Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

À l'image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu'à l'incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d'une improbable combinaison entre l'absurde, le contemplatif et le bavard musical.

Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu'on suppose étriqué. Les décors, d'abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché.

Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d'Alka Balbir. Voilà en l'occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu'il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*


Gaz de France

De Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine...

De Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine...

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Dans la France des années 2020, Michel Battement, l'éminence grise du chef de l'état, doit d'urgence remonter la cote de popularité du président Bird afin d'empêcher la chute imminente du régime. Au fin fond des sous-sols surchargés de l’Élysée, il organise une consultation secrète, en compagnie des meilleurs cerveaux du pays.


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Les fantômes de Tushen Raï au Sucre

Clubbing | Premier opus en solo pour Tushen Raï, habitué du Sucre et co-directeur du label Hard Fist : où l'on croise sonorités ancestrales et globalisées avec l'acid-house de Chicago afin de produire quelques bombes pour dancefloor.

Sébastien Broquet | Mardi 30 novembre 2021

Les fantômes de Tushen Raï au Sucre

À l'écoute du premier EP de Tushen Raï, l'on pense, inévitablement, au My Life in the Bush of Ghosts de la paire Brian Eno & David Byrne, paru en 1981, révolutionnant l'art d'enregistrer et de composer, préfigurant l'explosion du sampling alors principalement l'œuvre des artistes hip-hop de New York ou de quelques expérimentateurs underground tel Christian Marclay, platiniste hors-normes marqué par le nihilisme punk. Eno & Byrne, eux, propulsent alors la sono mondiale balbutiante dans une nouvelle ère, inspirée du "quatrième monde" de leur ami et collaborateur Jon Hassel mêlant technologie et musiques du monde, mais sans faire appel à des musiciens, tout simplement en enregistrant voix et instruments à la radio sur les grandes ondes, ou sur d'autres disques déjà publiés (y compris des récits coraniques d'un muezzin algérien, valant aux rééditions futures une censure du titre concerné, Qu'ran, l'Islamic Council of Great Britain ayant porté plainte), rajoutant ensuite leur sauce proto-Talking Heads pour faire groover l'ensemble. YouTube plutôt que grandes ondes En 2021, la radio, c'est démodé : Tushen Raï a appliqué

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Antonin Peretjatko : « je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

La Pièce rapportée | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçu par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Mercredi 24 novembre 2021

Antonin Peretjatko : « je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Était-ce facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ?Josiane Balasko: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable. Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film…Antonin Peretjatko : On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à

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Au Comœdia, la solution ACID

Cannes 2020 | D’accord, le festival de Cannes n’a pas déployé son tapis rouge sur les marches du Palais en mai ; est-ce une raison pour priver les films des différentes (...)

Vincent Raymond | Lundi 28 septembre 2020

Au Comœdia, la solution ACID

D’accord, le festival de Cannes n’a pas déployé son tapis rouge sur les marches du Palais en mai ; est-ce une raison pour priver les films des différentes sections de leur exposition habituelle ? Telle celle de l’ACID, regroupant neuf longs-métrages sélectionnés par les cinéastes adhérents à l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion. Comme chaque année, cette programmation pointue entreprend une mini tournée hexagonale, faisant étape au Comœdia du 2 au 4 octobre. Quatre fictions et cinq documentaires figurent au menu de ce Cannes “Hors les murs“ à déguster servis par certains de leurs cinéastes — c’est le cas par exemple de Michele Pennetta pour Il Mio Corpo (photo). Si l’on ne connaît pas encore le détail définitif de la “distribution“ présente à Lyon, on peut déjà annoncer que Les Affluents de Jessé Miceli, Funambules de Ilan Klipper,

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Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Nuits de Fourvière | À l'approche du printemps tombe le programme de l'été, du moins du côté de Fourvière dont les Nuits vont une fois de plus occuper nos soirées de juin et juillet. Revue d'effectif du casting musical de cette édition 2020, toujours enrichi du programme parallèle des Salons de musique.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2020

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Passer aux Salons Commençons par Les Salons de musique des Nuits, cette extension intimiste et indoor des Nuits de Fourvière chargée de proposer une sorte de contre-programmation. La chose débutera avec un énième projet de l'intenable saxophoniste Thomas de Pourquery : Von Pourquery accompagné de chœurs du Conservatoire à Rayonnement Régional (2 juillet). Suivront le trio de multi-instrumentistes Bernard Lubat, André Minvielle et Fabrice Vieira (3 juillet), le Valetti Quintetto (5 juillet) formé par le même Minvielle, Raphaël Imbert, Beer-Demander et Serge Valtetti à la création et production ; un hommage à Henri Crolla, sorte de Django Reinhardt napolitain avec Dominic Cravic, concert suivi du film Le Bonheur est pour demain avec Crolla et Higelin (7 juillet) ; le spectacle Si oui, oui, Si non, non, où le jazz rock d'Albert Marcoeur rencontre les appétences contempora

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L’espion qui venait de l’asile : "Le Lion"

Comédie | Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, “le Lion”, un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

L’espion qui venait de l’asile :

Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête (compte à rebours, poursuite, fuite, etc.). Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon — de plus en plus attiré par les emplois physiques — et Philippe Katerine, qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la hauteur de celle du Zidi de La Totale, auquel Le Lion renvoie également — et qui, on s’en souvient, inspira True Lies à

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Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Restaurant | Un néotorréfacteur vénissian deale désormais ses grains sur les Pentes. À accompagner d'une nourriture d'inspiration street et asiatique.

Adrien Simon | Mardi 14 janvier 2020

Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Les années 10 du XXIe siècle auront chamboulé le contenu de nos verres, chopes, mugs, tumblers et tasses. Discrètement (on boit toujours les mêmes breuvages), mais durablement : ce fut l'explosion du vin nature, des brasseries artisanales, des cocktails d'auteurs, et puis d'une nouvelle forme de torréfaction. Concernant le café, le ravalement avait débuté lors de la décennie précédente. Notamment outre-Atlantique où l’on nomme ça la « troisième vague ». Un genre de reboot de ce qui fut engagé dans les années 60 par des hippies-torréfacteurs contre l'industrialisation du petit noir (et qui donna malheureusement Starbucks à la fin). Renouveau à la fois en ce qui concerne le produit (pousser plus loin le sourcing des grains, adapter la torréfaction à ces derniers, et développer différentes extractions) et le way of life associé (le néo-kawa américain est indissociable du laptop). S’il y a dix ans les sceptiques pouvaient réduire ce nouvel élan à une mode pour hipsters, il est difficile aujourd’hui de ne pas voir un mouvement de fond : c’est en tout c

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Katerine à confesse

Pop | Retour en forme olympique d'un très grand Katerine, livrant avec Confessions sa complexité évangélique comme on s'offre entièrement. Le Transbordeur est promis à la renverse.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 décembre 2019

Katerine à confesse

Allez donc le choper, le Katerine : réalisateur what the fuck (Peau de cochon) ; clown chez Gilles Lellouche et Éric Judor, panouillant chez Claire Denis ou Jonathan Demme ; ancien roi confidentiel de l'easy-listening intronisé mangeur de banane ; chevauchant de concert avec Arielle Dombasle et Alkpote, The Herbaliser et Pink Martini ; reprenant Mélissa sur l'album de duos de Juju Clerc

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L’Acid, toujours assidue

ECRANS | La sélection de l’ACID à Cannes ne manquait pas de saveur cette année et, comme de juste, elle s’en vient faire son étape automnale au Comœdia. L’ACID ? Aux (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

L’Acid, toujours assidue

La sélection de l’ACID à Cannes ne manquait pas de saveur cette année et, comme de juste, elle s’en vient faire son étape automnale au Comœdia. L’ACID ? Aux oublieux, on rappellera qu’il s’agit de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, fondée et animée par des cinéastes qui visionnent, sélectionnent, soutiennent et accompagnent des films de leurs confrères et consœurs de la Croisette (où ils disposent d’une sélection parallèle) à leur exploitation en salle. Une manière de donner de la visibilité à des œuvres qui, très singulièrement cette année, évoquent beaucoup la thématique de l’invisibilité… À Lyon, les festivités débutent vendredi 4 octobre à 20h30 avec l’étrange — et réussi — L’Angle mort du duo Patrick Mario Bernard/Pierre Trividic (sur une idée d’Emmanuel Carrère), en présence de l’un des cinéastes. Le lendemain à 11h15 Alain Raoust escortera son conte estival d’apprentissage, Rêves de jeunesse, puis Écrans Mixtes se fera le porte-parole des auteurs de Indianara à 16h. À 18h, Artemio Benki sera là pour évoque

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Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

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Robot après tous : "Yves"

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Robot après tous :

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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La pause s’impose : "7 Minuti"

Social | de Michele Placido (It-Fr-Sui, 1h28) avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

La pause s’impose :

Dilemme pour un groupe de délégués du personnel, qui doit statuer sur l’abandon de sept minutes de pause déjeuner en échange du sauvetage de son usine. Tel est le marché pervers proposé par leur future actionnaire majoritaire. La division s’installe parmi les salariés et salariées… Mettons au crédit de Michele Placido l’idée de transposer ce fait social survenu à Yssingeaux en Italie puisque le capitalisme n’a pas de frontière, et la pertinence d’en faire un huis clos : cette situation d’un choix cornélien — face à un marché de dupes ! — renvoie à 12 hommes en colère. Les similitudes s’arrêtent là. Du fait de sérieux problèmes d’écriture, dont de grotesques effets de suspense théâtraux destinés à différer la divulgation de la fameuse mesure (on se croirait dans Le Prénom) ; à cause également de quelques personnages féminins au-delà de la caricature et d’une mise en scène contemplative là où du vif aurait été nécessaire, on s’agace au lieu de compatir. Un grand sujet potentiel, qui sans doute eût été plus à sa place sur les planches, devien

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Dura lex, sed Frontex : "L'Ordre des choses"

Politique | de Andrea Segre (It-Fr-Tun, 1h55) avec Paolo Pierobon, Giuseppe Battiston, Olivier Rabourdin…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Dura lex, sed Frontex :

Jadis bretteur de compétition, Rinaldi est désormais un superflic chargé par le gouvernement italien de garantir l’étanchéité de la frontière européenne avec la Libye. En visite dans un camp de réfugiés dirigé par ses interlocuteurs africains, il est abordé par une jeune femme. Va-t-il l’aider ? Toute l’ambiguïté de la politique européenne en matière et d’accueil, et d’aide humanitaire aux réfugiés (qu’ils soient politiques, climatiques ou économiques) se trouve résumée dans ce film, illustrant à sa manière le concept du mort/kilomètre. Tant que ce haut fonctionnaire gère des flux abstraits, étudie des dossiers et peut rapporter de ses déplacements à l’étranger des bijoux typiques pour son épouse ou enrichir sa propre collection d’échantillons de sable, le cours confortable de son existence ne connaît pas de perturbation. La conscience en veilleuse, bien abritée derrière la raison d’État (ou plutôt des États de l’UE), Rinaldi — impeccable Paolo Pierobon — mène une vie i

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Variable à orageux : "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr, 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Variable à orageux :

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du WTF revient au face-à-face final avec Depardieu jo

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L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Festival de Cannes | Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il concerne une sorte de festin. En l’occurrence, le traditionnel banquet cinématographique de trois jours proposé par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (l’ACID) après sa présentation en marge du dernier Festival de Cannes où il anime une section indépendante. Composée de dix long-métrages souvent singuliers, cette sélection entame ensuite un tour de France qui ne manque jamais son étape automnale au Comœdia. Au programme cette année, neuf avant-premières et un film déjà sorti (le très réussi Kiss & Cry, qui fera l’objet d’une rencontre avec ses réalisatrices Chloé Mahieu &

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Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Ninkasi | Pour ses vingt ans, le Ninkasi s'est offert un lifting : rendez-vous le 16 octobre pour un lieu multiple repensé autour d'une programmation toujours plus éclectique où se croiseront jusqu'en décembre Arrested Development, The Stranglers ou encore Tété. On en parle avec Christophe Moulin, le programmateur.

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Quel retour feriez-vous de votre première année de programmateur du Ninkasi ? Christophe Moulin : Il y a un an, nous avons commencé les travaux, dont nous ne récoltons pas encore les fruits. C'était une année de transition, mais aussi de complication pour le public, pour les artistes - les backstages étant en travaux. On s'en excuse encore ! C'était une année d'expérimentation, sans pouvoir aller au bout du geste. Ça va vraiment démarrer le 16 octobre : là on va commencer à dérouler la machine telle qu'on l'a réfléchie il y a deux ans. Je garde de très bons souvenirs comme The Game, ou encore la Ninkasi Urban Week où l'on a pu investir l'espace urbain, notre travail sur le Mur7 avec Birdy Kids. C'est ma touche personnelle, cette porosité entre la salle et le quartier. J'ai du mal à rester en place ! C'est normal que les habitants n'entrent pas obligatoirement dans une salle de concerts qui reste un cube fermé. Mais le concert doit sortir à l'extérieur, lui.

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

15.09.17 > TERMINAL ACID WASHED Le nu disco un brin pervers, pas mal italo et larvé d'acid house que pratique Acid Washed nous enchante, assurément : écoutez Heartbeat Maker, envolée qui ouvre leur album House of Melancholy ; un track parfait pour faire hurler un dancefloor comprimé comme celui du Terminal vers les 3 heures du mat', ivre et joyeux. Sexy. 16.09.17 > GROOM CLÉMENTINE Perle en ascension de la scène locale, activiste de Chez Émile, le disquaire, mais aussi du côté de la pertinente web-radio Lyl où elle mène de main de maîtresse l'émission Mellow Madness, Clémentine s'offre une nuit au Groom où soul, disco et funk s'emmêlent langoureusement pour vous coller la fièvre all night long. Black.

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"Swagger" : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle an

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L’Acid fait son camp de base au Comœdia

ECRANS | Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, l’Acid apporte chaque année son soutien à une trentaine de films de tous styles (et donc d’auteurs) en (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

L’Acid fait son camp de base au Comœdia

Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, l’Acid apporte chaque année son soutien à une trentaine de films de tous styles (et donc d’auteurs) en favorisant la rencontre de ces œuvres avec le public. Afin d’accroître leur visibilité, l’Acid présente une programmation de neuf films à Cannes, programmation qui ensuite entame une — petite — tournée à Paris, en Île-de-France, à Tanger, Lisbonne, Porto et… Lyon. C’est toujours le Comœdia qui s’honore de recevoir cette sélection le temps d’un week-end bien tassé, où trois des séances seront de surcroît suivies de rencontres avec les équipes. À commencer par le film d’ouverture vendredi à 20h, Willy 1er de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas (des anciens élèves de l'École de la Cité de Luc Besson). Seront également accompagnés Sac la mort de Emmanuel Parraud (samedi 18h) et Tombé du ciel de Wissam Charaf (dimanche 18h en clôture). Parmi les six autres séances en avant-première, on recomman

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"Hibou" : le style Dupieux se devine à chaque recoin

ECRANS | Un film de & avec Ramzy Bedia (Fr, 1h23) avec également Élodie Bouchez, Etienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence, et finit par s’interroger sur sa propre existence, alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc — l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia

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Rachid Taha : "Sincèrement, on vous a prévenu"

Festival 6e Continent | Rockeur adepte des sons électroniques dès la première heure, moderniste enregistrant des albums consacrés au répertoire chaabi ou raï, bringueur parfois limite ou phénomène de scène dingue d’Elvis, chroniqueur avisé de notre époque, Rachid Taha est un caméléon, une utopie et un manifeste à lui tout seul.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Rachid Taha :

Au début des années 80, quand vous avez commencé avec Carte de Séjour, vous écoutiez les Talking Heads, produits par Brian Eno, ou The Clash. Aujourd'hui, ce même Brian Eno, ou Mick Jones, vous appellent pour travailler avec vous : comment le ressentez-vous ? Je le ressens d'une manière tout à fait normale, sans être prétentieux, mais quand j'ai commencé à Lyon avec Carte de Séjour, j'étais sûr que j'allais les rencontrer, que je travaillerais avec eux un jour ou l'autre. C'est arrivé. Et l'histoire continue : j'avais très envie de bosser avec Damon Albarn. Et nous allons tourner ensemble au mois de juillet. Tous ces gens avec qui je rêvais de travailler, je les ai eu : c'est super. Brian Eno, comment s'est passé la rencontre ? Il m'a appelé. Il travaillait justement avec Damon Albarn et il voulait faire une voix avec moi, pour un album à l'occasion des Jeux Olympiques en Grèce, en 2004. Moi j'étais fan et ça faisait longtemps que je voulais le rencontrer. Comme avec Robert Plant, aussi.

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Les nuits fauves d'Acid Arab

MUSIQUES | Leur nom claque comme un slogan. Leur musique est abrasive comme… de l’acide, oui. Acid Arab incarne ce pays tel qu’on l’aime : multiple et singulier, fureteur et se foutant des conventions pour inventer - en l’occurrence un nouveau son. Hervé Carvalho, co-fondateur du groupe avec Guido Cesarsky, nous explique ça par téléphone avant leur venue au Petit Salon.

Sébastien Broquet | Mercredi 10 février 2016

Les nuits fauves d'Acid Arab

Acid Arab aurait pu naître dans un autre endroit que le quartier métissé et populaire où vous vivez à Paris ? Hervé Carvalho : Ça aurait pu naître ailleurs. Guido vit là-bas, dans le 10ème arrondissement de Paris. Mais Acid Arab, ce n'est pas la musique d’un quartier, c’est la musique de France, telle que nous voyons ce pays. Ce n’est pas juste une histoire de métissage, c’est la France actuelle - même si des gens refusent de la voir ainsi. Guido c’est beaucoup intéressé à ce quartier, il a bossé avec les patrons d’un bar kabyle, Les 9 Billards. Je viens d'une zone de brassage culturel, le Sud de la France : je suis fils d'immigrés portugais et j'ai grandi avec des Pieds-noirs, des Arabes, des mecs de l'Est... Comme tout le monde, j'ai écouté du raï commercial dans les années 90. Le projet débute dans un festival en Tunisie, Pop in Djerba : comment s’est passé cette "révélation" ayant mené à la création d'Acid Arab ? On est parti mixer avec Guido sur ce festival à Djerba, grâce à notre soirée Chez Moune : on jouait acid et disco, mais sur cette date on a préparé un set pour l’occasion, avec des morceaux du Maghr

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Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

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Des yeux de Chimène pour l’ACID

ECRANS | Parmi les (nombreuses) sections et sélections parallèles émaillant la décade cannoise, celle de l’ACID suscite une curiosité très légitime. Loin des paillettes et (...)

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2015

Des yeux de Chimène pour l’ACID

Parmi les (nombreuses) sections et sélections parallèles émaillant la décade cannoise, celle de l’ACID suscite une curiosité très légitime. Loin des paillettes et de l’hystérie des marches rouges, sa programmation, établie par des cinéastes militant depuis 1991 pour un «cinéma indépendant et sa diffusion», réunit des gemmes… ainsi que les gemmules du 7e art de demain. Et à l’instar de la Quinzaine des réalisateurs ou de la Semaine de la critique, elle s’affirme de plus en plus en organisant des reprises hors de la Croisette. L’étape lyonnaise passera par le Comœdia, à l’occasion d’un week-end particulièrement dense : neuf films seront en effet projetés, dont seulement deux ayant déjà fait l’objet d’une sortie (le morne La Vanité de Lionel Baier et le singulier et estomaquant Les Secrets des autres de Patrick Wang). Quant aux inédits, ils seront pour certains accompagnés par leurs auteurs. On attend beaucoup du film d’ouverture, l’intrigant Pauline s’arrache, documentaire qu'Émilie Brisavoine a consacré à sa sœur, qu’elle viendra présenter vendredi 2 octobre. Égal

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Le retour des belles nuits : les soirées électro de l'été

MUSIQUES | Parce que les altophobes ont aussi le droit de se dorer la pilule à la lueur de projecteurs, bref récapitulatif des rendez-vous électro qui se tiendront (...)

Benjamin Mialot | Mardi 15 juillet 2014

Le retour des belles nuits : les soirées électro de l'été

Parce que les altophobes ont aussi le droit de se dorer la pilule à la lueur de projecteurs, bref récapitulatif des rendez-vous électro qui se tiendront d'ici la rentrée au niveau de la mer – en clair, ailleurs qu'au Sucre. Les plus notables sont ceux que produisent les faux cathos-tradi de PAPA MAMAN sous pavillon suédois à la Plateforme, en cela qu'ils verront se succéder toutes les forces vives de la scène techno locale, de CLFT (le 18 juillet, en présence du Berlinois Staffan Linzatti, qui excelle dans le kick au plancher) à La Rave (en clôture le 5 septembre) en passant par Macadam Mambo (le 25 juillet et accompagné pour l'occasion par l'explicite duo Acid Square Dance), Elektro System (en b2b avec Basse Résolution le 1er août) ou Haste (qui recevra le 8 août Oxyd, de l'entreprenant collectif parisien Technorama). Point d'orgue de la chose : un énorme live à quatorze mai

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Promenons-nous dans les bois

MUSIQUES | «La pluie a tout emporté, les canards, les oignons, / La pluie a tout emporté, nos guenilles, nos haillons.» fredonnait Thomas Fersen. L'an passé, elle a même (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 juin 2014

Promenons-nous dans les bois

«La pluie a tout emporté, les canards, les oignons, / La pluie a tout emporté, nos guenilles, nos haillons.» fredonnait Thomas Fersen. L'an passé, elle a même emporté Woodstower, interrompant prématurément le highly anticipated concert de Eels. Refroidis par ce vilain coup du sort (et sans doute un peu à court d'un autre genre de liquide), ses organisateurs ont décidé de se retirer de la course à la tête d'affiche pour mieux se recentrer sur la spécificité de leur festival : ses atours de fête foraine éphémère – passés les 23 et 24 août, la nature du Grand Parc de Miribel-Jonage reprendra ses droits. D'un sound-system sous-marin à un espace rétrogaming en passant par un DJ set 100% slows, Woodstower fourmillera donc plus que jamais de rendez-vous décalés. La programmation musicale fera quant à elle dans le hip hop aux sourcils froncés via le concasseur (et quar

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Eastern boys

ECRANS | Évitant les clichés et s’aventurant vers le thriller, Robin Campillo raconte dans un film fort et troublant les rapports d’amour et de domination entre un quadra bourgeois et un immigré ukrainien sous la coupe d’une bande violente. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Eastern boys

La première demi-heure d’Eastern boys fait un peu peur. Après avoir dragué dans une gare Marek, un jeune et bel Ukrainien, en lui proposant contre rémunération de le rejoindre dans son grand appartement de la région parisienne, Daniel, gay quadra étouffé dans sa morgue bourgeoise, voit en fait débarquer toute sa bande qui va piller consciencieusement meubles, écran plat, Playstation et œuvres d’art. La scène, étirée jusqu’au malaise, pourrait passer pour un spot de pub en faveur du FN sur le mode du "méfiez-vous de ces hordes d’immigrés prêts à voler vos biens et violer votre propriété privée". Mais Robin Campillo, qui avait déjà réussi avec son premier long Les Revenants — matrice de la fameuse série — et ses scénarios pour Laurent Cantet à explorer des zones troubles de la société française contemporaine, a un dessein beaucoup plus dérangeant. Le marché de dupe initial – du sexe contre de l’argent — va se concrétiser quand Marek revient, seul cette fois, chez lui : une relation de dépendance mutuelle se noue entre eux, Daniel fixant règles et tarifs, Marek conservant un pied dans sa "famille" à qui il cache ses activités de prostitué. Cette relation r

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ACID animé

ECRANS | À Cannes, la semaine de l’ACID (Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion), qui aime à sa définir comme le Off du festival, fait figure de salon (...)

Christophe Chabert | Mercredi 25 septembre 2013

ACID animé

À Cannes, la semaine de l’ACID (Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion), qui aime à sa définir comme le Off du festival, fait figure de salon des refusés. On y trouve à la fois les films qui n’ont pas eu les honneurs d’être choisis dans les sélections officielles et parallèles — on se demande pourquoi parfois, comme dans le cas de La Bataille de Solférino, sur les écrans depuis quinze jours, qui vaut quand même mieux que Tip Top et La Fille du 14 juillet, pour rester dans le cadre franco-français — et des objets généralement inclassables. Car l’ACID, c’est le triomphe du docu intime ou engagé, du micro-budget et du world cinéma. En témoigne la programmation de cette année, que le Comoedia reprend ce week-end : Andrew Kötting, auteur du remar

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Nuits Sonores 2013 - Jour 3

MUSIQUES | L'événement de cette troisième journée de Nuits Sonores était la tenue de la toute première Boiler Room (des DJ sets pour happy few retransmis sur le web) lyonnaise. Nous n'y étions pas. Tant mieux, sans quoi nous serions passés à côté d'un paquet de prestations mémorables. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 11 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 3

Le troisième NS Days était placé sous le signe de la cérébralité, voire de la prise de tête. Le quatrième, lui, aura fait la part belle au corps et à sa mise en pièces méthodique. A coups de kicks plus compacts que les marteaux maniés par Kaori dans le manga City Hunter (Nicky Larson en version franchouillarde) sous la verrière, où les puristes techno Shifted, DVS1, Planetary Assault Systems et Ben Klock ont rivalisé d'implacabilité – surprise, à ce petit jeu, ce n'est pas le patron du label Klockworks, dont le set avait l'an passé failli démolir l'Hôtel-Dieu avant l'heure, qui s'en est le mieux tiré, mais l'Anglais qui a ouvert le bal. A coups de riffs abrasifs du côté du hangar, qui aura notamment vu se succéder Girls Against Boys, le temps d'un concert qui, à défaut d'être à la hauteur de la réputation de ces figures du post-hardcore, a surclassé en tension celles de bon nombre de petites frappes bruitistes, et le duo synth punk australien Civil Civic – qui, joie, n'a rien pe

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L'électro sur son 31

MUSIQUES | Les musiques électroniques sont, dans bien des métropoles françaises, le parent pauvre de la Fête censée les célébrer. À Lyon, elles en sont plutôt l'enfant gâté. Benjamin Milaot

Benjamin Mialot | Jeudi 14 juin 2012

L'électro sur son 31

À Clermont-Ferrand, les musiques électroniques servent de jingles publicitaires à des patrons de bar plus sensibles au tintement de l'or nordique qu'au foisonnement de la scène britpop scandinave. À Grenoble, où l'on enflamme plus volontiers des bolas que des dancefloors, elles sont tout juste bonnes à raviver chez les étudiants le souvenir des soirées «désintégration» données un mois plus tôt. À Tulle, elles sont des beats de foires, qu'on fait parader au rythme trépidant d'un petit train touristique. Quid de Lyon ? Il en va tout autrement : ici, la house, la minimale et toutes leurs copines synthétiques sont autant de Grâces pour lesquelles aucun temple n'est trop beau. Cette année encore, la Ville a ainsi réquisitionné les environs du terrain de Tola Vologe, usuellement dévolu aux entrainements de l'Olympique Lyonnais, pour y installer six remorques sur et aux abords desquels se relaieront de la tombée de la nuit au petit jour des Dj's sélectionnés par des assos aussi notoires que Elektro System,

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Repris(e) de justesse

MUSIQUES | Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Repris(e) de justesse

Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, un train électrique qui en cache un autre (le très pop Les Créatures et son pendant lo-fi L’Homme à trois mains, le double segment Hélicoptère dans le film Peau de cochon). Donc, tandis qu’il enregistrait les vaines miniatures de Philippe, Katerine bricolait avec un groupe nommé Francis et ses peintres «52 reprises dans l’espace» de standards français, d’abord uniquement disponibles sur un site internet. L’affaire fit son petit effet car les chansons, loin de n’être que des gadgets amusants, démontraient que le garçon n’avait rien perdu de son oreille musicale. Et pourtant ! Transformer Partir un jour des 2B3, en balade mélancolique, ou À toutes les filles que j’ai aimées en morceau cool jazz à la Henry Mancini ne tombait pas sous le sens… Katerine et ses acolytes témoignent ainsi d’un génie réjouissant du contre-pied : pour Rectangle de Jacno, la mélodie au synthé originale est reprise au ukulélé, complétée par une ligne de basse, une batterie et des claquements de doigts ; à l’inverse, Un lapi

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L’Ange du mal

ECRANS | De Michele Placido (Ita, 2h05) avec Kim Rossi Stuart, Filippo Timi…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

L’Ange du mal

Après Romanzo Criminale, Michele Placido poursuit son exploration de la criminalité italienne avec ce biopic de Renato Vallanzasca, gangster aussi dangereux que charismatique campé avec beaucoup de conviction par Kim Rossi Stuart. La bonne nouvelle, c’est qu’en dehors de quelques montages syncopés et tape-à-l’œil, le réalisateur arrête de se prendre pour Scorsese et resserre sa mise en scène sur son personnage principal. La mauvaise, c’est que cette sobriété entraîne une absence de point de vue dommageable. L’Ange du mal se contente d’aligner les faits sans jamais les réfléchir, les inscrire dans une quelconque évolution ou tenter de percer les motivations de son antihéros. Braqueur et détenu violent, tueur de flics, fille de l’air devant l’éternel mais pas si mauvais bougre (!), Vallanzasca, dans le film, n’agit finalement que par simple pragmatisme. En taule, il cherche à s’évader ; en liberté, il redevient un criminel. Voilà le constat, pour le moins sommaire, dressé par L’Ange du mal… François Cau

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Je suis un no man's land

ECRANS | De Thierry Jousse (Fr, 1h32) avec Philippe Katherine, Julie Depardieu…

Christophe Chabert | Mardi 18 janvier 2011

Je suis un no man's land

Grands admirateurs de l’œuvre de Luc Moullet, Thierry Jousse et Philippe Katherine lui rendent hommage avec cette comédie où Katherine, dans son propre rôle de chanteur à succès, se retrouve fictivement dans le village de son enfance et la maison de ses parents, à la faveur d’une étrange malédiction spatio-temporelle — et d’un effet spécial qui laisse songeur. Le prologue du film, catastrophique, où Judith Chemla cabotine outrageusement en vamp cherchant à coucher avec le chanteur, préfigure le ratage qui va suivre. Globalement dépourvu du moindre rythme, d’une grande platitude cinématographique (la HD n’est absolument pas maîtrisée), le film se contente de juxtaposer ses idées sans la moindre construction scénaristique, Katherine assurant un lien bien mou entre toutes les histoires (l’ancien pote aigri, l’ornithologue nocturne, le couple parental). Ce n’est ni drôle, ni mélancolique, mais ça se voudrait un peu des deux. Quant à Katherine, après son album de l’an dernier, il sape à nouveau sa crédibilité avec ce film à l’onanisme revendiqué. CC

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Spécial K

MUSIQUES | Katerine est un K à part sur la scène française. Ambigu, déjanté, farfelu, le personnage se plaît à jouer les ingénus. Mais est-il toujours aussi génial, à force de marcher en funambule sur la corde ténue qui sépare le brillant du ridicule ? Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 19 novembre 2010

Spécial K

Simplet savant ou génie déconnant ? Parangon kitsch ou pygmalion punk ? Provocation à deux balles ou prodige capital ? Le K Philippe déconcerte. Jusqu’ici, on avait toujours tenu en estime son talent délirant pour la chanson décalée, son humour singulier sur disque, sur livre et au cinéma (Peau de cochon), son sens unique de l’absurde et de l’autodérision… Autant de miroirs à peine déformants tendus sur la société pour en railler les déraillements. Mais en déboulant à la rentrée avec un neuvième album qui se vautre dans la régression, la grossièreté et le déblatérage d’onomatopées, Philippe Katerine nous a laissés perplexes comme une baleine devant une banane. OK, à première écoute, on s’est marré comme le cétacé en découvrant ses phrases choc balancées à la raie publique («Liberté mon cul, fraternité mon cul…»), ses chansons bien crues pour bien dire que notre monde est cuit. Derrière l’insoutenable légèreté du paraître, on a vite compris que l’époux Groland use de pipi-caca pour exorciser sa colère : à n’en point douter son caprice infantile est sincère. Le problème n’est donc pas les lyrics de La Reine d’Angleterre («je vous chie à la raie»), ce sont plutôt les musiques qui cour

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The American

ECRANS | George Clooney, tueur à gages américain mélancolique, effectue sa dernière mission en Toscane : un polar atmosphérique et cinéphile signé Anton Corbijn. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 octobre 2010

The American

The American part d’un archétype éculé : le tueur à gages qui cherche à raccrocher les gants et accepte une ultime mission avant de redevenir anonyme. Pour compléter le cliché, ledit tueur est américain, peu loquace et très séduisant (normal, c’est George Clooney en mode Samouraï qui l’incarne). On le découvre d’abord en Suède dans un chalet enneigé, au lit après l’amour avec une superbe créature, qui se fera descendre quelques plans plus loin. Anton Corbijn (qu’on n’attendait pas ici après son superbe Control) privilégie le mystère et l’atmosphère sur l’intrigue, dont le déroulé respecte là encore à peu près tous les lieux communs du genre. D’abord détaché affectivement, le héros finira par s’éprendre d’une prostituée italienne rencontrée dans cette Toscane automnale où il accomplit son dernier contrat ; et il soupçonne que ceux qui le traquent sont peut-être ceux qui l’ont engagé. Beauté volée En fait, derrière cette panoplie de film noir appliqué, Corbijn se livre à une pertinente expérience de cinéphile. Prenez un corps marqué par le cinéma américain (le tueur Clooney) et faites-le naviguer dans des références venues du ci

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BAIN D’ACIDE

MUSIQUES | Pour découvrir le nouveau live de Danger et le premier album d’Acid Washed, rendez-vous à La Plateforme vendredi 26 mars, le temps d’un Écho Sonore qui (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

BAIN D’ACIDE

Pour découvrir le nouveau live de Danger et le premier album d’Acid Washed, rendez-vous à La Plateforme vendredi 26 mars, le temps d’un Écho Sonore qui promet sa dernière «wildnight» printanière avant le festival. La présence d’Acid Washed semblant toute indiquée pour faire le lien entre Jean-Michel Jarre (si vous l’avez loupé) et le plateau éminemment techno qui nous attend la Nuit 1, on gardera le rythme en allant se trémousser sur les scintillants synthés de Richard D’Alpert et Andrew Claristidge, garants d’une électro-pop pimpante, au peps acidulé.

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