10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Photo : © DR


En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s'inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s'attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l'on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille !

Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d'un bunker et sa promiscuité. C'est que les temps ont changé : l'inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n'est plus le seul fait d'entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement plus dangereux munis d'une arme que des cohortes d'aliens. Fustigeant le repli sur soi, l'isolationnisme égoïste, le film de Dan Trachtenberg (aidé par Damien Chazelle au scénario) montre comme toujours le triomphe d'une union sur l'ennemi extérieur ET intérieur ; très étonnamment, il fait de l'alcool un atout précieux dans la lutte — y a-t-il là-dessous une allusion plus sibylline que le tee-shirt arboré par Michelle, l'héroïne : “Paris je t'aime“ ?

Comportant une fraction dérisoire d'effets spéciaux, 10 Cloverfield Lane présente parfois dans son minimalisme des relents shyamalesques. Et s'il joue sur la tension, il vaut surtout pour l'exercice logique auquel il soumet le spectateur, aussi perdu que Michelle, et donc conduit à reconsidérer ses certitudes sur la sincérité de ses deux vis-à-vis. Au fait, comment sait-on qu'un menteur dit la vérité ? Jusqu'à preuve du contraire, on ne le sait pas. VR


10 Cloverfield Lane

De Dan Trachtenberg ( ÉU, 1h45) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman... Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie. En l'absence de certitude, elle décide de s'échapper...
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Gemini Man | Avec Gemini Man, le plus polyvalent des cinéastes contemporains poursuit son insatiable exploration formelle et métaphysique avec un film d’action qui aurait beaucoup plus à Philip K. Dick. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Pour mettre en scène Gemini Man dont le héros est un personnage existant simultanément à plusieurs âges de sa vie, vous êtes-vous reposé sur les différents réalisateurs que vous étiez à l’époque de Tigre et Dragon, de Hulk, de L’Odyssée de Pi et de Un jour dans la vie de Billy Lynn ? Ang Lee : Pour chacun de mes films, je veux à la fois suivre un fil, conserver les meilleurs côtés de mes réalisations et explorer de nouvelles directions. Tigre et Dragon marquait mes débuts dans l’action. Alors que j’avais commencé dans le drame, je suis passé peu à peu à une dimension plus visuelle — ce que vous, les Français, appelez le “cinéma pur“. À travers mes films j’essaie toujours de garder le même cœur, la même âme, la même émotion, tout élargissant mon champ d’expérimentation. Mais quand vous dirigez un film d’action comme Gemini Man, avez-vous l’impression de faire le même métier que lorsque vous réalisez un film plus intimiste tel que Brokeback Mountain ? Dans les deux cas, je cherche à conserver la même

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Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans "Gemini Man"

Le Film de la Semaine | Un exécuteur d’État est traqué par son clone rajeuni de 25 ans. Entre paradoxe temporel à la Chris Marker et cauchemar paranoïde façon Blade Runner, Ang Lee s’interroge sur l’essence de l’humanité et continue à repenser la forme cinématographique. De l’action cérébrale.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans

Employé comme exécuteur par une officine gouvernementale, Henry Brogan découvre qu’on cherche à l’éliminer ainsi que les membres de son équipe. Partant en cavale avec Danny, une équipière, il constate que le tueur à leurs basques est son portrait craché… plus jeune de 25 ans. Le coup de l’agent bien noté considéré tout à coup comme une cible à abattre par ses anciens partenaires doit figurer en haut du classement des arguments-types pour films d’espionnage. À peu près au même niveau que le recours à un jumeau maléfique dans les polars ! Même s’il est justement ici question d’un combo chasse à l’homme/clones, on aurait tort de sous-estimer l’influence et les apports de Ang Lee sur Gemini Man. Un authentique auteur — au sens défini par Truffaut dans son article Ali Baba et la “Politique des Auteurs“ — qui, lorsqu’il s’empare d’une intrigue connue pour avoir été mille fois illustrée à l’écran, est capable d’en offrir une approche nouvelle et, surtout, singulière. DePalma en incarne un autre exemple sur le même thème avec Mission : Impossible. D’une projection, l’autre Ce qu

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L’étoffe des 2.0 : "First Man - le premier homme sur la Lune"

Astrobiopic | de Damien Chazelle (E-U, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

L’étoffe des 2.0 :

De son entrée à la NASA comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit Mister Cool ; un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs, qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects — n’est-il pas paradoxal, de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le “Premier Homme“ ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling

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La mauvaise éducation : "Come as you are"

Drame | de Desiree Akhavan (É-U, 1h31) avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

La mauvaise éducation :

1993. Surprise en plein ébat avec une camarade, la jeune Cameron est envoyée par sa tante dans camp religieux de “réhabilitation“ pour les adolescents “déviants“ placé sous la férule des frère-sœur Marsh. Au sein du groupe, Cameron tente de préserver son intime personnalité… Cette vieille obsession puritano- normative de guérir l’homosexualité par la réclusion et la prière ! Dans l’idée (et l’efficacité), cela rejoint l’antique sacrifice des vierges pour s’assurer de bonnes récoltes ; le fait de croire que l’on peut infléchir des événements sur lesquels l’on n’a aucune prise en sadisant ses semblables au nom de l’intérêt général. La prétendue maison de rééducation religieuse des Marsh est à la fois un lieu de retrait du monde pour des familles honteuses de l’orientation de leur enfant (“cachons ce gay que nous ne saurions voir“) et un centre de torture psychologique. Paradoxalement, le confinement des ados et les chambrées non mixtes tendent à annuler le lavage de cerveau hétéro opéré pendant la journée. Desiree Akhavan épouse avec beaucoup de justesse et de sens

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« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

La Planète des Singes : Suprématie | Avec "La Planète des Singes : Suprématie", le réalisateur de "Cloverfield" Matt Reeves clôt la Trilogie simiesque, toujours accompagné par l’indispensable Andy Serkis. Rencontre avec deux sacrés primates.

Vincent Raymond | Mercredi 2 août 2017

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

Qu’avez-vous souhaité explorer dans cet ultime volet de la trilogie ? Matt Reeves : Je voulais montrer ce moment où le personnage de César risquait de perdre l’empathie émotionnelle qu’il éprouve autant pour les Hommes que pour les Singes — car il n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre —, et sur laquelle repose son héroïsme. Cela m’intéressait de mettre le spectateur pendant deux heures dans la peau de César, confronté à la guerre entre les humains, mais aussi à une lutte intérieure comme nous en connaissons tous. Andy Serkis : J’ai beaucoup de chance d’avoir participé à une telle trilogie, qui a une âme, un sens, une vérité et un message politique. C’est incroyable d’avoir pu passer de l’enfance à la fin de vie, mais aussi de voir un personnage de leader trouvant sans cesse des solutions pacifiques découvrir le phénomène de la haine. Le faire passer à l’acte, voire tuer, était pour moi un formidable défi physique et psychologique. Bien qu’étant de tous les plans, vous n’êtes jamais jamais reconnaissable à l’écran. Que retrouvez-vous de vous en César ? AS : Je me vois

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César doit mourir : "La Planète des Singes - Suprématie" de Matt Reeves

Saga | Dans cet ultime volet de la trilogie, tout est bien qui finit simien. Mais qu’on ne compte pas sur nous pour révéler le pourquoi du comment : les Humains n’ont sur cette Planète plus voix au chapitre…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

César doit mourir :

Chef incontesté des Singes, César aspire à vivre en paix avec son peuple. Mais un bataillon mené par le Colonel vient le défier en semant la mort parmi les siens. Le chimpanzé parlant se résout donc à l’affronter. En route vers son destin, il adopte une étrange fillette muette… La Planète des Singes est l’exemple rare d’une franchise dont l’intérêt ne s’émousse pas au fil des épisodes. Au volume 3 de la série en cours — dont César est le fil conducteur — on assiste même à un point d’orgue épique et tragique : Suprématie n’a rien d’une conclusion sommaire sans enjeu. C’est un total western darwinien. S’il propose sa récurrente lecture écologique en plaçant à nouveau l’humain en situation d’“espèce menacée” (l’inscription se trouve d’ailleurs arborée par un soldat sur son casque) du fait de l’avènement des singes, il suggère un moyen plus raffiné pour oblitérer l’ancien maître de la planète de son humanité — qui ne constituera cependant pas une surprise aux familiers de la saga. Au-delà, Suprématie

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"La La Land" : Je m’voyais déjà…

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, l’histoire en cinq saisons de Mia, aspirante actrice, et Seb ambitionnant d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire ou l’amour réglé à l’ancienne par l’auteur du pourtant très contemporain Whiplash. Un aspirateur à Oscar ?

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

N’est-il pas agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit — ici, un canevas digne de Stanley Donen/Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy/Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Bernstein/Robbins ou Minnelli. Vintage d’or hollywoodien Attention, il ne s’agit pas de minorer les mérites ni le talent de Damien Chazelle :

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Dalton Trumbo : plaisir gourmand pour cinéphiles

ECRANS | de Jay Roach (E-U, 2h04) avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Dalton Trumbo : plaisir gourmand pour cinéphiles

Vissé à sa machine à écrire, Dalton Trumbo a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Bryan Cranston, relate le parcours de ce blacklisté haut en couleurs, qui défia la chasse aux sorcières en industrialisant l’écriture sous prête-noms et glanant des Oscars à la barbe de McCarthy et de ses séides. S’il est enlevé et jouissif, à l’image du personnage, le film n’est qu’un instantané de son existence. Il se penche uniquement sur la période aussi conflictuelle qu’héroïque de l’après-guerre (Trumbo auteur reconnu et installé, a déjà publié Johnny Got His Gun), et fait l’impasse sur la fin de sa carrière (son passage à la réalisation avec… Johnny Got His Gun). Un plaisir gourmand pour les cinéphiles, ravis de naviguer dans les coulisses hollywoodiennes parmi les légendes (sont ici convoqués Otto Preminger, John Wayne…) et un joli tour de force pour l’auteur de la série Austin Powers qui mêle ses comédiens à d’authentiques séquences d’archives. Grâce à la prescriptio

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Whiplash

ECRANS | Pour son premier film, Damien Chazelle raconte une initiation artistique muée en rapport de domination, et filme la pratique de la musique comme on mettrait en scène un film de guerre. Une affaire de rythme, de tempo et de ruptures, parfaitement maîtrisée d’un bout à l’autre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Whiplash

La répétition d’un coup de baguette sur une caisse claire, de plus en plus rapide, comme des coups de feu ou, selon le titre, des coups de fouet — whiplash. Le rythme, rien que le rythme. Une demi-seconde en trop ou une demi-seconde trop tôt et vous êtes mort. En face, l’homme censé vous guider dans votre apprentissage, votre mentor, est aussi votre pire ennemi, celui que vous craignez le plus car ses jugements font autorité. Lui, le rythme, il le fracasse sèchement afin de vous mettre à terre, plus bas que terre même, pour que vous vous releviez ensuite le mors aux dents et que vous repartiez au combat, plus déterminé que jamais. Ce qui ne tue pas rend plus fort, dit l’adage nietzschéen. Le succès est la meilleure des revanches, complète un dicton américain. Whiplash, premier film impressionnant de Damien Chazelle, raconte tout cela, et beaucoup plus encore. Un élève doué Voici donc Andrew (Miles Teller, échappé de romances pour ados comme The Spectacular Now et Divergente) qui intègre une prestigieuse école de musique pour deven

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La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les toons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissag

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Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Argo

Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu’il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s’affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l’estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c’est l’Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l’accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l’ambassade américaine entraîne une vaste prise d’otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l’ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affle

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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Scott Pilgrim

ECRANS | D’Edgar Wright (ÉU, 1h52) avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

Scott Pilgrim

On pouvait attendre beaucoup de "Scott Pilgirm" : Wright avait co-réalisé "Shaun of the dead" et "Hot fuzz", Cera est un des jeunes acteurs américains du moment, le comics d’origine possédait son cercle d’adorateurs. Le ratage est pourtant cuisant, et souligne les limites de la culture geek, quand ce sont les geeks eux-mêmes qui lui rendent hommage. Car Wright a choisi de compresser le récit, de surcharger l’image de trouvailles visuelles et de multiplier les références pour initiés au point de négliger personnages, intrigue et même l’élémentaire lisibilité des plans. Deux choses sont frappantes : le film ne cherche jamais à contourner son programme (Scott va combattre les neuf ex maléfiques de sa copine, point), et maltraite avec une misogynie sidérante les femmes du film. En gros, des emmerdeuses, des sacs à problème, des vagins dentés, sauf si elles lisent des BD et jouent de la batterie (si ce sont des hommes, donc !). Déplaisant à regarder, "Scott Pilgrim" est donc aussi déplaisant dans sa vision d’un monde qui n’est virtuel que quand ça l’arrange. CC

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Star Trek

ECRANS | Aux origines du space opera et dans un effort pour le transformer en blockbuster d’action juvénile, JJ Abrams signe un film habile jusque dans ses défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 mai 2009

Star Trek

Il est plutôt amusant de constater que JJ Abrams, qui aura marqué les esprits par l’invention de deux séries télé ayant contribué à un nouvel âge d’or du genre (Alias et Lost), soit obligé d’aller gagner ses lettres de noblesse sur le grand écran en remettant sur les rails une franchise venue de l’âge d’or précédent, le Star Trek des années 60. Plus bizarre encore, ce statut de «créateur» dont il jouissait quand il officiait sur les networks américains n’est plus qu’une simple casquette de «réalisateur» maintenant qu’il œuvre à Hollywood. Dans l’imaginaire des professionnels U.S., si la télévision est devenue une sorte de première division, le cinéma reste définitivement la champions league ; mais dans le cas d’Abrams, on a le sentiment que le meilleur buteur du championnat y est réduit au statut de distributeur au milieu du terrain, pouvant à l’occasion faire une passe décisive ! Griserie rock Pourquoi parler football alors que c’est de Star Trek dont il est question ici ? Parce que le film lui-même ressemble sans arrêt à une partie de ballon rond, s’appuyant sur la jeunesse de personnages

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Dans la brume électrique

ECRANS | Cinéma / Tiré d’un roman noir de James Lee Burke, ce film américain de notre Tavernier national ne manque ni d’ambition, ni de bons acteurs, mais d’un rythme suffisamment prenant pour faire tenir ensemble son complexe écheveau d’intrigues. CC

Christophe Chabert | Jeudi 9 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par un Bertrand Tavernier délocalisé pour l’occasion sur le sol américain intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mis en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Pas de pays pour un vieuxLes crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent donc dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquence

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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Cloverfield

ECRANS | Un blockbuster tourné en faux-direct où des monstres attaquent Manhattan : Matt Reeves et JJ Abrams arrivent, malgré des faiblesses criantes, à renouveler le film-catastrophe en inaugurant la grande tendance de ce début d'année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2008

Cloverfield

Après un avertissement mystérieux nous prévenant que le film que nous allons voir à été retrouvé sur le site anciennement appelé «Central Park», Cloverfield démarre en caméra vidéo subjective sur une poignée de séquences absolument inintéressantes. Un petit couple au saut du lit, elle nue dans les draps, lui derrière sa DV ; «Ça va se retrouver sur Internet !», lui (et nous) dit-elle. Plus tard, la caméra a changé de main, et la demoiselle d'amoureux. C'est maintenant un geek lourdaud qui filme la soirée d'adieu de l'amant éconduit, et chaque participant doit lui enregistrer un petit message. Comme on regarde la cassette en entier, on se farcit toutes les longueurs et tous les ratés de cet amateur plutôt doué pour le cadre. Après une énorme explosion, la panique s'installe, tous les convives fuient dans la rue où ils assistent, médusés, à la décapitation de la statue de la liberté. You entube Qu'on se le dise, Cloverfield repose sur un concept malin proprement piqué à celui du Projet Blair Witch, en plus abouti toutefois. JJ Abrams, créateur de Lost et véritable instigateur de la supercherie, pratique ainsi

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