Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Photo : © Kris Dewitte


Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n'est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man's land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l'inévitable horde de bandits aux mines patibulaires.

Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l'Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystique ne se discute pas ! De quoi repartir de la Berlinale, où le film sera présenté dans la section Panorama, avec la bénédiction du jury œcuménique… VR


Les premiers les derniers

De Bouli Lanners (Fr-Bel, 1h38) avec Albert Dupontel, Bouli Lanners...

De Bouli Lanners (Fr-Bel, 1h38) avec Albert Dupontel, Bouli Lanners...

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Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale.


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Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

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Merci Messie ! : "Jesus"

Drame | Que de changements pour le jeune Yura ! Non seulement il a laissé Tokyo pour s’installer avec ses parents à la campagne auprès de sa grand-mère, mais en plus il commence les cours dans un collège catholique. Et là, stupeur, un Jésus en modèle réduit apparaît à ses prières et les exauce !

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Merci Messie ! :

Le concept de l’ami imaginaire, revu et corrigé par Hiroshi Okuyama. Il y a quelques décennies, le cinéaste aurait été traité d’iconoclaste pour cette évocation d’une figure religieuse. Pourtant, son traitement n’a rien de sacrilège ni de blasphématoire : Okuyama se place à la hauteur de son petit personnage en montrant comment un enfant, sans malice aucune, compose avec de nouveaux codes cultu(r)els, pareils pour lui à de nouvelles règles du jeu. De fait, on enseigne au solitaire Yura que Jésus est capable des miracles équivalents à des tours de magie ; le Messie lui apparaîtra donc comme un lutin folâtre venant remédier à son isolement. Si l’on met de côté ses apparitions cocasses, c’est la représentation globale du Christ que ce film interroge en parallèle : le dogme le dépeint sous une forme occidentalisée qui — les reconstitutions des historiens l’ont prouvé — n’a pas grand chose à voir avec la physionomie d’un habitant de Bethléem ! Aussi, il n’est pas incongru qu’un jeune Japonais voit en Jésus un alter ego de Gandalf, version poche. Jesus

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Raoul Taburin | En incarnant le personnage dessiné par son idole Sempé, Benoît Poelvoorde se laisse aller à son penchant pour la tendresse. Et force sa nature en effectuant une performance physique : du sport…

Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Le supplice du deux-roues :

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un coànte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la g

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Papa poule, papa coule : "C'est ça l'amour"

Drame | de Claire Burger (Fr, 1h38) avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Papa poule, papa coule :

Sa femme l’ayant quittée, Mario est tout tourneboulé. S’accrochant à l’espoir de la voir revenir, il tente avec sa maladresse bienveillante de préserver ses filles du cataclysme qui les ronge tous. Mais rien n’est facile dans cette famille de guingois : même l’amour en a pris un coup. Ce portrait-mosaïque d’une famille bohème — très loin d’être bourgeoise — dynamitée par la défection maternelle fait penser à un jeu de billard américain, quand la blanche vient de casser le paquet et que les boules s’échappent en tout sens : Claire Burger s’attache en effet à la trajectoire de chacun des personnages de la famille atomisée, dans l’apprentissage de ses nouveaux repères, si bancals soient-ils. Car Mario n’occupe pas seul les premiers plans (à la différence du père joué par Romain Duris dans Nos batailles, confronté à une situation similaire) : le film ménage de la place aux filles, dans leur émancipation de l’âge d’enfant, leur confrontation aux chamboulements multiples secouant par ailleurs l’adolescence (premières amours, désir d’indépendance).

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La voix est libre : "Grâce à Dieu"

Le Film de la Semaine | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

La voix est libre :

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et Mgr Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’Histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ de Mars, François Ozon pose son bagage onirique pour affronter un comportement pervers non imaginaire dans un film filant comme une évidence de la première image du trauma à la révélation. A-t-on déjà vu en France pareille écriture scénaristique, à la fois méthodique et

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Drame de cœur à vous l’honneur : "Le Jeu"

Phone Game | de Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Drame de cœur à vous l’honneur :

Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars à force interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer avec Le Jeu son meilleur thriller, une étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès, Perfetti sconosciuti (jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant comme dans Carnage les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances so

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La passante aux cent soucis : "3 jours à Quiberon"

Le Film de la Semaine | Emily Atef et Marie Bäumer ressuscitent Romy Schneider au cours d’un bref épisode de sa vie. Mais davantage qu’un “biopic à performance“, ce film tient de l’essai cinématographique, du huis clos théâtral et du portrait de femme, d’actrice, de mère.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

La passante aux cent soucis :

1981. En plein doute sentimental et professionnel, Romy Schneider est partie en cure de repos à Quiberon. Bien qu’en froid depuis des lustres avec la presse allemande, elle accepte au nom de son amitié avec le photographe Lebeck une interview pour le Stern. L’occasion de faire le point… Cénotaphe froidement révérencieux, hagiographie méthodique, recueil d’images dorées autorisées… Le biopic est sans nul doute le genre cinématographique le plus prévisible et le moins passionnant. Si l’on y songe, il procède d’ailleurs trop souvent d’un dialogue d’initiés entre un fétichiste — le cinéaste — et une foule de fans autour de l’objet de leur fascination commune ; fascination quasi-morbide puisque l’idole en question a la plupart du temps trépassé. Alors que le cinéma est un art (collectif) de la fabrication, de la reconstitution, rares sont les films osant s’affranchir du cadre illusoire de l’histoire officielle pour construire une évocation : ils préfèrent s’engager dans l’impossible réplique du modèle… S’employer à le cerner plutôt que de le contrefaçonner permet de se débarrasser du leurre du mimétisme, et donn

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Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions | Sergio Olmo, Gloria Ramos et Jesús Lago — trois des comédiens du film Champions — ont accompagné leur réalisateur Javier Fesser pour l’avant-première parisienne et répondu sportivement à nos questions.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions est votre première expérience à l’écran. Mais aviez-vous une pratique de comédien préalable, ainsi qu’une pratique sportive ? Sergio Olmo : J’avais une expérience pas du basket, mais du football en salle. Avec mon équipe, on a été vice-champions d’Espagne de football en salle, entre 2011 et 2012. Et depuis, je pratique toujours. Au niveau du cinéma, c’était ma première fois dans ce milieu. Je n’avais jamais fait de cinéma ni de théâtre auparavant. Gloria Ramos : Toute petite, je voulais être comédienne, mais c’était là ma première expérience de cinéma. Après le film, je me suis mise au théâtre. En sport, j’ai pratique le judo depuis toute petite et j’ai aussi fait du cheval, mais j’ai vite arrêté car j’ai eu peur. Actuellement, je fais de la danse. Jesús Lago : Je suis acteur professionnel au théâtre depuis cinq ans : je joue actuellement une œuvre qui s’appelle Cascaras Vacias (coquilles vides), de Magda Labarga et Laila Ripoll ; c’est une coproduction du Centre dramatique national d’Espagne,

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Une équipe hors du commun : "Champions"

Comédie | de Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Jesús Lago, Roberto Sanchez…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Une équipe hors du commun :

Après un mouvement d’humeur et un excès de vitesse alcoolisé, Marco, entraîneur de basket pro est condamné à une TIG : former une équipe de sport adapté composée de joueurs en situation de handicap. D’abord révulsé et réticent, Marco finit par s’adapter lui-même à l’enjeu… Les films populaires traitant du handicap se voient souvent intenter un procès en illégitimité au motif que des auteurs (et surtout des comédiens) n’étant pas directement concernés par le sujet, donneraient une interprétation forcément inexacte ou caricaturale, voire empêcheraient des acteurs en situation de handicap d’être choisis pour incarner les rôles principaux. Si leur sous-représentation à l’écran — comme dans la société — est effectivement sujette à débat voire depuis 2005 en contravention avec la loi, tout ce qui participe d’une meilleure visibilité des handicaps, donc de leur déstigmatisation, d’Intouchables à La Famille Bélier, est toujours bon à prendre.

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

La Prière | De retour de la Berlinale, où son film a été distingué de l’Ours d’argent pour son jeune interprète Anthony Bajon, Cédric Kahn se confie. Sans se faire prier.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

Votre personnage “n’existe” cinématographiquement que durant son passage dans la communauté… Cédric Kahn : J’avais écrit une première version du scénario il y a cinq ans, où on racontait l’avant, d’où il venait. Mais il ne fonctionnait pas. Ce projet a marché à partir du moment où l’on a mis la prière au centre du récit. Cela s’est fait par étapes : le film commence quand il arrive et finira quand il part, comme un western ; comme quelqu’un qui tape à la porte du ranch et dit : « sauvez-moi ! ». La situation était tellement forte, simple et lisible que plus on en racontait, plus elle s’affaiblissait. On ne trouvait pas de meilleur enjeu que l’histoire d’un gars arrivant en disant : « j’ai failli mourir et j’ai envie de vivre ». Tous les détails ajoutés sur la biographie amenuisaient le personnage. C’est assez étrange, et un peu contraire à toutes les règles du scénario. Quelles ont été vos sources documentaires ? Comment avez-vous recueilli les parcours de vie des résidents s’exprimant face caméra ? Le scénariste est allé vivre dans une comm

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Cerf moi fort : "Corps et Âme"

ECRANS | Improbable comme la rencontre entre un homme au bras handicapé et une femme légèrement autiste dans un abattoir hongrois, cette romance nimbée d’onirique pleine de vie dans un lieu de mort touche au cœur par sa subtile poésie. Ours d’Or à la Berlinale 2017.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Cerf moi fort :

Contrôleuse qualité récemment arrivée dans l’abattoir que dirige Endre, Mária se distingue par sa distance impassible et sa froideur mécanique. Découvrant par hasard qu’ils effectuent chaque nuit le même rêve, ils tentent de se rapprocher l’un de l’autre les jours suivants. À pas feutrés… À mille lieues du cynisme dont l’époque se pourlèche, deux des plus grands festivals cinématographiques de la planète ont accordé cette année leur distinction suprême à des œuvres présentant une étrange gémellité, ainsi qu’une formidable audace : elles proposaient une authentique romance ; une histoire d’amour pure et simple entre deux êtres marginalisés par le reste du monde. Ainsi le Lion vénitien a-t-il rugi pour La Forme de l’eau de Guillermo del Toro — patience : il ne sera sur les écrans qu’en février —, et l’Ours berlinois hurlé pour cet apprivoisement délicat, cette union de deux solitudes glacées célébrée par une cinéaste aussi rare que résolue

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Elle fut la première : "Numéro Une" de Tonie Marshall

Le Film de la Semaine | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Elle fut la première :

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme », ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certa

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Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Entretien | Dans Vénus Beauté (Institut), elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour Numéro Une, Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’

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Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

Le Réalisateur de Petit Paysan | Petit Paysan deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe un premier long-métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré ? Hubert Charuel : La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma familles, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeld-Jacob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis, de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en sont pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus complexe que ça. Elles viennent parfois un an, deux ans après. Ou jamais. En attendant, il y a un crédit à rembourser, des emprunts pour la mise

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De mal en pis : "Petit Paysan" de Hubert Charuel

Le Film de la Semaine | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

De mal en pis :

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique, et où l’on peine à mesurer les première conséquences du énième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrières de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées — on en voit ici. Sans foin ni loi Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable — c’est-à-dire qu’il la gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème. Hubert Charuel signe un portrait “empathique” de ce pro

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"La Région sauvage" de Amat Escalante

Fantastique | de Amat Escalante (Mex, 1h39) avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Le Mexique, de nos jours. Dans une cabane au fond des bois vit une créature tentaculaire capable de procurer à n’importe quel être vivant un plaisir sexuel intense, voire fatal. Veronica, qui lui rabat des proies à satisfaire, va rencontrer un couple en crise, Alejandra et Angel… À l’instar de ses confrères mexicains (Del Toro, Cuarón), Amat Escalante ne craint pas de recourir au fantastique pour asseoir la tonalité très réaliste de son film. De fait, La Région sauvage porte une lourde charge sociale : il interroge notamment la liberté d’aimer passé le Rio Grande, et les réactions rétrogrades que les écarts à la “norme” peuvent provoquer. Comme toujours, les victimes directes ou collatérales en sont les minorités : femmes, homosexuels, enfants… Région sauvage, part obscure, c’est surtout un refoulé que Escalante met au jour : l’expression d’une pulsion en désaccord avec les dogmes hypocrites et fossilisés de la société. De cette discordance naît la violence et le malheur du monde, dont l’ensorcelante créature n’est pas ici la cause. Un c

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"Fuocoammare, par-delà Lampedusa" : un Ours à la mer

ECRANS | de Gianfranco Rosi (It-Fr, 1h49) documentaire…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Quelques fragments de la vie ordinaire d’habitants de la petite île méditerranéenne de Lampedusa, où arrivent (échouent ?) les réfugiés en provenance d’Afrique du Nord ; le contraste saisissant entre l’insouciance des gamins de pêcheurs, les difficultés de leurs parents renonçant à affronter la mer par gros temps, et puis les migrants prêts à tout pour fuir la misère, y compris à braver les éléments… En décernant l’Ours d’Or à Fuocoammare, le jury de la Berlinale a eu la certitude d’accomplir un “geste politique”, ce documentaire abordant un sujet d’actualité urticant. Sauf que le traitement choisi laisse, à tout le moins, perplexe. Rosi filme “l’omniprésente absence” des migrants pendant la majorité du temps, histoire de transformer en abstraction la catastrophe humanitaire, puis assène une séquence de sauvetage en filmant avec une crudité bien frontale des malheureux à l’agonie. Un procédé des plus douteux mettant à mal l’éthique — mais pas l’esthétique, soignée avec un amour indécent. Empilant les saynètes tirées du quotidien, Rosi passe à côté de son sujet : il aurait dû faire du médecin de Lampedusa — le seul à

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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En équilibre

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Albert Dupontel, Cécile De France…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

En équilibre

Cascadeur équestre, Marc est victime d’un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C’est alors qu’il rencontre Florence, agent d’assurance chargée de l’indemniser, envers qui il éprouve d’abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu’elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide. En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d’accident heureux. Et encore, c’est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s’avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l’encéphalogramme plat : l’évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens empoignent cette partition sans conviction, comme s’ils avaient conscience de la banalité de ce qu’on leur demandait de jouer. On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d’émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moi

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Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

ECRANS | « 13 minutes » d’Olivier Hirschbiegel. « Vergine giurata » de Laura Bispuri. « L’été de Sangaile » de Alanté Kavaïté. « Nasty baby » de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 13 février 2015

Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

À la Berlinale, on remet chaque année le Teddy Bear du meilleur film LGBT, une tradition qui fête ses vingt ans et qui a depuis fait école dans d’autres festivals (cf la Queer Palm de Cannes). On ne sait trop si c’est l’œuf qui a fait la poule ou les poules qui ont pondu des œufs, mais toujours est-il que la Berlinale est devenue un lieu important pour le lancement d’une saison entière de films gays, ceux-ci se retrouvant dans toutes les sections, mais plus particulièrement en compétition (comme le Greenaway d’hier) et surtout au Panorama, où il y en a à foison. 13 minutes, et deux heures de souffrance Avant de donner quelques exemples parmi ceux qu’on a vus durant cette semaine, arrêtons-nous sur 13 minutes, le nouveau Olivier Hirschbiegel, «auteur» de La Chute et de l’impérissable Diana, dont on ricane encore deux ans après l’avoir vu — même si Grace de Monaco l’a dépassé dans le genre biopic bidon de princesse ridicule. Hirschbiegel, dans le meilleur des cas, pourrait postuler au titre de Claude Berri allemand, alignant les grosses p

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Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

ECRANS | « Life » d’Anton Corbijn. « Eisenstein in Guanajuato » de Peter Greenaway. « Gone with the bullets » de Jiang Wen. « Ned Rifle » d’Hal Hartley.

Christophe Chabert | Jeudi 12 février 2015

Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

Ce septième jour à la Berlinale a été marqué par le retour de quelques cinéastes qui ont connu leur heure de gloire à une époque déjà lointaine. Mais, surprise, ce ne sont pas ceux que la compétition berlinoise a consacré qui ont le plus brillé, et c’est en définitive d’un outsider surgi du Panorama qu’a eu lieu la plus belle renaissance. Life, un Corbijn dévitalisé Mais avant de parler de ces revenants, attardons-nous sur un des films qu’on attendait le plus au festival cette année : Life, quatrième long d’Anton Corbijn avec le désormais incontournable Robert Pattinson. C’est une déception, laissant penser que le cinéaste ne fera sans doute jamais mieux que son premier opus, le magnifique Control. Pourtant, il y avait dans le sujet quelque chose qui semblait taillé sur mesure pour Corbijn. En 1955, un jeune photographe ambitieux, Robert Stock, tombe par hasard dans une fête à LA sur le jeune James Dean, qui vient de tourner À l’est d’Eden et postule pour le rôle principal de La Fureur de vivre. Pattins

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

ECRANS | « El Club » de Pablo Larraín. « The pearl button » de Patricio Guzman. « Mr Holmes » de Bill Condon. « As we were dreaming » d’Andreas Dresen.

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

Quelle édition de la Berlinale ! Pas encore remis du choc Malick hier, on a été cueilli dès le matin par le nouveau film de Pablo Larraín, El Club. On était curieux de savoir comment le cinéaste chilien allait négocier l’après No, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il avait annoncé que celui-ci bouclait sa trilogie sur les années Pinochet, et donc qu’il allait nécessairement passer à autre chose ; la seconde, c’est qu’après deux films forts mais encore un peu rigides et dogmatiques dans leur forme, Larraín avait fait un pas de géant avec No où il proposait un récit prenant servi par une mise en scène qui, malgré son caractère expérimental, ne créait aucune barrière entre le spectateur et ce qu’il y avait sur l’écran. El Club relève ce double tournant avec un brio que l’on n’attendait pas à ce degré d’excellence, ce qui suffit à faire de Pablo Larraín un des cinéastes les plus intéressants en activité, de ceux que l’on va suivre avec impatience dans les années à venir. El Club a donc parfaitement digéré les leçons appri

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Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

ECRANS | « Knight of cups » de Terrence Malick.

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2015

Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

Bien sûr, on a vu d’autres films aujourd’hui à Berlin… Bien sûr, monopoliser un billet entier pour un seul film, dans un festival, ce n’est pas forcément le contrat… Mais un nouveau film de Terrence Malick est un événement qui mérite qu’on lui accorde une place particulière. Et ce d’autant plus que Knight of cups est absolument admirable, surprenant pour ceux qui ne considèrent pas le cinéma de Malick seulement comme une suite d’images accompagnée de voix-off méditatives. Depuis ce sommet indépassable qu’était Tree of life, il semble que Malick se plaise à déplier les motifs qu’il avait synthétisés dans son œuvre phare, tout en ramenant son cinéma vers des sujets profondément actuels. Déjà, dans À la merveille, il évoquait à sa manière singulière la crise des subprimes ou l’extraction du gaz de schiste. Dans Knight of cups, c’est l’écart monstrueux entre le monde du divertissement californien avec ses fêtes et ses excès, et les miséreux qui jonchent les trottoirs de Los Angeles où qui hantent les ateliers de fabrica

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

ECRANS | "Nobody wants the night" d’Isabel Coixet.

Christophe Chabert | Vendredi 6 février 2015

Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

Nous voilà donc de retour à Berlin, accueilli par la neige, mais toujours enchanté par l’organisation toute germanique d’un festival absolument titanesque, avec 170 films dans les diverses sections et une ouverture au public autant qu’aux professionnels. La Berlinale reste sur une édition 2014 très réussie, même si, c’est connu, sa compétition est toujours un peu de bric et de broc. Toujours est-il qu’à N+1, force est de constater que deux films de la sélection 2014 — The Grand Budapest hotel et Boyhood — se retrouvent dans la course à l’oscar du meilleur film, et que son ours d’or — Black coal — a révélé un cinéaste sur lequel il faudra compter dans les années à venir. On n’oublie pas non plus que c’est à Berlin qu’on a découvert deux films français importants de la saison, Dans la cour de Pierre Salvadori et L’Enlèvement de Michel

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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Grands et nouveaux noms de la Berlinale

ECRANS | Après le palmarès rendu samedi par un jury emmené par James Schamus, bilan d’une Berlinale à la compétition très inégale, avec quelques révélations, dont l’Ours d’or "Black coal, thin ice". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Grands et nouveaux noms de la Berlinale

Huit jours à la Berlinale, c’est sans doute le meilleur moyen d’avoir un panorama fidèle de ce qui se déroule dans la production internationale. La compétition, à la différence de Cannes, n’aligne pas les grandes signatures mais mise, de façon parfois hasardeuse, sur de nouveaux auteurs et des films venus de pays en plein renouveau. On exagère cependant : il y avait deux cinéastes majeurs dans la compétition, et tous deux ont figuré en bonne place au palmarès. D’un côté Wes Anderson, dont le Grand Budapest Hotel est absolument génial, et qui est allé chercher un Ours d’argent très mérité — on lui aurait même donné sans souci la statuette dorée ; de l’autre Alain Resnais qui, après le ratage de Vous n’avez encore rien vu, redresse la barre avec Aimer, boire et chanter, moins lugubre et testamentaire que ses précédents, mais toujours hanté par les rapports entre théâtre et cinéma. La mort annoncée d’un des personnages, dont tout le monde parle mais qu’on ne verra jamais, va révéler chez des êtres vieillissants, pétrifiés dans leurs mensonges et leur vie bourgeoise, désirs et angoisses, pulsions de vie et peur de

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Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

ECRANS | Boyhood de Richard Linklater. La Belle et la Bête de Christophe Gans. Macondo de Sudabeh Mortezai. La Deuxième partie de Corneliu Porumboiu.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

La Berlinale touche à sa fin, et c’est peu de dire que le marathon fut intense — 32 films vus en huit jours ! Intense et paradoxal, car on y a vu des choses tout à fait extraordinaires, dans des conditions souvent exceptionnelles — les équipements cinématographiques berlinois sont impressionnants, et cette édition fut marquée par la réouverture du mythique Zoo Palast, entièrement rénové et d’un luxe à tomber par terre, avec ses sièges inclinables et sa moquette de dix centimètres d’épaisseur ! Le truc, c’est que ces films-là sont sans doute ceux qui auront le plus de mal à se frayer un chemin dans les salles françaises, tant ils sont par nature des objets radicaux et, disons-le, invendables. On en donnera un exemple à la fin de ce billet, mais c’est surtout au Forum, il est vrai dédié aux formes nouvelles et expérimentales, que l’on a trouvé ces objets passionnants. La compétition, elle, était médiocre. Le meilleur film, c’était d’évidence le Grand Budapest hotel de Wes Anderson, et on verra samedi soir si le jury emmené par le producteur, scénariste et bras droit de Ang Lee James Schamus nie ladite évidence et préfère, comme c’est hélas souvent le cas, se démar

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Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

ECRANS | Aloft de Claudia Llosa. La Tercera orilla de Celina Murga. Black coal, thin ice de Diao Yinan. No man’s land de Ning Hao.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

Définitivement incernable, la compétition berlinoise… Et pas terrible, soyons honnêtes. Deux films sont encore allés s’échouer dans le néant festivalier, comme si la série A de la Berlinale se plaisait à compiler, exemples à l’appui, tout ce que le cinéma actuel peut produire d’œuvres confites dans les académismes. La Tercera orilla, premier long argentin de Celina Murga, est ainsi un prototype de world cinema dont on cherche jusqu’au bout ce qui a pu motiver sa réalisatrice à entreprendre un tel projet, qu’on a déjà vu au minimum mille fois sur grand écran. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte, les difficiles relations père / fils, une petite touche de critique sociale — petite, toute petite — et une mise en scène d’une sagesse absolue, où il s’agit avant tout de chercher la note juste, la bonne durée, la lumière belle mais pas trop, et de montrer que l’on sait raconter son histoire et diriger ses comédiens. Pas de souci à ce niveau-là, mais où est l’appétit ? Où est l’envie de bousculer la forme ? Où est le désir d’imposer un point de vue nouveau sur son sujet ? Nulle part, désespérément nulle part… Sundancerie Claudia

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Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

ECRANS | Inbetween worlds de Feo Aladag. Praia do futuro de Karim Aïnouz. Stratos de Yannis Economides. Dans la cour de Pierre Salvadori. The Darkside de Warwick Thornton. Butter on the latch de Josephine Decker.

Christophe Chabert | Mercredi 12 février 2014

Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

Dernière ligne droite pour la Berlinale 2014, avec une journée de compétition particulièrement éprouvante. Les trois films présentés dans la course à l’Ours d’or représentaient chacun un écueil du "film pour festivals", et s’il reste quelques espoirs dans les jours à venir — avec le Linklater, le Claudia Llosa et les deux films chinois dont on ne sait à vrai dire pas grand chose — on voit mal comment Anderson, Resnais et la révélation ’71 pourrait manquer au palmarès final. La guerre, calme plat Commençons par Inbetween worlds, deuxième film de Feo Aladag après L’Étrangère, qui s’était frayé un chemin dans les salles françaises il y a quelques années. Ça va sans doute être plus dur pour celui-là, tant on y décèle ni personnalité forte derrière la caméra, ni traitement original de son sujet. On y voit un contingent de soldats allemands envoyé en Afghanistan pour sécuriser une zone que se disputent Talibans et villageois résistants. Le lieutenant chargé de l’opération, Jesper, fait appel à un traducteur, Tarik, lui-même pris "entre deux mondes", rêvant de quitter l’Afghanistan où on le prend pour un traître et où on men

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

ECRANS | Things people do de Saar Klein. The Better angels de A. J. Edwards. In order of disappearance de Hans-Peter Molland. Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais.

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

ECRANS | Nymphomaniac volume 1 (version longue) de Lars von Trier. Kreuzweg de Dietrich Brüggemann. Historia de miedo de Benjain Naishtat. A long way down de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, jes journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce qui faisait déjà la force de la version courte — l’humour insolent, la logorrhée figurative, les morceaux de bravoure comme le chapitre sur Mrs H. / Uma Thurman — en y ajoutant une dimension imp

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Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | Is the man who is tall happy ? de Michel Gondry. We come as friends de Hubert Sauper. L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux. ’71 de Yann Demange.

Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

ECRANS | Jack d’Edward Berger. La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb. Grand Budapest hotel de Wes Anderson.

Christophe Chabert | Vendredi 7 février 2014

Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

Premier séjour à la Berlinale et arrivée un peu chaotique. Il faut dire que, pour le Français habitué à l’organisation cannoise, celle de Berlin est aux antipodes. Là où Cannes se déroule entre professionnels de tous bords, avec un système de «classes» pour les hiérarchiser, Berlin est un festival ouvert au public, qui achète en masse des places pour les quelques 150 films présentés, et regroupés en sections — la compétition, le panorama, le forum, mais aussi une sélections de classiques, de films pour enfants, de documentaires, et même des films dont le thème est la cuisine ! On trouve dans chacune d’entre elles quantité de séances spéciales, et pas forcément les moins intéressantes, donc il faut se frayer un chemin dans cette programmation tentaculaire et éclatée géographiquement à l’intérieur de la ville, tout en chassant le ticket d’entrée. Un sport qui nécessite un certain entraînement. Il aura donc fallu attendre ce vendredi pour découvrir le nouveau Wes Anderson, Grand Budapest hotel, prestigieux film d’ouverture, un rôle auquel les films d’Anderson semblent cantonnés —

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa concision et

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre derrière un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch — une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées — à son contexte — la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale — semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de re

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La traversée du "Désert"

ECRANS | Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point (...)

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

La traversée du

Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point final de la carrière de Valerio Zurlini, tient du miracle autant que du mirage. En 1976, le cinéaste tourne, avec un casting impressionnant (Trintignant, Gassman, Noiret, von Sydow, Terzieff et, dans le premier rôle, un Jacques Perrin éblouissant) cette adaptation hallucinée du roman de Dino Buzzati aux confins de l’Iran, dans une citadelle en ruine au milieu du désert. Mais le film ne cherche pas l’épique, au contraire : affecté à Bastiano, sur une "frontière morte", un jeune lieutenant y découvre un microcosme militaire figé dans ses cérémoniaux, attendant une guerre qui ne vient pas, se construisant ses légendes et ses chimères pour donner un sens à sa présence et ne pas sombrer dans la folie. L’espace-temps du film tire constamment vers l’abstraction : à quelle époque sommes-nous ? Dans quel pays ? De quelle armée s’agit-il ? La citadelle devient ainsi un théâtre inquiétant d’où personne ne cherche vraiment à partir ; et quand le héros réussit en

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No New York

MUSIQUES | Accompagné d'un "déroutant" trio de musiciens français baptisé les Contorsions, la légende de la no wave new-yorkaise James Chance revient faire le sexe au sax, entre les convulsions noires de l'hédonisme funk et l'épilepsie blafarde du nihilisme punk. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 1 mars 2013

No New York

Lorsque, ivre et gonflé de notre enthousiasme, nous avons annoncé il y a quelques semaines la venue de James Chance & the Contortions, nous avons reçu un courrier rectificatif de lecteur-animateur radio qui nous a bien boulé : «Attention : ce qui vient, ce n'est pas James Chance and The Contortions (groupe de New York), c'est James Chance et les Contorsions (groupe de Poitiers). Seul James Chance est le même. Mais pas le backing band !! Et pour avoir vu les deux, je peux dire que ça fait une sacrée différence…… Mais pas dans le bon sens !!!!!!». Dans le genre rabat-joie, merci bien. Vous aurez d'ailleurs noté les six points d'exclamations, ainsi qu'un abus caractérisé du point de suspension propre à arrêter le pendule de Foucault – aux dernière nouvelles une équipe de techniciens serait parvenue à le faire redémarrer (ouf !). Teenage Jesus Bon, c'est vrai un groupe de Poitiers en lieu et place de l'original from NY, voilà qui a de quoi doucher votre enthousiasme. Avec tout le respect, immense, qu'on a pour le Poitou, si le Velvet avait été originaire de, mettons, ben Poitiers tiens, la face du monde en eut été changée. On peut don

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The French Invasion

MUSIQUES | Tous à vos marinières ! Si The Bewitched Hands et Concrete Knives sonnent comme le meilleur de la pop anglo-saxonne, ils n'en sont pas moins les ambassadeurs d'une pop française dont le renouveau est un éternel recommencement. Et une arme fatale pour conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 novembre 2012

The French Invasion

Il fut une époque où la pop des régions (on n'a plus le droit de dire « provinciale », ça fait parigot) avait pour épicentres Toulouse ou Rennes. Nancy fut également un temps à la pointe, on en a encore la preuve la semaine prochaine avec le retour de Kas Product – improbable créature américano-lorraine qui fit danser jusqu'outre-Manche. Puis Clermont-Ferrand plus récemment, dans le sillage de la Coopérative de Mai. Si l'on devait aujourd'hui distinguer les deux places to be en matière de musique de jeunes, nul doute que Reims et la Basse-Normandie (Caen et ses environs) sortiraient haut la main du chapeau.   D'un côté, The Shoes ou Yuksek, Alb, The Film ou Brodinski ont déjà fait des dégâts aussi bien dans la presse que sur les dancefloors ou, comme disait Coluche, « dans les milieux autorisés ».   De l'autre, le bocage normand est actuellement en train d'accoucher d'une ribambelle de formations toutes plus sexys et créatives les unes que les autres (Lanskies, Chocolate Donuts, Da Brasilians, Jesus C

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Le Grand Soir

ECRANS | Comme s’ils étaient arrivés au bout de leur logique cinématographique, Gustave Kervern et Benoît Delépine font du surplace dans cette comédie punk qui imagine la révolution menée par deux frères dans un centre commercial. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 juin 2012

Le Grand Soir

Dans Mammuth, le cinéma de Kervern et Delépine semblait toucher son acmé : leur colère froide, leur art de la mise en scène à l’humour très noir, leur goût pour le road movie, tout cela était transcendé par la rencontre avec Gérard Depardieu, à la fois grandiose et nu, dans l’abandon à son personnage et la réinvention de sa légende. Avec Le Grand Soir, c’est l’inverse qui se produit : le sujet était taillé pour eux (deux frères, l’un punk, l’autre représentant dans un magasin de literie, vivent les ravages de la mondialisation depuis un centre commercial) et l’idée de réunir Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, acteurs géniaux qui n’avaient jamais tourné ensemble, ressemblait à un coup de génie. Le film débute d’ailleurs par une séquence qui aurait pu être d’anthologie : face à leur paternel incarné par un impassible Areski Belkacem, les deux se lancent dans une logorrhée croisée où aucun n’écoute l’autre. En fait, on touche

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De rouille et d'os

ECRANS | Définitivement dans le cercle des meilleurs cinéastes français en activité, Jacques Audiard arrive à ne presque pas décevoir après Un prophète tout en abordant, avec une intelligence constante de la mise en scène, les rivages du mélodrame. Un grand et beau film. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

De rouille et d'os

On se disait que le crescendo qu'a connu la carrière de Jacques Audiard ne pouvait que marquer le pas après cette bombe qu'était Un prophète. De fait, si De rouille et d'os ne reproduit pas l'effet de sidération du film précédent, c'est surtout par son abord plus modeste : pas de grande narration à épisodes, mais une structure classique, en trois actes ; pas de relecture d'un genre transmuté par la réalité des corps et des enjeux de la France contemporaine ; et pas d'apparition d'un acteur jusqu'ici inconnu, même si Matthias Schoenaerts, authentiquement génial, n'a connu qu'une gloire récente et limitée auprès du noyau dur de la cinéphilie avec Bullhead. Et pourtant, dans un cadre plus étroit, avec un sujet casse-gueule (la rencontre entre une dresseuse d'orques amputée des jambes et un agent de sécurité s'occupant tant bien que mal de son gamin de cinq ans), Audiard évite tous les écueils, prend des risques, pense tout en termes de mise en

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Nid d'abeilles

MUSIQUES | Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 9 décembre 2011

Nid d'abeilles

Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre au Kraspek Myzik en compagnie de Jesus is my girlfriend, ça ne va guère plus loin. La formule n'est pas plus alambiquée, elle ne cherche pas à se compliquer la vie. Jessica Larrabee (un nom à jouer dans un western, auquel elle doit d'ailleurs son surnom, Bee) à une voix à se damner dont elle se sert comme d'un casseur de cailloux pour se donner du courage sous le cagnard. Sans effet de manche aucun, à l'ancienne. Pendant qu'Andy LaPlant (vivace mais pas verte) casse ces mêmes cailloux à grands coups de bâtons. Ressort de l'ensemble, un blues-rock qui tranche avec le reste de la production mixte habituelle : un côté laid-back, une rage rentrée qui jamais ne saute à la gorge. Plus blues de perron que blues de cave. Si bien qu'on pourrait croire ces deux-là échappés de quelques plantations du Sud, quand ils sont de Brooklyn la grouillante. Mais il est vrai que de plus en plus, on garde des abeilles en ville pour préserver l'équilibre naturel du monde.Stéphane Duchêne

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Les Géants

ECRANS | Après son réussi Eldorado, Bouli Lanners continue de creuser son chemin en tant que réalisateur. Plus ambitieux, Les Géants s’attache à un trio de gamins (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Les Géants

Après son réussi Eldorado, Bouli Lanners continue de creuser son chemin en tant que réalisateur. Plus ambitieux, Les Géants s’attache à un trio de gamins perdus, traînant pendant un été dans une maison de campagne déserte, obligés de passer en mode survie et de commettre quelques mauvais coups. Dans sa première partie, le film à la bonne idée de confronter ces enfants en roue libre à une bande de rednecks wallons bien plus bizarres et inquiétants, ce qui a le mérite de tuer dans l’œuf toute tentative de récupération sociologisante (genre la délinquance chez les mineurs…). La mise en scène ample et précise de Lanners donne ainsi à ce bout de Belgique sauvage des allures de Délivrance francophone, utilisant un humour très noir (et très belge) dans la lignée de Delvaux ou Du Welz. Bizarrement, alors qu’il se tire avec panache des pièges les plus compliqués de son histoire, le cinéaste s’avère beaucoup moins à l’aise quand il s’agit d’accompagner la dérive (littérale, cette fois) des gamins le long d’une rivière. S’essayant au conte cruel de l’enfance façon La Nuit du Chasseur, Bouli Lanners montre surtout les limites de son scénario. Là où on attendait un envol, le film a tendance

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La Proie

ECRANS | Un braqueur de banque s’évade de prison pour mettre hors d’état de nuire un pédophile : avec un humour noir, un esprit anar et une réelle efficacité, Eric Valette confirme qu’il sait faire en France du cinéma de genre crédible. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

La Proie

On dresse des lauriers prématurés à Fred Cavayé, Olivier Marchal est désormais intouchable, mais Éric Valette reste négligé par ceux qui rêvent d’une résurrection du cinéma de genre français. Maléfique et Une affaire d’état  montraient pourtant que Valette en avait dans l’estomac, et qu’il savait adapter les codes du film d’horreur et du polar d’espionnage à la réalité hexagonale contemporaine. La Proie sonnera-t-il l’heure de la reconnaissance ? Si le film n’est pas sans défaut (un passage à vide au cœur du récit), il confirme l’intelligence de son metteur en scène et sa montée en puissance. L’intrigue, astucieuse, commence quand Franck Adrien, un braqueur de banques emprisonné (Dupontel, dans un impressionnant registre physique) confie à son co-détenu Jean-Louis ses secrets. Condamné — à tort selon lui — pour viol sur mineure, Jean-Louis est libéré et s’empresse de récupérer le magot planqué par Adrien, avant de kidnapper sa fille. Une sanglante évasion plus tard, Franck se met en chasse du pédophile tandis que la police est à ses propres trousses. Les racines du mal De cette course contre la montre, Valette tire d’

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