DiCaprio et l'Oscar : Attrape-moi si tu peux !

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Photo : © DR


« Caramba, encore raté ! » C'est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l'issue de la 88e cérémonie des Oscars. Régulièrement nommé depuis vingt-deux ans, le comédien semble frappé par une malédiction semblable à celle de Peter O'Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations — obligeant l'Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d'honneur.

Pour Leo, la série noire commence en 1994 par un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l'année de Titanic (à contrario de Kate Winslet, qui était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l'Aviator de Scorsese ; mais les votants n'ont d'yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray.
Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond en 2007, il est surclassé par Forest Whitaker qui avait eu la même idée en campant Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Écosse. Après un septennat de disette, DiCaprio resurgit doublement en 2014 en concourant dans les catégories “meilleur acteur” et “meilleur film” (il en est coproducteur) avec Le Loup de Wall Street de l'oncle Scorsese. Pour une déconvenue plus amère encore : son partenaire Matthew McConaughey ravit la récompense pour Dallas Buyers Club et Brad Pitt empoche celle du meilleur film pour Twelve Years a Slave.

Se présenter cette année en tant que lauréat du Golden Globe ne fait pas, hélas pour lui, de DiCaprio un favori : il était déjà détenteur de la récompense pour Aviator et Le Loup de Wall Street. Son ancienneté dans la course ne lui est d'aucun secours : les Oscars adorent encenser des quasi inconnus. La prime au sortant est toujours possible : à ce titre, Eddie Redmayne reste un concurrent dangereux avec l'abominable The Danish Girl… Malgré cela, les votants portant leur voix de manière systématique et grégaire sur les biopics tragiques (célébrités malades, handicapées, victimes, etc.), ils ont avec l'histoire de Hugh Glass un film correspondant en tout point à leurs critères. Réponse le 28 février. VR


The Revenant

De Alejandro González Iñárritu (ÉU, 2h36) avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy...

De Alejandro González Iñárritu (ÉU, 2h36) avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy...

voir la fiche du film


Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

“La Conspiration des belettes“ de Juan José Campanella

Comédie | Dans une grande demeure à l’écart de la capitale argentine vit un ménage à quatre de vieilles gloires du cinéma qui s’insupportent mutuellement : un réalisateur, (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“La Conspiration des belettes“ de Juan José Campanella

Dans une grande demeure à l’écart de la capitale argentine vit un ménage à quatre de vieilles gloires du cinéma qui s’insupportent mutuellement : un réalisateur, un scénariste, un comédien paraplégique ainsi que son épouse, actrice à la mémoire défaillante. Leur haine routinière est perturbée par l’irruption d’admirateurs : des agents immobiliers désireux de faire main basse sur leur bâtisse. Mais on ne s’attaque pas si aisément à des experts en construction dramatique… Jadis lauréat d’un Oscar pour un thriller politico-sentimental — Dans ses yeux — et vieux routier des plateaux étasuniens où il a tourné bon nombre de séries, Juan José Campanella concocte ici un délice de manipulation auto-réflexive et métafilmique jouant autant avec les règles du genre policier qu’avec le public. En découle une comédie noire sardonique très Sunset Boulevard sur les vieilles peaux encapsulées dans leur passé, une réflexion mélancolique sur l’éphémère de la séduction (et à ses faux-semblant troubles), ainsi qu’un éloge vachard et jouissif du pouvoir absolu de la création artistique,

Continuer à lire

Ninkasi et À Thou Bout d'Chant dévoilent les gagnants de leurs tremplins

Espoirs | Avec la rentrée, commencent les tremplins musicaux qui livrent généralement leurs verdicts avant l'été. Sauf cette année où, chacun l'aura noté, tout est un peu (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 octobre 2020

Ninkasi et À Thou Bout d'Chant dévoilent les gagnants de leurs tremplins

Avec la rentrée, commencent les tremplins musicaux qui livrent généralement leurs verdicts avant l'été. Sauf cette année où, chacun l'aura noté, tout est un peu à l'envers. C'est donc fin septembre que sont tombés comme des fruits trop mûrs les lauréats du tremplin découverte À Thou bout d'chant et du Ninkasi Music Lab. Le temple de la rue de Thou siégeait pour sa finale du côté de la Comédie Odéon et a désigné deux vainqueurs : le duo Enoïa remportant le prix du public et Oscar les Vacances et ses chansons de slacker made in France, celui du jury. Du côté du Ninkasi, ce sont les popeux zinzins d'Arche qui ont emporté l'adhésion – ici, pas vraiment de vainqueur même si un peu quand même – à l'issue de la soi

Continuer à lire

"Kóblic" de Sebastián Borensztein

Thriller | de Sebastián Borensztein (Arg-Esp, 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux, qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ — c’est-à-dire les méthodes d’élimination — rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, déjà impressionnant ce début d’année dans

Continuer à lire

Moon à la galerie Roger Tator

Design | Quatre années de recherche pour concevoir un... luminaire ! Oui, mais par n'importe lequel : l'objet réalisé par le designer Oscar Lhermitte est une (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 juin 2017

Moon à la galerie Roger Tator

Quatre années de recherche pour concevoir un... luminaire ! Oui, mais par n'importe lequel : l'objet réalisé par le designer Oscar Lhermitte est une réplique très précise de la lune, à une échelle de 1/20 millions. Le moindre de ses cratères s'y retrouve et un anneau de lumière LED tourne autour du globe, éclairant constamment la face exacte de la lune et recréant les phases lunaires vues de la terre. Bref, il s'agit d'une véritable petite lune perso à placer sur votre commode ou votre table de chevet, produite à 500 exemplaires. L'exposition organisée par la galerie Rogert Tator (Moon jusqu'au 21 juillet) présente plusieurs étapes des recherches d'Oscar Lhermitte (des globes de différentes matières et de différentes couleurs), une vidéo retraçant la réalisation de l'objet et tous les mécanismes et pièces électroniques qui se logent à l'intérieur... La lune devient ici le lieu de rencontre des rêveurs et des bricoleurs.

Continuer à lire

"Free Fire" de Ben Wheatley : trop de la balle !

ECRANS | Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley, le vertigineux High Rise (2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un FPS revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout de même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesan

Continuer à lire

Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte argentin subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine, de le faire "citoyen d’honneur", il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn et Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition du film Delivrance – cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comm

Continuer à lire

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

Continuer à lire

Et une fantastique nouvelle année !

ECRANS | CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Et une fantastique nouvelle année !

CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur les terres du fantastique, avec une double programmation qui ne l'est pas moins : deux perles aussi noires que le jais, aussi précieuses que le diamant. D'abord une œuvre se situant à la lisière du conte, du polar, du drame social et de la parabole philosophique : Freaks (1932), de Tod Browning — initialement distribué en France sous le titre La Monstrueuse Parade. Cet ancêtre du Elephant Man (1980) de Lynch s’intéresse à la condition des monstres de foire, exploités jusqu’au début du XXe siècle pour leurs singularités morphologiques : les nains, géants, microcéphales, femmes à barbe, colosses, hermaphrodites, siamois… bref tous ceux que la médecine antique désignait comme tératoïdes. Browning, alors au sommet après le succès de son Dracula (1931), dépasse les attentes du studio Universal et de sa série de Monsters imaginaires

Continuer à lire

Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can/Irl, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Room

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque : deux volets successifs sur l’enfermement. Au mitan de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu’elle a eu en captivité. Au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s’épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d’Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs — le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu’on s’extasie — Room s’en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) de Frédéric Videau, inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, permet de s’en convaincre… Il est à plus d’un titre intéressant que les votants de l’Académie des Oscars aient salué l’interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n’est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l’enfant (le critère “mignon” biaise toujours le jugement critique), m

Continuer à lire

Nature Writing : La littérature des grands espaces

ECRANS | Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Nature Writing : La littérature des grands espaces

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour le

Continuer à lire

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

ECRANS | Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne —plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs —, quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent peu nombreuses en ce janvier, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai — seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche… Ce qui est sûr... Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un survival dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio. Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation — il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle. S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que

Continuer à lire

Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

ECRANS | ​Proposer à un amateur de cinéma de faire escale au festival Lumière, c’est comme donner à un bec sucré l’opportunité de passer la nuit dans une pâtisserie. Et quand Martin Scorsese s’infiltre aux fourneaux, comment résister à la tentation de goûter à toutes les délices qu’il se propose de servir ? Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

Même si le festival Lumière ne débute que le lundi 12 octobre, Martin Scorsese est déjà parmi nous. Sur les murs, les abribus, les vitrines et surtout, dans les esprits. D’aucuns attribuent sa venue en terres lyonnaises à la proximité de l’hommage que lui consacre la Cinémathèque française (dès le 14 octobre). On mettra volontiers cette conjonction sur le compte du hasard : même s’il ne fait pas son âge, Scorsese est désormais entré dans une période de sa vie où se succèdent les honneurs et les life achievements. Lui qui, pendant des lustres, a attendu qu’on lui remette son Oscar (c’était en 2007), parcourt aujourd’hui la planète de musées en célébrations — le MoMa de New York achève en ce moment même une exposition-rétrospective présentant une partie de sa collection personnelle d’affiches. Cela, bien évidemment, sans que Marty ne cesse de tourner. Ni de voir des films : s’il exerce depuis près d’un demi-siècle son métier de cinéaste, il n’a certes pas abandonné sa carrière de cinéphile, engagée une quinzaine d’années plus tôt. Un comble pour cet homme qui a renoncé à la prêtrise : Scorsese semble entré en cinéphili

Continuer à lire

La rentrée de l'Institut Lumière

ECRANS | Frappé par la perte de son historien maison Raymond Chirat fin août, l'institut Lumière trompe son deuil en s'investissant sur tous les fronts. La frénésie scorsesienne semble contagieuse…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

La rentrée de l'Institut Lumière

La rentrée s’est déjà effectuée rue du Premier-Film. Tristement, d'abord, avec la disparition de l'une des mémoires des lieux ; l'un de ceux qui, avec Bernard Chardère, avaient milité pour que Lyon se dote, à l'endroit où le 7e art était né, d'une institution cinématographique digne de ce nom. Cruelle ironie du sort : Raymond Chirat est mort la veille de la soirée de reprise de saison. Une saison ne célébrant plus d'énigmatique chiffre moyennement rond (les 120 ans de l'invention du Cinématographe, à l'instar de la Maison Gaumont), mais qui s'annonce conquérante sur le site historique, comme hors les murs. Dans la ligne de mire, le Festival Lumière (du 12 au 18 octobre) avec un hommage à Pixar, une Nuit de la Peur et le Prix Lumière décerné au cinéaste Martin Scorsese. Pour réviser son œuvre récente, les quatre films qu’il a tournés avec sa nouvelle muse Leonardo DiCaprio (Aviator, Les Infiltrés, Shutter Island et Le Loup de Wall Street) seront projetés en septembre. La salle du Hangar accueillera également Costa-Gavras à l’occasion d’une jolie rétrospective (le grand Const

Continuer à lire

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

Continuer à lire

Ex_Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, l’ex-scénariste de Danny Boyle Alex Garland s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex_Machina

Imitation Game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex_Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail — n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine — auquel cas, le test est réussi. Ex_Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade Runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant appa

Continuer à lire

Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitué dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans le

Continuer à lire

Halo quoi ?

MUSIQUES | Max Colombie, nom de pays coké ou caféiné, mais Flamand à la musique morphinique en diable, a choisi de se rebaptiser Oscar and the Wolf, comme dans un conte (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Halo quoi ?

Max Colombie, nom de pays coké ou caféiné, mais Flamand à la musique morphinique en diable, a choisi de se rebaptiser Oscar and the Wolf, comme dans un conte pour enfant, sans doute parce qu'il avait des choses à conter. Ces choses, il les conte depuis des ballades nocturnes, glacées à effet pourtant chauffant. Une sorte d'igloo musical avec vue sur la Lune, car les loups aiment la Lune, c'est bien connu. S'il se produit en groupe sur scène, c'est bien en loup solitaire qu'il gère depuis quatre ans son univers discographique, un ordinateur toujours à portée de main. Un peu à la manière d'un James Blake ou d'un Chris Garneau, avec lesquels on pourrait tracer des comparaisons, même des comparaisons de trois fois rien, d'atmosphère ou d'intention. Comme ce dernier par exemple, Max Colombie/Oscar a d'ailleurs tâté du folk mais a fini par lui préférer les nocturnes en chambre, la sienne, les envolées oniriques nichées au creux du cerveau quand celui-ci tourne à mille tours/minute pendant que dehors la ville est endormie – les beaux et surprenants éclats au piano d'Astriu. Comme Blake, c'est dans un mélange d'envolées pop et d'explorations sonores qu'i

Continuer à lire

Insomniaque - Semaine du 14 au 20 janvier

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Oscar Mulero et Robert Hood au Double Mixte, Rahaan au Kafé et Vakula au Transbordeur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 13 janvier 2015

Insomniaque - Semaine du 14 au 20 janvier

16.01 Jacob 002 Après un premier event pour le moins chaotique (promotion agressive, préventes très inférieures aux prévisions, tête d'affiche bloquée à l’aéroport...), le groupuscule techno Jacob reprend le chemin du Double Mixte pour une deuxième soirée qui s'annonce sous de bien meilleurs augures. Ne serait-ce que du point de vue strictement musical, grâce à la présence à son affiche de deux producteurs intransigeants et bien dans leur époque (autrement dit hantés par le spectre de la crise économique) : l'Espagnol Oscar Mulero et Robert Hood, pionnier de Detroit qu'on ne présente plus. 16.01 Le Beat #2 «The beat is my native language

Continuer à lire

Les Nouveaux Sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux Sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux Sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision et ça se sent, en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la

Continuer à lire

A Most Violent Year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un self made man dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A Most Violent Year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin Call, All Is Lost et A Most Violent Year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Le protagoniste de A Most Violent Year, Abel Morales, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère. Il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi «le droit chemin». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des entrepôts au b

Continuer à lire

The Two Faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two Faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two Faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive — ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn — reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two Faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas, dans sa mise en scène, le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

Continuer à lire

"Raging bull", la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

Continuer à lire

Insomniaque - Semaine du 26 mars au 1er avril

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : l'opening de la boutique Jimmy Fairly, Oscar Mulero au Club Transbo et San Proper au DV1. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 mars 2014

Insomniaque - Semaine du 26 mars au 1er avril

28.03. Jimmy Fairly grand opening On a les hommes-sandwiches qu'on mérite, y compris dans le secteur de l'optique : tandis qu'Atoll et Optique 2000 continuent d'alimenter la querelle infantile qui opposa Antoine et Johnny Hallyday à la fin des années 60, la très en vogue start-up toulousaine Jimmy Fairly se paye, elle, pour l'ouverture de sa boutique lyonnaise (au 72 rue du président Édouard Herriot), deux pontes d'Ed Banger. D'un côté DVNO, mascotte officieuse du label de Justice (c'est sa voix qu'on entend sur le morceau qui porte son nom) et moitié de Scenario Rock. De l'autre So Me, son graphiste attiré. Joli.   28.03 Haste A peine vient-on de lui tirer le portrait que le collectif Haste renouvelle son identité graphique. Ce n'est pas l'unique changement que sa prochaine soirée au Club Transbo entérinera, puisqu'en lieu et place de l'habituelle avant-garde de la techno britannique, c'est un Espagnol qu'elle verra se produire. En l'occurrence Oscar Mulero, discret vétéran du genre – il a notamment fondé au début de

Continuer à lire

Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

Continuer à lire

Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas — mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewyn collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique — scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie — il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une

Continuer à lire

Gatsby le magnifique

ECRANS | Cinéaste de l’imagerie pop, Baz Luhrmann surprend agréablement en trouvant la puissance romanesque nécessaire pour transposer le Gatsby de Fitzgerald. Et trouve en Di Caprio un acteur à la hauteur du personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique version Baz Luhrmann ressemble, dans sa première heure, à ce que l’on pouvait en attendre. Ou presque. Le réalisateur de Moulin Rouge retrouve ce qui a fait sa marque  - c’est loin d’être un défaut en période de standardisation : promenade pop à l’intérieur d’une époque à coups de grands mouvements de caméra impossibles, anachronismes musicaux, jeu sur les surfaces et sur la profondeur faisant ressembler sa mise en scène à un livre pop up, et le film dans son entier à un carnaval pop. L’ajout de la 3D intensifie tous ses partis pris – comme si le cinéma de Luhrmann avait toujours désiré cet artifice, mais pouvait enfin en avoir la jouissance – et il serait facile de ne voir là qu’épate visuelle et pyrotechnie gratuite. Mais que raconte Gatsby le magnifique sinon l’histoire d’un homme qui use et abuse de cette pyrotechnie pour attirer l’attention d’une seule personne, et qui déploie un faste sans égal pour mieux disparaître, se fondre dans la masse et faire oublier qui il est vraiment. En cela, Luhrmann a sans doute trouvé un sujet idéal, et ce n’est pas un hasard s’i

Continuer à lire

Qui es-tu Django ?

ECRANS | Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 janvier 2013

Qui es-tu Django ?

Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour une poignée de dollars, Sergio Corbucci explore le genre avec frénésie et s'inspire d'une BD où un personnage trimballe partout un cercueil. De cette figure, il tire une intrigue épurée (un pistolero venge sa femme tuée par un chef de gang raciste), prétexte à une relecture décharnée des Sept samurais. Plantant son décor dans un Far West fantomatique et boueux, peuplé de personnages violents et corrompus, Django se taille alors vite une réputation de petit objet déviant et sulfureux. Succès populaire, le film acquiert une telle aura qu'il engendre quantité de pseudo-suites, clones bâtards, les distributeurs étrangers ne se gênant pas pour rebaptiser Django tout ce qui vient d'Italie avec un colt. Il faut attendre 1987 pour enfin voir débarquer une suite, officielle, sans Corbucci aux commandes mais toujours Franco Nero dans le rôle titre (le Django original). Stallonemania oblige, le film a des airs de Rambo 2 dans l'Ouest - un juste retour des choses quand on sa

Continuer à lire

Django unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, «Django Unchained» n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

Continuer à lire

Alice au pays des mères vieilles

ECRANS | Trésor caché dans la filmographie de Martin Scorsese, "Alice n’est plus ici" est de retour sur les écrans, et il ne faut pas louper ce conte réaliste aux accents country folk, sans doute le film le plus estampillé Nouvel Hollywood du réalisateur de "Raging Bull". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Alice au pays des mères vieilles

Écran carré, technicolor, décor de studio à la facticité étudiée, costumes aux étoffes chamarrées, musique toute de cordes lyriques : la première scène d’Alice n’est plus ici ressemble à un sample tiré d’un mélodrame des années 50, quelque part entre Minnelli et Michael Powell. C’est le fantasme d’Alice enfant, que le monde ressemble à une féerie hollywoodienne, un conte aux couleurs sucrées où les rêves de petites filles deviennent réalité. Rupture. L’écran s’allonge de quelques mètres, les couleurs se font ternes, la musique vire au groove funky, et la petite maison sur la colline typiquement américaine s’est transformée en bicoque branlante aux murs défraîchis. C’est le quotidien d’Alice (Ellen Burstyn), avec un gamin capricieux, un mari fatigué par un travail abrutissant, et pas grand-chose d’autre à faire que le ménage et la cuisine. En un clin d’œil, Martin Scorsese fait basculer son film de l’Eden perdu du cinéma classique au réalisme sans fard du Nouvel Hollywood. Alice n’est plus ici est l’œuvre où ce changement de paradigme s’exprime ouvertement, même si Scorsese crée au fil du récit un dialogue beaucoup plus subtil que ce contraste de départ

Continuer à lire

J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

Continuer à lire

Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers, et celle, colorée,

Continuer à lire

Toast

ECRANS | De S. J. Clarkson (Ang, 1h32) avec Oscar Kennedy, Freddie Highmore…

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Toast

Genèse pop et nostalgique de la vocation de Nigel Slater, cuistot et critique culinaire anglais parfaitement inconnu de ce côté-ci de la Manche. Dans sa première partie, le film se révèle aussi passionnant qu’un biopic de Jean-Luc Petitrenaud ou Joël Robuchon pourrait l’être pour un spectateur scandinave. Le deuxième acte, focalisé sur la rivalité entre le héros et sa marâtre, se développe faiblement sur l’idée que la cuisine peut être le moyen de se lier à ses proches, quitte à les transformer de façon irréversible – mais pour le coup, cette absconse morale se dilue dans l’envie de plus en plus tenace de se goinfrer de tarte aux citrons meringuée. Les deux interprètes de Nigel Slater (enfant et ado), d’une fadeur dommageable, participent malheureusement pour beaucoup au désintérêt d’un film dont on a de plus en plus de mal à cerner les enjeux. En prenant tous ces éléments en compte, il faut d’autant plus louer la réalisation de S. J. Clarkson, artisan télévisuel chevronné dont il s’agit du premier long-métrage : élégante, inspirée, ingénieuse mais sans épate, la mise en scène de Toast parvient à élever un récit farouchement anodin et à en faire jaillir une émotion inattendue là

Continuer à lire

Biutiful

ECRANS | Un ex-dealer en phase terminale cherche le salut au milieu de l’enfer social. Au sommet de son cinéma sulpicien et complaisant, Alejandro Gonzalez Iñarritu tombe le masque dans un film désespérant de médiocrité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 octobre 2010

Biutiful

Dans "Biutiful", on ne sait pas qui va le plus mal : le héros Uxbal (Javier Bardem, méritant), ancien dealer dont la femme couche avec son frère, et qui se meurt lentement d’un cancer incurable ? Le monde, qui sous la caméra d’Alejandro Gonzalez Iñarritu ressemble à une sorte d’enfer social où tout est sale, corrompu, gangrené par le désespoir ? Ou le film lui-même, qui se repaît de ces humeurs malades jusqu’à en faire un système de représentation ? Revenu à une pure linéarité, débarrassé des constructions tarabiscotées de son scénariste Guillermo Arriaga, le cinéma d’Iñarritu est ici tout nu : son regard sulpicien et complaisant sur la misère sous toutes ses formes arrive à peine à se planquer derrière de grossiers effets de mise en scène et un déluge de pathos. Mauche Un exemple est frappant : Uxbal possède le pouvoir de parler avec les morts. Cette intrusion du fantastique dans le récit ne débouche sur rien, sinon quelques séquences où le trouble d’Uxbal conduit à une bande-son bourdonnante et une caméra qui tremble comme sous l’effet d’un séisme. À l’autre extrême de cette virtuosité sans enjeu, la scène de l’arrestation d

Continuer à lire

Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

Continuer à lire

«Une atmosphère de film noir»

ECRANS | Entretien / Martin Scorsese, réalisateur de "Shutter island". Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

«Une atmosphère de film noir»

Adaptation «J’ai d’abord lu le scénario de Laeta Kalogridis, et j’ai été très ému par l’histoire de Teddy Daniels, mais aussi surpris par les différents niveaux du récit. En l’espace de deux jours, j’ai relu le scénario, puis le livre de Dennis Lehane. Cela n’a fait que confirmer mon sentiment : cette adaptation était un véritable défi». Références«"Titicut follies" de Frédérick Wiseman est la référence-clé du film. Je l’ai montré à toute l’équipe pendant la préparation, et le docteur Gallagher, un des médecins du film, est devenu notre conseiller principal pour "Shutter island". L’autre film important sur la folie, c’est "Shock corridor" de Samuel Fuller. Mais c’est un tel classique que l’on ne peut que l’évoquer comme un mantra, en espérant que notre film sera aussi bon… Par ailleurs, mes souvenirs des années 50 sont ceux d’une époque gouvernée par la paranoïa. Enfant, j’avais peur de mourir dans l’explosion de la bombe atomique. C’était une atmosphère de film noir, comme celles des films que j’ai projetés pendant le tournage». Di Caprio«Après "Les Infiltrés

Continuer à lire

Le Dj Scorsese se met au contemporain…

MUSIQUES | Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Le Dj Scorsese se met au contemporain…

Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est pas du sound design, mais les premières notes du thème d’ouverture de l’extraordinaire musique concoctée pour le film par Scorsese et son superviseur musical, Robbie Robertson, mythique guitariste de The Band. Plutôt que d’écrire un score traditionnel, Scorsese lui a demandé de rassembler plusieurs morceaux existants, d’en isoler certaines parties et de créer un nouveau morceau à partir de ces éléments. Un vaste copier-coller qui évoque le travail mené par 2Many Dj’s, mais qui s’en éloigne aussi radicalement puisque les tubes en question sont ceux des grands compositeurs de musique contemporaine : John Adams, Giorgi Ligeti, Krzysztof Penderecki, Max Richter ou Nam June Paik. On voit ici un raccord supplémentaire entre Shutter island et Shining, qui piochait déjà dans le répertoire contemporain pour créer sa bande-son tétanisante. Mais Scorsese utilise aussi la musique comme un commentaire parfois très fin de l’action. On ne s’en rend pleinement compte qu’à l’écoute de la bande originale du film, qui «déplie»

Continuer à lire

Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

Continuer à lire

Les Noces rebelles

ECRANS | Cinéma / De Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du «papa travaille pendant que maman brique la baraque» en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mais le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début d’année cinémat

Continuer à lire

Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

Continuer à lire