Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 des plus illustres cinéastes grolandais est arrivé, et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, Saint Amour dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Photo : © DR - légende : “Non, pas de potion magique pour toi, Obélix : tu es tombé dans la cuve étant petit !”


Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n'étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d'esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis.

Spirituel ou spiritueux

Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l'essence de ce road movie, c'est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l'un vers l'autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l'occasion d'apprécier Depardieu, plus fragile qu'un roseau dans son corps de chêne, lorsqu'il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils, lequel est trop occupé à s'imprégner.

Proche de la terre, loin des artifices, dans un rôle où il peut poser ses valises, Depardieu oublie de se métamorphoser en moujik désinvolte et braillard — cette mauvaise auto-caricature d'épicurien réac et grossier dont les médias se pourlèchent. Face à lui, l'œil chassieux, la mèche grasse et le désespoir en sautoir, Poelvoorde a rarement été aussi touchant. Oh, il s'autorise quelques pitreries (dont un cours magistral portant sur les 10 phases d'une cuite), mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir affleurer sa sincère mélancolie et sa conscience d'être pathétique.

S'inscrivant jusqu'à présent dans la lignée d'un cinéma finlandais ou belge à l'humour froid et cruel, Kervern & Delépine versent ici dans une poésie sentimentale plus latine : ils ne craignent pas (ou plus ?) d'être tendres, faisant pousser des fleurs dans le lisier. Et ils édifient d'étonnants personnages satellites, que l'interprétation par des figurants de luxe ne gâche pas. Ainsi Houellebecq fait-il oublier l'écrivain en composant une silhouette angoissante par sa normalité monocorde et insistante. Spectre halluciné ressemblant aux croque-morts de Lucky Luke, il peut dissuader de dormir chez des inconnus. Voire, de boire. VR

Saint Amour de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h42) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Michel Houellebecq…


Saint Amour

De Benoit Delépine et Gustave Kervern (Fr, 1h41) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde...

De Benoit Delépine et Gustave Kervern (Fr, 1h41) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde...

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Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.


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“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Drame | Entre introspection et rétrospection, Jean-Pierre Améris s'approprie le roman autobiographique de Sorj Chalandon racontant une enfance face à un père mythomane. Une œuvre grave, complexe et cathartique, dominée par un Benoît Poelvoorde bipolaire tantôt exalté, tantôt féroce.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Lyon, 1961. Émile a un père formidable : parachutiste pendant la guerre, membre d’une armée secrète opposée à de Gaulle, fondateur des Compagnons de la Chanson… Las ! Rien n’est vrai et la mythomanie paranoïaque de cet homme tyrannique contamine dangereusement Émile… Il faut parfois aller au plus près de soi-même pour toucher à l’universel et au cœur des autres. Jean-Pierre Améris en avait fait l’expérience avec son film sans doute le plus intime à ce jour, Les Émotifs anonymes (devenu comédie musicale outre-Manche) qui évoquait avec une délicatesse à la fois désopilante et touchante l’enfer de sur-timidité. Étonnamment, effectuer un détour peut également permettre d’accéder à des zones plus profondes de son âme. C’est le cas ici où la transposition du roman homonyme de Sorj Chalandon dont l’essence autobiographique fait écho à l’enfance du cinéaste. La proximité générationnelle et le cadre lyonnais commun ont sans doute contribué à rapprocher les deux histoires pour aboutir à cet hybride semi-fictif : un film épousant le point de vue d’un fils et tenant au

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Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Des hommes | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après dix ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre d’Algérie. C’est encore neuf… Étra

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Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique | Sortant en salle alors qu’ils assurent chacun “la demi-présidence“ du Festival d’Angoulême — « trop content parce qu’on adore la présidence et les demis » — le neuvième long-métrage du duo Kervern & Delépine accueille une nouvelle convive, Blanche Gardin. Les trois ont la parole.

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui arrivent en ce moment… et qui seront bien pire plus tard. Quelle a été l’idée première ? BD : On s’était juré il y a quinze ans d’essayer de faire dix films ensemble et de commencer en Picardie pour finir à l’île Maurice. À chaque film, on essaie de placer l’île Maurice, à chaque fois ça a merdé, c’est compliqué — et là on en a fait dix si on compte le court-métrage avec Brigitte Fontaine. Il suffit qu’on trouve une idée à la con qui nous fasse rire pour qu’on reparte sur un nouveau projet ; on aura au moins réussi ça. Elle nous hantait l’île Maurice avec l’histoire du dodo… Le jour où l'on s’est rendu compte d'à quel point on se fait pigeonner par l’ensemble des GAFAM réunis, qu’on a appris que génétiquement c’était un cousin du pigeon moderne, c’était trop beau ! Il y a dix ans, on avait failli écrire un scénario avec Gérard Depardieu tout seul à l’île Maurice qui avait revendu sa société en France et qui se f

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L’amour en queue de poisson : "Poissonsexe" de Olivier Babinet

Comédie | Un futur inquiétant, où il ne reste qu’une seule baleine. Scientifique dans un institut de recherches maritimes, Daniel s’échine à essayer de faire s’accoupler des poissons et échoue à trouver l’âme sœur. Son existence change lorsqu’il ramasse sur la plage un poisson mutant doté de pattes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

L’amour en queue de poisson :

Initialement prévu le 1er avril sur les écrans, jour ô combien adapté à une fable poissonneuse, ce film avait dû pour cause de confinement rester le bec dans l’eau attendant l’avènement de jours meilleurs. S’il est heureux de le voir émerger, on frémit en découvrant le monde pré-apocalyptique qu'il décrit en définitive aussi proche du nôtre : certains ne prophétisent-ils pas la pandémie comme faisant le lit de la 6e extinction massive ? Guère optimiste, mais comme s’en amusait Gustave Kervern, « je ne joue que dans des films tristes ; je refuse les films gais ». Au-delà de la boutade, Poissonsexe marie les menaces du conte philosophique d’anticipation et la poésie du parcours sentimental de Daniel, colosse au cœur de fleur bleue égarée dans un monde où amour et procréation sont totalement décorrélés ; où les couleurs froides font écho aux relations du même tonneau. Après la parenthèse lumineuse que constituait son documentaire Swagger, Olivier Babinet renoue donc

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Contrôle, hâte, suppression : "Effacer l’historique" de Kervern & Delépine

Comédie | Bienvenue dans un monde algorithmé où survivent à crédit des banlieusards monoparentaux et des amazones pas vraiment délivrées. Bienvenue face au miroir à peine déformé de notre société où il ne manque pas grand chose pour que ça pète. Peut-être Kervern & Delépine…

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Contrôle, hâte, suppression :

Un lotissement, trois voisins anciens Gilets jaunes, une somme de problèmes en lien avec l’omniprésente et anonyme modernité d’Internet. Au bout du rouleau, les trois bras cassés unissent leurs forces dans l’espoir de remettre leur compteur numérique à zéro. Faut pas rêver ! L’évaporation de l’humain et sa sujétion aux machines… Ce que la science-fiction, l’horreur ou le techno-thriller avaient déjà traité, est désormais une pièce jouée dans vie quotidienne de chacun. Une histoire à la Ionesco ou à la Beckett dont Effacer l’historique pourrait constituer une manière d’adaptation. Est-ce la présence de Blanche Gardin et de Denis Podalydès qui confère un cachet de théâtralité à ce film ? Il ne se démarque pourtant guère des autres réalisations du duo grolandais, suivant une mécanique de film à saynètes ou à tableaux (plus qu’à sketches) déclinant ce thème confinant à celui l’ultra-solitude contemporaine. Et dé

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Ardennes que pourra : "Adoration"

Le Film de la Semaine | « Mes jeunes années (…) / Courent dans les sentiers / Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Welz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Ardennes que pourra :

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

Venise n’est pas en Italie | Comme un prolongement logique de son roman et de son spectacle, Ivan Calbérac a réalisé le film semi-autobiographique "Venise n’est pas en Italie". Une démarche cathartique qui prend la forme d’une comédie, dont il s’est ouvert lors des Rencontres d’Avignon, mais aussi de Gérardmer…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Ivan Calbérac : Oui, elle est en partie autobiographique parce que mes parents me teignaient les cheveux en blond de sept à treize ans — ouais, c’est moche (rires). À l’époque, ils m’avaient convaincu que j’étais plus beau comme ça. Je pensais que c’était dans mon intérêt, donc j’étais complètement consentant et même limite coopératif : je demandais ma teinture — j’étais vrillé de l’intérieur. Mais en même temps, j’en avais super honte : j’avais toujours peur qu’on dise : « aïe aïe, il a les cheveux teints, la honte ! », et à 14-15 ans, j’ai voulu arrêter, ils m’ont dit OK. La plupart de mes amis qui me connaissaient à cet âge-là n’étaient pas au courant. Et puis j’ai grandi et à l’âge de 38-40 ans, cette histoire est redevenue présente. De cette sorte de traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle en la racontant d’abord comme un roman. Mais j’avais tout de suite en tête l’envie d’en faire un film, parce que je voyais un road-movie, plein d’images.

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Lacunes sur la lagune : "Venise n'est pas en Italie"

Comédie | De Ivan Calbérac (Fr, 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Lacunes sur la lagune :

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on di

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Raoul Taburin | En incarnant le personnage dessiné par son idole Sempé, Benoît Poelvoorde se laisse aller à son penchant pour la tendresse. Et force sa nature en effectuant une performance physique : du sport…

Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Le supplice du deux-roues :

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un coànte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la g

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Soutiens de famille : "Deux fils"

Comédie Dramatique | De Félix Moati (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Soutiens de famille :

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette, le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier, le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse ; le cadet Ivan se passion pour le latin (et la fille du gardien du collège). On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une dramédie tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril — il s’agit vraiment du parcours d’un trio —, le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins — de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant

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Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

Les Confins du monde | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à "Apocalypse Now". Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Jeudi 13 décembre 2018

Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

La Guerre d’Indochine fait figure d’oubliée de l’Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ? Guillaume Nicloux : Il y a d’abord une date : le 9 mars 1945 qui m’ a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n’a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s’était passé. Et j’ai vu : les Japonais — qui à l’époque occupaient l’Indochine parce qu’Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoires pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d’envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n’était absolument pas soutenu pas Roosevelt à l’époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d’anarchie, de débandade pour l’armée française. Le temps

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Dragueur de Minh : "Les Confins du monde"

Guerre | de Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Dragueur de Minh :

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulé par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les “événements“ algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi “terre vierge“ historique donc, où Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique,

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J’ai piscine : "Le Grand Bain"

Comédie | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

J’ai piscine :

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est une authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis mo

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Faible fable : "I Feel Good" de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Bad Trip | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Faible fable :

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques est aussi convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique, à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous

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Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Première année | "Première année" sort à la rentrée universitaire, mais aussi au moment où la PACES — Première année commune aux études de santé — et le numerus clausus sont sur la sellette. Thomas Lilti a du flair et des choses à dire…

Vincent Raymond | Dimanche 9 septembre 2018

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Votre film sort à point nommé, alors que l’on fait état d’une probable réforme de l’examen sanctionnant la première année de médecine… Thomas Lilti : Et pourtant, il y a quelques jours, j’ai fait une émission sur France Culture avec Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, on a évoqué la PACES mais à aucun moment elle n’a dit clairement qu’ils étaient en train d’y réfléchir. C’est assez surprenant. On se demande s’ils n’ont pas sorti du chapeau une réforme pour quelque chose qui n’a pas bougé depuis 45 ans — à part l’intégration en 2010 des étudiants en pharmacie, des sage-femmes, des kinés dans le concours, ce qui fait qu’il y a encore plus de monde. Je suis ravi qu’on parle d’une réforme. Tout le monde constate que cette première année est une catastrophe, je ne suis pas le seul. La violence des enseignements et des concours était d’ailleurs dénoncée en août dernier par Clara De Bort, une ancienne directrice d’hôpital, dans une tribune parue dans la revue Prescrire… Thomas Lilti : J’avoue qu’elle m’a échap

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Toubib or not toubib ? : "Première année"

Conventionné | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

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Rentrée très classe au Comœdia

Avant-Premières | C’est un carton plein. Avec neuf avant-premières — quasiment toutes escortées par les équipes — pour le seul mois de septembre, le Comœdia va non pas suivre (...)

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Rentrée très classe au Comœdia

C’est un carton plein. Avec neuf avant-premières — quasiment toutes escortées par les équipes — pour le seul mois de septembre, le Comœdia va non pas suivre mais précéder l’actualité de cette riche rentrée cinématographique. Dès cette semaine, le multiplexe art et essai du 7e arrondissement a ainsi prévu de recevoir Germinal Roaux, réalisateur de Fortuna (jeudi 6 septembre à 20h), puis Pierre Schoeller pour sa très attendue fresque Un peuple et son roi (lundi 10 à 20h) et enfin le Grolandais Benoît Délépine, coréalisateur de I Feel Good, accompagné par l’une de ses interprètes Yolande Moreau (mardi 11 à 20h). Trois œuvres en apparence dissemblables par la forme, le contexte qui pourtant font écho aux problématiques sociales contemporaines : l’une parle de l’accueil des réfugiés et réfugiées, l’autre des prémices de la Révolution ; la dernière de la fascination pour l’argent. La vraie vie est toujours au cinéma. Au Cinéma Comœdia

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Police parallèle : "Au poste !"

Polar surréaliste | Si le script de "Garde à vue" avait eu un enfant avec le scénario de "Inception", il aurait sans doute le visage de "Au poste !", cauchemar policier qui commence par un concert et s’achève par un éternel recommencement. Du bon Quentin Dupieux avec Poelvoorde et Ludig.

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Police parallèle :

Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se déroule pas comme prévu. Quant au récit trop banal du témoin, il en devient étrange. Voire carrément bizarre… Quentin Dupieux est peut-être la seule personne au monde à s’être demandé à quoi pouvait ressembler la réaction chimique de Buñuel sur Verneuil catalysée par du Jessua saupoudré de Pierre Richard. En même temps, le produit obtenu est du pur Dupieux : un concentré de comédie absurde où précipitent des cristaux d’onirique et floculent des particules théoriques. Une comédie au premier degré et demi, qui ne lésine pas sur les effets basiques de situations, de gestes (chutes, grimaces etc.) ou de répétition (comme le tic verbal récurrent, « c’est pour ça » ), et qui vrille volontiers vers l’insolite, emboutissant les dimensions. Il suffit ici que l’interrogatoire convoque le passé à l’oral pour qu’il soit aussitôt réactivé à l’image, permettant aux protagonistes d’y effectuer des allers-retours, de visiter l’espace mental des souvenirs et l’habiter.

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Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Comment ça va avec la douleur ? : "Rester vivant - méthode"

Aïe ! | de Erik Lieshout (P-B, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Comment ça va avec la douleur ? :

De la douleur surmontée naît la création poétique. Tel est le postulat de l’essai signé par Michel Houellebecq en 1991, Rester vivant, méthode. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie — schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain “Vincent“, artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit du seul “personnage“ fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de

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Meunier, tu brailles ! : "Cornélius, le meunier hurlant"

Conte | de Yann Le Quellec (Fr, 1h47) avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Meunier, tu brailles ! :

Cornélius Bloom choisit d’installer son futur moulin dans un village du bout du monde, où il tape dans l’œil de Carmen, la fille du maire — belle comme un coquelicot. Mais le meunier souffre d’une étrange affection : il hurle la nuit comme un loup. La population finit par le chasser… Avec son titre à moudre debout, cette fable chamarrée donne déjà de sérieux gages d’excentricité. Elle les assume dès son introduction, escortée par une ballade infra-gutturale chewing-gumisée par Iggy Pop dans son français rocailleux si… personnel. Auteur de Je sens le beat qui monte en moi (2012), Yann Le Quellec sait s’y prendre pour créer une ambiance décalée à base d’absurdités légères. Il a de quoi la maintenir tout au long des (més)aventures de Cornélius, dans un style entre Tati et Thierrée, où il conjugue la virtuosité acrobatique de ces poètes du déséquilibre et une fantaisie de jongleur de mots. Histoire d’exclusion et de différence avec un prince charmant un peu crapaud (à barbe), un loup (ou du moins son cri), une fille du r

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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À la petite semaine : "7 jours pas plus" de Héctor Cabello Reyes

Du sur mesure pour Benoît Poelvoorde | de Héctor Cabello Reyes (Fr, 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À la petite semaine :

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné sept jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles — troquant par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tar

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"Victoria" : Perdita

ECRANS | de Justine Triet (Fr, 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour, héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors, faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira (“tellement à contre-emploi”, comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste (“tellement avec des lunettes”) et Melvil Poupaud (“tellement revenu en grâce”). On sent bien que Justine Triet lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne, un écrivain pervers lymphatique joué par Laurent Poitrenaux vampirisant dans ses romans la vie de son ex. Pas de quoi s’étra

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"Un petit boulot", poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr, 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an — et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Trois questions à Kervern & Delépine

ECRANS | Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ? La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n’allons que (...)

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Trois questions à Kervern & Delépine

Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ? La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n’allons que dans les cinémas nous suivant depuis le début ou que nous aimons bien, comme le Comœdia à Lyon. Comme nous nous voyons rarement [Delépine vit à Angoulême, Kervern à Paris, NDLR], ça nous permet aussi de réfléchir au film suivant. On écrit au dernier moment, lorsque l’on a une trame sûre. En ce moment, on tourne autour d’un sujet sans l’atteindre. Mais on a tourné autour de Saint Amour au moins quatre ans avant de le concrétiser. Le tournage au Salon de l’Agriculture a-t-il été aisé ? C’est un truc de dingue : vingt minutes du film ont été tournées en deux jours et demi là-bas, quasiment en caméra cachée, avec des acteurs à forte personnalité. On a obtenu l’accord du Salon… pour tourner des ambiances, pas pour des scènes de comédie — elles devaient être réalisées en studio. Mais en studio, ça perd tellement de charme, de force, de vie… Pour les films précédents, on avait pris le parti de plans-séquences assez léchés, avec des formes de tableaux cinématog

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Peur de rien

ECRANS | De Danielle Arbid (Fr, 1h59) avec Manal Issa, Damien Chapelle, Paul Hamy…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Peur de rien

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que Danielle Arbid, étudiante venue de Beyrouth, a fait ses premiers pas en France. Un laps de temps suffisant pour qu’elle ose se confronter à son passé dans cette autobiographie romancée — bien qu’elle soit, selon ses dires, fidèle à la jeune femme qu’elle était à l’époque. Voulu plus sensoriel que documentaire, ce film ne peut prétendre à l’exactitude dans la reconstitution d’époque : sur ce plan, citant volontiers Manet, on pourrait le qualifier d’Impressionniste dans l’ambiance, composant un flou global fait d’éléments disparates allant de la musique aux rares accessoires. Il raconte en revanche des choses très intimes sur son auteur : la manière dont elle a été préservée de la guerre du Liban, l’indifférence naïve qu’elle affiche face aux discours politiques/politisés des étudiants français, son ingénuité amoureuse… Plus mainstream dans sa forme que son précédent long-métrage, le très abrupt Un homme perdu (2007), Peur de rien risque cependant de paraître abstrait aux spectateurs n’ayant pas partagé le même espace-temps que la cinéaste : à l’inverse de mai 68 ou de l’Occupa

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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Une famille à louer

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr-Belg, 1h36) avec Benoît Poelvoorde, Virgine Efira…

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

Une famille à louer

Un homme riche et seul signe avec une femme pauvre mais avec deux enfants un contrat où il loue sa famille à titre d’essai. D’où quiproquos, sous-entendus et, finalement, passage de l’amour feint à l’amour réel. Le programme du dernier film de Jean-Pierre Améris, qui signe ici son troisième navet d’affilée, est tellement prévisible qu’on se pince tout le long de la projection pour y croire. La faiblesse du scénario est criante à tous les niveaux, que ce soit dans ses péripéties, sinistres, ses gags d’une pauvreté affligeante — une porte de frigo qui s’ouvre en guise de gimmick, sérieusement… — ou ses dialogues, qui soulignent toutes les intentions. Rien n’est drôle dans ce désastre, à commencer par les deux comédiens : Poelvoorde fait ce qu’il peut pour retrouver le comique dépressif des Émotifs anonymes et Efira semble consciente de jouer dans un ersatz de production télé, ne cherchant jamais à dépasser la caricature absolue que constitue son personnage. Une famille à louer, c’est le genre de film produit pour faire tourner la machine éco

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Soumission

CONNAITRE | de Michel Houellebecq (Flammarion)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Soumission

Le bruit médiatique disait, avant l’arrivée en librairies de Soumission, que le dernier Houellebecq était un roman sur l’islam ; après sa sortie (le 7 janvier !), non seulement l’idée était incrustée dans les consciences des (non ou futurs) lecteurs, mais l’auteur était carrément devenu «islamophobe». Il aurait suffit de laisser passer l’orage et de le lire à tête reposée — si tant est que cela est possible vu le contexte — pour se rendre compte que tout cela était au mieux superficiel, au pire absolument faux. L’islam, dans Soumission, est autant un prétexte qu’un révélateur d’un état de la société française mais aussi, et surtout, du héros houellebecquien, nommé ici François, professeur de littérature à l’Université, quadragénaire désabusé et résigné à mourir seul. Lorsqu’en 2022 Mohamed Ben Abbes, fondateur d’un parti baptisé la Fraternité musulmane, parvient à la Présidence de la République avec le soutien des grands partis de gauche, du centre et de droite, François découvre que ce qui a changé — obligation de se convertir pour retrouver son poste, magasins de vêtements féminins fermés — est finalement moins fort que ce qui demeure immuabl

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Dans la peau de Michel Houellebecq

SCENES | Alors que son dernier livre, en rien le scandale islamophobe annoncé, continue de diviser les médias, Julien Gosselin, 27 ans, donne à voir avec sa version théâtrale des "Particules élémentaires" à quel point Houellebecq creuse depuis vingt ans un même sillon désenchanté. Créée à Avignon en 2013, voilà enfin livrée à domicile cette adaptation fidèle, énamourée et passionnante de ce grand roman d’anticipation.

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Dans la peau de Michel Houellebecq

Quand en 1998 sort Les Particules élémentaires, Michel Houellebecq n’est pas encore une figure publique. Julien Gosselin, qui met en scène pour la première fois en France ce texte, a lui à peine dix ans. A l'époque, la lucidité (le cynisme diront les bénis oui-oui) qui irradie de ce roman est une anomalie parmi les écrivains hexagonaux contemporains. Il y en a certes de très grands (Carrère, Modiano, Le Clézio…), mais aucun n’embrasse la société dans son ensemble comme Houellebecq, capable d’insuffler un vrai souffle narratif à des propos sans concession sur son époque. Le mérite premier de Gosselin et son collectif Si vous pouviez lécher mon coeur est de faire éclater à nouveau la qualité et la profondeur de ces Particules hautement autobiographiques, revendiquant l'hommage au point que l'auteur est doublement présent dans la pièce : sous la forme du personnage de Michel et sous celle d’un narrateur, saisissant double physique de l’écrivain. En s’emparant du théâtre-récit, en acceptant donc sans rougir de ne pas entrer dans un genre plus classique de spectacle dialogué, la troupe enchaîne des séquences souvent monologuées, donna

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La Rançon de la gloire

ECRANS | Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Near Death Experience

ECRANS | L’errance suicidaire d’un téléopérateur dépressif en maillot de cycliste, où la rencontre entre Houellebecq et le tandem Kervern / Delépine débouche sur un film radical, peu aimable, qui déterre l’os commun de leurs œuvres respectives : le désespoir face au monde moderne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Near Death Experience

Un jour comme les autres, Paul, téléopérateur chez Orange, décide de mettre fin à ses jours. Il laisse sa famille sur le carreau, enfile son maillot de cycliste Bic et part se perdre dans la montagne. Near Death Experience enregistre son errance suicidaire comme un retour à l’état primitif, tandis qu’en voix-off ses pensées sur le monde et sur sa triste existence bientôt achevée se déversent. Après la déception provoquée par Le Grand Soir, dans lequel leur cinéma de la vignette sarcastique virait au système, Gustave Kervern et Benoît Delépine effectuent une table rase radicale. Il n’y a à l’écran qu’une âme qui vive, celle de Michel Houellebecq, dont le tempérament d’acteur a été formidablement défloré par l’excellent L’Enlèvement de Michel Houellebecq ; les autres personnages sont des silhouettes dont on ne voit la plupart du temps même pas le visage, sinon ce marcheur avec lequel Paul entame une partie de Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… Cette nudité est renforcée par une image sale et bruitée, fruit d’un tournage en équipe rédui

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Hippocrate

ECRANS | Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Hippocrate

Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent devant un poste de télé diffusant un épisode de Dr House, dont ils commentent les incohérences. Manière pour Thomas Lilti, lui-même médecin de formation, de marquer le fossé entre son approche, volontiers réaliste et dépourvue de toute tentation iconique, et celle des séries médicales américaines, en quête de héros bigger than life et d’intrigues à tiroirs. Pourtant, la structure d’Hippocrate est bien celle, très américaine, d’un buddy movie : entre l’interne Benjamin, en stage dans le service de son père, maladroit et peu sûr de lui, et le médecin algérien "FFI" (Faisant Fonction d’Interne) Abdel, plus expérimenté et au diapason de la souffrance des patients, c’est un long processus de domestication, de malentendus et de fraternisation qui s’installe. Cette amitié complexe se noue autour de deux cas : celui d’un SDF alcoolique, mort suite à une négligence de Benjamin camouflée par sa hiérarchie, et celui d’une vieille dame en phase terminale d’un cancer, pour laquelle Abdel va outrep

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Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle Emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en fin de partie existentielle ; ces deux solitaires très entourés vont se prendre d’affection l’un pour l’autre, tentant de comble

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Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | Is the man who is tall happy ? de Michel Gondry. We come as friends de Hubert Sauper. L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux. ’71 de Yann Demange.

Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf élève d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé «l’étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont e

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Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

SCENES | "Les Particules élémentaires" et "Exhibit B"

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

Le buzz du festival n'est pas dans la cour d'honneur mais à quelques encablures d'Avignon, à Vedène, avec une adaptation improbable et inespérée du deuxième roman de Michel Houellebecq, qui contient tous les autres, Les Particules élémentaires. Aux manettes, un gamin de 26 ans, Julien Gosselin, pêche parfois par excès de jeunisme, comme si un micro et une séquence de coït à poil étaient les ingrédients indispensables d'un spectacle moderne. Passées ces quelques réserves, force est de constater que ce travail ne manque pas d'énergie. C'est toutefois quand on oublie le collectif (onze au plateau) et que le jeu comme le texte se resserrent sur un ou deux personnages, dans la deuxième partie de la pièce (sur près de quatre heures au total),  que ce travail trouve son point culminant. Par exemple dans cette magistrale et déchirante scène où Michel s'aperçoit, à quarante ans, qu'il est passé à côté de l'amour de sa vie, sa triste et désenchantée amie de collège. Gosselin parvient, sur un plateau nu, sans coulisses, avec des acteurs-musiciens en permanence en scène et une utilisation enfin judicieuse de la vidéo, à rendre l'abyssal individualisme q

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Le Grand méchant loup

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h45) avec Benoît Poelvoorde, Fred Testot, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Grand méchant loup

Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un film profondément malade, comme l’était d’ailleurs le précédent opus de Nicolas et Bruno, La Personne aux deux personnes : un truc personnel greffé sur un remake — celui des Trois petits cochons, un gros succès québécois — un film sur la névrose, la solitude et la mort qui se planque derrière toutes les formes de comédie possibles, un casting bankable dans lequel un seul acteur intéresse vraiment les réalisateurs, qui lui donnent du coup beaucoup plus d’espace à l’écran — Poelvoorde, évidemment génial… C’est donc très bancal, peu aimable, mais ça reste singulier. Signe qui ne trompe pas : à un moment, Nicolas et Bruno pastichent gentiment Comment je me suis disputé de Desplechin. C’est pourtant un faux-fuyant, tant on sent que dans une autre économie, plus modeste, le fil

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Gr

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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