Une enfance

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr., 1h40) avec Alexi Mathieu, Angelica Sarre, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Photo : © Les Films du Losange


L'été arrive pour Jimmy et son frère Kévin, dont la mère Pris vient de sortir de cure de désintoxication… pour se mettre en ménage avec Duke, un voyou violent et drogué qui la fait replonger. Pour Jimmy, le salut ne peut venir que de l'extérieur… ou de lui-même. Même si la majorité du film de Philippe Claudel suit une fratrie, c'est l'enfance de l'aîné qui est en jeu durant cet été capital. Entre l'école et le collège, au seuil de l'adolescence ; tantôt chez sa grand-mère, tantôt chez sa mère, Jimmy se situe en effet à la lisière des choses comme des choix. La rage qui bouillonne en lui cherche à se canaliser, et le garçon, dont l'intelligence est manifeste, lutte pour que les référents positifs vers lesquels il se tourne instinctivement (les éducateurs que sont l'instituteur et le prof de tennis) l'aident à se construire du "bon côté". À développer son potentiel en repoussant le catastrophique modèle parental.

Claudel, qui raffole à la fois des thématiques désespérées (voir ses romans Les Âmes grises et Le Rapport de Brodeck) et des histoires de familles (voir ses films Il y a longtemps que je t'aime et Tous les soleils) combine les deux ici, dans ce qui a des allures de conte moral façon IIIe République, pétri de valeurs camusiennes mais customisé à la Loach – les briques rouges communes aux cités minières britanniques et lorraines facilitent les rapprochements ! Malgré la performance et la sincérité du jeune Alexi Mathieu, le film se laisse gagner par le ronron de la misère : Claudel n'atteint pas la puissance ni l'intensité de La Tête haute d'Emmanuelle Bercot qui, sur un thème voisin, parvenait dans chacune de ses séquences à écorcher l'âme du spectateur.


Une Enfance

De Philippe Claudel (Fr, 1h40) avec Alexi Mathieu, Angelica Sarre...

De Philippe Claudel (Fr, 1h40) avec Alexi Mathieu, Angelica Sarre...

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Au cours d’un trop long été, Jimmy, un enfant de 13 ans que les circonstances forcent à devenir trop vite adulte, se cogne aux limites de sa petite ville et de sa vie heurtée, entre une mère à la dérive et un beau-père qui la tient sous sa coupe.


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Au cinéma, avec les enfants : nos coups de cœur

Kids | Notre sélection de films à voir en famille pour le retour des kids dans les salles obscures.

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Au cinéma, avec les enfants : nos coups de cœur

Faites le calcul : six mois sans cinéma pour un enfant de 7 ans équivaut pour un adulte de 35 ans à 2, 5 ans de privation de salles obscures ! Autant dire qu’il y a des raisons légitimes d’y emmener vos chérubins à la première heure. Certains films profitant de l’occasion pour continuer leur existence raccourcie, il n’est pas défendu de leur rendre un hommage (Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary du toujours impressionnant Rémi Chayé pour les 8 ans et plus, les programmes Les Mal-aimés de Hélène Ducrocq et La Baleine et l'Escargote de Max Lang & Daniel Snaddon pour les 3-6 ans). Toutefois, quelques nouveautés alternatives — c’est-à-dire hors du périmètre tonitruant des blockbusters — méritent d’être signalées. À commencer par l’improbable (sur le papier) StarDog et TurboCat de Ben Smith, dans lequel Buddy, un chien expédié dans l’espace en 1969, atterrit de nos jours dans une ville où les animaux domestiques sont traqués. Mais avec l’aide de Félix, un chat hâbleur équipé comme Batman, il rétablira l’ha

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La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

Animation — dès 6 ans | Une évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

Avant-Première | C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du (...)

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du film d’animation d’Annecy, le Cristal du long-métrage. Ledit festival ne se tenant cette année qu’en ligne pour les raisons que nous savons, vous serez incroyablement chanceux en découvrant le film en salle avant même le public savoyard ET le jury. Quant au titre du film, sachez qu’il s’agit de Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, qui nous avait déjà régalés avec Tout en haut du monde. Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary Au Comœdia le ​dimanche 28 mars à 10h45

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Un village pas très classe : "Joel, une enfance en Patagonie"

Drame | Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a neuf ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Un village pas très classe :

Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans une décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, à la petite communauté recluse dans sa tranquillité, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec une galerie de visages haineux ou craintifs, et la soumission des services scolaires, refusant de se mettre à dos la communauté villageoise. Il faut être fort pour s’opposer au rouleau c

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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Tous les soleils

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr, 1h30) avec Stefano Accorsi, Clotilde Courau, Anouk Aimée…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

Tous les soleils

Si Nanni Moretti voyait Tous les soleils, peut-être qu'il casserait la gueule à Philippe Claudel. Non pas pour avoir fait un énième mauvais film français (encore que), mais pour y orchestrer la victoire d'une bobocratie dépourvue de toute authentique résistance morale envers l'époque. Entre les petits problèmes d'un prof, veuf et immigré italien peinant à retrouver l'amour et voir grandir sa fille et son frère anarchiste filmé comme un sympathique bouffon fan de soap, Claudel a choisi son film. Il préfère la comédie balourde, le sentimentalisme niais, l'existentialisme petit bourgeois, pour tourner en dérision et annihiler le moindre rempart idéologique à notre décadence, ici entre autres incarnée par Berlusconi. Le pire, c'est qu'il en est très fier. Jérôme Dittmar

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Il y a longtemps que je t’aime

ECRANS | de Philippe Claudel (Fr, 1h55) avec Kristin Scott-Thomas, Elsa Zylberstein…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Il y a longtemps que je t’aime

Romancier reconnu, Philippe Claudel débarque au cinéma avec une fausse modestie assez énervante. Narrant les retrouvailles entre deux sœurs, dont l’une sort de quinze années de prison et entame une difficile reconversion à la vie civile, Il y a longtemps que je t’aime démarre comme un mol téléfilm en HD (pas très bien utilisée, d’ailleurs), mais avec quelques idées intéressantes : Claudel ne dit rien des raisons qui ont conduit Juliette en prison, filmant Kristin Scott-Thomas comme un bloc opaque (l’actrice s’en sort d’ailleurs plutôt bien, à l’inverse d’une Zylberstein catastrophique). Mais ça ne dure pas : l’auteur-réalisateur finit par lever le lièvre, et c’est parti pour une dose massive de clichés et de séquences appuyées, dont le point culminant reste la visite au zoo avec ses dialogues épais. Le film sombre progressivement dans un néant sans retour, de plus en plus laid, de plus en plus bête, de plus en plus complaisant envers une bourgeoisie égoïste, inculte et même raciste, qui s’en sort pourtant à bon compte. Cri du cœur : Claude Chabrol, reviens ! CC

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