Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Photo : ©DR


Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d'équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l'ornière, à moins d'un miracle ou d'une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis.

Si le cinéma français s'adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l'âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l'adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d'interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées.

De par son climat d'étrangeté diffuse, son goût pour l'architecture froide des banlieues pavillonnaires, et sa manière de déréaliser la réalité (tout en affirmant son authenticité), Bang Gang présente des similitudes avec Simon Werner a disparu (2010) de Fabrice Gobert, Dix-sept filles (2011) de Delphine & Muriel Coulin ou Dans la maison (2012) de François Ozon. Il s'en distingue en franchissant le pas du sexe à l'écran, là où les autres demeurent dans l'évocation.

Tu en veux en corps ?

Eva Husson serait-elle plus provocatrice que ses confrères ? Cohérente, plutôt : elle se conforme à son sujet, osant la nudité frontale parce qu'il aurait été ridicule de raconter comment des lycéens s'adonnent à des partouzes par désœuvrement en éludant poils et sexes. Revendiquant l'esthétique clinique du Elephant (2003) de Gus van Sant — montrer pour démontrer — elle se situe aussi dans le sillage des Tricheurs (1958) de Carné. Une version réactualisée (enrichie en blennorragies et en syphilis) où de grands ados d'aujourd'hui trompent leur manque de perspectives dans du sexe déconnecté de l'idée de sentiment : la chair leur est triste et mécanique ; un objet de conquêtes successives, comme des tableaux de jeux vidéo.

En instigateur d'orgies ludiques, Finnegan Oldfield, déjà remarquable dans Les Cowboys de Thomas Bidegain, prend ici en somme la succession de Laurent Terzieff. Manipulateur et égoïste, il compose une excellente caricature de ces représentants de la Génération Y vus comme des profiteurs autocentrés. Autrement dit, comme des jouisseurs…

Bang Gang (une histoire d'amour moderne)
D'Eva Husson (Fr, 1h38) avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom…


Bang Gang (une histoire d'amour moderne)

De Eva Husson (Fr, 1h38) avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima...

De Eva Husson (Fr, 1h38) avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima...

voir la fiche du film


Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique.George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

Continuer à lire

Services extérieurs : "Exfiltrés"

Le Film de la Semaine | L’exfiltration d’une djihadiste repentie française et de son fils, orchestrée en marge des services de l’État. Emmanuel Hamon signe un très convaincant premier long-métrage aux confins de l’espionnage, du thriller et de la géopolitique contemporaine.

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Services extérieurs :

Prétextant des vacances en Turquie, Faustine a fui vers la Syrie avec son fils, laissant son époux Sylvain mort d’inquiétude. Mais le fils du patron de Sylvain effectuant des missions humanitaires dans la région va entreprendre les recherches pour les localiser. Une chance dans leur malheur… On devrait rechercher une corrélation entre l’âge auquel les cinéastes réalisent leur premier long-métrage et le nombre de kilomètres (ou de pays) que leurs protagonistes avalent — Newton a bien établi que les corps s’attiraient mutuellement en proportion de leur masse et de l'inverse du carré de leur distance ! Toute plaisanterie mise à part, ce désir “d’ailleurs“ coïncide souvent avec des thématiques très éloignées des préoccupations auto-centrées mobilisant le cortex des néo-auteurs, davantage enclins à considérer leur nid que le monde les entourant. Comme l’expérimenté scénariste Thomas Bidegain avant lui pour Les Cowboys, Emmanuel Hamon a trouvé dans le maelström géopolitique contemporain — et tou

Continuer à lire

L’art de miser sur le bon cheval : "Le Poulain"

Politique-fiction | de Mathieu Sapin (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

L’art de miser sur le bon cheval :

Étudiant surdiplômé, Arnaud se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle d

Continuer à lire

Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

Continuer à lire

"Nocturama" : une nuit close vue par Bertrand Bonello

Le Film de la Semaine | Après deux films en costumes (L’Apollonide et Saint Laurent), Nocturama signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

Continuer à lire

Rencontrons-nous pour de Bron !

ECRANS | Cinq jours d’une extrême densité, pour célébrer le cinéma français dans la convivialité. Bien que dépourvu de compétition — ou justement parce qu’il (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Rencontrons-nous pour de Bron !

Cinq jours d’une extrême densité, pour célébrer le cinéma français dans la convivialité. Bien que dépourvu de compétition — ou justement parce qu’il fait l’impasse sur l’éprouvante course aux prix — le festival de Bron demeure parmi les plus populaires pour les cinéastes, ravis de soumettre leurs œuvres aux spectateurs sans aucun enjeu concurrentiel. Comptant 17 longs métrages cette année, sa sélection glane des films dans la production 2015 et en cueille par anticipation dans celle de 2016. Ainsi, En mai fais ce qu’il te plaît, À peine j’ouvre les yeux, Une jeunesse allemande et surtout l’excellent Les Cowboys de Thomas Bidegain bénéficieront-ils d’une nouvelle lecture ; tandis que Tempête de Samuel Collardey, Les Ogres de Léa Fehner, Médecin de campagne de Thomas Lilti ou Rosalie Blum (adapté de la BD de la Lyonnaise Camille Jourdy) signé par Julien Rappeneau feront l’objet de l

Continuer à lire

Les Cowboys

ECRANS | La traque pendant 15 ans d’une jeune fille avalée par la mouvance radicale de l’islamisme, menée sans relâche par son père et son frère. Un drame familial aussi sobre que déchirant ; une plongée hallucinante dans 15 ans d’histoire immédiate et un télescopage insensé avec l’actualité.

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Les Cowboys

Scénariste d’Audiard, Thomas Bidegain présentait trois films à Cannes cette année, dont Les Cowboys dans la Quinzaine des Réalisateurs. Derrière ce titre trompeur évoquant presque une comédie dans le milieu des fans de country, on découvre une grande œuvre de cinéma ; un de ces premiers films affichant une époustouflante maîtrise dans la forme, la narration, la direction d’acteurs (François Damiens et Finnegan Oldfied, jeu dépouillé). Bidegain manie comme personne l’art de la rupture de ton, de l’ellipse, s’abstenant de représenter ce qui se déduit. Montrer est, on l’oublie trop souvent, un choix autant qu’une responsabilité. Par ces impasses sur des plans dits "utilitaires", il confère à chaque séquence une valeur renforcée : aucune image ne doit sa place au hasard, chaque durée est mesurée. Sans jamais pontifier sur les causes du désordre géopolitique, en filigrane permanent de ce drame intimiste, il nous met des clefs à disposition, et glisse du polar sombre au genre épique avec une soudaineté qui finit par nous sembler naturelle. Un écran qui pense On laissera les complotistes bas du front à leurs délires, qui se persuadent q

Continuer à lire