Ce sentiment de l'été

ECRANS | De Mikhaël Hers (Fr, 1h46) avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière... Sortie le 17 février

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Photo : © DR


Si Mikhaël Hers situe son film successivement à Berlin, Paris, Annecy et New York, lui semble résider en ce pays plus virtuel mais transversal qu'est la nostalgie. L'inspiration qu'il en tire connaît des fortunes diverses : Memory Lane (2010), film de bande flasque, avait manqué le coche ; Ce sentiment de l'été réussit en revanche avec une remarquable délicatesse à emmagasiner toutes les promesses de son titre elliptique (telle l'impression physique de la chaleur irradiante) en évoquant comme rarement le deuil à travers l'absence.

Celle d'un personnage dont la mort survient de manière inattendue et dont la cérémonie funéraire elle-même est occultée. Seuls restent les vivants, devant composer avec leur stupeur muette, avant de recomposer leur vie. Plutôt que de les montrer succombant à la déréliction et la déprime, Hers les présente pendant des phases de reconstruction.

Ce parti pris se retrouve à l'écran : avec son gros grain vibrionnant, ses couleurs vives, l'image rappelle le format 16mm du cinéma son direct, avide de parcourir les rues en quête d'un souffle de vie nouveau et d'inattendu. Une pulsion d'énergie vitale inhabituelle pour un tel sujet, si souvent traité en mode macabre. VR

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Kebab de Chëf, comme à Berlin

Food | Chaque midi, une foule d’affamés attend, parfois une heure durant, de pouvoir croquer dans un kebab de Chëf (10 rue Terme, de 11h30 jusqu’à la fin des (...)

Adrien Simon | Mercredi 19 mai 2021

Kebab de Chëf, comme à Berlin

Chaque midi, une foule d’affamés attend, parfois une heure durant, de pouvoir croquer dans un kebab de Chëf (10 rue Terme, de 11h30 jusqu’à la fin des broches, fermé le dimanche). Un pain turc généreusement garni de lamelles de poitrine de veau mariné (ou de poulet, et même de seitan), d’une tonne de légumes cuits et crus (dont du chou rouge), de feta, et d’un trait de jus de citron, comme à Berlin. Ce qui fait courir les amateurs, c’est la promesse d’un 'dwich intégralement maison : du pain aux sauces, en passant par la broche assemblée sur place. Besma Allahoum, qui a mûri le projet pendant quatre ans avec son frère Redouane, jure qu’elle ne boostera pas le volume au détriment de la qualité. « On n’a même pas de congélateur » ajoute-t-elle en riant.

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Faire écran à l’amour : "À cœur battant" de Keren Ben Rafael

Romance | Une curiosité, avec Judith Chemla et Noémie Lvovsky.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Faire écran à l’amour :

Le titre international, The End of Love, est un divulgâcheur de première ! Oui, les deux amants se parlant durant tout le film par Skype interposé, vont rompre à la fin. Anticipant avec une prescience stupéfiante “l’effet Zoom“ du confinement, Keren Ben Rafael montre la déliquescence d’un couple binational séparé par l’attente d’un visa. Elle en France, lui en Israël, leur amour ne survit pas à l’éloignement des corps malgré un bébé et l’omniprésence des écrans. S’il n’a rien de révolutionnaire, le dispositif est ici utilisé de manière très efficace dans un film ménageant d’authentiques séquences de tension dramatique (voire de suspense) en posant l’éternelle question de la difficulté de surmonter des cultures différentes. Une curiosité. À Cœur battant ★★☆☆☆ Un film de Keren Ben Rafael (Fr-Isr, 1h30) avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky…

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Le souffle de Berlin au Lavoir Public

CONNAITRE | Au sein de leur collection "10 (artistes) + 100 (lieux)", les éditions Henry Dougier passent au crible la créativité des métropoles telles qu'Athènes ou (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 novembre 2019

Le souffle de Berlin au Lavoir Public

Au sein de leur collection "10 (artistes) + 100 (lieux)", les éditions Henry Dougier passent au crible la créativité des métropoles telles qu'Athènes ou Lisbonne. Il était bien normal que Berlin soit de la partie. Du dramaturge Falk Richter au street-artiste Jim Avignon, de la Hamburger Bahnhof à la Volksbühne en passant par le Berghain, les clés de cette ville bouleversante se dévoilent sous la plume de Catherine Lecoq qui sera au Lavoir Public le samedi 9 novembre, jour du trentième anniversaire de la chute du Mur, à 18h en apéro de la soirée clubbing Arm Aber Sexy qui, par son incroyable attractivité, dit à quel point Lyon a besoin de se berliniser.

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La Cordonnerie, des contes en triple

Théâtre | Toujours en vadrouille à travers la France, les Lyonnais de la compagnie La Cordonnerie sont régulièrement rappelés par le théâtre de la Croix-Rousse qui leur offre un jubilé début novembre avec la reprise de trois de leurs ciné-concerts : des contes distordus avec brio.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

La Cordonnerie, des contes en triple

Depuis le début des années 2010, les tubes s'enchaînent pour La Cordonnerie. Ils ont leur recette qui, loin de s'affadir, prouve de création en création qu'elle contient les bons ingrédients. Ainsi Métilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent-ils des ciné-spectacles à partir des contes, voire en tirant Shakespeare et Cervantès par la manche ((Super) Hamlet repris dans cet hommage et Dans la peau de Don Quichotte). En 2015, ils livraient Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, qui sera joué ici le jour même de la célébration de ce trou percé dans la capitale allemande le 9 novembre 1989. Le Théâtre de la Croix-Rousse y adjoint judicieusement dans la foulée un concert de Rostropovitch par le Quatuor Debussy. En ce jour historique, le Russe avait attrapé son violoncelle pour interpréter Bach au pied de ce pan de la honte. Il était une fois Mais pour entamer cette rétrospective du duo lyonnais, Hansel et Gretel reviennent. Ce ne sont pas les enfants de Grimm mais un couple de vieux. Ils ont été magiciens, stars de l'émission La Piste aux étoiles

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Corps et âme : "Vif-Argent"

Fantastique | Juste n’est plus vraiment de ce monde : invisible aux vivants, il a négocié avec las “autorités” de l’au-delà pour accompagner les défunts de l’autre côté, en leur faisant raconter un souvenir. Il croise un jour Agathe, bien vivante, qui le voit et le reconnaît. La mécanique serait-elle enrayée ?

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Corps et âme :

De tous les films ayant fréquentés la Croisette cette année et qu’il nous ait été donné l’occasion de voir pour l’instant, celui-ci qui figurait dans la sélection de l’ACID déploie sans doute la plus grande ambition poétique… tout en demeurant d’une exquise et discrète sensibilité. Déjà auréolé du Prix Jean-Vigo, Vif-Argent mérite qu’on lui consacre de l’attention. Juste apparaît (comme le titre le laisse entendre) pareil au messager des dieux mercurial, et doit rendre des comptes à la redoutable Dr Kramartz (autrement dit, “la doctoresse de la substance“). Ni vivant ni trépassé, il se trouve de fait prisonnier d’une zone intermédiaire qui n’est pas sans évoquer celle jadis conçue par Cocteau pour sa transposition du mythe d’Orphée, dont ce film constitue une forme de continuité : après tout, il s’agit bien d’aller reconquérir un amour avalé par le royaume d’Hadès ? Cette vision contemporaine et apaisée des psychopompes antiques, peu éloignée des anges wendersiens, dégage un fantastique diffus, ainsi qu’un érotisme qui en confortent le charme mystérieux

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Elise Otzenberger : « Si ça permettait à des gens d’être curieux, ce serait formidable »

Lune de miel | D’une histoire intime inscrite dans l’Histoire, Élise Otzenberger a tiré une tragi-comédie aux faux-airs de Woody Allen émaillée de séquences documentaires et de dialogues volontiers corrosifs. Tête à tête à l’occasion des Rencontres de Gérardmer…

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Elise Otzenberger : « Si ça permettait à des gens d’être curieux, ce serait formidable »

Avec ses couleurs désaturées et ses contrastes marqués, votre film possède un côté un peu passé, semblable aux vieilles photos patinées — des photos qui sont très présentes, évoquant l’idée d’une mémoire qui ressurgit… Élise Otzenberger : Oui, effectivement. J’avais beaucoup parlé à ma cheffe-opératrice de références dans le cinéma américain des années 1970, et de films comme Le Lauréat ou Kramer contre Kramer ayant cette notion de couleur assez importante. Très rapidement, on s’est aussi rendues compte de l’importance des photos dans l’histoire et qu’il fallait leur donner une présence très forte. Chez moi, ma mère a passé sa vie à dire : « Ah, je vais faire des albums photos, je vais faire des albums photo ! » sans jamais en faire. On avait des tonnes de cartons dans lesquels les photos formaient un fouillis complètement anachroniques, et où j’ai passé des heures de mon enfance — c’était assez joyeux ! Je pense qu’on est pas mal de familles dans ce cas, pas uniquement juives. La photog

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Suites polonaises : "Lune de Miel"

Comédie | De Elise Otzenberger (Fr, 1h28) avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Suites polonaises :

Anna et Adam partagent leur vie, un enfant et des origines juives polonaises. Quand Adam est invité à une commémoration dans le village de Pologne d'où venaient ses grands-parents, Anna saisit l'occasion pour l'entraîner dans un pèlerinage intime. Qu'elle prend plus à cœur que lui… Ce film tient de la quadrature du cercle, et il pourrait faire bondir celles et ceux qui s’arrêteraient à sa surface de comédie sentimentale et familiale traitant… de l’héritage de la Shoah. Nulle provocation chez Élise Otzenberger, bien au contraire, pour qui l’humour a sans doute été un formidable outil cathartique. Nourrie d’histoire(s) familiale(s), Lune de Miel rappelle avec son entame rapide dynamisée par les répliques délirantes du personnage de Brigitte Roüan, les grandes heures du cinéma de Woody Allen époque Annie Hall / Manhattan : le socle dramatique est submergé par le rire et l’absurde, comme pour faire diversion. Au fil du voyage cependant, la fiction va à plusieurs reprises être entrecoupée par des sé

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La voix est libre : "Grâce à Dieu"

Le Film de la Semaine | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

La voix est libre :

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et Mgr Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’Histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ de Mars, François Ozon pose son bagage onirique pour affronter un comportement pervers non imaginaire dans un film filant comme une évidence de la première image du trauma à la révélation. A-t-on déjà vu en France pareille écriture scénaristique, à la fois méthodique et

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La passante aux cent soucis : "3 jours à Quiberon"

Le Film de la Semaine | Emily Atef et Marie Bäumer ressuscitent Romy Schneider au cours d’un bref épisode de sa vie. Mais davantage qu’un “biopic à performance“, ce film tient de l’essai cinématographique, du huis clos théâtral et du portrait de femme, d’actrice, de mère.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

La passante aux cent soucis :

1981. En plein doute sentimental et professionnel, Romy Schneider est partie en cure de repos à Quiberon. Bien qu’en froid depuis des lustres avec la presse allemande, elle accepte au nom de son amitié avec le photographe Lebeck une interview pour le Stern. L’occasion de faire le point… Cénotaphe froidement révérencieux, hagiographie méthodique, recueil d’images dorées autorisées… Le biopic est sans nul doute le genre cinématographique le plus prévisible et le moins passionnant. Si l’on y songe, il procède d’ailleurs trop souvent d’un dialogue d’initiés entre un fétichiste — le cinéaste — et une foule de fans autour de l’objet de leur fascination commune ; fascination quasi-morbide puisque l’idole en question a la plupart du temps trépassé. Alors que le cinéma est un art (collectif) de la fabrication, de la reconstitution, rares sont les films osant s’affranchir du cadre illusoire de l’histoire officielle pour construire une évocation : ils préfèrent s’engager dans l’impossible réplique du modèle… S’employer à le cerner plutôt que de le contrefaçonner permet de se débarrasser du leurre du mimétisme, et donn

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Goodbye Berlin

ECRANS | En voiture ! Mais pas dans n’importe laquelle… dans une Lada bleue "empruntée". Pour la fin de la saison Ciné-Berlin, le cinéma Mourguet projettera sur (...)

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Goodbye Berlin

En voiture ! Mais pas dans n’importe laquelle… dans une Lada bleue "empruntée". Pour la fin de la saison Ciné-Berlin, le cinéma Mourguet projettera sur grand écran le film inédit de Fatih Akin, Goodbye Berlin. Embarquez aux côtés de Maik et Tschick pour un périple sensationnel sur le chemin de la liberté et de l’amitié, en plein milieu de la campagne berlinoise. Mais attention : à ne pas reproduire chez vous ! Goodbye Berlin Au cinéma Mourguet le mardi 29 mai à 20h

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

La Prière | De retour de la Berlinale, où son film a été distingué de l’Ours d’argent pour son jeune interprète Anthony Bajon, Cédric Kahn se confie. Sans se faire prier.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

Votre personnage “n’existe” cinématographiquement que durant son passage dans la communauté… Cédric Kahn : J’avais écrit une première version du scénario il y a cinq ans, où on racontait l’avant, d’où il venait. Mais il ne fonctionnait pas. Ce projet a marché à partir du moment où l’on a mis la prière au centre du récit. Cela s’est fait par étapes : le film commence quand il arrive et finira quand il part, comme un western ; comme quelqu’un qui tape à la porte du ranch et dit : « sauvez-moi ! ». La situation était tellement forte, simple et lisible que plus on en racontait, plus elle s’affaiblissait. On ne trouvait pas de meilleur enjeu que l’histoire d’un gars arrivant en disant : « j’ai failli mourir et j’ai envie de vivre ». Tous les détails ajoutés sur la biographie amenuisaient le personnage. C’est assez étrange, et un peu contraire à toutes les règles du scénario. Quelles ont été vos sources documentaires ? Comment avez-vous recueilli les parcours de vie des résidents s’exprimant face caméra ? Le scénariste est allé vivre dans une comm

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Zombies et homme : "La Nuit a dévoré le monde"

BRAIIIN ! | Escape game dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Zombies et homme :

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex — où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive —, Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero — lequel, là où il réside à présent, ne doit plus avoir le mélanocyte très vaillant —, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, qui contribuent de surcroît au décloisonnement des univers, et prouvent aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir

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Cerf moi fort : "Corps et Âme"

ECRANS | Improbable comme la rencontre entre un homme au bras handicapé et une femme légèrement autiste dans un abattoir hongrois, cette romance nimbée d’onirique pleine de vie dans un lieu de mort touche au cœur par sa subtile poésie. Ours d’Or à la Berlinale 2017.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Cerf moi fort :

Contrôleuse qualité récemment arrivée dans l’abattoir que dirige Endre, Mária se distingue par sa distance impassible et sa froideur mécanique. Découvrant par hasard qu’ils effectuent chaque nuit le même rêve, ils tentent de se rapprocher l’un de l’autre les jours suivants. À pas feutrés… À mille lieues du cynisme dont l’époque se pourlèche, deux des plus grands festivals cinématographiques de la planète ont accordé cette année leur distinction suprême à des œuvres présentant une étrange gémellité, ainsi qu’une formidable audace : elles proposaient une authentique romance ; une histoire d’amour pure et simple entre deux êtres marginalisés par le reste du monde. Ainsi le Lion vénitien a-t-il rugi pour La Forme de l’eau de Guillermo del Toro — patience : il ne sera sur les écrans qu’en février —, et l’Ours berlinois hurlé pour cet apprivoisement délicat, cette union de deux solitudes glacées célébrée par une cinéaste aussi rare que résolue

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Ciné-Berlin à Sainte-Foy-lès-Lyon

Ciné-Club | Les cinémas indépendants savent que leur salut passe par l’originalité de leur programmation, et leur faculté à proposer des rendez-vous alternatifs. C’est (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Ciné-Berlin à Sainte-Foy-lès-Lyon

Les cinémas indépendants savent que leur salut passe par l’originalité de leur programmation, et leur faculté à proposer des rendez-vous alternatifs. C’est ainsi que l’on voit refleurir des ciné-clubs thématiques, à l’image du Ciné-Berlin du Ciné-Mourguet qui projette De l’autre côté du Mur, un drame historique de Christian Schwochow, narrant le destin funeste d’une Republikflüchtige ayant réussi à quitter la RDA, sans pour autant trouver le bonheur en RFA. Où qu’ils soient plantés, les murs lacèrent les vies autant que les paysages… Ciné-Berlin Au Ciné-Mourguet le mardi 7 mars à 20h

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Berliner, le (wunder)bar qui réchauffe

Berliner | Déco chiadée, ambiance musicale habilement orchestrée, clientèle cosmopolite, atmosphère décontractée, Bitburger à gogo, cocktails savamment étudiés… Pas de doute, vous êtes à Berlin. Willkommen !

Julie Hainaut | Mardi 14 février 2017

Berliner, le (wunder)bar qui réchauffe

La porte d’entrée est aussi minuscule que le lieu est immense (il y a trois niveaux). À peine poussée, un « Bienvenue » sincère (et avec accent, s’il vous plaît) retentit. Le barman nous sourit et continue à manier son shaker avec dextérité. Au bar, des habitués anglophones commandent une Köstritzer Meisterwerke (bière allemande), d’autres picorent des hot-dogs. L’escalier en colimaçon nous fait de l’œil. On s’installe à l’étage. Les canapés biens charnus nous happent. La playlist rock également. L’ambiance cosy, anti-bling et ultra-étudiée aussi. Un coup d’œil à la carte : pas de mojito ni de Sex on the beach. Joie. Ce sera un Jamaican me german : il y a notamment du rhum (on a besoin de se remettre du froid) et du Jägermeister (une liqueur à base de plantes médicinales, on a VRAIMENT besoin de se remettre du froid). Le cocktail est vite englouti, on est presque réchauffé et on en testerait bien un deuxième, bitte schön. Le barman nous propose d’en réaliser un sur-mesure, selon nos goûts. Ils n’ont pas de baies de goji (on a vraiment demandé, on est à Berlin, quand même). Ce sera fraise et citron (et alcool, on a toujours besoin de se récha

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"Une vie" Brizé

Le Film de la Semaine | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner “l'adaptation” d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de Jeanne — un hobereau quasi sosie de Schubert —, a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougie

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"Seul dans Berlin" : graines d’espoir

ECRANS | de Vincent Perez (All-Fr-GB, 1h43) avec Emma Thompson, Brendan Gleeson, Daniel Brühl…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

1940. Son fils unique mort au front, un couple berlinois se lance dans une opération d’opposition aussi symbolique que dérisoire : disséminer dans la capitale allemande des cartes postales revêtues de libelles hostiles au régime nazi. Un policier est à ses trousses… « Jusqu’à présent nous vivions dans l’angoisse ; désormais, nous vivrons dans l’espoir ». À sa manière, le couple héroïque du film pourrait revendiquer les paroles de Tristan Bernard lorsqu’il fut transféré au camp de Drancy. N’ayant plus de raison de vivre ni d’attaches, à part l’un à l’autre, ils se dévouent à la cause de la liberté. Cinéaste sobre, Vincent Perez reconstitue les "âmes grises" de l’époque, travaille la pesanteur psychologique sans négliger la finesse des émotions qui transitent beaucoup par le non-dit : Gleeson et Thompson échangent des regards d’une belle intensité tout en conservant leur pudeur de vieux époux. Thriller historique sur des faits de guerre rarement évoqués car peu ”spectaculaires“, Seul dans Berlin dépeint enfin l’ambiguïté des comportements de la “majorité silencieuse”— celle qui fait advenir les dictatures — et

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Vincent Pérez, seul dans Berlin

ECRANS | Comédien et photographe bien connu, Vincent Pérez est aussi un cinéaste discret dont le premier film, Peau d’ange (2002), méritait le coup d'œil. Il vient de (...)

Vincent Raymond | Mercredi 2 novembre 2016

Vincent Pérez, seul dans Berlin

Comédien et photographe bien connu, Vincent Pérez est aussi un cinéaste discret dont le premier film, Peau d’ange (2002), méritait le coup d'œil. Il vient de signer sa troisième réalisation, Seul dans Berlin, avec notamment Emma Thompson, qu’il vient présenter en avant-première au profit d’une association dont il est depuis des années le fidèle parrain : Enfants Cancers Santé (www.enfants-cancers-sante.fr). En y assistant, vous joindrez l’agréable à l’utile. Au Pathé Bellecour le jeudi 3 novembre à 20h

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"Fuocoammare, par-delà Lampedusa" : un Ours à la mer

ECRANS | de Gianfranco Rosi (It-Fr, 1h49) documentaire…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Quelques fragments de la vie ordinaire d’habitants de la petite île méditerranéenne de Lampedusa, où arrivent (échouent ?) les réfugiés en provenance d’Afrique du Nord ; le contraste saisissant entre l’insouciance des gamins de pêcheurs, les difficultés de leurs parents renonçant à affronter la mer par gros temps, et puis les migrants prêts à tout pour fuir la misère, y compris à braver les éléments… En décernant l’Ours d’Or à Fuocoammare, le jury de la Berlinale a eu la certitude d’accomplir un “geste politique”, ce documentaire abordant un sujet d’actualité urticant. Sauf que le traitement choisi laisse, à tout le moins, perplexe. Rosi filme “l’omniprésente absence” des migrants pendant la majorité du temps, histoire de transformer en abstraction la catastrophe humanitaire, puis assène une séquence de sauvetage en filmant avec une crudité bien frontale des malheureux à l’agonie. Un procédé des plus douteux mettant à mal l’éthique — mais pas l’esthétique, soignée avec un amour indécent. Empilant les saynètes tirées du quotidien, Rosi passe à côté de son sujet : il aurait dû faire du médecin de Lampedusa — le seul à

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Une Blanche Neige détricotée par La Cordonnerie

Théâtre de la Croix-Rousse | Extraite du conte, Blanche Neige se cogne au réel. Et comme toujours avec le talent de la compagnie la Cordonnerie, cela fait du bruit ; ou plutôt des bruitages, magnifiquement pensés et réalisés.

Nadja Pobel | Mercredi 1 juin 2016

Une Blanche Neige détricotée par La Cordonnerie

Bienvenue au royaume ainsi nommé « par des architectes qui n'avaient pas peur du ridicule » car, très loin de l'univers parfois inquiétant mais toujours enchanté de Disney, celui-ci est fait de béton. Gris. Depuis qu'il a monté la Cordonnerie en 1997, Samuel Hercule — avec Métilde Weyergans qui l'a rejoint en 2003 — détricote les hits des enfants. Ali Baba, Barbe Bleue, Hansel et Gretel (à la Croix-Rousse à Noël prochain) passent à la centrifugeuse de ces deux artistes pour être transformés en objet vidéo et sonore. Un film projeté en fond de scène montre cette gamine « qui n'est pas blanche comme neige » en lutte avec sa mère, 42 ans, hôtesse de l'air, élevant mal an mal an une ado gothique mâchant du chewing-gum, casque vissé sur les oreilles, préfèrant fuguer dans la forêt que rester dans sa cité. Que fait le bruit des feuilles mortes sous les pas de Blanche ? Celui des bandes magnétiques de cassette audio froissée ! Tout l'environnement sonore ainsi que les doublages voix se font à vue ; comme le tra

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

ECRANS | « 13 minutes » d’Olivier Hirschbiegel. « Vergine giurata » de Laura Bispuri. « L’été de Sangaile » de Alanté Kavaïté. « Nasty baby » de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 13 février 2015

Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

À la Berlinale, on remet chaque année le Teddy Bear du meilleur film LGBT, une tradition qui fête ses vingt ans et qui a depuis fait école dans d’autres festivals (cf la Queer Palm de Cannes). On ne sait trop si c’est l’œuf qui a fait la poule ou les poules qui ont pondu des œufs, mais toujours est-il que la Berlinale est devenue un lieu important pour le lancement d’une saison entière de films gays, ceux-ci se retrouvant dans toutes les sections, mais plus particulièrement en compétition (comme le Greenaway d’hier) et surtout au Panorama, où il y en a à foison. 13 minutes, et deux heures de souffrance Avant de donner quelques exemples parmi ceux qu’on a vus durant cette semaine, arrêtons-nous sur 13 minutes, le nouveau Olivier Hirschbiegel, «auteur» de La Chute et de l’impérissable Diana, dont on ricane encore deux ans après l’avoir vu — même si Grace de Monaco l’a dépassé dans le genre biopic bidon de princesse ridicule. Hirschbiegel, dans le meilleur des cas, pourrait postuler au titre de Claude Berri allemand, alignant les grosses p

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Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

ECRANS | « Life » d’Anton Corbijn. « Eisenstein in Guanajuato » de Peter Greenaway. « Gone with the bullets » de Jiang Wen. « Ned Rifle » d’Hal Hartley.

Christophe Chabert | Jeudi 12 février 2015

Berlinale 2015, jour 7. Les revenants.

Ce septième jour à la Berlinale a été marqué par le retour de quelques cinéastes qui ont connu leur heure de gloire à une époque déjà lointaine. Mais, surprise, ce ne sont pas ceux que la compétition berlinoise a consacré qui ont le plus brillé, et c’est en définitive d’un outsider surgi du Panorama qu’a eu lieu la plus belle renaissance. Life, un Corbijn dévitalisé Mais avant de parler de ces revenants, attardons-nous sur un des films qu’on attendait le plus au festival cette année : Life, quatrième long d’Anton Corbijn avec le désormais incontournable Robert Pattinson. C’est une déception, laissant penser que le cinéaste ne fera sans doute jamais mieux que son premier opus, le magnifique Control. Pourtant, il y avait dans le sujet quelque chose qui semblait taillé sur mesure pour Corbijn. En 1955, un jeune photographe ambitieux, Robert Stock, tombe par hasard dans une fête à LA sur le jeune James Dean, qui vient de tourner À l’est d’Eden et postule pour le rôle principal de La Fureur de vivre. Pattins

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

ECRANS | « El Club » de Pablo Larraín. « The pearl button » de Patricio Guzman. « Mr Holmes » de Bill Condon. « As we were dreaming » d’Andreas Dresen.

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

Quelle édition de la Berlinale ! Pas encore remis du choc Malick hier, on a été cueilli dès le matin par le nouveau film de Pablo Larraín, El Club. On était curieux de savoir comment le cinéaste chilien allait négocier l’après No, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il avait annoncé que celui-ci bouclait sa trilogie sur les années Pinochet, et donc qu’il allait nécessairement passer à autre chose ; la seconde, c’est qu’après deux films forts mais encore un peu rigides et dogmatiques dans leur forme, Larraín avait fait un pas de géant avec No où il proposait un récit prenant servi par une mise en scène qui, malgré son caractère expérimental, ne créait aucune barrière entre le spectateur et ce qu’il y avait sur l’écran. El Club relève ce double tournant avec un brio que l’on n’attendait pas à ce degré d’excellence, ce qui suffit à faire de Pablo Larraín un des cinéastes les plus intéressants en activité, de ceux que l’on va suivre avec impatience dans les années à venir. El Club a donc parfaitement digéré les leçons appri

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Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

ECRANS | « Knight of cups » de Terrence Malick.

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2015

Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

Bien sûr, on a vu d’autres films aujourd’hui à Berlin… Bien sûr, monopoliser un billet entier pour un seul film, dans un festival, ce n’est pas forcément le contrat… Mais un nouveau film de Terrence Malick est un événement qui mérite qu’on lui accorde une place particulière. Et ce d’autant plus que Knight of cups est absolument admirable, surprenant pour ceux qui ne considèrent pas le cinéma de Malick seulement comme une suite d’images accompagnée de voix-off méditatives. Depuis ce sommet indépassable qu’était Tree of life, il semble que Malick se plaise à déplier les motifs qu’il avait synthétisés dans son œuvre phare, tout en ramenant son cinéma vers des sujets profondément actuels. Déjà, dans À la merveille, il évoquait à sa manière singulière la crise des subprimes ou l’extraction du gaz de schiste. Dans Knight of cups, c’est l’écart monstrueux entre le monde du divertissement californien avec ses fêtes et ses excès, et les miséreux qui jonchent les trottoirs de Los Angeles où qui hantent les ateliers de fabrica

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

ECRANS | "Nobody wants the night" d’Isabel Coixet.

Christophe Chabert | Vendredi 6 février 2015

Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

Nous voilà donc de retour à Berlin, accueilli par la neige, mais toujours enchanté par l’organisation toute germanique d’un festival absolument titanesque, avec 170 films dans les diverses sections et une ouverture au public autant qu’aux professionnels. La Berlinale reste sur une édition 2014 très réussie, même si, c’est connu, sa compétition est toujours un peu de bric et de broc. Toujours est-il qu’à N+1, force est de constater que deux films de la sélection 2014 — The Grand Budapest hotel et Boyhood — se retrouvent dans la course à l’oscar du meilleur film, et que son ours d’or — Black coal — a révélé un cinéaste sur lequel il faudra compter dans les années à venir. On n’oublie pas non plus que c’est à Berlin qu’on a découvert deux films français importants de la saison, Dans la cour de Pierre Salvadori et L’Enlèvement de Michel

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Le mythe Mitte

ARTS | Antithèse de la ville-musée, Berlin ne cesse de se réinventer. Le Goethe Institut, grâce à une série de photos en noir et blanc, en raconte une période peu imagée : celle de l'immédiat après chute du mur. Saisissant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 3 février 2015

Le mythe Mitte

Bien avant que les easyjetters ne jettent leur dévolu sur Berlin et que Mitte, le quartier central de la ville réunifiée (Porte de Brandebourg, Alexanderplatz...) ne soit inscrit au programme de tous les tour operators, la capitale allemande a été une gigantesque friche urbaine. Exposées au Goethe Institut (et dans une moindre mesure à la boutique Blitz), les photos du quotidien de sept Berlinois, prises au début des années 90, quand le mur est à terre mais que rien n'est encore reconstruit, en rendent compte, montrant ce que l'on n'avait jusqu'ici jamais vu. Si les images de la guerre, de la dévastation qui s'en est suivie en 1945, de la construction du mur, des no man's lands qui le borderont pendant les 28 ans de son édification et de sa chute sont célèbres, cette période-ci était en effet aveugle. Mitte était alors le seul cœur de Berlin, et les quartiers périphériques aujourd'hui très fréquentés de Friedrichshain et Kreuzberg des zones lointaines, désertées. La vie était à Mitte, là où, selon un des témoignages qui accompagnent les clichés, il y avait «un sentiment de liberté à couper le souffle». Un autre ajoute : «C'était comme si l'humanité avait dé

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là — les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — et on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à De Villepin en passant par

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Rendez-vous à Atlit

ECRANS | De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla, Yaël Abecassis…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Rendez-vous à Atlit

Trois sœurs se retrouvent dans leur grande demeure familiale en Israël après le décès de leurs parents. Vendra ? Vendra pas ? Le caractère des filles, tout comme leur mode de vie — l’une vit une existence bourgeoise à Paris, l’autre est du genre bohème, la troisième est restée sur le sol israélien — fait tanguer la réponse entre grandes embrassades et gros coups de gueule. Plus Rendez-vous à Atlit avance, plus on a la sensation d’assister à une version franco-israëlienne des horribles Petits mouchoirs : même construction dramatique lâche où le conflit de départ est sans cesse renversé dans un sens ou dans l’autre, même petite musique sentimentale où les personnages n’existent que par des émotions dont le spectateur doit attester la véracité à l’écran… Flirtant constamment avec l’insignifiance, le film de Shirel Amitaï finit même par y tomber quand les parents reviennent hanter la maison autour d’un compteur d’électricité cassé ou d’une petite tasse de thé. Ramener le fantastique à la hauteur réaliste d’un téléfilm allemand, c’est une form

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Grands et nouveaux noms de la Berlinale

ECRANS | Après le palmarès rendu samedi par un jury emmené par James Schamus, bilan d’une Berlinale à la compétition très inégale, avec quelques révélations, dont l’Ours d’or "Black coal, thin ice". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Grands et nouveaux noms de la Berlinale

Huit jours à la Berlinale, c’est sans doute le meilleur moyen d’avoir un panorama fidèle de ce qui se déroule dans la production internationale. La compétition, à la différence de Cannes, n’aligne pas les grandes signatures mais mise, de façon parfois hasardeuse, sur de nouveaux auteurs et des films venus de pays en plein renouveau. On exagère cependant : il y avait deux cinéastes majeurs dans la compétition, et tous deux ont figuré en bonne place au palmarès. D’un côté Wes Anderson, dont le Grand Budapest Hotel est absolument génial, et qui est allé chercher un Ours d’argent très mérité — on lui aurait même donné sans souci la statuette dorée ; de l’autre Alain Resnais qui, après le ratage de Vous n’avez encore rien vu, redresse la barre avec Aimer, boire et chanter, moins lugubre et testamentaire que ses précédents, mais toujours hanté par les rapports entre théâtre et cinéma. La mort annoncée d’un des personnages, dont tout le monde parle mais qu’on ne verra jamais, va révéler chez des êtres vieillissants, pétrifiés dans leurs mensonges et leur vie bourgeoise, désirs et angoisses, pulsions de vie et peur de

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Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

ECRANS | Boyhood de Richard Linklater. La Belle et la Bête de Christophe Gans. Macondo de Sudabeh Mortezai. La Deuxième partie de Corneliu Porumboiu.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

La Berlinale touche à sa fin, et c’est peu de dire que le marathon fut intense — 32 films vus en huit jours ! Intense et paradoxal, car on y a vu des choses tout à fait extraordinaires, dans des conditions souvent exceptionnelles — les équipements cinématographiques berlinois sont impressionnants, et cette édition fut marquée par la réouverture du mythique Zoo Palast, entièrement rénové et d’un luxe à tomber par terre, avec ses sièges inclinables et sa moquette de dix centimètres d’épaisseur ! Le truc, c’est que ces films-là sont sans doute ceux qui auront le plus de mal à se frayer un chemin dans les salles françaises, tant ils sont par nature des objets radicaux et, disons-le, invendables. On en donnera un exemple à la fin de ce billet, mais c’est surtout au Forum, il est vrai dédié aux formes nouvelles et expérimentales, que l’on a trouvé ces objets passionnants. La compétition, elle, était médiocre. Le meilleur film, c’était d’évidence le Grand Budapest hotel de Wes Anderson, et on verra samedi soir si le jury emmené par le producteur, scénariste et bras droit de Ang Lee James Schamus nie ladite évidence et préfère, comme c’est hélas souvent le cas, se démar

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Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

ECRANS | Aloft de Claudia Llosa. La Tercera orilla de Celina Murga. Black coal, thin ice de Diao Yinan. No man’s land de Ning Hao.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

Définitivement incernable, la compétition berlinoise… Et pas terrible, soyons honnêtes. Deux films sont encore allés s’échouer dans le néant festivalier, comme si la série A de la Berlinale se plaisait à compiler, exemples à l’appui, tout ce que le cinéma actuel peut produire d’œuvres confites dans les académismes. La Tercera orilla, premier long argentin de Celina Murga, est ainsi un prototype de world cinema dont on cherche jusqu’au bout ce qui a pu motiver sa réalisatrice à entreprendre un tel projet, qu’on a déjà vu au minimum mille fois sur grand écran. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte, les difficiles relations père / fils, une petite touche de critique sociale — petite, toute petite — et une mise en scène d’une sagesse absolue, où il s’agit avant tout de chercher la note juste, la bonne durée, la lumière belle mais pas trop, et de montrer que l’on sait raconter son histoire et diriger ses comédiens. Pas de souci à ce niveau-là, mais où est l’appétit ? Où est l’envie de bousculer la forme ? Où est le désir d’imposer un point de vue nouveau sur son sujet ? Nulle part, désespérément nulle part… Sundancerie Claudia

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Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

ECRANS | Inbetween worlds de Feo Aladag. Praia do futuro de Karim Aïnouz. Stratos de Yannis Economides. Dans la cour de Pierre Salvadori. The Darkside de Warwick Thornton. Butter on the latch de Josephine Decker.

Christophe Chabert | Mercredi 12 février 2014

Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

Dernière ligne droite pour la Berlinale 2014, avec une journée de compétition particulièrement éprouvante. Les trois films présentés dans la course à l’Ours d’or représentaient chacun un écueil du "film pour festivals", et s’il reste quelques espoirs dans les jours à venir — avec le Linklater, le Claudia Llosa et les deux films chinois dont on ne sait à vrai dire pas grand chose — on voit mal comment Anderson, Resnais et la révélation ’71 pourrait manquer au palmarès final. La guerre, calme plat Commençons par Inbetween worlds, deuxième film de Feo Aladag après L’Étrangère, qui s’était frayé un chemin dans les salles françaises il y a quelques années. Ça va sans doute être plus dur pour celui-là, tant on y décèle ni personnalité forte derrière la caméra, ni traitement original de son sujet. On y voit un contingent de soldats allemands envoyé en Afghanistan pour sécuriser une zone que se disputent Talibans et villageois résistants. Le lieutenant chargé de l’opération, Jesper, fait appel à un traducteur, Tarik, lui-même pris "entre deux mondes", rêvant de quitter l’Afghanistan où on le prend pour un traître et où on men

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

ECRANS | Things people do de Saar Klein. The Better angels de A. J. Edwards. In order of disappearance de Hans-Peter Molland. Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais.

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

ECRANS | Nymphomaniac volume 1 (version longue) de Lars von Trier. Kreuzweg de Dietrich Brüggemann. Historia de miedo de Benjain Naishtat. A long way down de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, jes journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce qui faisait déjà la force de la version courte — l’humour insolent, la logorrhée figurative, les morceaux de bravoure comme le chapitre sur Mrs H. / Uma Thurman — en y ajoutant une dimension imp

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Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | Is the man who is tall happy ? de Michel Gondry. We come as friends de Hubert Sauper. L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux. ’71 de Yann Demange.

Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

ECRANS | Jack d’Edward Berger. La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb. Grand Budapest hotel de Wes Anderson.

Christophe Chabert | Vendredi 7 février 2014

Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

Premier séjour à la Berlinale et arrivée un peu chaotique. Il faut dire que, pour le Français habitué à l’organisation cannoise, celle de Berlin est aux antipodes. Là où Cannes se déroule entre professionnels de tous bords, avec un système de «classes» pour les hiérarchiser, Berlin est un festival ouvert au public, qui achète en masse des places pour les quelques 150 films présentés, et regroupés en sections — la compétition, le panorama, le forum, mais aussi une sélections de classiques, de films pour enfants, de documentaires, et même des films dont le thème est la cuisine ! On trouve dans chacune d’entre elles quantité de séances spéciales, et pas forcément les moins intéressantes, donc il faut se frayer un chemin dans cette programmation tentaculaire et éclatée géographiquement à l’intérieur de la ville, tout en chassant le ticket d’entrée. Un sport qui nécessite un certain entraînement. Il aura donc fallu attendre ce vendredi pour découvrir le nouveau Wes Anderson, Grand Budapest hotel, prestigieux film d’ouverture, un rôle auquel les films d’Anderson semblent cantonnés —

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Vandal

ECRANS | D’Hélier Cisterne (Fr, 1h23) avec Zinedine Benchedine, Chloé Lecerf, Emile Berling…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Vandal

Chérif, ado à problème, est envoyé à Strasbourg pour passer son CAP de maçon, où il est accueilli par son oncle pète-sec — un Jean-Marc Barr très bear — et où il retrouve son père démissionnaire mais sympa — étonnant Ramzy. Il découvre alors, fasciné, que son cousin, sous ses allures de gentil garçon propret, fait partie d’un collectif de graffeurs sévissant la nuit sous le pseudo de Ork, à la recherche de leur rival sans visage, Vandal. Auteur d’un court-métrage magnifique — Les Paradis perdus — Hélier Cisterne signe un premier long qui ressemble un peu trop à un premier long français : un récit d’initiation que l’on essaye de renouveler par son background plus que dans sa mécanique. C’est bien le problème : le scénario est vraiment trop appliqué, si scolaire que l’on a toujours une bonne longueur d’avance sur les événements. En revanche, Vandal possède une belle énergie dans sa mise en scène, que ce soit celle de ses jeunes comédiens, excellents, ou celle qui se dégage des scènes de graff, portées par une musique spatiale et emportées par l

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Femme sous influences

MUSIQUES | «Il y a des filles dont on rêve / Et celles avec qui l'on dort / Il y a des filles qu'on regrette / Et celles qui laissent des remords / Il y a des (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 4 avril 2013

Femme sous influences

«Il y a des filles dont on rêve / Et celles avec qui l'on dort / Il y a des filles qu'on regrette / Et celles qui laissent des remords / Il y a des filles que l'on aime / Et celles qu'on aurait pu aimer / Puis un jour il y a la femme / Qu'on attendait». Nul doute que ces paroles, tirées de La Fleur aux dents, la best country song ever de Joe Dassin, ont résonné dans la tête de Pascal Nègre lorsqu'en novembre dernier il a conclu avec La Femme, de turbulents ados que l'industrie s'arrachait depuis des mois. Turbulents et insaisissables. De son mode de fonctionnement – trois compositeurs autour desquels gravitent de fausses ingénues - à ses origines géographiques (de Marseille à Paris en passant par Biarritz), de son look – la bande arbora un temps le combo chevelure platinée/regard perçant des gamins du Village des damnés – à sa culture musicale, bouillon 80's dans lequel barbotent en bonne entente la new wave unisexe de Marie et les garçons et le rock superbement minimal du Velvet Underground, cette Femme-là ne ressemble en effet à aucune autr

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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Le Prénom

ECRANS | D’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte (Fr, 1h49) avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling…

Christophe Chabert | Jeudi 19 avril 2012

Le Prénom

Les auteurs de théâtre français semblent prendre un plaisir sadique à se moquer de ceux qui, malgré tout, les font vivre : les classes moyennes, de gauche ou de droite, renvoyées dos-à-dos dans un même égoïsme farci au ressentiment. À moins qu’il n’y ait un masochisme total à regarder pendant près de deux heures sa propre médiocrité… Pour en rire ? Mais Le Prénom n’est jamais drôle, ne serait-ce que pour une raison : les comédiens rient toujours avant le spectateur, comme des chauffeurs de salle qui brandiraient des pancartes pour dicter leurs réactions au public. Pour faire grincer des dents ? Il n’y a pourtant rien de dérangeant dans cette longue querelle familiale autour d’une plaisanterie douteuse qui provoque une réaction indignée (au demeurant peu crédible, sinon dans un microcosme parisien très ciblé) et tourne au grand déballage vociférant. Dans le fond pas très éloigné du Carnage de Polanski adapté de Yasmina Réza, Le Prénom en est à des années lumières en termes de cinéma : surdécoupage en guise de rythme, aération inutile du huis clos de départ

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Oslo, 31 août

ECRANS | Le Danois Joachim Trier adapte dans la Norvège d’aujourd’hui "Le Feu follet" de Drieu La Rochelle, transformant son anti-héros en ex-drogué ayant perdu le goût de la vie. Une errance magistralement mise en scène, sensuelle et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 février 2012

Oslo, 31 août

Anders se réveille avec une fille dans son lit. Il s’habille, traverse le périphérique, s’avance dans une forêt jusqu’à une rivière. Puis il remplit ses poches de lourdes pierres et s’enfonce dans l’eau. Au dernier moment, il renonce à son projet et utilise ses dernières forces pour retourner sur la rive. Dès cette première séquence, Joachim Trier a déjà posé l’étrange contradiction qui habite son personnage : tiraillé entre pulsion de vie et tentation du néant, Anders met son existence en balance. Le souvenir de sa vie d’avant est une douleur : la fête, les rencontres, la drogue dans laquelle il a basculé, la femme aimée qu’il a perdue et qu’il tente sans succès de joindre au téléphone… Tout cela l’a conduit en cure de désintoxication et, par une belle journée d’été à Oslo, il profite d’un entretien d’embauche pour retrouver ses amis et faire le point sur son envie de vivre. Voyage au bout de la nuit Le spectateur français n’aura pas de mal à reconnaître la trame du Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle, déjà génialement adapté par Louis Malle avec Maurice Ronet.

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Willkommen

GUIDE URBAIN | Insomniaque / Quiconque a déjà mis les pieds à Berlin rêve d’en ramener un petit bout chez lui. Thomas Dufour, commerçant lyonnais, est allé au bout de cette (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Willkommen

Insomniaque / Quiconque a déjà mis les pieds à Berlin rêve d’en ramener un petit bout chez lui. Thomas Dufour, commerçant lyonnais, est allé au bout de cette envie en montant le Kaffe Berlin, voisin de palier du Ninkasi Sans Souci. Bien sûr, à Lyon, impossible de tenir les bas tarifs de la capitale allemande. Les Bionades, ces fameuses limonades bio, bonnes alternatives à l’alcool sont à 2, 80€. Pas de brémoise Becks au rayon bière mais l’incontournable Pilser est bien là, en bouteille de 0, 5 litre comme il se doit. Côté nourriture, tout n’est pas allemand, loin s’en faut et les currywurst, ces fameuses saucisses au curry inventées chez Konnopke, sous un pont de S-bahn au cœur de Prenzlauer Berg, n’ont pas la saveur des vraies. Mais qu’importe puisqu’il ya aussi des boulettes, du fromage, des bretzels et de nombreuses salades. La déco du lieu est un mix entre le roots et le bon goût allemand : un mur aux pierres apparentes et les autres côtés tapissés de belles photos noir et blanc de la capitale. Et même si l’ostalgie est un mal bien occidental réservé à ceux qui ont eu la chance de ne pas connaître la dictature de la RDA (cachez-moi ce portrait d’Ho

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Berlin Alexanderplatz

CONNAITRE | De l'épais roman d'Alfred Döblin, "Berlin Alexanderplatz", dont des phrases sont encore inscrites sur les bâtiments et dans le métro de la capitale (...)

Nadja Pobel | Jeudi 10 février 2011

Berlin Alexanderplatz

De l'épais roman d'Alfred Döblin, "Berlin Alexanderplatz", dont des phrases sont encore inscrites sur les bâtiments et dans le métro de la capitale allemande, Fassbinder a fait un film. Plusieurs films. Le Goethe Institut diffuse les 14 épisodes en VOSTF à raison de cinq épisodes par soir. Dès mercredi 16 février, vous pourrez donc voir l'épisode 6 et les suivants de 19h à minuit pour 2€ la soirée. Avec ce très long-métrage (15h30 en tout), R. W. Fassbinder a réalisé bien plus qu'une simple adaptation télévisée, en embarquant notamment dans ce projet son actrice fétiche, Hanna Schygulla, et recréant de manière saisissante, en studio, le Berlin sombre de la République de Weimar dans lequel erre le narrateur Franz Biberkopf. NP

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