007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

De tous les serials modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelques péripéties que connaisse le monde. À l'écran depuis 1962, s'il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n'était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n'a eu aucune incidence sur son succès — à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu'un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l'aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking.

D'avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s'est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l'Oscar de la chanson originale grâce à Adele — on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s'était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de Quantum of Solace (2008), premières apparitions de Daniel Craig sous le célèbre matricule.

Bond. James Rebond

Skyfall continuait à "reconstruire" un Bond en s'appuyant sur un double passé, en connivence avec le public. Le premier étant celui de la saga, manifesté par le surgissement d'éléments iconiques incontournables (la réplique «Bond. James Bond», la vodka martini, l'Aston Martin DB5 gris métallisé…) ; le second, plus intéressant, celui inventé par les scénaristes pour rendre le personnage cohérent avec notre époque ET son caractère. Le trouble né de ce double historique (l'un inconscient, l'autre subconscient), de cette ambivalence, contribuait à la réussite d'un film aux échos psychanalytiques — style Spellbound (1945) d'Hitchcock. Et, prodige d'écriture, Skyfall s'achevait en donnant l'impression de boucler une boucle hélicoïdale : les services secrets se dotaient d'un nouveau M, lequel investissait un bureau sentant davantage la patine et le vintage '62 que le high tech épuré de sa défunte devancière. On raccrochait les wagons, prêt à embrayer sur Dr No… ou Bons Baisers de Russie.

007 Spectre est la digne suite, ou plutôt poursuite de Skyfall. Confirmation dès l'ouverture au gun-barrel, ce gimmick dans lequel James Bond apparaît à l'intérieur d'un canon et abat… le spectateur. Le traitement de cette séquence de 20 secondes, parfois dégoulinante d'effets spéciaux (et de sang), en dit long sur l'esprit du film : ici, c'est le flat design qui l'emporte, avec un carton à l'ancienne, brut. Les familiers de l'univers bondien apprécieront que le scénario, tout en approfondissant le héros, peuple son environnement d'éléments connus. Telle la super-organisation mafieuse Spectre, dont la "restauration" suit la logique de réactivation de la franchise. Acronyme de “Service pour l'espionnage, le contre-espionnage, le terrorisme, la rétorsion et l'extorsion”, le Spectre est l'ennemi tentaculaire de prédilection de l'espion britannique. Une internationale du crime à côté de laquelle les bolcheviks avec leur couteau entre les dents passeraient pour un club de jeunes en goguette. Fournissant à Bond la quasi-intégralité de ses adversaires, elle est contrôlée par un génie du crime, Ernst Stavro Blofeld.

INTROSPECTION POUR UN ESPION

Après Donald Pleasence, Telly Savalas ou Charles Gray, c'est Christoph Waltz, qui prête sa suavité aristocrate à cet onctueux pervers. Choix des plus judicieux : 007 Spectre vérifie la règle hitchockienne indexant la réussite d'un film sur l'envergure de son méchant, c'est-à-dire la qualité de l'interprète combinée à l'écriture du rôle. Bien que trop modeste, la présence de Waltz, glaçante dans la pénombre dès sa première apparition, se révèle hautement jubilatoire tant il semble déglingué par un vice lucide — comme chez Tarantino. Évidemment, un homme de main — dont on ne sait s'il est plus abominable que monstrueux — le seconde. Il se livre avec Bond dans un train à l'un des plus beaux mano a mano (comprenez, une bonne grosse baston bien sauvage) de la série, qui replace l'échange Bond-Jaws de L'Espion qui m'aimait au niveau d'un échauffement de gymnastique rythmique.

Cette irruption de Blofeld participe de l'exploration "par l'intérieur" du passé bondien et apporte de nouvelles pièces, plutôt osées, loin d'être inintéressantes pour l'avenir. C'est la grande réussite de Sam Mendes d'avoir encore su concilier un film musclé contemporain bâti sur un scénario crédible, sans fioritures (le noyautage des services de renseignements, donc des États, par une organisation très mal intentionnée), et la construction méthodique de personnages, éjectés de l'orbite du stéréotype. Moneypenny (Naomie Harris) n'est ainsi pas condamnée à garder l'antichambre d'un M (Ralph Fiennes) prenant part à l'action malgré ses bretelles de bureaucrate, tout comme le geek Q (Ben Wishaw). Intériorisant son personnage, autant qu'il en fait une sorte de Hulk, Craig est finalement un autre Bond. Toujours taciturne, indifférent au monde, comme désespérément absent. N'était son visage de pomme de terre, on commencerait presque à apprécier son interprétation.

007 Spectre
De Sam Mendes (GB, 2h30) avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux…


007 Spectre

De Sam Mendes (ÉU, 2h30) avec Daniel Craig, Christoph Waltz...

De Sam Mendes (ÉU, 2h30) avec Daniel Craig, Christoph Waltz...

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Un message cryptique venu tout droit de son passé pousse Bond à enquêter sur une sinistre organisation. Alors que M affronte une tempête politique pour que les services secrets puissent continuer à opérer, Bond s'échine à révéler la terrible vérité derrière... le Spectre.


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"Mourir peut attendre", un dernier James Bond pour Daniel Craig : mourir et laisser vivre

Espionnage | Sorti de sa retraite pour contrer une pandémie terroriste (et se venger de Blofeld), Bond se découvre de nouveaux ennemis… et des alliés et alliées inattendues. Retardé depuis 18 mois, l’ultime épisode interprété par Daniel Craig clôt par un feu d’artifice inédit son cycle d’aventures dans la peau de l’agent britannique. Défense de spoiler !

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Après avoir porté un sérieux coup à l’organisation criminelle Spectre et capturé son chef Ernst Stavro Blofeld, James Bond s’octroie une escapade italienne en compagnie de Madeleine Swann. Leur tête-à-tête romantique va être contrarié par plusieurs fantômes de leurs passés respectifs, les contraignant à une rupture brutale. Cinq ans plus tard, Bond est tiré de sa retraite par son ami Felix Leiter de la CIA, après qu’un savant russe retourné par le MI6 a été enlevé avec une redoutable arme biologique de sa confection… Tourné et finalisé avant la pandémie, retardé à cause d’icelle, Mourir peut attendre traite donc d’une… pandémie. Ou du moins du combat de James Bond contre une puissance terroriste cherchant à déclencher une attaque bactériologique (pour faire simple) à l’échelle planétaire. Un argument réactualisant celui de Au Service Secret de Sa Majesté (1969) de Peter Hunt, lui-même produit au moment de l’épidémie de grippe de Hong Kong. La fatalité a de ces ironies… Seul épisode interprété pa

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Bond. Rebonds.

007 | Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte (...)

Vincent Raymond | Jeudi 5 mars 2020

Bond. Rebonds.

Pour se consoler du décalage de la sortie du cinquième et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre — qui porte si bien son titre et désormais annoncé en novembre pour cause de Covid-19 —, les Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie proposent une révision générale avec Il était une fois James Bond : Casino Royale (lundi 9 mars à 20h), Quantum of Solace (jeudi 19 mars), Skyfall (jeudi 26 mars) et enfin Spectre (jeudi 2 avril). Rien que pour vos yeux… Il était une fois James Bond Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie et jusqu'au 2 avril

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La guerre, et ce qui s’ensuivit : "1917"

Le Film de la Semaine | En un plan-séquence (ou presque), Sam Mendes plonge dans les entrailles de la Première Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

La guerre, et ce qui s’ensuivit :

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à “l’intelligence“ par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hér

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Rien que pour vos oreilles : James Bond à l'Auditorium

Soundtrack | En plus de toute une série de codes et une classe so britsh qui ont traversé les époques, l'identité de la saga James Bond c'est un thème musical créé par Monty (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 4 décembre 2018

Rien que pour vos oreilles : James Bond à l'Auditorium

En plus de toute une série de codes et une classe so britsh qui ont traversé les époques, l'identité de la saga James Bond c'est un thème musical créé par Monty Norman largement décliné, là encore à travers les époques, par le grand John Barry. Mais aussi toute une série de morceaux donnant à chaque film de la série sa propre signature musicale, qu'ils soient signés Barry (Goldfinger, Au service secret de sa Majesté, on en passe...), délivrés par des compositeurs en vogue (David Arnold, Michael Kamen) ou par les plus grandes pop stars du moment (Paul McCartney, Bono & The Edge, Jack White, Duran Duran, Adele...). Sur le modèle du spectacle Star Wars proposé il y a deux ans et mis en lumière par la canadienne D.M. Wood, l'Auditorium propose les 6, 7 et 8 décembre, de faire revisiter par l'Orchestre National de Lyon cet univers musical bondien en mode symphonique, sous la direction de Stephen Bell (et toujours dans la lumière de Wood). Cerise sur le gâteau, il est permis de venir déguisé le 6 décembre – mais, c'est bien précisé,

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Los Angeles, 1992 : "Kings"

Historico-urbain | de Deniz Gamze Ergüven (Fr-E-U, 1h32) avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Los Angeles, 1992 :

Mère courage, Millie accueille sans compter tous les gamins à la rue. Si la tension est continue entre les forces de l’ordre et les habitants de son quartier de Los Angeles, la tenue du procès des policiers ayant tabassé Rodney King déclenche des émeutes. Et Millie a peur pour ses enfants… Le succès international de Mustang ayant ouvert grandes les frontières à sa réalisatrice, celle-ci a consenti à franchir l’Atlantique… sans pour autant succomber à l’appel des studios : projet personnel porté de longue date, Kings n’aurait sans doute pas correspondu, dans sa forme et son fond, aux critères hollywoodiens. Volontiers hybride avec ses surimpressions visuelles, ses inclusions d’images d’actualités, ses parenthèses lyriques, drolatiques ou abstraites venant éclater le réalisme contextuel, cette chronique chorale d’un quartier populaire rappelle la tension moite et revendicative des Spike Lee ou John Singleton d’antan, autant qu’elle é

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Quais du Polar : De la suite dans les idées

CONNAITRE | Les diamants ne sont pas seuls à être éternels. Non contentes de survivre à leurs créateurs, les grandes figures du roman policier ou d’espionnage s’offrent même des prolongations en se faisant adopter par de nouveaux parents : de quoi reconsidérer les liens du sang.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quais du Polar : De la suite dans les idées

Le sort est injuste pour les auteurs de polars : ils suent sang et whisky pour inventer des personnages originaux, s’esquintent la santé à créer des structures narratives innovantes, des formes stylistiques inédites et/ou des intrigues insensées… Tout ça pour qu’après leur trépas des godelureaux qu’ils ne connaissent en général ni des lèvres, ni des dents, reprennent la boutique d’un clavier enfariné ! Si la pratique semble hérétique dans l’édition francophone, à moins de travailler en famille (l’épouse et les enfants de Jean Bruce lui ont succédé aux commandes de OSS 117 et Patrice Dard a pris la relève de son paternel Frédéric pour la série San-Antonio), elle semble naturelle chez les voisins anglo-saxons, où de Sherlock Holmes à Hercule Poirot récemment (sous la plume de Sophie Hannah), la plupart des détectives de papier bénéficient d’un bonus en librairie. Les lecteurs sont loin de s’en offusquer : d’abord, parce que le cinéma a ouvert la brèche en multipliant adaptations et avatars des héros populaires ; ensuite parce que le culte de l’auteur se révèle moins exacerbé qu’on ne le croit. Cette année, Quais du Polar donn

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du best-seller de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du p

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Away we go

ECRANS | De Sam Mendes (ÉU, 1h38) avec John Krasinsky, Maya Rudolph…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Away we go

Derrière tout feel good movie, il y a un monstre de cynisme qui sommeille… À peine neuf mois après 'Les Noces rebelles', Sam Mendes signe une nouvelle histoire de couple, contemporaine cette fois et sans star au générique. Un «petit» film donc, qui s’offre un tour de l’Amérique d’aujourd’hui sur les traces de Burt, vendeur d’assurances par téléphone, et Verona, enceinte de six mois. Ils cherchent un endroit où fonder un foyer et rencontrent à chaque étape un couple qui les renvoie à leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes. Cela devrait être charmant, mais c’est compter sans la lourdeur habituelle de Mendes. Quelque part entre le théâtre arty et le roman de gare, il déroule pépère le programme d’'Away we go', balisé dans tous les sens (les cartons d’introduction, les chansons folk en conclusion…) et reposant sur une vision particulièrement binaire de ses personnages : soient ils sont mélancoliques et attachants, soient ils sont cons et détestables. Pour Mendes, c’est une belle occasion de ne pas se poser de questions de cinéma : entre le pathos complice et la mesquinerie rigolarde, aucune place pour la nuance. Feeling good ? Plutôt envie de fuir… CC

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Les Noces rebelles

ECRANS | Cinéma / De Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du «papa travaille pendant que maman brique la baraque» en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mais le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début d’année cinémat

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Quantum of Solace

ECRANS | De Marc Forster (ÉU, 1h57) avec Daniel Craig, Matthieu Amalric, Judi Dench…

Christophe Chabert | Mardi 21 octobre 2008

Quantum of Solace

James Bond est de retour… Daniel Craig reprend une nouvelle fois le rôle et le film tente de prolonger le tournant sérieux et réaliste de Casino Royale. Après deux scènes d’action aussi spectaculaires qu’illisibles à l’écran, le récit démarre dans la confusion. L’idée est de mettre Bond, obsédé par une vengeance personnelle, dans une position de solitude absolue, rejeté par ses employeurs et traqué par ses ennemis. Autrement dit : en faire un Jason Bourne… Quantum of Solace prend acte du lifting décisif que Paul Greengrass a fait subir au genre, mais Marc Forster rame pour échapper à la pesanteur des codes James Bond. Le scénario, pourtant co-signé par Paul Haggis (Dans la vallée d’Elah), est à la fois minimaliste et incompréhensible dans ses implications politiques (le gouvernement américain en prend pour son grade, les dictatures sud-américaines aussi, mais le grand méchant est français, joué par un Amalric à l’étroit dans ce type de productions). Gonflé aux hormones (mâles) mais assez creux, parfois ennuyeux, Quantum of Solace est probablement un Bond de transition. Mais de transition vers quoi ? Christophe Chabert

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