Des "Regards de réalisatrices" sur l'égalité hommes-femmes

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Alors que se tient, avec sa discrétion coutumière, la Quinzaine pour l'égalité entre les femmes et les hommes en Rhône-Alpes, la Maison du Peuple de Pierre-Bénite a trouvé comment en accroître significativement la visibilité : en organisant un festival.

À vrai dire, il s'agit plutôt d'une semaine de programmations labellisée "Regards de réalisatrices", mais elle est révélatrice de plusieurs vérités : d'abord, davantage de réalisatrices œuvrent, et le public ne considère plus guère comme singulier de lire au générique un nom féminin — preuve que les mentalités avancent. Si l'on prend l'exemple de Mustang de Deniz Gamze Ergüven, tête d'affiche de ce festival, on a récemment davantage parlé de son origine turque lorsqu'il a été choisi pour représenter la France aux Oscar que du fait qu'il a été signé par une femme.

Ensuite, ces films (de qualité) proviennent du monde entier : on dépasse l'habituelle "exception occidentale" pour toucher au global, sans discrimination. Pierre-Bénite permettra donc de (re)voir La Révélation d'Ela de Asli Özge, autre révélation turque, Self Made de Shira Geffen (Israël), Une seconde mère de Anna Muylaert (Brésil) et La Femme de compagnie de Anja Marquardt (États-Unis).

En lien direct avec ces films, l'atelier des arts plastiques exposera ses créations dans le hall du cinéma et la Compagnie ArtToupan proposera mardi 13 octobre à 18h30 une lecture à la Médiathèque Elsa-Triolet titrée Femmes remarquables. Bien entendu, l'intégralité des séances sera mixte…

Regards de réalisatrices
À la Maison du Peuple de Pierre-Bénite du mercredi 7 au mardi 13 octobre


Mustang

De Deniz Gamze Ergüven (Fr-All-Tur, 1h34) avec Erol Afsin, Günes Nezihe Sensoy, Doga Zeynep Doguslu...

De Deniz Gamze Ergüven (Fr-All-Tur, 1h34) avec Erol Afsin, Günes Nezihe Sensoy, Doga Zeynep Doguslu...

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C'est le début de l'été. Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.


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Mustang

ECRANS | Cinq sœurs dans une maison-prison au fin fond de la Turquie tentent de résister à la pesanteur du patriarcat : pour son premier et très beau film, Deniz Gamze Ergüven refuse elle aussi la lourdeur du cinéma à thèse et lui préfère l’infinie légèreté de l’adolescence. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Mustang

C’est la fin de l’école et le début de l’été dans un petit village turc. Plutôt que de monter dans les bus qui les ramèneront chez eux, les adolescents et les adolescentes préfèrent passer par la plage, se baigner, aller chaparder des pommes dans un jardin… Finalement, le cadre se resserre autour de cinq sœurs orphelines et unies comme les doigts de la main. Elles vivent en fait un de leurs derniers moments de félicité en commun car l’œil du patriarcat et des traditions veille ; pour éviter le «scandale» de ces jeunes filles trop libres de corps et d'esprit, les voilà claquemurées dans leur grande maison transformée en prison — on pose des barreaux aux fenêtres, on surélève les murs — et en usine à fabriquer des épouses. Le rapport de force, évidemment déséquilibré, entre d’un côté les traditions à l’œuvre dans cette société turque ankylosée et de l’autre la sève débordante des cinq adolescentes, est aussi pour Deniz Gamze Ergüven, qui signe avec ce premier film une entrée fracassante dans le paysage cinématographique mondial, une affaire de mise en scène. Le mouvement impulsé par ses comédiennes, leur capacité à capter la lumière estivale et à refuser les rob

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MUSIQUES | Tenants d'un rock francophone qui trempe un sens aigu de la modernité dans une marinade de références nostalgiques, le trio clermontois Mustang et les Lyonno-Helvètes The Rebels of Tijuana brouillent toute notion de temporalité musicale. Leurs albums Tabou et La Bourgeoise livrent d'étonnantes madeleines de Proust, évoquant autant un passé pionnier qu'elles dessinent un avenir rétro-futuriste. Ca valait bien un questionnaire ad hoc avant livraison live au Marché Gare. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Vendredi 9 mars 2012

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En dehors de toute considération géographique, d'où venez-vous réellement ?Mustang : On a beau être obsédé par les racines musicales, la question la plus importante est toujours «où on va ?» : vers plus de succès, de meilleures chansons, des costumes avec des tissus de meilleure qualité.The Rebels of Tijuana : D’une époque où nos parents étaient gamins et d’endroits où nous ne sommes jamais allés mais nous fascinent (Laurel Canyon, le Sunset Strip). Notre Swinging London à nous, c’est un mix de culture underground et de 60 ans de culture de masse, le tout en digestion permanente. Votre devise ?M : «Never explain - never complain», difficile à suivre... TROT : «Ma jaguar, ma femme et l’amour !» Votre principal trait de caractère ?M : Notre liberté. On ne s'est jamais interdit quoi que ce soit. TROT : La pédale Fuzz !  Et une bonne humeur permanente. C’est très important dans le bon fonctionnement de «l’orchestre» comme disent les Blues Brothers. Quels s

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Mustang est un paradoxe spatio-temporel. Le trio réussit à faire du rock en français là où beaucoup échouent à en faire en anglais, à pratiquer une variété française qui ne porte pas son nom par défaut, à surfer sur une vague musicale clermontoise avec laquelle ils ne se sentent pas la moindre affinité. Leur premier album, A71, était, plus qu'un hommage à la route 66 : une citation directe du Autobahn de Kraftwerk. Mustang y donnait à Clermont des airs de Memphis 2.0 et gratifiait le mythique label Sun qui lança Elvis, Cash et Orbison, de fusions nucléaires. Si bien qu'on ne peut réduire Mustang à rien. «Tout est tabou, tabou, partout», regrettent-ils, sur le titre qui donne son nom à l'album. «Tu mens» répondra-t-on comme sur le beau duo masculin-féminin en fin d'album. Tout n'est pas tabou partout, puisque Mustang ne l'est pas, n'en a pas, de tabou. Le premier titre d'A71, ne vociférait-t-il pas, en plein «travailler plus pour gagner plus», le cynisme porté en sautoir : «Je m'emmerde (…) Il est minuit, nouvelle année / Nouvelle année à rien branler». Toujours gominé comme le King, Jean Felzine, réincarnation

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