Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Photo : © DR


Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors qu'Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d'un exploit individuel accompli dans un cadre absurde.

Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s'inspire des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et “promené” par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l'athlète que par l'aubaine d'une subvention à détourner — des notables ici moqués avec causticité.

À partir de l'anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe, où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu'à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si pour la course Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retrouvées), il ne renonce pas pour autant à son pays maternel, où il a bâti sa vie : son engagement lui fait même prendre conscience de sa richesse, sa fierté d'être un trait d'union vivant entre deux cultures, deux nations. Que risquent, alors, les adversaires de la binationalité à voir ce film ? De réviser leur position. VR


Good luck Algeria

De Farid Bentoumi (Fr, 1h28) avec Sami Bouajila, Chiara Mastroianni...

De Farid Bentoumi (Fr, 1h28) avec Sami Bouajila, Chiara Mastroianni...

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Sam et Stéphane, deux amis d'enfance, conçoivent avec passion des skis haut de gamme. Soumise à une rude concurrence, leur entreprise est en péril. Pour la sauver, ils se lancent dans un pari fou : qualifier Sam aux Jeux Olympiques d'hiver sous la bannière du pays d’origine de son père, l'Algérie.


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“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Thriller | De petits arrangements avec la sécurité dans une influente usine vont empoisonner l’environnement, les salariés et les relations familiale d’une infirmière trop jeune et trop honnête. Après la belle histoire Good Luck Algeria, Farid Bentoumi monte d’un cran avec cet éco-thriller tristement contemporain. Label Cannes 2020.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Tout juste diplômée, Nour a été embauchée comme infirmière dans l’usine où son père est syndicaliste. Très vite, elle découvre l’existence de graves pollutions boueuses affectant l’environnement et les salariés, ainsi que de nombreuses complicités pour dissimuler ces empoisonnements… Ironie tragique, le rouge du titre ne renvoie pas à la couleur du monde ouvrier, celui-ci ayant pactisé avec le patronat autour d’intérêt communs ; en l’occurence sur le dos du monde vert. C’est d’ailleurs l’un des enjeux remarquables de ce film qui infléchit de manière pragmatique la démarcation entre “les bons et les méchants“. En vérité, on n’est plus dans la dialectique ancienne parant mécaniquement le prolétaire de toutes les vertus et l’employeur des pires turpitudes : la loi du marché est passée par là. Et les compromissions clientélistes successives des élus comme des représentants syndicaux ont fait le reste. Le capitalisme ayant horreur du vide (comprenez : de ne pas avoir une classe à exploiter impunément) a donc jeté son dévolu sur l’environnement, au sens large. Alerte rouge

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Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pixar | Le réalisateur du nouveau Pixar (exclusivement visible en streaming sur Disney+) évoque quelques-unes des inspirations ayant guidé son trait et sa palette vers cet univers bariolé peuplé de monstres marins et d’une Italie idéale : celle de la Dolce Vita et des côtes. Propos rapportés.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pourquoi cette décision de réaliser le film dans un décor du littoral Italien ? Enrico Casarosa : J’ai eu la chance de grandir à Gênes. J’ai passé tous mes étés sur le littoral Italien, en compagnie de mon meilleur ami qui s’appelait vraiment Alberto. Nous avons sauté des falaises pour plonger dans la mer ensemble… Enfin, il m’a surtout poussé ! Le littoral en Ligurie a une cote particulière, très escarpée : les montagnes paraissent s’élever droit au-dessus de l’océan. Et j’ai toujours aimé tout particulièrement les Cinque Terre. On dirait que ces cinq petites villes viennent de sortir de la mer et s'accrochent à la montagne afin de ne pas tomber. C’est un lieu vraiment unique, qui me semblait l’endroit idéal pour rendre hommage à la culture italienne : la petite ville ouvrière, le bleu de la mer… C'est très particulier, et ça me rappelle mes souvenirs d’enfance, notamment cette notion autour des amitiés qui nous changent et nous font grandir qui est cœur du film. Quelles recherches avez-vous faites pour ce film ? Concernant les villes qui nous ont inspirés, il y avai

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“Luca“ : Italia belle eau

Sur Disney+ | Le dernier Pixar en date, court et beau, dispo sur Disney+.

Vincent Raymond | Vendredi 25 juin 2021

“Luca“ : Italia belle eau

Aux abord des côtes italiennes, Luca est un gentil petit monstre marin tenu à l’écart des humains par ses parents. Jusqu’à ce qu’il rencontre Alberto : celui-ci lui révèle qu'il peut prendre forme humaine sur terre. Les deux amis vont s’enfuir et s’inscrire à un concours leur ouvrant le monde… Luca tranche par la simplicité de son intrigue — ce qui ne signifie pas qu’elle soit simpliste — comme en atteste la brièveté du film. Rappelant par son esprit “entre terre et mer“ Ponyo sur la falaise ou Lou et l’île aux sirènes, l'arc dramatique principal, la quête de Luca et d’Alberto, est elle-même basique, à hauteur de rêve d’enfant (même si la Vespa symbolise davantage qu’un deux-roues, la liberté et l’émancipation de leur quotidien, l’adolescence, etc.) ; l'unité de temps (l’été), de lieu (le village façon Cinque Terre), et d’action (la préparation du concours) est par ailleurs respectée. Cette épure presque nippone s’avère aussi bienvenue : en resserrant le film sur l’essentiel, sans digression, elle permet aux plus jeunes spectateurs de mieu

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L’eau à la bouche : "Ondine" de Christian Petzold

Romance | Songe fantastique et romantique en milieu aquatique : Ours d’argent à Berlin pour la fiévreuse Paula Beer.

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

L’eau à la bouche :

Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex-… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvé par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe — ou sirène — troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque (en version aquatique) la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Be

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Une autre femme : "Billie" de James Erskine

Documentaire | Un docu double sur Billie Holiday mais aussi sa biographe Linda Lipnack Kuehl, par James Erskine.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Une autre femme :

Journaliste à ses heures, Linda Lipnack Kuehl réunit 200 heures de témoignages sur Billie Holiday avant de mourir brusquement. Un demi-siècle plus tard, James Erskine exhume les cassettes et entreprend de raconter une double histoire : celle de la jazz-woman et celle de sa biographe. Sauf que… Courir deux lièvres aussi importants lui fait manquer ses deux buts. La partie sur Billie n’apprend rien, se contentant d’enchaîner des archives sans unité de traitement (images brutes ou colorisées à la truelle) et de reprendre des assertions sans les étayer : dire que Lady Day a révolutionné la musique, d’accord, mais une petite analyse expliquant en quoi eût été utile. Quant à “l’enquête“ sur Linda Lipnack Kuehl, elle est sacrifiée et frustrante. Car on ne sait pas pourquoi elle a été “suicidée“. En fait — et c’est toute l’ambiguïté de ce documentaire — le vrai sujet était la biographie de cette biographe, et son transfert à travers Billie que l’on devine. Erskine a joué la facilité en traitant Billie et non son ombre fantomatique. Dommage. Billie

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James Sacré, poète approximatif

Poésie | James Sacré viendra à Lyon pour recevoir le Prix Kowalski de la ville. Une belle occasion de découvrir l'une des plumes des plus touchantes et des plus sobres de la poésie contemporaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 mars 2020

James Sacré, poète approximatif

Coup sur coup, les Figures de silences (éditions Tarabuste) de James Sacré ont reçu, en 2019, le Prix Théophile Gautier de l'Académie Française et le Prix Kowalski. Ce recueil tente de dire le(s) masque(s) des paysages traversés (aux États-Unis, au Maghreb, en France...), l'insoutenable légèreté des mots écrits... Ou encore la fête et le carnaval : « Carnaval de quelle vérité montrée / Dans le faux d'un masque et des gestes crus ? / On veut croire à de la fête, on caresse / La mort et son cul. » Chez James Sacré, le tragique gît dans le prosaïque, l'émotion dans le presque rien des choses et des êtres. Et rarement poète ne nous aura donné à ressentir ce vent du temps qui passe sur les mots et les choses jusqu'à, aussi intolérablement qu'en toute légèreté, les effacer : « À la fin des mots se perdent dans le silence / À la fin tout le dictionnaire se perd / Dans le silence du monde. » « Poème comme un cul qu'ose pas se montrer nu »

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Nuit Matrix et les Sœurs Wachowski

Reprise | Plus le temps passe, plus la place de Matrix dans l’Histoire du cinéma se consolide. La chose s’avère même troublante : rares sont en effet les films à jouir (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Nuit Matrix et les Sœurs Wachowski

Plus le temps passe, plus la place de Matrix dans l’Histoire du cinéma se consolide. La chose s’avère même troublante : rares sont en effet les films à jouir d’une telle aura, intacte depuis sa sortie ; le désamour du purgatoire s’étant reporté sur ses deux suites, fatalement décevantes — mais peut-être que la nuit proposée par l’Institut Lumière permettra de réviser ce jugement ? Reprenons les choses dans l’ordre et rappelons pourquoi ce film des Wachowski s’est élevé au rang de légende. Lorsque Matrix débarque sur les écrans, à la fin du XXe siècle et en plein frémissement millénariste, le monde oscille entre peur du bug de l’an 2000 et enthousiasme pour les promesses de l’Internet, dont la bulle gonfle démesurément les chiffres de la bourse. Alors, un film qui anticipe comme les meilleures dystopies de Philip K. Dick, une société alternative où les machines font vivre les humains (leur source d’énergie) dans un simulacre de réalité, la Matrice, ça avait de quoi

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Harper bizarre : "Knives and Skin"

Drame | Pom-pom girl d’un lycée de l’Illinois, Carolyn Harper n’est pas reparue après un rendez-vous nocturne. Sa mère, qui dirige la chorale locale, peine à trouver du relais, à part chez trois élèves. Pourtant, dans cette communauté bizarre, l’un en sait long : le “petit ami“ qui a molesté Carolyn.

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Harper bizarre :

Au risque de surprendre, voire de choquer compte tenu du sujet (et de ses résonances avec les turbidités de l’actualité), c’est de prime abord un “beau“ film, au sens plastique du terme que Jennifer Reeder signe ici. Elle offre en sus un bienvenu contrepoint féminin et féministe à ces récits lynchéens se déroulant au cœur de villes moyennes des États-Unis figées dans une malaisante harmonie pastel, où une singularité fantastique vient bousculer l’apparence d’équilibre et faire sourdre une trémulante angoisse sous-jacente. La normalité de surface se volatilise, chaque foyer révélant ses vices secrets ou turpitudes : tel enseignant déboursant des fortunes pour acquérir des sous-vêtements usagés, tel couple illégitime se retrouvant pour des ébats furtifs, tel lycéen jouant au Casanova de gouttière avec ses condisciples… On ne sait jamais à quel moment la lisière du genre est franchie tant ténue est la frontière entre l’onirisme appartenant à notre monde intérieur — celui des fantasmes, de l’inconscient — et le surnaturel, qui est celui de leur manifestation dans le réel : aussi mince que l’espace séparant la peau d’un couteau. M

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Au plus balte : "Oleg"

Drame | Travailleur letton émigré en Belgique, Oleg tombe dans l’illégalité et, pour son malheur, dans les rets d’une mafia polonaise dont il devient le larbin. Piégé, il doit accepter des tâches de plus en plus risquées et dégradantes…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au plus balte :

Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertu“ d’accords inter-états mal fagotés ; cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu’économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l’équité théorique des transactions relève de la promenade de santé et constitue une source d’enrichissement inépuisable. On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d’exploitation et d’isolement : ne parlant qu’un peu d’anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément celle où, à la suite d’un quiproquo (qu’il entretient), une snobinarde le met dans son lit croyant avoir à faire à un comédien, avant de le chasser, révulsée, lorsqu’elle découvre qu’il est “seulement“ boucher au chômage. Tellement révélateur…

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Quatre pièces à réserver sans attendre

Théâtre | S’il ne fallait retenir que quatre spectacles à voir cette saison, ce serait ceux-là.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quatre pièces à réserver sans attendre

Le plus tendre : Un conte de Noël C’est peut-être le plus grand film d’Arnaud Desplechin. Julie Deliquet qui avait déjà signé un triptyque intéressant, Des Années 70 à nos jours (trois pièces pour relier Brecht et Lagarce à la génération de ses parents) et une Mélancolie(s) plus convenue mêlant Ivanov et Les Trois sœurs. Entre temps, la Comédie Française l’a happé pour un Fanny et Alexandre acclamé. En bi-frontal, elle retrouve une partie de sa troupe In Vitro à laquelle s’ajoute l’excellent Lyonnais Thomas Rortais. De la joie de retrouver Abel, Junon et leurs enfants aussi tourmentés et cruels que fantasque et joviaux. Et l’écriture somptueuse et acide de Desplechin et Emmanuel Bourdieu. Création à la Comédie de Saint-Étienne en octobre puis… Au Radiant (programmation des Célestins et du Théâtre de la Croix-Rousse) du 5 au 9 février Le plus grinçant : Blanche-Neige, histoire d’un prince C’est parfois au hasard des montages de productions et des projets avortés qu’un spectacle marquant voit le jour. C’est le cas de cette Blanche-Ne

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Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Conte | Loin du théâtre collé à l’actu, d’autres artistes ont choisi les contes et s’adressent aussi aux petits. Mais leur propos n’est pas si déconnecté du réel qu’il n’y paraît.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

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À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Théâtre | Michel Raskine, ancien directeur du théâtre du Point du Jour, s'offre une cure de jouvence avec son premier spectacle jeune public, "Blanche-Neige histoire d'un prince". Dans le In d'Avignon, il convoque le rire lié à une noirceur dont s'enduisent tous les autres spectacles vus au cours du festival. Pour l'occasion, il retrouve l'autrice Marie Dilasser dont il avait déjà monté "Me zo gwin ha te zo dour" ou "Quoi être maintenant ?". "Blanche-Neige" sera longuement en tournée dans les prochains mois et notamment au Théâtre de la Croix-Rousse, en janvier prochain. Le metteur en scène nous amène à la genèse de ce projet détonnant et la folle caisse de résonance que produit le festival.

Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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Dans la forge de l’anneau : "Tolkien"

Biopic | De Dome Karukoski (G-B, 1h52) avec Nicholas Hoult, Lily Collins, Colm Meaney…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Dans la forge de l’anneau :

Les premières années de la vie de J.R.R. Tolkien, orphelin pauvre mais brillant, bénéficiant grâce à ses talents d’une bourse d’études. Comment son appartenance à une fraternité de collège et son passage dans les tranchées de la Grande Guerre influencèrent son œuvre à venir… Assumant son classicisme formel, ce biopic particulièrement sobre délivre le portrait non de John Ronald Reuel Tolkien, mais de sa maturation artistique ; de son enfance jusqu’à l’éclosion de son œuvre : littéralement, la rédaction des premières lignes du Hobbit. Ce parti-pris risque de frustrer les fanatiques du romancier, espérant sans doute une débauche de fantasy. Faisant fi des années de gloire, Karukoski en déploie peu (et à bon escient), qui se surimpriment sur des faits de l’existence de Tolkien ayant joué un rôle inspirant dans son métier d’écrivain. De même que ce dernier eut besoin de se forger des langues imaginaires avant de pouvoir composer une œuvre d’imagination, le cinéaste s’applique à isoler les briques du réel ayant participé aux fondations des r

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Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ? Guillaume de Tonquédec : La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d’agriculteurs. Or il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui parle d’un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m’a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c’était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J’ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m’a le plus touché, c’est l’amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j’ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu’acteur, ce qui est de l’ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice. Et quand l’un d’entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m’a dit « cette année, je vai

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Les œufs de la rampe : "Roxane"

Comédie | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Les œufs de la rampe :

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue, ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitations, le manque de soutiens accordés aux paysanneries non productivistes, l’avidité des banques “spécialisées“, l’absence de solidarité inter-professionnelle ou cette désespérance chroni

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Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

Musique Contemporaine | Nouveau festival dédié aux musiques contemporaines, Superspectives entremêle musiques savantes et musiques populaires dans un cadre idyllique sur la colline de Fourvière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

L'étiquette "musique contemporaine" effraie, aujourd'hui encore, beaucoup (trop) de monde, et François Mardirossian (pianiste) et Camille Rhonat (professeur de philosophie) en sont conscients. Les deux anciens camardes de lycée ont mis cette année en sourdine leurs activités professionnelles pour lancer un festival de musique contemporaine qui ferait mentir les idées reçues et décloisonnerait le genre. « Pour nous, entonne le duo, la musique contemporaine n'est pas seulement la musique classique contemporaine, mais aussi bien le jazz, les musiques du monde, l'électro... Par goût personnel, nous avons voulu mettre en avant, pour cette première édition, les compositeurs issus du courant minimaliste, les œuvres et les héritiers de John Cage, Steve Reich, Philip Glass, Moondog... ». Dont acte : une nuit blanche minimaliste aura lieu le samedi 6 juillet de 20h30 à 8h du matin (!), Stefan Lakatos et Bengt Tribukait rendront hommage, la veille, à Mo

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La croix et la manière : "Dieu existe, son nom est Petrunya"

Drame | Ayant perturbé par accident une tradition religieuse masculine, une jeune femme a défié l’équilibre passéiste de son village macédonien. Prise en étau entre le sabre et le goupillon, elle ne renonce pourtant pas à son bon droit. Un conte moral corrosif et une actrice d’enfer.

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

La croix et la manière :

Stip, en Macédoine. Trentenaire, surdiplômée, corpulente, célibataire, Petrunya est dotée d’un solide tempérament. Elle le prouve en se jetant à la rivière pour attraper la croix porte-bonheur lancée par le prêtre de la paroisse aux hommes du village. À leur grand dam. Mais malgré les intimidations physiques et policières la pressant de rendre la croix, Petrunya n’en démord pas : elle l’a gagnée. Et son histoire, devant les caméras, devient une affaire nationale. Comment une tradition, en apparence bon enfant, apparaît comme le symptôme d’une société figée dans le jus rance du conservatisme : certains rites étant les faux-nez justifiant la survivance d’archaïsmes perpétuant ici le patriarcat, ailleurs la xénophobie, la haine du roux, de l’albinos ou du gay ; bref, tout ce qui n’est pas conforme à l’identité de la communauté, au sens “d’équivalence avec la majorité dominante“ — et désirant le rester. Faut-il que la gent masculine se sente menacée pour rugir en meute infantile contre le “sacrilège“ de Petrunya, obligeant le pouvoir temporel, vassal du spirituel, à enfreindre la loi en la retenant arbitrairement ? À un

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Copper Roots, le cocktail passe à table

Restaurant | Que boire avec le foie gras ? Un Sauternes ? Trop classique. Un Champagne ? Trop chic. Un Médoc ? Trop lourdingue. Pourquoi pas un cocktail ? Chez le tout beau, tout cuivré Copper Roots, c'est possible.

Adrien Simon | Mardi 8 janvier 2019

Copper Roots, le cocktail passe à table

Les fêtes passées, avouez : vous avez lutté pour choisir les nectars adéquats pour la pintade ou le tofu, le saumon ou le faux-gras. Rassurez-vous, « accorder le boire au manger est un art subtil », né en France « entre le XVIIIe et le XIXe siècle » d’abord à la Cour, comme le rappelait un colloque de 2017 consacré au sujet. Dans le monde de la haute-gastronomie, la précision de l’accord entre mets et vins a certainement atteint son paroxysme avec Alain Sanderens, à la fin des années 1980. Le chef du Lucas Carton allait jusqu’à adapter ses plats aux bouteilles les accompagnant, les modifiant en fonction des millésimes. Surtout, il propose le premier, avec chacune de ses assiettes un verre de vin adéquat. Plus besoin de chercher la bouteille qui accompagnera aussi bien la langoustine que le chevreuil. Le succès du menu dégustation et de son accord vineux n’a depuis cessé de croître, jusqu’à aujourd’hui... Le journal Le Monde raconte les derniers instants de Senderens, le 25 juin 2017. Invité chez une amie, il remettait en ca

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Tchaïkovski et féérie à l'Auditorium

Classique | C'est en compagnie de Piotr Ilyitch Tchaïkovski que l'Auditorium nous convie à passer le réveillon cette année. Fruit d'une nouvelle production (...)

Sébastien Broquet | Mardi 11 décembre 2018

Tchaïkovski et féérie à l'Auditorium

C'est en compagnie de Piotr Ilyitch Tchaïkovski que l'Auditorium nous convie à passer le réveillon cette année. Fruit d'une nouvelle production spécialement conçue pour les fêtes, ce spectacle scénographié par Véronique Seymat (également costumière de renom, nominée aux Molière en 2001) et Laurent Castaingt (spécialiste des lumières, lui aussi fut nominé, trois fois, dans ce cadre aux Molière) pioche dans le répertoire de l'éclectique compositeur russe, incarnation du romantisme, avec au programme les airs les plus connus de ses trois ballets : Casse-Noisette, La Belle au bois dormant et enfin Le Lac des cygnes. Évidemment, l’Orchestre national de Lyon est à la manœuvre et sera dirigé pour la première fois par Aziz Shokhakimov, un jeune chef venu d'Ouzbekistan, actuellement en pleine ascension. Le tout étant mis en scène par Parelle Gervasoni. Plongée dans un univers féérique promise par les protagonistes : rendez-vous le samedi 29 décembre à 18h, le dimanche 30 à 16h, le lundi 31 à 20h et enfin pour les retardataires le mardi 1er janvier à 16h, à l'Auditorium de Lyon, pour ce r

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C’est encore au programme !

Festival Lumière | Le clap de fin ne claquera que dimanche soir. D’ici là, focus sur quelques-un des rendez-vous de cette seconde partie de festival…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

C’est encore au programme !

Claire Denis convie Aurélien Barrau Faisant partie des invitées d’honneur de cette 10e édition, Claire Denis vient présenter Trouble Every Day (2001) ce mercredi 17 à 21h45 avec Béatrice Dalle et Alex Descas. Mais elle fait précéder à 19h cette séance à l’Institut Lumière de l’avant-première de son nouveau film, High Life, déjà montré à Toronto. Une œuvre de science-fiction portée par la musique de Stuart Staples des Tindersticks, qu’elle introduira en compagnie de sa comédienne Claire Tran et de l’un des astrophysiciens qui l’ont conseillée durant la préparation, Aurélien Barrau. Ce dernier n’est d’ailleurs pas un inconnu du grand public : son intervention en faveur d’un sursaut écologique lors du Climax Festival 2018 a été massivement vue en ligne et partagée sur les réseaux sociaux. La cinéaste donnera le lendemain une masterclass à 11h30 à la Com

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Rideau de fer et voix de velours : "Cold War"

Jazzy | de Paweł Pawlikowski (Pol-G-B-Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Rideau de fer et voix de velours :

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente également la même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle

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Têtes de gondole : "Une valse dans les allées"

Chronique | de Thomas Stuber (All, 2h) avec Sandra Hüller, Franz Rogowski, Peter Kurth…

Vincent Raymond | Lundi 13 août 2018

Têtes de gondole :

Embauché comme manutentionnaire de nuit dans un hyper, le taciturne et tatoué Christian est adopté par Bruno, le chef du rayon “boissons“ qui lui enseigne les petits secrets du métier, la pratique du charriot-élévateur et remarque qu’il flashe sur leur collègue Marion, des “sucreries“… De la vie, des amours et de la mort des invisibles… Ce portrait d’un groupe d’employés d’un “géant“ (au sens de Le Clezio) en raconte autant sur le monstre vorace où se situe l’action — un puits sans fond dont il faut inlassablement charger les rayonnages et les étals, dévorés par des meutes de clients ; où il faut purger vers les poubelles les produits menacés de péremption — que sur les protagonistes chargés de ces besognes. Petite collectivité avec ses territoires organisés, ses prérogatives, ses alliances et ses routines, le monde de l’arrière-boutique apparaît malgré tout comme un royaume apaisé et bienveillant ; une enclave où des individus cabossés viennent se réchauffer ou se raccommoder : pas (ou peu) de pression hiérarchique, pas (ou peu) de contact avec la clientèle, pas (ou peu) de que

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Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Cachées :

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n’hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d’État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face à face prometteur puisq

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Porcs salut : "Miracle"

Truisme | de Egle Vertelyte (Lit, 1h31) avec Eglè Mikulionyté, Vyto Ruginis, Andrius Bialobzeskis…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Porcs salut :

Lituanie, 1992. L’effondrement du communisme provoque la désorganisation en cascade de toute la chaîne collectiviste. Dont la ferme porcine administrée par Irena. Au bord de l’asphyxie, elle espère un miracle. Il aura le visage d’un investisseur américain baroque. L’homme providentiel ? Alors que le temps a accompli son œuvre, créant de facto un sas entre la fin du bloc de l’Est et notre époque, les comédies post-ost ont été plutôt rares — Goodbye Lenine faisant figure de notable exception. Sans doute fallait-il pour cela, au-delà de l’ostalgie, éprouver le sentiment même inconscient de renouer avec la bipolarisation d’antan ; donc que la Russie retrouve son influence internationale. Après presque deux décennies de régime poutiniste, le moment est donc bien trouvé pour ce Miracle — à quelque chose chose, malheur est-il bon ? S’il s’ancre dans le lisier et la fin du communisme en Lituanie, ce premier long-métrage d’Egle Vertelyte tient beaucoup de la fable intemporelle : celle du Laboureur et ses Enf

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Guerre sans naguère : "Transit"

Dystopie | de Christian Petzold (All-Fr, 1h41) avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Guerre sans naguère :

L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains, une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image — Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le “masque“ d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège, où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong ré

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The Big Lebowski : le retour du Dude

Culte | Visiblement, la Dude attitude, ça conserve. Vingt ans après ses premiers pas endormis sur les écrans, l’antihéros le plus dérangeant des frères Coen revient faire (...)

François Cau | Mardi 17 avril 2018

The Big Lebowski : le retour du Dude

Visiblement, la Dude attitude, ça conserve. Vingt ans après ses premiers pas endormis sur les écrans, l’antihéros le plus dérangeant des frères Coen revient faire un strike enfumé. Si l’on était taquin, on rappellerait ce que Télérama affirmait en 1998 à propos de The Big Lebowski : « le film ne laisse pas un grand souvenir cinéphilique »... Mais bon, on ne veut pas leur tirer dans les quilles, hein… The Big Lebowski à l’UGC le 22 avril

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Portrait de famille : "The Last Family"

Biopic | de Jan P. Matuszynski (Pol, 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Portrait de famille :

Principalement connu des amateurs d’art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées “surréalistes”), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l’étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille — comptant un fils bancal et suicidaire —, en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien. L’acte créatif ne figure pas au centre du propos de Jan P. Matuszynski, c’est bien la vie privée — ce ferment de l’imaginaire — qui l’intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d’un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu’aux conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l’est aussi aux chamboulements considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c’est le monde qui doit faire des inc

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Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

Théâtre | « Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

« Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album studio que Gainsbourg lui écrivait en 1990. Un leitmotiv basique pour ce Et quand bien même sublime, forcément sublime. Michel Raskine s'élève heureusement au-dessus de ces paroles, démontrant qu'avec ce texte ardu (on aurait facilement tendance à le repousser), il y a tout de même une matière à théâtre et à jeu, notamment parce que Mervyn, un adolescent énigmatique, se lance dans une chevauchée nocturne. Et d'emblée, plutôt que nous relater les cinq chants précédents, le metteur en scène s'attache à nous donner une clé d'entrée à ce récit opaque avec la fameuse phrase du début de ce 6e chant qui inspira tant les surréalistes : « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », qui définit ici la beauté du jeune Mervyn, « 16 ans et 4 mois », auquel Maldoror, « ce sauvage civilisé », écrit. Jeu de poupées russes entre la personnalité de Lautréamont lui

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Stalker à l'Institut Lumière

Reprise | Même si la soirée d’ouverture de la rétrospective Andreï Tarkovski (1932-1986) est prévue mardi 5 septembre autour de L’Enfance d’Ivan, cinq des six films (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Stalker à l'Institut Lumière

Même si la soirée d’ouverture de la rétrospective Andreï Tarkovski (1932-1986) est prévue mardi 5 septembre autour de L’Enfance d’Ivan, cinq des six films programmés seront déjà visibles dès le 1er septembre — autant dire la quasi totalité de cet hommage en copies restaurées, et la presque intégralité de l’œuvre du cinéaste soviétique. En un quart de siècle, Tarkovski a signé sept longs-métrages malgré des embûches politiques, censoriales, économiques et, en définitive, la maladie. Pourtant, chacun d’entre eux est un continent à part dans le paysage mondial, une source d’inspiration et de fascination, un insondable abîme mystique dont on ne saurait prétendre épuiser la déroutante richesse. À la lisière de la métaphysique, de l’introspection et de la science-fiction, ce cousin russe de Bergman entraîne ses spectateurs dans des expériences malaisantes. L’énigmatique Stalker (1979) en apporte une preuve irréfutable. On y suit le parcours en zigzag de deux hommes, guidés par un “stalker” à l’intérieur de la “Zone”, territoire interdit ayant

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À l'Institut Lumière : L’Asiatique, le mystique et le caustique

Institut Lumière | Un mois et demi avant l’ouverture de sa 9e édition, le Festival Lumière présente un solide avant-goût de sa programmation à l’Institut homonyme. Mais pas que.

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À l'Institut Lumière : L’Asiatique, le mystique et le caustique

Révision générale. Par le passé, l’Institut Lumière a déjà anticipé un Festival en programmant dès septembre des films de (ou avec) son Prix Lumière. Mais c’était surtout parce qu’ils ne figuraient pas dans le tableau final des projections. 2017 semble opérer un changement radical en proposant rien moins que cinq longs-métrages de Wong Kar-wai (soit la moitié de son œuvre) et deux conférences pour se remettre dans le bain. Des films de la première partie de sa carrière, scandant les années 1990 (de Nos années sauvages à Happy Together), qui l’ont inscrit avec insistance comme figure originale d’un renouveau du cinéma asiatique — et en définitive, mondial. Cette mise en bouche délestera les salles bondées durant la semaine festive, encourageant le public à découvrir des productions plus rares. Pour accompagner ces flamboyants zakouskis, deux comètes dont les univers sont aussi opposés que l’influence sur leurs confrères et consœurs considérable : u

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Soirée Żuławski

ECRANS | Cela fait déjà plus d’un an qu’Andrzej Żuławski a rejoint l’autre côté de la vie dans une quasi-indifférence médiatique, laissant à ses spectateurs (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Soirée Żuławski

Cela fait déjà plus d’un an qu’Andrzej Żuławski a rejoint l’autre côté de la vie dans une quasi-indifférence médiatique, laissant à ses spectateurs orphelins une œuvre aussi trémulante que fascinante. Le Comœdia rappelle sa convulsive mémoire à notre bon souvenir en programmant une soirée spéciale permettant de (re)voir son ultime réalisation, le fulgurant Cosmos (2015), mais également un documentaire Varsovie, la forêt forteresse (2012) cosigné par Jean-François Robin, Jean-Philippe Guigou et Marc Guidoni — en présence des deux derniers, qui nourriront sans nul doute la discussion de force anecdotes. Soirée Andrzej Żuławski Au Comœdia le vendredi 23 juin à 19h30

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Dans le bain de Klossowski

Littérature | Après Marguerite Duras, John Baldessari ou Pier Paolo Pasolini, la revue Initiales explore (en images, textes et archives) la figure de Pierre Klossowski. Un neuvième numéro passionnant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 mai 2017

Dans le bain de Klossowski

« Comment ne pas s'étonner qu'il ait pu y avoir jamais, en quelque auteur, par je ne sais quelle coïncidence privilégiée, tant d'innocence et tant de perversité, tant de sévérité et tant d'inconvenance, une imagination si ingénue et un esprit si savant, pour donner lieu à ce mélange d'austérité érotique et de débauche théologique ? » écrivait Maurice Blanchot à propos de Pierre Klossowski (1905-2001). Frère du peintre Balthus, Pierre Klossowski a écrit des essais, des récits (Les Lois de l'hospitalité, Le Bain de Diane, Le Baphomet...), a traduit L'Énéide de Virgile (traduction rééditée récemment par la maison d'édition lyonnaise Trente-trois morceaux), a composé de grands dessins au trait volontairement maladroit et aux contenus érotiques. Comme le résume brillamment Emmanuel Tibloux (directeur d'Initiales et de l'École Nationale des Beaux-Arts de Lyon), Klossowski fut une figure triple

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"A Cure for Life" : traitement de choc

ECRANS | Impatient de gravir les échelons de son entreprise, l’ambitieux Lockhart accepte une étrange mission : aller chercher l’un de ses patrons en cure dans une (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Impatient de gravir les échelons de son entreprise, l’ambitieux Lockhart accepte une étrange mission : aller chercher l’un de ses patrons en cure dans une clinique suisse. Mais sur place, le jeune trader se trouve piégé dans cet institut aux procédés peu orthodoxes. Au point d’en devenir patient… La lecture de La Montagne magique de Thomas Mann peut entraîner des effets secondaires différents selon les tempéraments. Ainsi, quand Wes Anderson développe un Grand Budapest Hotel d’une noire fantaisie baroque, le bien prénommé Gore Verbinski accouche d’une série B horrifique aux tendances schizoïdes — c’est-à-dire du genre à se prendre pour du Fincher rectifié Singer. Las ! Sa symbolique ampoulée suggère plutôt le Alan Parker tardif découvrant les mutations stylistiques des années 1990, tout en le plaçant bien loin des atmosphères Mitteleuropa saturées de vapeurs jaunâtres exhalées par Lars Von Trier. Oscillant entre réalisme hors du temps et fantastique hors d’âge, ce conte gothique

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

Critique + Rencontre | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis-pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harm

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"La Mécanique de l'ombre" : Affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république, bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes — fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur — mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle, l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure et de l’actualité rappelle aut

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François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

3 questions à... | La Mécanique de l’ombre est aussi l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant — j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « — Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’un tel rôle ?

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Le Prix Kowalski pour François Boddaert

CONNAITRE | Le prix Roger-Kowalski/Grand Prix de poésie de la Ville de Lyon 2016 a été attribué le lundi 5 décembre à François Boddaert pour son livre Bataille (sous-titré Mes (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Le Prix Kowalski pour François Boddaert

Le prix Roger-Kowalski/Grand Prix de poésie de la Ville de Lyon 2016 a été attribué le lundi 5 décembre à François Boddaert pour son livre Bataille (sous-titré Mes satires cyclothymiques) paru aux éditions Tarabuste. Un prix qui lui sera remis lors du Printemps des poètes, en mars prochain.

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Le plus russe des Russes

Auditorium de Lyon | C’est un événement : en plein cœur du Festival Russe proposé par l’Auditorium, Leonard Slatkin dirige les six symphonies de Tchaïkovski.

Pascale Clavel | Mardi 15 novembre 2016

Le plus russe des Russes

À l’affiche, c’est un beau festival. L’âme slave révélée sous toutes les coutures : Borodin, Chostakovitch, et leur fantastique musique de chambre ; Moussorgski et ses Tableaux d’une exposition ; Grigori Sokolov, pianiste fascinant, aux interprétations quasi mystiques et profondément poétiques. Des festivités russes aussi, autour de musiques populaires où l’on comprend en trois mesures toute la mélancolie slave. En point d’orgue du festival, Tchaïkovski : compositeur éclectique, mélodiste hors pair. Son langage musical, fortement influencé par les romantiques allemands et par Berlioz pour l’orchestration, n’est pas vue d’un très bon œil par les compositeurs russes — en particulier ceux du Groupe des Cinq — parce que pour eux, le style doit être russe, uniquement, radicalement. L’âme humaine scrutée Entre symphonie classique et poème symphonique, les six symphonies de Tchaïkovski sont inclassables. Une dimension métaphysique pour chacune et une question en boucle pour toutes : quid

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Une saison éclairée à l'Auditorium

Classique | Une nouvelle enseigne, lumineuse à la nuit tombée : l’Auditorium se pare d’habits chatoyants. Pour Jean-Marc Bador, le directeur de l’Auditorium, (...)

Pascale Clavel | Mardi 20 septembre 2016

Une saison éclairée à l'Auditorium

Une nouvelle enseigne, lumineuse à la nuit tombée : l’Auditorium se pare d’habits chatoyants. Pour Jean-Marc Bador, le directeur de l’Auditorium, l’affaire n’est pas anecdotique. Comme le phare pour les marins, l’enseigne veut être un repère, un guide et plus encore, dans le monde sombre d’aujourd’hui, elle indique le lieu de culture et d’ouverture où aller impérativement. La porte passée, l'on se trouve devant une programmation tentaculaire, vertigineuse, plurielle où chacun peut grappiller à sa guise, dès le 23 septembre avec le Requiem de Verdi . Du 8 novembre au 5 décembre, le Festival sera tout dédié à la Russie avec, entre autre, l’intégrale des symphonies de Tchaïkovski dès le 17 novembre. Bien sûr, du grand répertoire symphonique à l’horizon et des artistes invités qui font rêver : Yo-Yo Ma (7 avril), Nelson Freire (13 mai), Anne-Sophie Mutter (16 juin)… Les enfants ne sont pas oubliés : dès novembre se jouera l’énigmatique Histoire de soldat de Stravinsky et plus loin dans la saison, Le Carnaval jazz des animaux

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Cocotte au CCN

Danse | Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juin 2016

Cocotte au CCN

Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative avec pas moins de 16 performances proposées durant cette soirée : des six minutes interprétées par le metteur en scène Michel Raskine sur une proposition chorégraphique de Yuval Pick, aux cinq heures (et jusqu'à épuisement) de la danseuse et chorégraphe japonaise Mikiko Kawamura...

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Iolanta/Perséphone : l'autre fête des lumières

Opéra de Lyon | Ce n'est pas le 8 décembre et pourtant, Peter Sellars compose dans cette double mise en scène un véritable poème visuel.

Yannick Mur | Mardi 24 mai 2016

Iolanta/Perséphone : l'autre fête des lumières

Peter Sellars n'avait plus foulé la scène de l'Opéra de Lyon depuis la création de The Death of Klinghoffer de John Adams en 1991. Il nous revient avec deux opéras : Iolanta de Tchaïkovski et Perséphone de Stravinsky, sur un livret d'André Gide. Même si cette production, créée au Teatro Real de Madrid en 2012 puis jouée au festival d’Aix-en-Provence en 2015, arrive à Lyon précédée d’une certaine réputation que nous confirmons, le travail de Peter Sellars et de James F. Ingalls à la lumière est un petit bijou esthétique. Le lien entre ces deux ouvrages est celui de la lumière. Iolanta, une jeune fille aveugle qui ignore tout de sa cécité comprend son état au contact de Vaudémont et des mots qu'il prononce. Symbolisme de la lumière également dans Perséphone, qui descend aux enfers régner sur le peuple des ombres et revient sur terre au printemps pour redonner vie à la nature qui « s’abreuve de lumière ». Sur scène, un décor simple et unique pour les deux opéras : quatre portiques évoquent une porte, une fenêtre ou même un cadre de tableau, mais le véritable décor est l’incroyable jeu de lumière. Peter Sellars peint l

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Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

Rétrospective Polanski | 2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi tourmenté qu’intrigant, inquiétant qu’enjôleur. Colosse minuscule, géant au parcours nourri d’accidents, de drames, de lauriers et de scandales, Roman Polanski a contribué à l’essor du nouveau cinéma polonais et au renouveau du britannique, participé à la Nouvelle Vague comme au Nouvel Hollywood. Épousant parfois les codes ou les styles de ses hôtes, Polanski conserve jalousement ses thématiques de prédilection : l’enfermement, le malin, la séduction perverse. À vérifier de toute urgence à l’Institut Lumière, qui offre de cauchemarder avec Rosemary’s baby, Repulsion, Cul-de-sac, La Neuvième Porte, de frissonner avec Frantic, La Jeune Fille et la Mort, Chinatown, de rire avec Pirates ou Le Bal des vampires, de se recueillir avec Le Pianiste. Une belle entrée en matière… Si la non-présence dans ce formidable panorama du très rare — voire quasi invisible — What ? (1971) n’étonne guère, comme celle moins dommageable de Lunes de fiel (1992), on se perd

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Fête des poètes

CONNAITRE | Manifestation nationale majeure, le Printemps des Poètes se déroule du 5 au 12 mars et met cette année à l’honneur le surréalisme et son père André Breton, (...)

Nadja Pobel | Mercredi 2 mars 2016

Fête des poètes

Manifestation nationale majeure, le Printemps des Poètes se déroule du 5 au 12 mars et met cette année à l’honneur le surréalisme et son père André Breton, disparu il y a 50 ans. Il en sera notamment question le 6 mars au Périscope avec Yvon le Men. Le traditionnel prix Kowalski sera remis la veille à Patrick Laupin pour Le Dernier Avenir. Et le 7 mars, c’est le jeune Thomas Vinau qui recevra la non moins jeune distinction René Leynaud pour Bleu de travail.

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