Legend

ECRANS | Célèbre pour son commandement bicéphale, le gang londonien des frères Kray donne à Tom Hardy l’occasion de faire coup double dans un film qui, s’il en met plein les yeux, se disperse dans une redondante voix off.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Photo : © DR


Ce n'est pas la première fois que les caméras sont appâtées par les hauts faits criminels des zigotos monozygotes de l'East End : la principale, sobrement titrée Les Frères Kray (1990) de Peter Medak avait pour interprètes les frères — non jumeaux — Gary et Martin Kemp, du groupe Spandau Ballet.

Cette nouvelle version signée Brian Helgeland, centrée sur leurs « années de gloire » combine réalisme méticuleux et rythme scorsesien, avec cette idée presque pédagogique de raconter le crime de l'intérieur dans sa frénésie ordinaire. Méthodique et linéaire, le film épouse l'existence de Frances, la compagne de Reggie, qui se fait la narratrice de ce biopic. Choix discutable, cependant : sa voix, qui mêle états d'âmes supposés, constatations, explications historiques, vient trop souvent polluer le récit par ses superpositions inutiles. Helgeland en fait souvent trop — voir Chevalier (2001) — et c'est encore le cas avec Legend qu'on raclerait bien de tous ces commentaires. Heureusement cela ne ruine pas le jeu de Tom Hardy…

Tom Hardy, par-delà le mal... et le mal

Erich von Stroheim, qu'un publicitaire des studios inspiré avait surnommé « l'homme que vous aimerez haïr », aurait-il trouvé son successeur britannique ? Depuis son affirmation en tant que comédien de premier plan dans le biopic Bronson (2009) de Nicolas Winding Refn — en taulard ultra violent, préfiguration des deux Kray — Tom Hardy s'est fait le champion des rôles antipathiques, brutaux et sadiques. Tel De Niro jeune, il n'hésite jamais à s'imposer transformations physiques extrêmes ou enlaidissements, quitte à se rendre méconnaissable : le Bane masqué qu'il composa pour Christopher Nolan dans The Dark Knight Rises (2012) fit le film davantage que Marion Cotillard !

Coproducteur de Legend, il n'effectue pas pour autant un étalage démonstratif de ses talents en endossant le double rôle des jumeaux Kray. Sans virer à la performance, sa prestation veille à singulariser chacun des frères — Reggie le dandy et Ronnie le schizophrène — en marquant de fines nuances comportementales, en construisant des personnalités tangibles. Un travail d'orfèvre exécuté avec des outils de charcutier, qui le rend de plus en plus crédible en potentiel interprète d'un James Bond. Mais cette fois, pas dans le rôle du méchant… VR

Legend de Brian Helgeland (GB, 2h11) Avec Tom Hardy, Emily Browning, Paul Anderson…


Legend

De Brian Helgeland (EU, 2h01) avec Tom Hardy, Emily Browning.

De Brian Helgeland (EU, 2h01) avec Tom Hardy, Emily Browning.

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Londres, les années 60. Les jumeaux Reggie et Ronnie Kray, célèbres gangsters du Royaume-Uni, règnent en maîtres sur la capitale anglaise. À la tête d’une mafia impitoyable, leur influence paraît sans limites. Pourtant, lorsque la femme de Reggie incite son mari à s’éloigner du business, la chute des frères Kray semble inévitable…


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The Legendary Pink Dots, légendes d'automne

Rock | « Legendary » : tout est dans le premier terme du nom du groupe, qui dit moins, mais leur réputation les précède, combien The Legendary Pink (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

The Legendary Pink Dots, légendes d'automne

« Legendary » : tout est dans le premier terme du nom du groupe, qui dit moins, mais leur réputation les précède, combien The Legendary Pink Dots sont à placer en tête de gondole de la catégorie "inclassable". Qui depuis le début des années 80 et tout au long d'une discographie qui comprendrait une centaine d'albums selon les organisateurs – chiffre en réalité bien plus compliqué à vérifier que le nombre de publications de la couleuvre Laurent Voulzy sur la même période, d'autant moins qu'il inclut de nombreuses compilations – a tâté et s'est teinté de rock psychédélique, d'écarts expérimentaux, indus, ambient, de rock progressif, de post-punk et de new wave, et même de jazz et de world. Une chatte n'y reconnaîtrait pas ses petits mais c'est sans doute ce qui a contribué au culte entourant les Anglo-Néerlandais. Lesquels brillent également par leur fidélité et leur goût de l'underground puisqu'ils investissent en cette fin d'automne, le 12 décembre prochain, seule date française de leur tournée, le non moins légendaire Sonic pour la cinquième fois.

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Présages, faux mages et images : "Détective Dee 3 - La Légende des rois célestes"

Wu xia | Un film de Tsui Hark (Chi, 2h15), avec Mark Chao, Carina Lau, Gengxin Lin…

Vincent Raymond | Mardi 7 août 2018

Présages, faux mages et images :

Mécontente que l’empereur ait confié une épée sacrée à Dee, l’impératrice charge une équipe de guerriers-magiciens de la lui subtiliser. Si leurs tentatives échouent, ils prennent un ascendant à la cour, au moment où s’abat sur le trône une menace conjuguant vengeance et sorcellerie… 3D, feux d’artifices, explosions, chatoiements d’étoffes, harmonies colorées, chorégraphies de haut vol… C’est à un flamboiement harkesque qu’il faut s’attendre. D’aucuns diront que c’était prévisible, mais il est toujours rassurant de voir ses attentes concrétisées, voire dépassées. Avec Détective Dee, Tsui Hark a trouvé un successeur de poids au Dr Wong pour ses sagas puisant dans l’histoire chinoise, et recarrossées en grand spectacles wu xia. L’importance du substrat historique n’a rien d’anodine. Il permet d’inscrire les aventures de Dee dans le riche passé glorieux de l’Empire, tout en explorant une zone particulière : le règne de Wu Zetian, unique impératrice chinoise ayant gouverné seule. Une parenthèse exceptionnelle autorisant d’autres singularités, à la lisière d

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"La La Land" : Je m’voyais déjà…

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, l’histoire en cinq saisons de Mia, aspirante actrice, et Seb ambitionnant d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire ou l’amour réglé à l’ancienne par l’auteur du pourtant très contemporain Whiplash. Un aspirateur à Oscar ?

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

N’est-il pas agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit — ici, un canevas digne de Stanley Donen/Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy/Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Bernstein/Robbins ou Minnelli. Vintage d’or hollywoodien Attention, il ne s’agit pas de minorer les mérites ni le talent de Damien Chazelle :

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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Au Fest, il va y avoir de l'Esport

CONNAITRE | Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au Fest, il va y avoir de l'Esport

Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de participants prêts à en découdre impassiblement sous les vivats de commentateurs aguerris (le crew O'Gaming), l'imposer d'emblée comme l'un des rendez-vous majeurs du eSport – et de la prévention du syndrome du canal carpien – en France. Tout ne s'est pas passé comme prévu : critiqué dans ses méthodes promotionnelles par quelques pro gamers réputés, lâché par une tête d'affiche musicale dont tout le public cible se fichait comme de son premier modem (Skip the Use, le Bloc Party de la génération télé-crochet) et moins rassembleur qu'escompté, l'événement a été repoussé à la dernière minute. Un mal pour un bien : resserré sur une journée, le Fest a, sur le papier, gagné en lisibilité et en intensité. Côté musique d'abord, l'after étant désormais aux mains de spécialistes locaux de la convergence ludo-électronique, Danger et 2080 – et, plus anecdotique, de Kristian Nian, plus connu des fans de cette réécriture shakespearienne des Goonies qu'est Game of Thrones sous le nom

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Mad Max : Fury Road

ECRANS | Une date dans le cinéma d’action ? Non, mais un bon blockbuster… Un grand film de George Miller ? Non, juste une efficace remise à jour de la franchise "Mad Max"… Bref, entre excitation et frustration, Fury Road laisse autant repu que sur sa faim. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 mai 2015

Mad Max : Fury Road

Seul face au désert, Max Rockatansky soliloque sur les êtres qu’il n’a pas pu sauver, les temps qui sont devenus fous et lui-même, peut-être plus cinglé encore que ceux qui veulent sa peau. Mad Max est de retour et, pour signer une bonne fois pour toutes l’entrée dans le XXIe siècle (cinématographique) de son héros légendaire, George Miller lui offre un lézard à deux têtes qu’il décapite puis dévore à pleines dents. Comme dit l’affiche : «Le futur appartient aux fous.» C’est vrai et c’est faux dans Fury Road : vrai, car la folie est bel et bien omniprésente à l’écran, par la création d’un univers où effectivement, la raison semble avoir définitivement hissé le drapeau blanc, où les pénuries en série (pétrole, eau, verdure) ont donné naissance à une lignée d’êtres dégénérés, à la peau blanchâtre et au vocabulaire proche de celui d’Idiocracy, corps monstrueux, difformes et malades qui arrivent encore à se diviser en castes, alors qu’il n’y a manifestement plus grand chose à gouverner. Folie aussi dans le projet, assez dément, de faire de Fury Road une sorte de film d’action ultime, sans temps morts, comme une énorm

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Quand vient la nuit

ECRANS | Après l’électrochoc "Bullhead", Michael R. Roskam négocie habilement son virage hollywoodien avec ce polar à l’ancienne écrit par le grand Dennis Lehane, très noir et très complexe, servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Quand vient la nuit

Dans son premier film, le stupéfiant Bullhead, Michael R. Roskam inventait un personnage de gros dur camouflant sa perte de virilité par une surdose de produits dopants le transformant en montagne musculeuse et toutefois taiseuse. Bob Saginowski, le héros de Quand vient la nuit que Tom Hardy campe avec un plaisir cabotin de la retenue, partage avec lui de nombreux points communs : taciturne, maladroit dans ses rapports humains, semblant masquer derrière son apparente absence d’états d’âme ce que l’on devine être un lourd passé. Bob traîne dans le milieu de la mafia russe à Brooklyn, s’occupant avec son cousin Marv — James Gandolfini, dans une puissante et émouvante dernière apparition à l’écran — d’un «bar-dépôt» servant avant tout à blanchir l’argent de tous les trafics nocturnes illicites ; mais il s’entête à prendre ses distances avec ce monde du crime, répétant inlassablement qu’il n’est «que le barman». Il va à l’église mais ne communie pas ; et il s’obstine à élever un pitbull qu’il a ramassé blessé dans la poubelle d’une jeune femme, Nad

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’71

ECRANS | Pour son premier film, Yann Demange, londonien d’origine française, applique les leçons du Vietnam movie pour raconter le calvaire d’un soldat britannique égaré à Belfast en plein conflit nord-irlandais. Impressionnant de virtuosité et d’efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

’71

Une jeune recrue débarque dans une guerre étrangère sans y avoir été préparée sinon par un entraînement sommaire et, après un traquenard, se retrouve seule et perdue en territoire hostile, tentant de survivre malgré la complexité des enjeux militaires : ce fut, peu ou prou, l’argument de la vague des Vietnam movies qui déferlèrent entre 1986 et 1990 sur les écrans, initiée par Oliver Stone avec Platoon. Le filon s’est tari mais à chaque nouvelle guerre américaine — Irak, Afghanistan et même Somalie avec le génial La Chute du faucon noir — ce canon a refait surface. Pour sa première incursion dans le long-métrage après une expérience télé sur la série Dead Set, Yann Demange, d’origine française mais ayant grandi en Angleterre, a choisi de le transposer à la situation nord irlandaise de 1971, lorsque l’armée britannique envoya ses troupes pour mater la rébellion terroriste de l’IRA à Belfast. Gary (Jack O’Connell, l’inquiétant délinquant d’Eden Lake et le détenu œdipien des Poings contre les murs) découvre en quelques jours à la fois ce conflit auquel il ne comprend rien et son rôle de militaire passant de la caserne au

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Textures de voix

ARTS | «Le costume est devenu un acteur déterminant de la scénographie d'un opéra. On voit d'abord avant d'entendre» lance Maximilien Durand, directeur du Musée des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 avril 2014

Textures de voix

«Le costume est devenu un acteur déterminant de la scénographie d'un opéra. On voit d'abord avant d'entendre» lance Maximilien Durand, directeur du Musée des Tissus. Et Serge Dorny, directeur de l'Opéra de Lyon, de préciser : «Le budget de production des costumes est aujourd'hui très important, à part égale avec les décors». Les deux institutions ont décidé de présenter, en une séduisante mise en scène, 130 costumes d'opéras et de ballets de danse correspondant aux vingt dernières années de création de l'Opéra de Lyon. La sélection s'est opérée en fonction de la qualité des habits et des spectacles les plus marquants de cette période (Trois sœurs et Lady Sarashina de Peter Eötvös, La Flûte enchantée mise en scène par Pierrick Sorin, etc.). Le parcours se décline en salles thématiques ("Figures de l'altérité", "Héros et héroïnes", "Femmes fatales"...) et propose à chaque fois des cartels très précis, à la fois sur les productions et les techniques de couture. Les costumes habillent des mannequins masqués et certaines salles s'avèrent tout simplement impressionnantes 

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Dans l'oeil du tigre

MUSIQUES | En 2010, sur la pochette de Femina, Paulo Furtado, rare exemple de rocker portugais à la trajectoire mondiale, apparaissait une moitié de visage maquillé, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

Dans l'oeil du tigre

En 2010, sur la pochette de Femina, Paulo Furtado, rare exemple de rocker portugais à la trajectoire mondiale, apparaissait une moitié de visage maquillé, pour ne pas dire travesti, en quelque chose comme un Paulo/Paula, un Victor/Victoria inversé, l'oeil ourlé de faux cils pour un disque de reprises avec un casting international de belles. Stromae n'avait donc rien inventé sur ce plan. Sur les pochettes de ses autres disques, on le trouve soit masqué, soit en compagnie de femmes nues. Aujourd'hui, sur celle de son cinquième, voilà le même Furtado en gros plan, œil du tigre fatigué, et dont on ne sait trop s'il sort de la séance d'intense démaquillage qui a suivi ou, connaissant l'animal, de six jours de sport en chambre consécutifs.  L'album s'appelle True et l'on y voit Furtado tel qu'en lui-même. On l'y entend aussi. Sans doute plus, même s'il y éprouve la même sincérité, que lors de ses escapades avec son groupe Wraygunn. Ici du Legendary Tigerman, c'est comme s'il ne restait que l'homme. Rentré au bercail. On le croirait volontiers rien qu'en écoutant le dépouillé et posé Do Come Hom

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Les Cinq légendes

ECRANS | De Peter Ramsey (ÉU, 1h37) animation

Christophe Chabert | Lundi 26 novembre 2012

Les Cinq légendes

À une époque où les studios d’animation américains ont tendance à recycler jusqu’à la mort leurs franchises porteuses, un projet original comme Les Cinq légendes donnait très envie d’être défendu. Transformer le Marchand de sable, le Père Noël, la Fée des dents et le Lapin de Pâques en super-héros unis pour défendre le monde contre les attaques du croque-mitaine, c’est certes psychédélique mais en tout cas, il y a de l’idée neuve là-derrière. Le film a, qui plus est, une vraie séduction graphique, jouant sur les textures et les couleurs pour caractériser ses personnages, inventant un univers crédible pour raconter leurs exploits et refusant l’hystérie animée des précédentes productions Dreamworks. On sent la patte Guillermo Del Toro ici (il est producteur exécutif), et certains passages rappellent les plus belles séquences de Hellboy II. Hélas, cent fois hélas, les auteurs ont carrément perdu de vue la nécessité d’alimenter le scénario en péripéties, et narrativement, le film est exsangue, quand il ne

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juillet 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus,

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Legends of Grimrock

CONNAITRE | Almost Human – Sur PC – $14.99

Christophe Chabert | Jeudi 12 avril 2012

Legends of Grimrock

C'est un trou impur où une foule meurtrièreArrache brutalement des hectolitrons De sang; où le soleil de la montagne grossière, Blêmit; C'est un gouffre béant qui bruisse de démons. Ainsi, au risque que s'agite la sépulture de Rimbaud, pourrait-on décrire la montagne de Grimrock et la prison qu'elle abrite. Ces vers ne donnent toutefois qu'une infime idée de la cruauté des épreuves qui vous y attendent. Et pour cause : cette première production du studio finlandais Almost Human est au dungeon crawler ce que fut Super Meat Boy à la plate-forme 2D. C'est-à-dire un dépoussiérage technique, fétichiste (la vue à la première personne et les déplacements case à case sont au rendez-vous) et sans concessions d'une niche qu'on pensait trop exigeante pour l'époque. Combien de jeux, en effet, vous demandent de gérer la faim de vos personnages ? De combiner des runes pour lancer des sorts alors que les combats se déroulent en temps réel ? De vous munir d'un papier et d'un crayon pour cartographier vous-même les lieux arpentés ? De résoudre des énigmes d'un sadisme à faire passer Edward Nigma pour le père Fourras (seigneur, ce la

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Sleeping beauty

ECRANS | Premier film de Julia Leigh, romancière australienne réputée, cette fable contemporaine autour d’une jeune fille qui accepte de dormir nue aux côtés de vieillards solitaires contre rémunération n’a de provocateur que son pitch. Le reste n’est qu’esthétisme et leçon de morale. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 9 novembre 2011

Sleeping beauty

Critique / Au XXIe siècle dominé par la violence des échanges financiers, la précarité et la servitude économique, Julia Leigh nous raconte sa version de La Belle au bois dormant : Lucy, lasse d’essuyer des verres au fond d’un café ou d’avaler des sondes gastriques pour quelques dollars (australiens), trouve un plan beaucoup plus lucratif. Dans une somptueuse demeure, elle devra se déshabiller, avaler un puissant somnifère et laisser des hommes passer la nuit avec elle. La règle, édictée par la mère maquerelle, est claire : «Pas de pénétration». Que se passe-t-il alors ? De lents cérémoniaux traduisant la solitude sentimentale des clients, fascinés par cette beauté juvénile qui désormais leur est interdite dans la "vraie" vie. Attention, froideur ! Sur ce canevas, Sleeping beauty déploie une mise en scène qui confine au pléonasme. Le monde est inhumain, les êtres ne communiquent plus que pour se vendre des services ? Julia Leigh va donc filmer l’ensemble avec des plans fixes au rasoir à la production artistique parfaite, ne bougeant sa caméra que pour souligner les transactions en cours. Cela devrait suffire pour expliciter les intent

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Musique à l'Iannis

MUSIQUES | Musique contemporaine / La semaine même où l'un de ses anciens disciples, John Cale, se produit à Feyzin, hommage est rendu à Iannis Xenakis, compositeur (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

Musique à l'Iannis

Musique contemporaine / La semaine même où l'un de ses anciens disciples, John Cale, se produit à Feyzin, hommage est rendu à Iannis Xenakis, compositeur grec d'origine roumaine et ancien résistant, décédé en 2001. Architecte et mathématicien de formation, la particularité de Xenakis fut l'application des méthodes de ces deux disciplines à la composition musicale. Jusqu'à produire une musique, avec Metastasis en 1954, qui découle directement de formules mathématiques. Plus tard, il théorisera également la musique stochastique basée sur l'application de la «théorie des jeux». C'est ce chercheur insatiable qui contribuera également, mathématiques obligent, à introduire l'informatique dans la musique contemporaine. Lui aussi qui composera la musique de l'inauguration du Centre Pompidou en 1978. C'est notamment avec cette dernière, La Légende d'Eer que le Musée des moulages de l'Université Lyon 2 lui rendra hommage, via les élèves du Conservatoire de Lyon. Une soirée spéciale et gratuite, le 8 novembre, qui débutera par une reprise de ses Rebonds (1988-89) et avant cela, à partir de 16h, une conférence du mu

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True legend

ECRANS | De Yuen Woo-Ping (ÉU/Chine/HK, 1h54) avec Vincent Zhao, Andy On…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 septembre 2011

True legend

Sur le papier, True legend ressemble au rêve humide de tous les fans de cinéma d’arts martiaux : une biographie de l’inventeur de la boxe de l’homme saoul (immortalisée par Jackie Chan dans les Drunken Master), une trame évoquant The Blade, un casting regroupant des grosses brutes en kung fu, et le grand retour derrière la caméra de Yuen Woo-Ping, légendaire chorégraphe des combats de la trilogie Matrix et de quantité de bons films, qui se frotte pour la première fois à la 3D. Avec une dose conséquente de magnanimité, les premières bobines font gentiment illusion. True legend suit l’archétype antédiluvien des films d’arts martiaux (bonheur, arrivée du méchant, déculottée du héros, déprime, entraînement, dérouillée du méchant), avec une application scolaire, autant à même de stimuler la nostalgie que de lasser. Surtout qu’il faut malheureusement composer avec des tares envahissantes, en tête desquelles on citera des effets numériques d’une laideur confondante, surlignés par une réalisation à la traîne – y compris dans les scènes de combat. Mais la vraie mauvaise surprise, c’est la scission de True legend en deux parties fortement déséquil

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Yona, la légende de l’oiseau sans aile

ECRANS | De Rintaro (Jap-Fr, 1h27) animation

Dorotée Aznar | Lundi 1 février 2010

Yona, la légende de l’oiseau sans aile

Il en va du cinéma japonais traditionnel comme de sa branche animée : une même et lente déchéance où ne survivent que quelques noms. Parmi eux, Rintaro, figure légendaire de l’animation nippone aux côtés d’Osamu Tezuka, Katsuhiro Otomo et Hayao Miyazaki. À la différence des autres, Rintaro ne dessine pas, n’a aucun univers propre ; c’est un metteur en scène qui avec son studio, Madhouse, a produit, supervisé ou réalisé des perles comme "Ninja Scroll" et "Metropolis". Après plusieurs années de silence, le voilà aux commandes de "Yona", coproduction franco-japonaise tournée en images de synthèse. Conte a priori simple, linéaire, autour d’une enfant solitaire embarquée dans un récit initiatique aux vertus socialisantes, "Yona" mélange divinités, démons, gobelins et angelots échappés de Michel-Ange. De ce grand fourre-tout transculturel empruntant divers motifs et influences aux imaginaires japonais et occidentaux, ressort un objet étrange, syncrétique, beau parfois. À l’image de son esthétique où des textures et effets 2D, comme peints à la main, sont plaqués sur la 3D. Procédé intéressant, quoique trop visible, inégal, et n’arrivant surtout pas à compenser les faiblesses d’un scén

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Bronson

ECRANS | Avec un acteur principal habité et de circonvolutions esthétiques incroyablement maîtrisées, Nicolas Winding Refn nous démontre avec brio que oui, une biographie filmée peut avoir un point de vue dans sa mise en scène. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Bronson

Le monologue introductif impose illico le personnage comme son traitement cinématographique. Toute sa vie, Michael Peterson a voulu devenir célèbre. C’est donc en habit de clown blanc qu’il vient commenter à son public imaginaire les différentes étapes de son existence, avec une causticité des plus bourrines. Le braquage minable d’un bureau de poste, les années d’incarcération, ses coups d’éclat derrière les barreaux, l’interlude saisissant en hôpital psychiatrique, les émeutes et autres prises d’otages, sa courte libération (69 jours avant de retourner à l’ombre), son changement de patronyme lors de combats clandestins, l’enfer des cellules d’isolement… Bronson est une brute, une force de la nature conchiant toute forme d’autorité, aux motivations mal dégrossies, dont Nicolas Winding Refn livre sa propre vision kaléidoscopique. Le réalisateur ne propose aucune justification à la violence de ses actes, ne cède jamais à une empathie complaisante, mais crée un dispositif cinématographique complexe, puissamment sensoriel, un marabout-de-ficelle visuel dont le seul lien n’est autre que ce colosse imprévisible. Grande évasion Bien

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