Phantom Boy

ECRANS | Après "Une vie de chat", Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli livrent avec "Phantom Boy" un nouveau polar haut en couleurs, qui redynamise les défenses immunitaires de l’école européenne d’animation.

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Phénomène étrange chez Folimage : depuis qu'il est passé au long métrage, le patron et fondateur du studio d'animation valentinois, Jacques-Rémy Girerd, réalise des films à l'esthétique disparate et aux scénarios de plus en plus bancals. Pour autant, et c'est heureux, la créativité ne tarit pas entre ses murs, où s'épanouissent d'autres cinéastes. Telle la paire Gagnol-Felicioli, dont la conquérante patte féline s'est posée sur les écrans avec Une vie de chat (2010). Un film brillant de mille audaces — parmi lesquelles une intrigue policière raffinée, un graphisme avant-gardiste empruntant au cubisme, une animation tout en souplesse — récompensé par un joli parcours en salles ainsi qu'une citation au César et à l'Oscar. Tant de qualités, qu'on redoutait presque de voir émoussées dans leur nouvel opus Phantom Boy. Soulagement : elles sont intactes ! Le duo fait même preuve d'un joli culot en contant ici l'histoire de Leo, un petit New-Yorkais hospitalisé pour chimiothérapie, mais capable de "sortir de son corps" sous forme fantomatique pour aider un policier à sauver la Big Apple d'un odieux maître-chanteur.

L'hôpital et ses fantômes

Thème repoussoir pour les parents, la maladie enfantine bénéficie en général d'un "traitement" cinématographique limité à des mélos aussi larmoyant que calamiteux. Phantom Boy brise les conventions doloristes en optant pour le polar et en conférant au petit patient des pouvoirs de super-héros (il pratique l'ubiquité, son ectoplasme vole dans les airs, traverse les murs…). La lutte contre le méchant au visage cassé extériorise, par métaphore, le combat que le garçon mène dans son organisme : Leo est une cible, un trésor à piller, au même titre que New York pour le chef des criminels. On est loin des poneys arc-en-ciel et des pokeschtroumpferies ! Cette modernité d'approche n'est pas incompatible avec une exécution traditionnelle : c'est sur du papier que Phantom Boy a été dessiné, un support qui confère aux à-plats une texture légèrement granuleuse et une apparence irrégulière. Donc vivante, éloignée du zéro défaut aseptisé produit par le numérique — certes bien joli, mais uniforme. Une nouvelle pierre (colorée) dans le jardin de ceux qui veulent calquer la production européenne sur les standards stylistiques dominants (Le Petit Prince, vous vous souvenez ?). Phantom Boy prouve que l'on peut (très bien) travailler avec des codes esthétiques singuliers ou divergents…

Phantom Boy
D'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli (Fr/Bel, 1h24) animation


Phantom Boy

D'Alain Gagnol (Fr-Bel, 1h24) animation

D'Alain Gagnol (Fr-Bel, 1h24) animation

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À New York, un mystérieux homme défiguré blesse Alex, un inspecteur de police lancé à ses trousses. Immobilisé à l’hôpital, Alex fait la rencontre de Léo, un garçon de onze ans qui possède la faculté de sortir de son corps. Comme un fantôme, invisible de tous, il s'envole et passe à travers les murs. Le gangster défiguré menace la ville avec un virus informatique. Grâce aux pouvoirs extraordinaires de l’enfant, Alex reprend son enquête.


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Pendant Les Toiles des Mômes, place aux jeunes

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Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Pendant Les Toiles des Mômes, place aux jeunes

À dix ans, est-on encore un enfant ? Sans aucun doute, mais l’on commence à se métamorphoser. La règle s’applique aussi au festival Les Toiles des Gones, dont la décennie d’existence s’accompagne d’une formidable crise de croissance. Ainsi que d’un changement d’état civil, consécutif à l’élargissement de son périmètre initial (la Métropole, ex-Grand Lyon) : gagnant l’Ain, le Jura et la Loire, le festival s’est rebaptisé Les Toiles des Mômes, moins connoté lyonnais. Il conserve cependant la même formule, en l’appliquant désormais à 34 salles indépendantes affiliées au réseau régional GRAC. Le principe ? Proposer une cascade de films jeune public durant les vacances de la Toussaint, assortis de rencontres, d’expositions et d’animations conviviales (ateliers créatifs, goûters…). Parmi les événements, des avant-premières (Avril ou le monde truqué au Cinéma Gérard-Philipe de Vénissieux le 21, Tout en haut du monde au Zola de Villeurbanne le 1er novembre), une rencontre avec un inspecteur de police au Ciné Mourguet pour Phantom Boy (le 20), un ciné-concert par l’ARFI sur le film

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Rentrée cinéma : va y avoir de l’animation…

ECRANS | "​Le Petit Prince", discutable adaptation de Saint-Ex’ qui a ravi du public à "Vice-Versa", ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir : la fin 2015 s’annonce riche en productions animées enthousiasmantes.

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : va y avoir de l’animation…

Le temps où "film d’animation" avait pour étroit synonyme "dessinanimédeoualdisney" (en un seul mot) est définitivement révolu. Si la concurrence a fait son œuvre et créé de l’émulation là où le studio aux grandes oreilles vivait confortablement de sa rente, il serait illusoire de croire que les seules majors ont permis à l’animation de connaître son boum actuel : l’évolution des techniques, les alternatives soumises par les indépendants (en particulier en Europe et en Asie) ont fait naître chez les spectateurs le désir de voir d’autres images. Depuis, la mondialisation des talents a rempli son office ; une relative uniformisation contamine Hollywood, qui lorgne sur le modèle esthétique et narratif (gagnant) développé par Pixar. La pompe aspirante californienne recrute à tout-va, consacrant les animateurs qui s’assimilent à son modèle. Dernier exemple en date, le Français Pierre Coffin, réalisateur des Minions, tombeur du Mission Impossible de Tom Cruise cet été. Mais la Nature a horreur du vide, et les départs outre-Atlantique favorisent l’émergence de nouvelles générations. Mieux : une démarcation plus nette s’opère entre

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