle jeunesse de Thurston Moore

MUSIQUES | Est-ce par atavisme onomastique ou toponymique? Toujours est-il que Thurston Moore, ci-devant leader éternel devant l'éternel de Sonic Youth, adore le (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

L'éternelle jeunesse de Thurston Moore

Est-ce par atavisme onomastique ou toponymique? Toujours est-il que Thurston Moore, ci-devant leader éternel devant l'éternel de Sonic Youth, adore le Sonic. On parle de ce bateau accolé aux quais du Rhône d'où s'envolent effluves punks et autres entreprises... soniques de tout type, avec une nette préférence pour la dissonance et l'expérimentation. Voilà une autre des raisons pour laquelle Thurston est si enclin à faire étape en ce lieu chaque fois qu'il vient à Lyon. Homme avisé et attentionné, c'est un "concert secret" et donc un peu surprise que vient livrer l'ancien petit gars du Connecticut monté à New-York pour redonner ses lettres de noblesse à la profession d'ORL à la fin des années 70. Et c'est accompagné d'un super groupe qu'il entend (car lui entend encore) le faire : le fidèle Steve Shelley, Deb Googe (la fille et la basse dans My Bloody Valentine, autre grand générateur d'acouphènes) et James Sedwards dont John Peel disait qu'il était le seul non footballeur dont il était jaloux en tant que personne. Ensemble, les quatre ont produit dernièrement The Best Day, première saillie de Moore post-divorce youthien et grand album solo

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Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

MUSIQUES | Trois étapes du Circuit Nuits Sonores à ne pas manquer : Warm Soda au Marché Gare, Blawan au Petit Salon et Somaticae au Sonic. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

Étape 7 La musique à guitares n'ayant quasiment pas droit de cité dans la programmation "officielle" de Nuits Sonores cette année, c'est (notamment) du côté du Marché Gare qu'il faudra zoner pour se faire un fix d'électricité. Á l'affiche : le blues à seize chevaux-vapeur d'Harold Martinez, le post-punk du troisième type (et à effets secondaires) de I Love UFO et, surtout, le garage à moustaches et frisottis 70's de Warm Soda – emmené par l'ex Bare Wires Matthew Melton, proche du regretté Jay Reatard. Et Maria Rockmore, la plus rock'n'roll des selectas à chromosomes XX – aucun rapport avec le bon Jamie.

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Écrans Mixtes se fait un Grec

ECRANS | Cinquième bougie pour Écrans Mixtes, le festival de films LGBT, et jolie édition 2015 avec comme invité d’honneur le cinéaste grec Panos H. Koutras et des films inédits aussi pertinents sur leurs sujets que surprenants dans leurs formes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Écrans Mixtes se fait un Grec

Queer, festif, décalé, militant : Écrans Mixtes, le festival LGBT fête ses cinq ans avec à son frontispice ses adjectifs-là ; en 2015, il paraît plus que jamais au cœur des questions contemporaines, et pas seulement celles directement liées à l’homosexualité. Ainsi, l’invitation faite au cinéaste grec Panos H. Koutras n’est pas le moindre des symboles — même si sa venue a été annoncée avant la victoire de Syriza aux dernières élections. Koutras a bâti en quatre films une œuvre qui balance entre réalisme et fantaisie, tradition et modernité : de ce faux film Z qu’était L’Attaque de la moussaka géante au road-movie Xenia, Odyssée d’aujourd’hui à travers une Grèce dévorée par la crise et la violence, le cinéaste se plaît à empoigner les mythes, les sujets et les genres pour les passer au prisme d’une modernité queer. Écrans mixtes propose l’intégrale de ses films — dont l’inédit Real Life, tourné en 2004 — et lui a laissé carte blanche. Il a donc choisi deux films : le classique Stella, femme libre de Michael Cacoyannis — auquel son propre Strella rendait hommage — qu’il présentera à

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Rosemary Standley, reine du baroque'n'folk

MUSIQUES | Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, Rosemary Standley change de peau musicale comme on change de costume – et ceci d'autant plus aisément (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Rosemary Standley, reine du baroque'n'folk

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, Rosemary Standley change de peau musicale comme on change de costume – et ceci d'autant plus aisément qu'elle change aussi de costume. Après Moriarty et le duo Birds on a Wire avec Dom la Nena, après A Queen of Heart, son spectacle de music hall, revoilà la chanteuse protée sous un nouvel avatar. A croire que là où beaucoup de musiciens ont un ou des projets parallèles, en sus de leur formation principale, Rosemary est son propre projet parallèle – une version chantante du Michael Keaton de Multiplicity. Certes, il s'agit toujours plus ou moins de décliner le même goût du partage et de profiter d'un palais bien formé aux mélanges folk / musique baroque – deux de ses amours – et à grands renforts de reprises – son péché mignon. Cette fois-ci, avec Love I Obey, la Standley se coltine à l'ensemble Helstroffer, qui donne dans l'instrument ancien (théorbe, clavecin, orgue, viole de gambe, serpent – l'instrument, pas la bête) et toute sa patine à un ensemble d'incunables du folk (Poor Wayfaring Stranger, Hush Bye, tiré des malles d'Alan Lomax), du baroque anglais (William Lawes, pr

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Avec Cult of Youth, il faut que jeunesse trépasse

MUSIQUES | Un titre qui annonce la fin des haricots, une pochette représentant la Tour de Babel, ce totem effondré de l'excès de zèle mégalomane, une entrée en matière tribal-world-SM : sur son dernier album Cult of Youth ne fait pas semblant d'annoncer très tôt et très fort la couleur. Celle d'un groupe en total look "post-", en prêche dimanche au Sonic. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 février 2015

Avec Cult of Youth, il faut que jeunesse trépasse

Au commencement, Cult of Youth constituait, depuis la grouillante et brouillonne Brooklyn, une sorte de mélange de psychédélisme échevelé façon Brian Jonestown Massacre et de folk violoneux de bateau ivre à la Waterboys – qu'on imagine Anton Newcombe leader d'un groupe panceltique ou Mike Scott ahanant le Massacre, on ne sera pas loin d'une vérité en forme de n'importe quoi absolu. Puis, au fur et à mesure, et plus spectaculairement sur ce dernier album, s'est produit une apocalypse : autour des guitares acoustiques sujettes aux démangeaisons de panique, le ton est monté comme l'eau du déluge, tout s'est fait plus sourd, plus fort, l'ambiance s'est habillée lourdement de brumes électriques, d'orages froids et de cavaliers cadavériques. Cessant par la présente de tourner toujours autour du même pot, Cult of Youth se met maintenant à l'attaquer ; à lui mettre des coups de lattes – et même des coups d'ossements humains, pour de vrai, car n'est pas pensionnaire du label Sacred Bones qui veut. Quant à Sean Ragon, la voix du Cult déjà bien branlante, il se dégonde à la première occasion – on a un aperçu notoire de l'ensemble sur la montée en vrille qu'est Dragon Ro

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Snow Therapy

ECRANS | De Ruben Östlund (Suède-Dan-Norv-Fr, 1h58) avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli…

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Snow Therapy

Quelque part dans les Alpes, une famille suédoise parfaite jusqu’au bout des ongles — papa, maman, les enfants, tous beaux, propres et bien élevés — vont vivre un drôle de psychodrame. Alors qu’ils boivent tranquillement un verre dans un bar de montagne, une avalanche est déclenchée et le mari, paniqué, au lieu de secourir son épouse et ses gosses, préfère se carapater avec son portable. Incident anodin, a priori, mais dont les conséquences vont faire voler en éclats l’harmonie familiale : sa femme prend conscience que le chef de famille est en fait un lâche, et entêté par-dessus le marché puisqu’il refuse de reconnaître sa couardise. Ruben Östlund se livre alors à une analyse au scalpel des rapports humains, en enfermant ses personnages dans une multitude de bocaux hermétiques au monde extérieur : celui du décor, appartements tristes aux lignes géométriques coupantes ou pistes de ski enneigées et perdues dans la brume, mais surtout celui de la mise en scène, avec ses cadres inamovibles et mesurés au poil pubien près. Soit un cinéma qui se situe entre l’humour noir de l’Europe du Nord (Östlund est Suédois) et les études sociologiques glaciales et misanthropes d

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La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

La route des indés

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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Bien frappé

MUSIQUES | Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Bien frappé

Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, mais en plus le beau linge est de la plus belle étoffe. Question éventail, une belle tranche sera notamment donnée au maloya avec la présence de Maya Kamati et de la grande Christine Salem – cette dernière dans un exercice d'hybridation avec ses amis de Moriarty. Pour le reste, toutes les esthétiques imaginables sont représentés ou presque : reggae (Ki-Mani Marley, fils de qui vous savez, Meta & the Cornerstones), blues sous toutes ses déclinaisons, du swing à l'électro (Stracho Temelkovski, They Call Me Rico, St.Lô), électro, elle-même en tous genres, avec une forte inclination tout de même pour ses versants pop et indie rock (As Animals, Natas Love You, As a New Revolt)... Au-delà de ce brassage, le Cabaret Frappé n'a pas son pareil pour attirer dans ses filets ces jeunes chanteuses irrésistibles qui nous font perdre tout sens commun et nous rendent plus prosélytes qu'un témoin de Jéhovah, à l'instar de l'éblouissante Joe Bel et de la ténébreuse Lou Ma

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L’esprit et la lettre

MUSIQUES | On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

L’esprit et la lettre

On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et de son analogique – il a été enregistré dans le temple vintage Toe Rag – il manquait l’essentiel : des tubes. C’est effectivement ce qui apparaît lorsque l’on commence à se pencher sur ce troisième album, ou plutôt ce qui n’apparaît pas. L’emballage est tellement beau, le paquet cadeau si riche de couches successives, qu’on a le plus grand mal à dénicher le trésor qui s’y cache. Peut-être aussi, depuis Nights Outs (2008), s’est-on habitué, en enfants trop gâtés rendus paresseux par les sucreries, à un excès de générosité mélodique qui culmina fort haut avec The English Riviera, son The Look ravageur et sa Corinne aguicheuse. Le tube c’est la lettre de la pop, mais il y a, dit Saint-Paul dans son deuxième épître aux Corinthiens, la lettre et l’esprit. Et si l’on accepte ce principe, alors Love Letters et son esthétique suédée font mouche à coups de compositions aux rondeurs bizarres, profondément mélancoliques et infiniment vénéneuses (Monstrous, enfant du placard de Bowie, Mi

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Insomniaque - Semaine du 23 au 29 avril

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Avatism au Club Transbo, Le Loup au Terminal et Seth Troxler au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Insomniaque - Semaine du 23 au 29 avril

25.04 Avatism + Clockwork«Italians do it better» affirmait un t-shirt porté par Madonna dans le clip de Papa Don't Preach (1986), avant que le label Troubleman Unlimited Records ne lui emboîte le pas en nommant ainsi sa division dance. Que font-ils mieux que les autres ? Mieux vaut sans doute ne pas le savoir. En tout cas, en ce moment, ils se débrouillent pas mal question techno, comme le laissent entendre certaines productions estampillées Life and Death (représenté lors de cette soirée au Club Transbo par Clockwork) et, surtout, le premier album d'Avatism, petit bijou de minimalisme électro-organique et contemplatif à la Trentemøller. 26.04 99Sur le premier album de Hold Youth, à paraître le 1er mai, figure un morceau de hip hop instrumental intitulé Les Enfan

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Only lovers left alive

ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Only lovers left alive

Adam et Eve ne sont ni le premier homme, ni la première femme de la Création, mais les derniers amants-vampires sur Terre ; c’est le premier scoop du nouveau film de Jim Jarmusch, joliment ironique. Eve s’est retirée à Tanger, où elle fréquente rien moins que Christopher Marlowe — qui, en plus d’avoir écrit les pièces de Shakespeare, est lui aussi une créature de la nuit, éternelle quoique mal en point ; Adam vit à Detroit au milieu de sa collection de guitares et de son studio analogique, reclus et phobique face aux «zombies» qui l’entourent — on ne saura pas si le terme qualifie péjorativement le commun des mortels ou si effectivement l’humanité est désormais divisée en deux catégories de morts-vivants. Les liens qui les unissent relèvent autant d’un héritage romantique que d’une réalité qui passe par les moyens de communication contemporains : Eve et son iPhone en FaceTime, Adam avec un bricolage mêlant câbles, télé et caméra. C’est en fait surtout la mise en scène de Jarmusch qui les réunit, comme lors de ces travellings en spirale enchaînés et fondus avec le mouvement d’un antique 33 tours. Son scénario aussi va les obliger à se retrouver : alors qu’Adam, t

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Insomniaque - Semaine du 22 au 28 janvier

MUSIQUES | 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le collectif Haste au Terminal, Anoraak au Kao et Kasper Björke au Sucre.

Benjamin Mialot | Jeudi 16 janvier 2014

Insomniaque - Semaine du 22 au 28 janvier

23.01 DriveAprès avoir ouvert sa résidence au Club Transbo à des structures partageant son approche pointilleuse et débrouillarde du clubbing et en attendant le lancement de son label, le collectif techno Haste ne perd pas une occasion de faire de parler de lui. Cette semaine, c'est ainsi le Terminal qu'il investit, le temps d'une soirée qui verra se succéder nul autre que ses quatre piliers : le fondateur PEEV (également connu de nos services en tant que producteur d'electronica tactile sous le nom d'Opti), la vénéneuse P.I.LA.R., l'énigmatique Heblank et le cadet Owlover. Si si la famille. 24.01 AnoraakFrédéric Rivière aurait pu se satisfaire de ses rentes de berger à poneys (il est le batteur scénique des trop dociles Pony Pony

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

SCENES | Révélé par un premier one-man-show prodigieusement schizophrène dans lequel il racontait son dépucelage sur un texte de Jocelyn Flipo, Alex Ramirès revient avec Alex Ramirès est un grand garçon, "spectacle de la maturité" aussi jubilatoire qu'émouvant dont la construction ne doit (presque) rien à personne. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 12 décembre 2013

Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

La, si, do, mi, fa, sol, fa, mi, do, si. Toute la personnalité d'Alex Ramirès est contenue dans ces dix notes, qui composent (en la majeur) la mélodie douce-amère du Kids de MGMT, et au son desquelles il salue le public au terme de son nouveau one-man-show, Alex Ramirès est un grand garçon. Un lucide et décoiffant autoportrait du comédien en "fuyard en avant" dont la genèse remonte justement à l'enfance. Nous sommes en 1998 à Roussillon, en Isère. Alex n'a que 9 ans, mais assez d'énergie et de volubilité pour que sa mère juge opportun de l'inscrire au cours d'improvisation théâtrale du centre social du coin. Il va y faire sa première rencontre déterminante : celle du conteur Olivier Ponsot, avec lequel il va apprendre à matérialiser une histoire en deux temps trois mouvements. Au sens propre, l'endroit disposant pour seul matériel de deux paravents, qui font office de coulisses. Galvanisé à l'idée de pouvoir être, au gré de ce qui le traverse le jour, qui il veut le soir à l'instar, d'une certaine façon, des super-héros masqués dont il goûte alors les exploits, il suivra cet atelier toute une décennie. Dix ans pendants lesquels ce tchatcheur né, qui con

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A touch of sin

ECRANS | À partir de quatre faits divers qui deviennent autant d’histoires se répondant les unes aux autres, Jia Zhang-Ke signe son film le plus aventureux, ainsi qu’une très courageuse vision de la Chine contemporaine, entre colère des anciens et désespoir de sa jeunesse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

A touch of sin

Un carnage sur une route de montagne, un homme qui prend les armes pour massacrer les édiles corrompus qui l’ont humilié, une maison de passe où les hôtesses rejouent sur un mode grotesque les grandes heures de l’Histoire maoïste… Tout au long des 130 minutes de A touch of sin, on est à deux doigts de se pincer pour être sûr que l’on assiste au nouveau film de Jia Zhang-Ke, maître chinois d’un cinéma contemplatif, post-antonionien et avide de métaphores. En même temps, le cinéaste semble avoir pris acte d’un système qui montrait largement ses limites lors de ses derniers opus et dont l’acmé, le sublime Still life, paraissait indépassable. Or, non seulement il choisit de prendre son cinéma à rebrousse-poil, adoptant une franchise dans le propos et une frontalité graphique qu’on ne lui connaissait pas, mais il parvient à conserver ce qui a toujours fait le prix de sa mise en scène : une manière unique d’inscrire les personnages dans un décor qui raconte autant leurs impasses intimes que les apories de la Chine d’aujourd’hui. Les armes ou les larmes Inspiré par quatre faits divers qui lui confèrent sa structure éclatée et foisonnante,

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Twenty feet from stardom

ECRANS | Un formidable documentaire sur les choristes noires américaines qui, des années 60 à aujourd’hui, ont écrit à l’ombre de la célébrité une page de l’histoire musicale anglo-saxonne, de la soul au rock, mais aussi une page de l’Histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Twenty feet from stardom

Les frères Coen l’ont montré dans Inside Llewyn Davis : l’histoire de la musique est faite de héros et d’anti-héros, de génies vénérés et de talents vivant dans leur ombre. Morgan Neville, avec Twenty feet from stardom, donne un contrechamp documentaire à ce postulat fictionnel, en s’intéressant à une génération de choristes noires apparues avec la mode soul des années 60. Le film détricote ainsi la hiérarchie habituelle : la star qui place son nom au sommet des pochettes, les musiciens qui composent le groupe, le producteur qui griffe de sa patte sonore le disque et enfin les choristes qui ne sont souvent que la dernière roue du carrosse. Neville retrace leur histoire depuis ses origines : les églises évangéliques et le gospel, la plupart étant des filles de pasteur ayant découvert leur vocation dans les temples. L’apparition de la soul, sous l’impulsion de la Motown, du diable Phil Spector et de son fameux «mur du son», est comme la réinvention laïque du gospel, l’amour charnel remplaçant l’amour divin. Mais ces filles re

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