Tale of Tales

ECRANS | Matteo Garrone donne sa version, auteuriste et cheap, des contes de fée, produisant une héroïc fantasy laborieuse qui rappelle les grandes heures du bis italien.

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Photo : © Greta De Lazzaris


Que Matteo Garrone n'ait pas souhaité s'enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d'ailleurs, lorsqu'il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l'hommage à l'âge d'or de la comédie italienne pour en retrouver l'esprit esthétique. Avec Tale of Tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue — les contes et l'heroic fantasy — via l'adaptation d'un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l'imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l'on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses.

Or, le style Garrone s'avère assez vite à la remorque de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D'où une suite d'hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l'auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral…

Mal construit — l'épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme un boulet jusqu'à son terme — pas toujours convaincant dans ses décors et ses effets spéciaux, empêtrés dans des figures de style qui tournent vite au gimmick — les travellings à la steadycam sur des personnages de dos — Tale of Tales ressemble au descendant des produits commerciaux opportunistes que le bis italien était capable de produire à la grande époque, la prétention en plus. Garrone serait-il le nouvel Antonio Margheriti ?

Christophe Chabert


Tale of tales

De Matteo Garrone (It-Fr-Angl, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel... Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal ; une reine obsédée par son désir d’enfant...
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Avec "Pinocchio", Matteo Garrone signe le billot-pic d’une tête de bois

Sur Amazon Prime Video | Cela se voyait comme le nez au milieu la figure : le "Pinocchio" de Matteo Garrone allait être le grand film d’art et d’essai familial des vacances de Pâques au cinéma. Les événements auront fait mentir cette prédiction : il sera celui de la rentrée de mai. Dans votre salon, via Amazon Prime Video…

Vincent Raymond | Mardi 12 mai 2020

Avec

Italie, dans un XIXe siècle parallèle. Geppetto, brave et pauvre menuisier, sculpte dans une bûche magique un pantin turbulent qu’il baptise Pinocchio. Celui-ci va s’animer, accumulant les bêtises, avant de s’enfuir, incapable de céder à ses envies naïves. Mais sa bonne fée veille… Transposer Pinocchio pour un cinéaste italien revient de notre côté des Alpes à porter à l’écran Les Misérables : au prestige du roman dans la culture nationale et internationale s’ajoute le poids des devanciers ayant voulu donner leurs vision et images d’un texte aussi emblématique. Difficile, donc, de se ménager une place. Sauf si l’on a les arguments et la légitimité. Il n’échappera à personne que Matteo Garrone dispose des arguments artistiques et techniques, autant que de légitimité pour entreprendre un conte dont le protagoniste est, une fois encore après Dogman ou Reality, un candide. Un être simple à la croisée de deux mondes ;

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Pas sages mais protégés : "Hors Normes"

Comédie | Au sein de leurs associations respectives, Bruno et Malik accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Pas sages mais protégés :

Ceux qui connaissent un peu Nakache & Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux, puis Intouchables, puisaient ainsi à des degrés divers dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes “n’exploite pas un filon“ en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film dans des fables optimistes et humanistes. Hors Normes est construit sous cette forme de chronique “loachienne“, tenant davantage du manifeste que de la comédie à gags : au fur et à mesure s’impose le caractère indispensable des associations investissant le secteur sanitaire et social, ainsi que leur rôle dans l’insertion. Le dernier quart d’

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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Hardy, petit… : " Stan & Ollie"

Biopic | De Jon S. Baird (É-U, 1h37) avec Steve Coogan, John C. Reilly, Nina Arianda…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Hardy, petit… :

Londres, 1953. Après une dizaine d’années de retrait, le duo Laurel & Hardy se reforme sur scène pour une tournée anglaise, en attendant un hypothétique nouveau tournage. Mais les comiques sont passés de mode, Hardy mal en point, le public peu nombreux. Il leur faudrait un miracle… Depuis quelques mois, John C. Reilly semble avoir pris activement en mains le cours de sa carrière. Second rôle de prestige, il n’a jamais pu briser le plafond de verre le séparant des premiers plans à la Tom Hanks que son visage de carlin pourrait lui valoir ; apprécié par la profession depuis des lustres, il lui manque encore l’onction publique et l’aura individuelle d’un grand prix — en forme de statuette, de préférence. Après avoir eu la bonne idée d’inciter Jacques Audiard à adapter Les Frères Sisters — et à lui réserver au passage l’un des chevaux —, le voici dans un de ces emplois à transformation physique dont l’Académie des Oscar raffole ; d’autant que le personnage est mourant. Hélas pour Reilly, si ses volumineuses prothèses jo

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Le premier flic de France : "L'Empereur de Paris"

Vidocq | De Jean-François Richet (Fr, avec avert., 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Le premier flic de France :

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un “bon“ voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu, et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et les caves. C’est l

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pis qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral de Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Jeudi 12 juillet 2018

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman est inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui, il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers — en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient « ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir ». Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film est surtout psychologique, et pas aus

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Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Maîtresse-carte : "Joueurs"

Polar | de Marie Monge (Fr, 1h45) avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Maîtresse-carte :

Serveuse dans le restaurant familial, Ella embauche Abel pour un extra. Celui-ci l’embobine et lui inocule aussitôt sa passion ravageuse pour le jeu pratiqué dans des bouges clandestins. Fascinée par cet univers interlope autant que par le charme maléfique d’Abel, Ella bascule… C’est presque un exercice de style ou en genre en soi. Wong Kar-Wai, entre autres cinéastes asiatiques, s’y est souvent frotté : décrire l’atmosphère nocturne badigeonnée de néons des cercles de jeu occultes et surtout, la fièvre de celles et ceux qui les fréquentent… À leurs risques et périls : la sanction de la déchéance et du musculeux recouvreur de dettes plane inéluctablement sur les poissards, sans qui il n’est pas d’histoire qui tienne. Pour son premier long métrage, Marie Monge revisite à son tour cette ambiance et signe un film respectueux du cahier des charges, sans maladresse, mais sans étincelle particulière non plus. Disposer d’atouts forts dans son jeu (comme une distribution solide) ne suffit pas ; il en faut davantage pour faire sauter la banque.

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À poil les culs terreux ! : "Normandie Nue"

Comédie mal fagotée | de Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

À poil les culs terreux ! :

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, le maire Balbuzard accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Le Guay. Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces, à l’usage des produits phytosanitaires, mais cela pue l’alibi comme une fosse à purin. Le Guay semble avoir en outre la même vision étriquée de la campagne que le personnage du néo-rural — un pubard parisien, interprété par Demaison

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JLG, portrait chinois : "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius

Le Film de la Semaine | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

JLG, portrait chinois :

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky

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"Sausage Party" : voulez-vous consommer avec moi ce soir ?

ECRANS | L’intenable Seth Rogen imagine un monde où les aliments d’un grand magasin vivent heureux dans la chaste attente du Paradis. Jusqu’à ce qu’une saucisse impatiente de fourrer (sic) un petit pain ne découvre leur funeste destinée. Scabreux, grossier, incorrect, inégal, ce film d’animation ne manque décidément pas de qualités…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Parents, tenez vos enfants à distance de ce film ! Non qu’ils risquassent d’en sortir traumatisés, mais vu que la plupart des gags se situent en-dessous de la ceinture — donc leur passant au-dessus du crâne —, vous vous exposez à devoir répondre à des questions incongrues toutes les cinq secondes (“Elle fait quoi, la saucisse, dans le trou du bagel ? Et la madame pain à hot dog, pourquoi elle a un collier de perles dans les fesses ? etc.”). De toutes façons, ils peineront à entrer : la commission de classification des œuvres cinématographiques a restreint l’accès aux plus de douze ans, et le bon goût le limite aux amateurs de V.O. — sinon, c’est la sanction Hanouna en V.F. Sausage, comme des images Nanti de ce héros aussi explicite que turgescent, Sausage Party s’ouvre sur un boulevard de grivoiseries (et se conclura sur une “orgie” alimentaire), en enchaînant les propos orduriers au sous-texte sexuel, pour bien rappeler le contexte du film d’animation transgressif. Mais l’enrobage cul laisse vite la place à une subversion plus forte encore : l’assimilation des religions à une imposture, une sorte de conte destiné à endorm

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Cannes 2015, jours 1 et 2. Le festival se la raconte…

ECRANS | "Tale of tales" de Matteo Garrone. "L’Étage du dessous" de Radu Muntean. "L’Ombre des femmes" de Philippe Garrel.

Christophe Chabert | Jeudi 14 mai 2015

Cannes 2015, jours 1 et 2. Le festival se la raconte…

Voilà, Cannes, 2015, c’est parti, dans un foutoir qui ferait le charme du festival s’il n’était pas une source considérable d’épuisement pour celui qui le subit onze jours durant. Au menu cette année : un plan Vigipirate renforcé qui crée un gigantesque périmètre de sécurité devant l’entrée du Palais, obligeant les centaines de festivaliers à s’agglutiner le long des barrières lorsqu’ils sortent et provoquant des queues monstres quand ils veulent pénétrer à l’intérieur ; des exploitants furibards devant la réforme de leur système de tickets, prêts à mener une action en haut des marches histoire d’exprimer leur mécontentement ; et un grand Théâtre Lumière rénové de fond en comble, du double escalier en hélice à la salle elle-même, bien plus confortable que dans sa configuration précédente. Comme d’habitude, les couacs sont nombreux au démarrage, à commencer par des séances presse tellement étroites qu’il était quasi-impossible d’assister aux projections du dernier Kore-Eda, Notre petite sœur ; pas grave, on se le gardera pour les séances de rattrapage le dernier dimanche, juste avant le palmarès. Ou encore ces publicités pour le moins menaçantes de la Ville de

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Partisan

ECRANS | Sur le thème de la communauté repliée hors du monde, Ariel Kleiman fait beaucoup moins bien que Shyamalan et Lanthimos ; pire, son premier film, dépourvu de tension dramatique et incapable de déborder son programme scénaristique, est carrément rasoir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Partisan

Partisan est le genre de premier film qui a tout pour être aimé : un sujet fort — comment un homme énigmatique, mi-hipster, mi-gourou, décide de créer une communauté de femmes et d’enfants vivant selon ses propres règles hors de la civilisation — un environnement qui ne demande qu’à être exploré — une sorte de rétro-futurisme mais qui pourrait aussi être la conjonction déboussolante d’un présent industriel et d’une application pratique des théories de la décroissance — et même un Vincent Cassel troublant en patriarche imposant à tout prix le bonheur à sa "famille". L’Australien Ariel Kleiman s’inscrit dans la lignée de son compatriote David Michôd qui, l’an dernier, avait tenté lui aussi avec son étrange The Rover de donner une dimension politique à un cinéma marqué par les codes du genre. Mais la comparaison s’arrête là et les éloges attendront : Partisan souffre très vite de sa faiblesse dramaturgique et d’un scénario programmatique que la mise en scène, malgré d’authentiques tentatives pour instaurer un climat trouble et dérangeant, ne parvient ja

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland a ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, partant, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent. N’

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Reality

ECRANS | Entre satire de la télé réalité, comédie napolitaine façon Pietro Germi et portrait stylisé d’un individu au bord de la folie, le nouveau film de Matteo Garrone séduit par ses qualités d’écriture, de mise en scène et par la performance hallucinée de son acteur, Aniello Arena. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Reality

Sans révéler la fin de Reality, il faut absolument évoquer son dernier plan, fascinant zoom arrière qui part d’un détail (un homme qui rit sur un fauteuil en regardant les étoiles) et s’achève sur une vision panoramique d’un studio de télévision géant au milieu de la ville. Il faut en parler car il dit tout le projet de Matteo Garrone : répondre par l’ampleur du cinéma à l’étroitesse des dispositifs télévisuels. L’ouverture est d’ailleurs une rime inversée de cette formidable conclusion : on accompagne par un travelling aérien une calèche qui traverse les rues de Naples, avant de descendre sur terre pour découvrir qu’il ne s’agit que d’une mise en scène de mariage, celle-ci en côtoyant une autre, nettement plus vulgaire, dont l’invité principal est le gagnant du Big Brother italien. C’est la part satirique de Reality, celle qui consiste à mesurer les dégâts de la télé-réalité dans le quotidien des gens ordinaires, mais aussi sur le cinéma lui-même : on découvre ainsi que les studios de Cinecitta sont loin de Fellini, hébergeant à sa place les castings des futures émissions où des inconnus deviendront d’éphémères célébrités. La

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Le Moine

ECRANS | De Dominik Moll (Fr-Esp, 1h40) avec Vincent Cassel, Déborah François, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Le Moine

Adapter le livre culte de Matthew Lewis, resté fameux pour son approche fantastique et feuilletonesque de la religion catholique, était un défi que Dominik Moll a pris visiblement à contresens. Plutôt que de s’engouffrer dans les outrances offertes par cette histoire baroque et iconoclaste (un moine rigoriste succombe à la tentation en se faisant abuser par une diablesse masquée, avant de commettre des crimes pour dissimuler son péché), il prend tout extrêmement au sérieux et déballe un bric-à-brac visuel qui manque et de souffle, et de rythme. Aucun vertige, aucun trouble, aucune fascination et surtout aucun plaisir à la vision de ce film tétanisé d’un bout à l’autre, à l’image d’un Vincent Cassel bridé par son jeu, à qui on conseillera d’aller voir la prestation de Banderas dans La Piel que habito pour voir qu’on peut s’amuser tout en composant un personnage glacé et ambivalent. Christophe Chabert

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Black Swan

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 février 2011

Black Swan

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du "Lac des Cygnes" montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans "Répulsion", mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la «menace» du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du "Carrie" de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrueuse, la poussant vers une forme

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L’Assistant du vampire

ECRANS | De Paul Weitz (ÉU, 1h49) avec Chris Massoglia, John C. Reilly…

Dorotée Aznar | Lundi 30 novembre 2009

L’Assistant du vampire

Dans le juteux filon des sagas romanesques fantastiques à destination des ados en goguette, restaient encore à adapter les aventures du demi-vampire Darren Shan et de son cirque itinérant. C’est aujourd’hui chose faite avec ce produit, calibré pour se situer exactement à mi-chemin de ‘Twilight’ et de ‘Harry Potter’, nanti d’une réalisation tout ce qu’il y a de plus impersonnelle, d’une direction artistique catastrophique et d’un casting sympathique mais jamais exploité à sa juste valeur. Le public américain, pourtant peu bégueule en matière de foutage de gueule éhonté, s’est assuré que le film ne connaîtrait jamais de suite. Il ne reste plus qu’à suivre cet inspirant exemple. FC

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Frangins malgré eux

ECRANS | Adam McKay Sony pictures home entertainment

Christophe Chabert | Jeudi 4 juin 2009

Frangins malgré eux

Les rois de la comédie débile sont de retour ! En salles, les distributeurs les envoient au casse-pipe à coups de sorties techniques ; en DVD, ils font le bonheur des fans, de plus en plus nombreux. Frangins malgré eux, production Judd Apatow avec le duo à hurler Will Ferrell / John C. Reilly, est une merveille appelée à devenir un fleuron de cette vague incongrue. Deux vieux garçons de 39 ans doivent cohabiter après le mariage de leurs parents respectifs. Les beaux-frères se foutent d’abord sur la gueule (grandiose séquence des couilles sur la batterie), avant de découvrir qu’ils ont tout pour être les meilleurs amis du monde (fabuleux passage de la construction du lit superposé). Le film avance à cent à l’heure sur le sentier d’un scénario certes prévisible, mais dynamité par des idées particulièrement déjantées. Le génie de Frangins malgré eux, c’est d’assumer jusqu’au bout l’immaturité de ses personnages, en faire non seulement un ressort de comédie mais aussi une morale : les adultes coincés en tireront la leçon en se rappelant l’ado qu’ils ont été, et y puiseront une nouvelle énergie. La philosophie geek triomphe donc face à la normativité sociale et ses divers renoncements.

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Frangins malgré eux

ECRANS | D’Adam McKay (ÉU, 1h38) avec Will Ferrell, John C. Reilly…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 novembre 2008

Frangins malgré eux

Dale et Brennan sont les versions hardcore du fameux Tanguy d’Étienne Chatiliez. Des quasi quadragénaires, glandeurs, asociaux, puérils à s’en taper la tête contre les murs, accrochés aux basques de leurs parents célibataires. Quand ces derniers tombent amoureux et se marient, les grands enfants vont devoir apprendre à cohabiter… S’il est carrément plaisant de retrouver l’équipe de choc responsable des hilarants Présentateur Vedette : la légende de Ron Burgundy et Ricky Bobby, roi du circuit (Will Ferrell devant la caméra, Adam McKay derrière et Judd Apatow à la production), il est encore plus réjouissant de constater que la troupe sort des schémas narratifs dans lesquels elle semblait s’engoncer. Fini le focus sur un personnage infatué, sa chute et sa rédemption, place à la savoureuse émulation entre deux individus irrécupérables, propice à un jeu de massacre des convenances familiales en vigueur. Le caractère volontairement régressif des deux personnages principaux, campés avec un génie comique ineffable par John C. Reilly et Will Ferrell, permet en effet de brocarder avec violence les cultes de la réussite et de l’arrogance sociale pour mieux enfoncer le clou d’une différence fi

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Mesrine, l'Ennemi public N°1

ECRANS | Après le blockbuster superficiel L’Instict de mort, Jean-François Richet se décide enfin à traiter son sujet. Mais après une première heure réussie, Mesrine révèle sa vraie nature de film de compromis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Mesrine, l'Ennemi public N°1

Dès la première scène de L’Ennemi public n°1, on sent que les choses ont changé dans le Mesrine de Jean-François Richet. Certes, il y a à nouveau une scène d’évasion, mais ce n’est plus l’action qui guide la séquence ; c’est le personnage dans toute sa démesure. Ouf ! On se demandait si, sur quatre heures, Richet allait faire de Jacques Mesrine autre chose qu’un prétexte, bad guy de convention visitant le grand musée du cinéma de genre. Donc le voilà enfin et, paradoxalement, Mesrine se présente à nous comme un comédien, génie du masque plus que du mal, agitateur incorrigible qui se rêve en «ennemi public» et ne pense qu’à se hisser en tête du hit parade («Numéro 1 !» s’exclame-t-il avec fierté). Il vient de rédiger ses mémoires et une réplique de son avocate nous apprend que tout cela est peut-être pures foutaises. Mythomane obsédé par la popularité, Mesrine révèle le visage crédible d’un criminel médiatique, bouffon provoquant un pouvoir déstabilisé. Du coup, surprise, L’Ennemi public n°1 est un film assez drôle, grâce notamment à la prestation de Vincent Cassel qui excelle dans ce registre de bateleur flamboyant. Q

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Mesrine, l’instinct de mort

ECRANS | de Jean-François Richet (Fr-Canada, 1h53) avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu…

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

Mesrine, l’instinct de mort

Difficile d’évoquer ce premier volet du diptyque Mesrine sans signaler que non seulement sa seconde partie est meilleure, mais qu’elle se passe largement de cette longue introduction. C’est la grande faiblesse de L’Instinct de mort : au bout de deux heures remplies jusqu’à la gueule d’explosions, de péripéties et de suspense, on ne sait toujours rien de Jacques Mesrine, et surtout pas ce que Richet veut raconter du personnage. Ici, c’est plutôt Kill Mesrine : trimballé à coups d’ellipses béantes d’époque en époque, de pays en pays, de genre en genre, Mesrine n’est qu’un pantin, prétexte à un exercice de style assez vain et parfois ridicule. Mesrine fait la guerre d’Algérie, Mesrine en Espagne, Mesrine trouve un deuxième souffle et enfin, gratinés, Mesrine au Québec et Mesrine en Amérique avec vieil Indien et Grand Canyon fordien. N’importe quoi ? Oui, et ce serait ludique si Richet s’avérait aussi inspiré que dans ses précédents films. Mais quand il filme une scène d’évasion comme du Peter Berg avec caméra épileptique et montage illisible, ça sent plus le pop-corn que la mise en scène. Curieuse entrée en matière donc : L’Instinct de

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