Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Photo : © DR


Auteure de l'éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons – Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d'assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent.

Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l'abnégation d'eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l'héritage d'un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricot rouge ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés a été victime de lèpre, subissant toute sa longue existence la mise en quarantaine imposée par l'État à ces malades jusqu'en… 1996 !

Un scandale humain et sanitaire dont la société nippone est collectivement coupable, et auquel elle ne peut faire face aujourd'hui. Ironiquement, ce sont un cuisinier cabossé et une lycéenne fugueuse (autrement dit, deux de ces marginaux honnis par la doxa japonaise) qui vont se trouver les dépositaires de la recette magique, parce qu'ils ont accueilli sans préjugé la vieille cuisinière infirme. Quel savoureux paradoxe, finalement, de voir la quintessence du passé être perpétuée par ceux que le troupeau exclut, mais qui, ce faisant, s'en libèrent… VR


Les délices de Tokyo

De Naomi Kawase (Fr-All-Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase...

De Naomi Kawase (Fr-All-Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase...

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Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaise qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ».Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable...


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Eva Offredo : un Japon graphique pour petits et grands

Kids | Voyage en circuit court au lointain. C'est que propose la maison d’édition lyonnaise Maison Georges avec ce merveilleux ouvrage d'Eva Offredo pour enfants, pour tout savoir du Japon via les femmes qui font ce pays.

Nadja Pobel | Mardi 16 février 2021

Eva Offredo : un Japon graphique pour petits et grands

Higasa est ensableuse, Kodomo artiste chingogu, Chawan restauratrice kintsugi. Le vocabulaire n’est pas un verrou mais un délicat mystère qui se résout au fil des pages et des dessins d’Eva Offredo dans Yahho Japon (Yahho étant le « salut que s’adressent les petites filles japonaises »). À travers le portrait de huit femmes se révèle un Japon à la fois ancestral et archi contemporain, pratique et plus contemplatif. À hauteur d’enfants (dès 7 ans), l’autrice et illustratrice n’oublie pas de glisser quelques fondamentaux d’aujourd’hui, sans en faire des slogans : l’écriture inclusive qui ne concerne que quelques mots ici, une attention particulière à un personnage qui préfère moquer plutôt que déifier la surconsommation — en faisant des œuvres muséales d’une capuche à hublots ou d’un refroidisseur de nouilles. Chaque récit — une couleur monochrome attribuée à chacun d’eux — se décline en dix planches qui frayent parfois avec les poupées russes tant l’une entraîne l’autre. Ainsi, en marron, via Tsuyu, meunière et maîtresse soba, il est question

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La popote réjouissante de Grive

Restaurant | Dans le quartier Saint-Georges, une épicerie fine garnie de produits locaux cachant dans son arrière-salle un sympathique néo-bistrot.

Adrien Simon | Mardi 10 mars 2020

La popote réjouissante de Grive

On se répète : depuis dix ans le petit monde de la nourriture, si important à Lyon, bouge à toute vitesse. Trois objections : d’abord, cela fait plus d’une décennie que les cuisines sont en ébullition. Mais il est tentant d’identifier des périodes, et de ce point de vue le mouvement semble aller en s’accélérant. Ensuite, on parle beaucoup d’une avant-garde, mais il faut avouer que les brasseries ou cantines médiocres campent aussi sur leurs positions. Enfin, la trajectoire est plus sinusoïdale que constante : l’enthousiasme traverse des hauts et des bas. On est dans un haut. La rénovation bio-cool-localo-sympa-bistro-nomique-etc. de la restauration a désormais ses vitrines, prenez Food Traboule, consécration de jeunes gens qui s’échinent et qui viennent bousculer entre potes l’ambiance conservatrice du Vieux Lyon. Elle a aussi ses lieux confidentiels. Deux d’entre eux que l’on aimait bien ont malheureusement fermé ces derniers mo

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Le Melville, nouveau bar à bringues

Café-Concert | Le mois de septembre, c’est comme le lundi : on n’est clairement pas prêts, on a besoin d’aide, de soutien, de réconfort, de fortifiant, d’encouragement. Comprendre : d’apéros. Bonne nouvelle : un tout nouveau bar à concerts a ouvert ses portes à Saint-Georges.

Julie Hainaut | Mardi 17 septembre 2019

Le Melville, nouveau bar à bringues

Ce n’est ni un bar à cocktails, ni un pub à bières, ni une cave à vin. C’est un bar avec des cocktails, de la bière et du vin (et des softs). La nuance est de taille. « Avec Le Melville, nous souhaitions revenir aux origines du bar, au bar-concert des années 2000, authentique, simple. Un vrai lieu festif qui mélange les genres, les musiques, les styles. Qui rassemble » explique le co-fondateur Julien Dussauge (à qui l’on doit également Sauvage et La Cuisinerie). Un emplacement évident pour celui qui avait l’habitude d’investir le sous-sol du lieu avec son groupe de rock il y a quelques années, quand il abritait le bar emblématique de Saint-Georges, Le Citron. Lorsqu’il apprend que le lieu est en vente – entre temps, le Berliner s’y était installé –, il demande à Jérôme Laupies de Mediatone (son premier maître de stage – Julien a été agent d

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Notre petite sœur : "Une affaire de famille"

Palme d'Or | de Kore-eda Hirokazu (Jap ; 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Notre petite sœur :

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières — c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du “gang“ Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique “toléré“ par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de Boorman ou les Arsène Lupin dans la façon de construire une figure avenante à partir d’un malfrat, la modicité des larcins d’Osamu le dispense d’avoir à narguer les forces de l’ordre : l’estime dont il bénéficie demeure ici circons

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Juliette Binoche et graine de mystère : "Voyage à Yoshino"

ECRANS | de Naomi Kawase (Jap-Fr, 1h49) avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Juliette Binoche et graine de mystère :

Vingt ans après une mystérieuse épreuve intime, Jeanne est de retour dans la forêt de Yoshino en quête d’une plante médicinale très rare aux vertus universelles, Vision. Hébergée par Tomo un forestier taciturne, elle apprend à lire les signes annoncés par une vieille aveugle un peu mage… Naomi Kawase aime le vent, les forêts, la nature, les cérémonials prandiaux, les mourants et les morts. Un joyeux programme qu’elle recombine à l’envi et avec une frénésie enviable, et des succès inégaux. Ce Voyage… fait penser à Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou à Sils Maria d’Assayas : des prétextes à filmer Juliette Binoche — qui le mérite et parvient à elle seule, par la grâce de sa personne à justifier ou à porter un film à l’intrigue ténue. Cette quête semi-ésotérique de la plante miracle, bercée par la poésie relaxante de longs plans contemplatifs du vent balançant les arbres et appuyée par des calculs de nombres premiers ou les apparitions spectrales d’êtres aimés, se

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Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Food | Depuis une dizaine d'années, des cuisiniers nippons formés à la cuisine française s'installent à Lyon et décrochent les étoiles.

Adrien Simon | Mardi 22 mai 2018

Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Si l'on en croit la rumeur culinaire et la presse spécialisée, le plus épatant des nouveaux restos lyonnais, cuvée 2018, se trouve du côté de la cathédrale Saint-Jean. La Sommelière est un micro-bistrot, douze places assises, où l'on sert un unique menu dégustation, en huit parties. On parle à son propos d'une grande « maîtrise », de « grâce » aussi, et de distinctions qui ne devraient pas tarder à pleuvoir. À sa tête on trouve deux jeunes gens. L'une, côté bouteilles, s'est formée chez Antic Wine et dans un établissement gastronomique d'Indre (Saint-Valentin). L'autre a affuté ses couteaux à La Rochelle (au Japon) puis dans un double-étoilé du Beaujolais (à Saint-Amour). Ils revendiquent de pratiquer une gastronomie « française », dans une version certes « simplifiée » – il faut comprendre "sans esbrouffe", pure. Takafumi Kikuchi et Shoko Hasegawa sont pourtant arrivés en France il y a quelques années seulement, en provenance du Japon. Les Lyonnais, logiquement, ne doivent plus s'étonner de voir un chef nippon maîtriser à ce point la cuisine française (l'inverse : qu

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Attable : la grande bouffe

Festival Food | Pour un week-end, Lyon redevient capitale européenne de la cuisine. De celle qui, selon les organisateurs du festival Attable, secoue « le grand (...)

Adrien Simon | Mardi 13 mars 2018

Attable : la grande bouffe

Pour un week-end, Lyon redevient capitale européenne de la cuisine. De celle qui, selon les organisateurs du festival Attable, secoue « le grand cocotier culinaire ». Qui "décaraffonne" les codes. Or, Dieu sait qu'il y en a, des traditions gastronomiques (qui a dit "lourd héritage" ?) à Lyon. Mais comment ruer dans ces brancards-là ? Attable assume de s'appuyer sur la jeunesse cuisinière : celle qui n'a pas attendu les étoiles Michelin pour mettre les mangeurs des métropoles européennes à ses pieds. Mais que peuvent bien faire ces cuistots, devenus rockstars malgré eux, en déplacement à Lyon ? Fomenter un banquet en hommage au grand Paul ? Les artistes locaux (cols tricolores et étoilés + jeune génération) s'occupent déjà du tribute dominical (ce dimanche, À la Piscine). Montrer qu'il n'y a pas qu'en Rhône, qu'on sait bouffer ? On le savait déjà, et on salive d'avance en pensant à la nourriture autrichienne (!), genre marmotte fermentée et foie gras vegan, que prépareront samedi soir (

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La succulente Cuisine d'Elvis

Théâtre | Farce déglinguée convoquant une famille au bord de l'implosion et un Presley ressuscité, La Cuisine d'Elvis est un terrain de jeu idéal pour l'acteur et metteur en scène Pierre Maillet. De quoi commencer la saison avec une des plus belles réussites de la saison dernière.

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

La succulente Cuisine d'Elvis

Il a l'habitude de voisiner avec Copi. Pierre Maillet, membre fondateur du collectif d'acteurs Théâtre des Lucioles piloté par Marcial di Fonzo Bo, est à l'aise avec un théâtre féroce jamais dénué de tendresse ni de drôlerie. Qu'il choisisse d'adapter et de créer en octobre 2016 cette pièce du dramaturge anglais quinqua Lee Hall, écrite en 1999, est dans la droite lignée de son travail – il fut aussi très récemment le metteur en scène idéal de Marilu Marini dans La Journée d'une rêveuse (Copi, encore...). Jill, une ado de 14 ans, raconte une vie de famille bien peu modèle entre une mère de 38 ans prof d'anglais alcoolique, son père tétraplégique arrimé à son fauteuil roulant et un inconnu, beauté glacée à la Terence Stamp, qui comme chez Pasolini va bousculer ce trio étriqué en devenant l'amant de la mère, séducteur auprès de la fille, libérateur (sexuel) de l'accidenté. Love them tender

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Paroles, paroles : "Vers la lumière"

ECRANS | Dans la queue de la comète des films de Cannes 2017 (avec In the Fade de Fatih Akin, la semaine prochaine), ce conte de Naomi Kawase est un objet (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Paroles, paroles :

Dans la queue de la comète des films de Cannes 2017 (avec In the Fade de Fatih Akin, la semaine prochaine), ce conte de Naomi Kawase est un objet discret, où elle explore une fois encore la question de la perte et de la résilience. On y suit la rencontre entre Misako, audio-descriptrice pour le cinéma et Masaya, photographe rogue ayant perdu la vue, à l’occasion de projections tests d’un film. Deux êtres malheureux, en quête d’absolu et d’épure, dont les solitudes, peu à peu, finiront par s’accorder… Kawase perd en maniérisme ce qu’elle gagne en sentimentalité. Qu’importe l’origine de cet assouplissement de l’âme, puisqu’il bénéficie au public. Au-delà de la bluette amoureuse, ce film s’expose à un terrible paradoxe, puisqu’il a recours à de splendides compositions et lumières pour évoquer la compensation de la cécité par la parole. Par ailleurs, il se révèle particulièrement bavard, ce qui risque de limiter la possibilité de lui offrir une audio-description efficace. Vers la lumière s’adresse donc peu à ceu

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Les Halles de la Martinière deviennent un food court

Food | Les halles municipales ont rouvert, après une intense (éco)rénovation. On y trouve une épicerie, un dealer de jus, un poissonnier, une crêperie et un bar à vins et tapas, ayant pour mantra commun l'alimentation durable.

Adrien Simon | Mardi 5 décembre 2017

Les Halles de la Martinière deviennent un food court

La halle millésimée 1838 était devenue le serpent de mer de la Martinière. Voilà près de quinze ans qu'il était question à son propos de changement. La mairie projeta d'abord de privatiser le bâtiment - on murmura le nom de Casino, voire de Bahadourian. Pour diverses raisons, notamment la mobilisation d'habitants du quartier, le projet fut ajourné puis abandonné, ce qui n'empêcha pas la halle de se vider de ses commerçants et de finir par fermer. Furent alors évoqués plusieurs projets de reprise, dont l'un, en 2013, mené par des producteurs de la région - qui échoua, encore. Finalement, il fallut l'intervention d'Etic, un créateur et financeur de projets immobiliers "responsables", pour que la perspective d'une réouverture devienne crédible. Avec un bon million d'euros d'investissements et un an de travaux, les murs en béton et l'amiante posés dans les années 60 ont disparu, les colonnettes en fonte et leurs paniers de fruits ont réapparus, et le bâtiment a regagné des couleurs, ou plutôt de la lumière. Il est aujourd'hui cerclé de grandes baies

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Deux filles en cuisine : les Mères lyonnaises ont des héritières

Restaurant | On demanda à un fameux critique gastronomique lyonnais le nom de son resto préféré. Non pas le meilleur de la ville, mais sa cantine à lui. Sans hésiter : « Deux filles en cuisine ! C'est bon, sans chichi. Comme à la maison, mais en meilleur. »

Adrien Simon | Mardi 3 octobre 2017

Deux filles en cuisine : les Mères lyonnaises ont des héritières

Voilà bientôt trois ans que cette table d'hôtes urbaine régale les pentes de la Croix-Rousse. Sophie, l'une des Deux filles, se rappelle : « il y a eu un genre de quiproquo : les gens ont d'abord pensé qu’on faisait un truc healthy, qu’on servait des soupes, ce genre de chose. Mais c'est pas du tout ça notre truc ! » Depuis, leur pot-au-feu de canard est devenu célèbre, comme leur tajine ou leur chou farci. « Je ne dirai pas qu'on fait dans le tradi', non. C’est une cuisine de transmission, de territoire. » Dans la lignée de celle des Mères lyonnaises, "version 2017". Ces Deux filles, ce sont Sophie Jung-Lauzet et Davia Chambon, accompagnées en cuisine par Frédérique Wattiau. Qui ont fui leurs boulots (dans la culture), d’abord pour faire du catering un peu en loucedé, avant d'investir leur local des pentes. Elles continuent d'y préparer à manger pour des mariages, pour des entreprises ou des événements. Mais ce qu'elles aiment avant tout (et nous aussi), c'est le menu unique qu'elles servent quatre midis par semaine. « Ce n’était pas prévu. Ici ça devait

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Boulang' & Patiss' : la Cuisine Itinérante en voie de sédentarisation

Restaurant | La Cuisine Itinérante ouvre une boulangerie bio, près de Jean Macé, « un lieu de convivialité et d’ouverture » avec une petite « restauration paysanne ». Derrière le jargon écoresponsable on découvre, ouf !, du bon pain. Et même du bon vin !

Adrien Simon | Mardi 27 juin 2017

Boulang' & Patiss' : la Cuisine Itinérante en voie de sédentarisation

La Cuisine Itinérante est un traiteur pas tout à fait comme les autres. Vous avez peut-être déjà croisé cette joyeuse troupe : dans un mariage, ou plus sûrement dans un salon (aux Débouchées, ou au Lyon Bière Festival, cette année). Sa démarche, résumée : cuisiner des produits frais, locaux et souvent bio, tout en essayant de tirer les prix (de vente) vers le bas. Faire à manger en prenant soin des liens entre producteurs et consommateurs ; faire du bon, mais aussi du sensé ; faire une cuisine, en somme, qui triture gentiment la tête, qui donne à réfléchir sur notre monde alimentaire et « la vie des paysans. » Avec de telles ambitions, la Cuisine Itinérante ne pouvait se limiter au catering. L’un des fondateurs, Axel Hernandez, qui co-créa aussi le bar De L’autre Côté du Pont, l’avoue aisément : « l’objectif c’est de démocratiser l’alimentation durable. Dès l’origine, il était prévu de développer une multitude de projets. » Ainsi à l’automne dernier, les

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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La Renaissance des Muses de l'Opéra

Bar | Fermé en 2012, l’ascenseur qui mène derrière les Muses rouvre pour seulement trois mois. Il faut se dépêcher de l'emprunter, pour aller boire un verre, grignoter les produits sélectionnés par Deux Filles en Cuisine et profiter de la terrasse panoramique.

Adrien Simon | Mardi 28 mars 2017

La Renaissance des Muses de l'Opéra

Les muses des arts, ces filles de Zeus qui ornent la façade de l’opéra, alimentent les rumeurs. Pourquoi l’architecte, Antoine-Marie Chenavard, n’en a choisi que huit ? La poésie, la musique, l’élégie, la tragédie, la danse, la comédie et même l’Histoire et la rhétorique, d’accord (Calliope, Euterpe, Erato, Melpomène, Terpsichore, Thalie, Clio et Polymnie). Mais il manque Uranie ! On a dit que, pour des raisons d’harmonie, et donc de symétrie, le bâtisseur a sacrifié l’astronomie. Car elle a peu à voir avec le théâtre, et parce qu’Uranie trônait déjà sur la place des Cordeliers (avant d’être décapitée par les Canuts, puis détruite en 1858). La vie de muse, c’est difficile. Les huit élues se trouvent désormais à la base du dôme, créé par Jean Nouvel. Et dans leur dos, éclairé de rouge, se trouve le petit restaurant que l’architecte avait aménagé pour, en 1994, le grand cuisinier Philippe Chavent. Malgré ses qualités (des chefs de renom comme Daniel Ancel, sa terrasse, son panorama), le restaurant, tel Uranie, se cassa la figure, ferma en 2012 et ne trouva personne pour le relever. Sans qu’on ne comprenne exactement : p

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Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Grand Cuisine Cinéma Club | Ce dimanche a lieu la seconde édition du Grand Cuisine Cinéma Club, un festival de films culinaires, durant lequel on n’oublie pas de manger. Interview avec Mat Gallet, l’un des organisateurs de l’événement.

Adrien Simon | Dimanche 18 décembre 2016

Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Un mot sur l’année dernière : en plus des dix films présentés (six documentaires, deux films d’animation, un long-métrage de fiction et un court-métrage) on pouvait manger des petites assiettes en rapport direct avec les projections : du houmous préparé par Simon Huet pour suivre le film Make hummus not war, des ramens de Yomogi avec Tampopo, une salade thai de Têtedoie en accompagnement de Farang. Le dispositif va changer ? Mat Gallet : Au Grand Cuisine Cinéma Club, on essaye d’imaginer un format d’événement propre à chaque thématique. La première édition tournait autour des foodmaniacs. On l’avait donc construite comme une expérience quasi boulimique : douze heures non stop, une orgie de films et de tapas un peu sexy. Là, avec l’édition #disruption, on se devait de tester un nouveau modèle. Vu les films programmés, il nous semblait important que les cuisiniers puissent vraiment donner leur interprétation des films. On a donc pris le contrepied de tous les conseils qu’on nous donnait. Et plutôt que de faire un événement plus gros, on a choisi de proposer un événement plus concent

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À mater & à manger

Grand Cuisine Cinéma Club | Le Grand Cuisine Cinéma Club retend la toile et remet le couvert pour un second festival de mets et de films, dont une avant-première goûtue : à savourer sans modération.

Adrien Simon | Mardi 13 décembre 2016

À mater & à manger

C’était en septembre de l’année dernière : un festival de cinéma (le premier du genre) offrant autant à voir qu’à manger. Pour la première édition du Grand Cuisine Cinéma Club, les spectateurs-dîneurs enchaînaient douze heures de films (documentaires, animation, fiction et courts-métrages) sur la cuisine, et de tapas apparus à l'écran (du houmous pour accompagner Hummus not war, des ramens pour suivre Tampopo...). Mat Gallet (Nuits sonores, Le Sucre) et sa bande recommencent ce week-end dans une formule moins boulimique, avec un nombre restreint de convives et une sélection filmique plus resserrée. En parallèle, quelques-uns des jeunes chefs lyonnais les plus en vue du moment « cuisineront en live, pendant les séances, dans la salle » pour (en plus de nombreuses surprises) servir un vrai repas, à table.

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Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

ECRANS | L’animation connaît en ce moment un regain bien loin de se limiter à l’Hexagone. En témoigne ce polar nippon à prendre en filature serrée, de même que son réalisateur — le chevronné Shunji Iwai.

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Hana et Alice mènent l’enquête : le renouveau de l'anime nippon

Inconnues pour la plupart des spectateurs occidentaux, Hana et Alice ont pourtant vu le jour sur les écrans il y a une dizaine d’années au Japon en chair, en os et en uniforme. Créées par Shunji Iwai pour agrémenter des spots à la gloire d’une barre chocolatée portionnable bien connue, ces lycéennes s’en sont (presque) affranchies en devenant en 2004 les héroïnes d’un long-métrage éponyme narrant leurs complicité ainsi que leurs aventures sentimentales. Le temps a passé, mais Iwai n’en avait pas pour autant fini avec elles. Et c’est par la voie de l’animation qu’il a choisi d’offrir un prolongement en forme de préquelle à leur exploits. À partir de cette pierre dessinée avec grand talent, le cinéaste effectue un nombre impressionnant de ricochets : il se révèle à une plus large audience en France (où curieusement, ses films n’ont jamais beaucoup été relayés) et s’affirme comme un excellent réalisateur de film d’animation, investissant le segment “réaliste”— celui de l’imaginaire étant déjà largement quadrillé par les héritiers de Takahata et Miyazaki, tels que Hosoda ou la foule des auteurs de nekketsu. Précis et sans hentaï Shunji Iwai s

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam : Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres — sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes — et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, Le Cœur régulier-film ressemble à une Biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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Le Grand Cuisine Cinéma Club, une première

CONNAITRE | D'habitude, les dimanches au Sucre, c'est hamburger. Ce 13 septembre, ce sera truffes, ramen et sauce sriracha, entre autres aliments au menu du Grand (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 septembre 2015

Le Grand Cuisine Cinéma Club, une première

D'habitude, les dimanches au Sucre, c'est hamburger. Ce 13 septembre, ce sera truffes, ramen et sauce sriracha, entre autres aliments au menu du Grand Cuisine Cinéma Club, «le premier événement entièrement dédié aux films et documentaires traitant de la cuisine, l'alimentation ou la foodculture, où vous pouvez manger ce que vous voyez à l'écran». Un banquet gaulois 2.0 ? Oui mais pas que. La food for tought est aussi de mise puisque, entre un court animé mettant en scène des plagistes de barbaque (Wurst, par un animateur de Pixar) et la ressortie d'une comédie japonaise littéralement nounouille (Tampopo), il sera question de condition animale (avec un épisode des Politics of Food de Vice consacré au gavage), de rapport à l'image (Mukbang, qui analyse la mode coréenne du youtubing dînatoire) ou encore de géopolitique (Make Hummus not War, qui fait le point sur la dispute opposant le Liban, la Palestine et Israël quant à la paternité de la purée de pois chiches). En tout, ce ne sont pas moins de dix films qui seront projetés, le temps de trois séances accessibles à

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Les 7 Doigts de la Main font la tambouille

SCENES | Avec "Psy", "Traces" et "Séquence 8", le collectif canadien des 7 Doigts de la Main nous avait habitué au meilleur. Avec "Cuisine et confessions", présenté à la Maison de la Danse pour les Nuits de Fourvière, il signe un spectacle tout en auto-satisfaction et en démagogie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 29 juin 2015

Les 7 Doigts de la Main font la tambouille

Un décor de cuisine monumental à faire pâlir tous les marquis de salades, des artistes venant à la rencontre des spectateurs qui s’installent pour s’enquérir de leur plat préféré alors que d’appétissantes émanations d’ail s’échappent du plateau : les 7 Doigts de la Main savent recevoir et allécher. Sauf que ce prélude, même une fois les lumières éteintes, n’en finit plus, au point que le spectacle semble ne jamais commencer, nonobstant quelques numéros de jonglage avec des fouets métalliques. D’emblée, Cuisine et confessions manque cruellement de rythme – et cela se vérifiera sur ses 90 minutes – un comble pour des circassiens, par ailleurs de très haut niveau (ah ! leur maîtrise du mât chinois...). De là, les 7 Doigts de la Main se laissent prendre au piège de l’adresse réitérée au public, le conviant fréquemment sur scène, comme s’ils ne pouvaient convaincre par leur seul talent, allant jusqu'à se planquer tandis que trois spectateurs meublent la scène. Dans cet aveu de faiblesse, ce n’est pas tant l’embarras des cobayes qui met mal à l'aise que la limpide démission des artistes. Se (faire) rouler dans la farine Autre facilit

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Hier déjà

SCENES | Le moins que l’on puisse dire, c'est qu’ils connaissent leur métier. Depuis seize ans, le quatuor de musiciens et de «chantistes» (comme ils se (...)

Nadja Pobel | Jeudi 12 décembre 2013

Hier déjà

Le moins que l’on puisse dire, c'est qu’ils connaissent leur métier. Depuis seize ans, le quatuor de musiciens et de «chantistes» (comme ils se définissent eux-mêmes) Entre 2 caisses promène des spectacles vocaux parfaitement maîtrisés, à l’image de Je hais les gosses où, reprenant des chansons d’Allain Leprest, ils construisent un univers qui leur est propre, s’imaginant vivre dans un futur lointain et venant visiter les ruines du début du XXIe siècle, cette drôle d’époque où l’on travaillait (encore) un peu et où les enfants allaient à l’école (folle hérésie !). Le récital s’adresse d’ailleurs au jeune public, qui en prend pourtant pour son grade, comme le laisse entendre l'ironie du titre. Tant pis s'il entend des gros mots, après tout, il adore ça. Et tant pis s’il ne saisit pas toutes les connotations de ce spectacle résolument utopiste et même politiquement assez engagé, l’air de rien (on vous laisse deviner de quel côté penchent ses auteurs). Pour éviter une disposition scénique trop frontale et statique à base de micro-pieds, les quatre compères ont fait appel à la chanteuse Juliette, qui signe une mise en scène en constant mo

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Hanezu, l’esprit des montagnes

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h31) avec Tôta Komizu, Hako Oshima…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

Hanezu, l’esprit des montagnes

On n‘a rien contre le cinéma contemplatif ; encore faut-il qu’il contemple autre chose que des montagnes brumeuses filmées de loin avec une image pleine de grain. On n’a rien contre le cinéma dispositif héritier des installations d’art contemporain ; encore faut-il qu’il instaure quelque chose d’un brin plus ludique que de simples correspondances entre les légendes ancestrales et la crise au sein d’un couple d’aujourd’hui. On n’a rien contre le cinéma d’auteur ; encore faut-il que l’auteur en question porte en lui des interrogations viscérales et qu’il les retranscrive avec un minimum de mise en scène et d’émotions. On n’a rien contre Naomi Kawase mais franchement, Hanezu, c’est tout bonnement pas possible.Christophe Chabert

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