Orson Welles, centenaire et sans concession

ECRANS | Une rétro à l'Institut Lumière, des documentaires inédits et un livre d'entretien pour saluer e génie d'Orson Welles, qui aurait eu 100 ans cette année.

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

On fête cette année le centenaire de la naissance d'Orson Welles, et l'ombre de cet ogre américain est partout. D'abord à l'Institut Lumière durant tout le mois de juin, avec une rétrospective quasi intégrale où l'on trouve même la version restaurée du Troisième homme de Carol Reed, où il ne fût qu'acteur mais dont on murmure qu'il mit aussi sa patte à la mise en scène.

Ladite rétro s'ouvrira ce jeudi 4 juin avec la projection de la copie, restaurée elle aussi, de Citizen Kane, premier film tourné à 25 ans et qui, malgré son insuccès, marquera durablement le cinéma hollywoodien par ses innombrables inventions de mise en scène. La projection sera suivie du documentaire événement réalisé par les sœurs Clara et Julia Kuperberg, déjà auteurs d'un docu sur Steve Schapiro présenté l'an dernier à l'Institut, intitulé This is Orson Welles.

Autre temps fort, la venue le 9 juin de François Thomas pour une conférence autour de Welles suivie de Vérités et mensonges, l'autre révolution wellesienne, où il réinvente la notion de fake, en concoctant un vrai-faux documentaire autour du «métier de faussaire», comme dirait Dominique A.

Enfin, l'hommage Welles se poursuit en librairies avec l'édition française du livre de conversations entre le maître et Henry Jaglom, En tête à tête avec Orson. Où l'on découvre un Welles qui, à la fin de sa vie, n'a plus rien à perdre et balance beaucoup de vacheries assez cruelles sur ses homologues cinéastes et comédiens. C'est simple : à côté, Depardieu, c'est un tendre !

Christophe Chabert

Rétrospective Orson Welles
À l'Institut Lumière, du 4 juin au 12 juillet

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Othello / Welles : l’amour à Maure

ECRANS | Par trois fois, Orson Welles s’est attaqué à l’œuvre shakespearienne : une adaptation rugueuse de Macbeth tournée dans des terrains vagues écossais et (...)

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Othello / Welles : l’amour à Maure

Par trois fois, Orson Welles s’est attaqué à l’œuvre shakespearienne : une adaptation rugueuse de Macbeth tournée dans des terrains vagues écossais et handicapée par la maigreur de sa production ; un étonnant mashup permettant de faire émerger la figure secondaire de Falstaff en la ramenant au premier plan — Falstaff, donc, d’un souffle et d’une folie visuelle assez grandioses ; au milieu, cet Othello — cette semaine au Comœdia — couronné en 1952 d’une Palme d’or cannoise qui se tient justement en équilibre entre l’ascétique Macbeth et le baroque Falstaff. Welles s’y donne le rôle du Maure de Venise, et il y est littéralement monstrueux — ce qui fait oublier instantanément qu’il a dû en passer par le cirage et les bigoudis pour foncer son teint et crêper ses cheveux. Compressant le récit de Shakespeare en le recentrant sur le triangle fait d’amour, de vengeance, de manipulations et de jalousie entre Othello, le traître Iago et la trop belle Desdémone, Welles arrive à conserver l’ampleur shakespearienne sans sombrer dans la théâtralité. Cela se fait grâce à un travail aussi rigoureux que somptueux sur les décors — qui

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Dame damnée

ECRANS | Grand film moite sur Rita Hayworth, La Dame de Shanghai est aussi un chef-d'œuvre du film noir. Un opéra baroque et énigmatique où Orson Welles dessine géométriquement sa vision du mal. À revoir ce mois-ci dans la ciné-collection du GRAC. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 2 septembre 2011

Dame damnée

À quoi tient le génie de La Dame de Shanghai, film majeur de Welles aux côtés de Citizen Kane et La Soif du mal ? Sans doute à cette confrontation entre la grandeur baroque du cinéaste et le film noir. Genre que Welles arpente ici sauvagement, déstructurant une intrigue mineure pour creuser un objet magnétique et mystérieux. Sans son ivresse poétique, La Dame de Shanghai n'aurait peut-être été qu'une histoire de séduction criminelle, un simple scénario de manipulation poussant un loup de mer dans les bras vénéneux d'une femme fatale de plus. Mais filmée par Welles, cette intrigue prend des allures de tragédie universelle. Elle devient un chef-d'œuvre de moiteur, un film humide où les personnages suent leur folie dans des gros plans à la construction démente. La mise en scène opportuniste mais géniale de Welles brûle ici d'un feu souverain. Dès la rencontre entre l'auteur et Rita Hayworth, son fétiche sexuel, le ton est donné : le climat est suffocant, l'ambiance nocturne pesante, les images fuyantes s'entrechoquent. Welles, géomètre incroyable, construit son film tout en trajectoires coupantes, en plans à la profondeur de champ brouillée, en sons au rythme cassé. Il bâtit une st

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