La rentrée de l'Institut Lumière

ECRANS | Frappé par la perte de son historien maison Raymond Chirat fin août, l'institut Lumière trompe son deuil en s'investissant sur tous les fronts. La frénésie scorsesienne semble contagieuse…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

La rentrée s'est déjà effectuée rue du Premier-Film. Tristement, d'abord, avec la disparition de l'une des mémoires des lieux ; l'un de ceux qui, avec Bernard Chardère, avaient milité pour que Lyon se dote, à l'endroit où le 7e art était né, d'une institution cinématographique digne de ce nom. Cruelle ironie du sort : Raymond Chirat est mort la veille de la soirée de reprise de saison. Une saison ne célébrant plus d'énigmatique chiffre moyennement rond (les 120 ans de l'invention du Cinématographe, à l'instar de la Maison Gaumont), mais qui s'annonce conquérante sur le site historique, comme hors les murs.

Dans la ligne de mire, le Festival Lumière (du 12 au 18 octobre) avec un hommage à Pixar, une Nuit de la Peur et le Prix Lumière décerné au cinéaste Martin Scorsese. Pour réviser son œuvre récente, les quatre films qu'il a tournés avec sa nouvelle muse Leonardo DiCaprio (Aviator, Les Infiltrés, Shutter Island et Le Loup de Wall Street) seront projetés en septembre. La salle du Hangar accueillera également Costa-Gavras à l'occasion d'une jolie rétrospective (le grand Constantin présentera des copies restaurées de Z et de État de siège les 15 et 16 septembre), complétée par une exposition de ses photographies personnelles dans la galerie de la rue de l'Arbre-sec. Et puis l'on croisera Denis Robert pour un salut à Cavanna avec Cavanna, jusqu'à l'ultime seconde, j'écrirai (24 septembre) ou Luc Jacquet pour son beau (quoique lisse) portrait du glaciologue Claude Lorius La Glace et le Ciel (30 octobre). Ultime nouveauté : une programmation le week-end de «classiques éclectiques» (de Ascenseur pour l'échafaud à Jurassic Park en passant par Amadeus et Sorcerer), projetés samedi ET dimanche.

Hors les murs

C'est toutefois en débordant largement au-delà du 8e arrondissement que l'Institut va faire parler de lui dans les prochaines semaines. D'abord avec la réouverture imminente (le 9 septembre) et très attendue du cinéma La Fourmi (Lyon 3e), dont la programmation «épousera la ligne éditoriale historique du lieu : sorties, continuations, reprises». Cédé par François Keuroghlian, le petit complexe de 3 salles (34, 39 et 63 places) a été rénové et ses destinées confiées à Sylvie Da Rocha, qui devrait chapeauter également les CNP. Du flou et des d'interrogations demeurent sur le sort des salles ex-Moravioff : a priori, le site de Bellecour, encore en réfection, devrait s'ouvrir pour le Festival Lumière et poursuivre son exploitation dans la foulée. À voir.

Plus sûre, la sortie du coffret DVD et Blu-ray de 114 films Lumière restaurés en 4K numérique, qui donnera lieu à une soirée événementielle : la projection de Lumière, le film ! à l'Auditorium le 29 septembre. On finira par une note sucrée : la bûche de Noël — non, on n'a pas bifurqué vers l'institut Paul Bocuse. Cette déclinaison est à mettre au crédit du chocolatier Sève qui, l'an passé, s'était pâtissièrement penché sur le cas du Musée des Confluences pour célébrer son ouverture. Amateurs de Lumière, préparez-vous à déguster !

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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Jean-Paul Belmondo à Lumière

ECRANS | Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Jean-Paul Belmondo à Lumière

Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera son fils Paul mardi 13 octobre à 15h au Pathé Bellecour pour assister à la projection de Belmondo par Belmondo, le documentaire qu'il lui consacre avec le concours de Régis Mardon. Plus d'infos sur le film Billetterie

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Affichez-vous avec Nicolas Winding Refn

CONNAITRE | Lorsque que vous aurez découvert le hobby de Nicolas Winding Refn, vous ne serez plus étonné par la musique qu’il choisit pour habiller ses œuvres — ni par (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Affichez-vous avec Nicolas Winding Refn

Lorsque que vous aurez découvert le hobby de Nicolas Winding Refn, vous ne serez plus étonné par la musique qu’il choisit pour habiller ses œuvres — ni par aucune d’entre-elles, d’ailleurs. Le réalisateur de Drive et de Pusher, qui pratique en effet les lumières hurlantes et les sonorités aussi tranchées que des sashimis par goût de l’authenticité référentielle, collectionne les affiches de films. Pas celles des chefs-d’œuvres du 7e art, à l’instar de Gaspar Noé ; plutôt les productions de seconde zone diffusées dans les salles interlopes : films de blaxploitation, érotiques ou sous-séries Z. Des affiches aux tons criards, aux slogans aguicheurs, généralement ornées de dames nues et de messieurs menaçants. Acquéreur d’un énorme lot auprès d’un autre collectionneur, le journaliste Jimmy McDonough, NWR (comme les initiés, appelez-le par ses initiales) a contemplé l’étendue de ses richesses et pris une sage décision : réunir dans un ouvrage 316 de ces réalisations graphiques. Contribution à l’histoire souterraine et déviante de la communication cinématograph

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Lumière 2015 : le mystère Desplat

ECRANS | Georges Delerue, Michel Legrand, Maurice Jarre, Gabriel Yared et désormais, Alexandre Desplat. Aussi prolifique que ses prestigieux aînés, le compositeur (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : le mystère Desplat

Georges Delerue, Michel Legrand, Maurice Jarre, Gabriel Yared et désormais, Alexandre Desplat. Aussi prolifique que ses prestigieux aînés, le compositeur a enfin rejoint cette année le cercle fermé des Français récompensés pour leurs partitions à Hollywood, après 6 cérémonies infructueuses. C’est The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson qui lui a valu sa statuette… alors qu’il était également en lice avec Imitation Game de Morten Tyldum. Deux films rigoureusement différents, mais Desplat est coutumier du grand écart. Travaillant avec une égale facilité dans tous les styles, sans opérer de distinction pour les supports — il n’accorde pas moins d’attention à un téléfilm qu’à une superproduction — Desplat s’inscrit dans la fidélité, ajoutant volontiers de nouveaux noms à son palmarès. Compositeur attitré de Jacques Audiard et de Florent Emilio-Siri depuis toujours, il est devenu celui de Wes Anderson, de Polanski, de Matteo Garrone, de Clooney… Mais si chacun s’accorde à reconnaître à Desplat son talent, la richesse de ses arrangements et son incroyable polyvalence, le grand public serait bien en peine de siffloter l’u

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Lumière 2015 : au Ciné-Mourguet, vive la péloche !

ECRANS | En moins d’une décennie, la projection cinématographique a migré du support pellicule 35mm classique au numérique : désormais, les films arrivent dans les (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : au Ciné-Mourguet, vive la péloche !

En moins d’une décennie, la projection cinématographique a migré du support pellicule 35mm classique au numérique : désormais, les films arrivent dans les salles sur des disques durs, et non plus sur bobines. Les exploitants n’ont eu d’autre choix que de s’adapter, donc de s’équiper — bénéficiant il est vrai d’aides professionnelles et territoriales. Dans la Métropole lyonnaise, tous les sites est désormais passé au numérique. Se défaisant au passage de ses archaïques projecteurs, faute de place, d’usage et de moyens. Tous ? Pas exactement : l’institut Lumière conserve naturellement, en sa qualité de musée vivant du cinéma, de quoi effectuer une projection à partir de n’importe quel source. Autre exception notable, le Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon, bien connu pour sa Caravane des cinémas d’Afrique. Flambant neuf (il a été inauguré en septembre 2014), ce petit complexe a opté pour le double équipement dans ses deux salles, rachetant même un projecteur 35mm. Il faut préciser que, parmi les très nombreux bénévoles qui font vivre ce cinéma associatif classé art et essai, figurent d’authentiques passionnés de la pellicule, aptes à valoriser cette richesse.

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Lumière 2015 : qui êtes-vous, Larissa Chepitko ?

ECRANS | Qui êtes-vous Larissa Iefimovna Chepitko ? De vous, on ne sait presque rien ; à peine a-t-on déchiffré un jour votre nom figurant au palmarès de la Berlinale, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : qui êtes-vous, Larissa Chepitko ?

Qui êtes-vous Larissa Iefimovna Chepitko ? De vous, on ne sait presque rien ; à peine a-t-on déchiffré un jour votre nom figurant au palmarès de la Berlinale, parmi les récipiendaires de l’Ours d’Or. On radote beaucoup sur Jane Campion et sa Palme en 1993, mais en 1977, vous étiez déjà la deuxième femme à recevoir la récompense suprême à Berlin. C’était pour L’Ascension, votre quatrième long métrage. Vous n’en ferez pas d’autre : un accident de voiture deux ans plus tard, alors que vous préparez votre film suivant, Les Adieux à Matiora, vous emporte en compagnie d’une partie de votre équipe de tournage. Vous n’avez que 41 ans. Vous n’aurez pas eu le temps d’accompagner l’évolution de l’URSS comme vous l’auriez souhaité ; de goûter à la Pérestroïka et à l’assouplissement du régime. En mourant pendant le règne de Brejnev, vous avez été statufiée dans l’oubli comme cinéaste soviétique. Et "soviétique", même si l'on est ukrainienne comme vous ; même si l’on a connu dans sa carrière, comme vous, les foudres de la censure, cela reste une tache indélébile. Cela vous politise à votre insu, vous marginalise. Ajoutez à cela

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Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

ECRANS | ​Proposer à un amateur de cinéma de faire escale au festival Lumière, c’est comme donner à un bec sucré l’opportunité de passer la nuit dans une pâtisserie. Et quand Martin Scorsese s’infiltre aux fourneaux, comment résister à la tentation de goûter à toutes les délices qu’il se propose de servir ? Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

Même si le festival Lumière ne débute que le lundi 12 octobre, Martin Scorsese est déjà parmi nous. Sur les murs, les abribus, les vitrines et surtout, dans les esprits. D’aucuns attribuent sa venue en terres lyonnaises à la proximité de l’hommage que lui consacre la Cinémathèque française (dès le 14 octobre). On mettra volontiers cette conjonction sur le compte du hasard : même s’il ne fait pas son âge, Scorsese est désormais entré dans une période de sa vie où se succèdent les honneurs et les life achievements. Lui qui, pendant des lustres, a attendu qu’on lui remette son Oscar (c’était en 2007), parcourt aujourd’hui la planète de musées en célébrations — le MoMa de New York achève en ce moment même une exposition-rétrospective présentant une partie de sa collection personnelle d’affiches. Cela, bien évidemment, sans que Marty ne cesse de tourner. Ni de voir des films : s’il exerce depuis près d’un demi-siècle son métier de cinéaste, il n’a certes pas abandonné sa carrière de cinéphile, engagée une quinzaine d’années plus tôt. Un comble pour cet homme qui a renoncé à la prêtrise : Scorsese semble entré en cinéphili

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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"Raging bull", la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Alice au pays des mères vieilles

ECRANS | Trésor caché dans la filmographie de Martin Scorsese, "Alice n’est plus ici" est de retour sur les écrans, et il ne faut pas louper ce conte réaliste aux accents country folk, sans doute le film le plus estampillé Nouvel Hollywood du réalisateur de "Raging Bull". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Alice au pays des mères vieilles

Écran carré, technicolor, décor de studio à la facticité étudiée, costumes aux étoffes chamarrées, musique toute de cordes lyriques : la première scène d’Alice n’est plus ici ressemble à un sample tiré d’un mélodrame des années 50, quelque part entre Minnelli et Michael Powell. C’est le fantasme d’Alice enfant, que le monde ressemble à une féerie hollywoodienne, un conte aux couleurs sucrées où les rêves de petites filles deviennent réalité. Rupture. L’écran s’allonge de quelques mètres, les couleurs se font ternes, la musique vire au groove funky, et la petite maison sur la colline typiquement américaine s’est transformée en bicoque branlante aux murs défraîchis. C’est le quotidien d’Alice (Ellen Burstyn), avec un gamin capricieux, un mari fatigué par un travail abrutissant, et pas grand-chose d’autre à faire que le ménage et la cuisine. En un clin d’œil, Martin Scorsese fait basculer son film de l’Eden perdu du cinéma classique au réalisme sans fard du Nouvel Hollywood. Alice n’est plus ici est l’œuvre où ce changement de paradigme s’exprime ouvertement, même si Scorsese crée au fil du récit un dialogue beaucoup plus subtil que ce contraste de départ

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Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers, et celle, colorée,

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«Une atmosphère de film noir»

ECRANS | Entretien / Martin Scorsese, réalisateur de "Shutter island". Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

«Une atmosphère de film noir»

Adaptation «J’ai d’abord lu le scénario de Laeta Kalogridis, et j’ai été très ému par l’histoire de Teddy Daniels, mais aussi surpris par les différents niveaux du récit. En l’espace de deux jours, j’ai relu le scénario, puis le livre de Dennis Lehane. Cela n’a fait que confirmer mon sentiment : cette adaptation était un véritable défi». Références«"Titicut follies" de Frédérick Wiseman est la référence-clé du film. Je l’ai montré à toute l’équipe pendant la préparation, et le docteur Gallagher, un des médecins du film, est devenu notre conseiller principal pour "Shutter island". L’autre film important sur la folie, c’est "Shock corridor" de Samuel Fuller. Mais c’est un tel classique que l’on ne peut que l’évoquer comme un mantra, en espérant que notre film sera aussi bon… Par ailleurs, mes souvenirs des années 50 sont ceux d’une époque gouvernée par la paranoïa. Enfant, j’avais peur de mourir dans l’explosion de la bombe atomique. C’était une atmosphère de film noir, comme celles des films que j’ai projetés pendant le tournage». Di Caprio«Après "Les Infiltrés

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Le Dj Scorsese se met au contemporain…

MUSIQUES | Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Le Dj Scorsese se met au contemporain…

Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est pas du sound design, mais les premières notes du thème d’ouverture de l’extraordinaire musique concoctée pour le film par Scorsese et son superviseur musical, Robbie Robertson, mythique guitariste de The Band. Plutôt que d’écrire un score traditionnel, Scorsese lui a demandé de rassembler plusieurs morceaux existants, d’en isoler certaines parties et de créer un nouveau morceau à partir de ces éléments. Un vaste copier-coller qui évoque le travail mené par 2Many Dj’s, mais qui s’en éloigne aussi radicalement puisque les tubes en question sont ceux des grands compositeurs de musique contemporaine : John Adams, Giorgi Ligeti, Krzysztof Penderecki, Max Richter ou Nam June Paik. On voit ici un raccord supplémentaire entre Shutter island et Shining, qui piochait déjà dans le répertoire contemporain pour créer sa bande-son tétanisante. Mais Scorsese utilise aussi la musique comme un commentaire parfois très fin de l’action. On ne s’en rend pleinement compte qu’à l’écoute de la bande originale du film, qui «déplie»

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Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

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