Vendeur : le jeu cruel de la transaction

ECRANS | de Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elsoplus…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Photo : © DR


Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu'il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d'acteur et son habileté à l'art de l'escroc, tout en cumulant pour l'officiant le stress engendré par ces deux activités. Davantage qu'aux façades brillantes ou aux réussites de la profession, Sylvain Desclous s'intéresse à ses coulisses, à ses recoins sombres, et aux contrastes métaphoriques qu'ils révèlent.

Aux magasins où les commerciaux font l'article autour de modèles étincelants, il oppose ainsi les hôtels impersonnels et les cafétérias interchangeables des zones d'activité, où les vendeurs se posent entre deux “représentations”. Se consumant dans le négoce de la promesse, le héros Serge (sur)vit dans un présent permanent et contagieux, puisque son fils habite une maison inachevée et son père se contente d'un minimum pour subsister. Serge semble autant de passage dans son existence que les clients en transit dans les galeries marchandes, dans l'attente d'être harponnés.

Mais si Vendeur dévoile avec adresse le jeu cruel de la transaction, forme moderne de la chasse primitive, le film manque un peu de souffle sur la durée ; comme si Desclous n'avait pas encore intégré le fait qu'il a désormais basculé du court au long-métrage. D'une certaine manière, il le paye ici.


Vendeur

De Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marma...

De Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marma...

voir la fiche du film


Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Prenez garde ! : "Je promets d'être sage"

Comédie | Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle…

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Prenez garde ! :

Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sibylle ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sibylle et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique — un registre dans lequel elle excelle (la voir face au regretté Maurice Bénichou dans la pièce Blackbird suffisait à s’en persuader) —, Léa Drucker possède également le rythme et l’abattage nécessaires pour camper un personnage de comédie aussi imprévisible que Sibylle, dont la mythomanie (un brin kleptomane) évoque l’héroïne de …C

Continuer à lire

Audrey Diwan : « le doute m’a permis d’avancer »

Mais vous êtes fous | Pour son premier long-métrage, Mais vous êtes fous, l’ancienne journaliste Audrey Diwan s’est penchée sur une histoire d’addiction à fragmentation multiple. Propos rapportés des Rencontres du cinéma d’Avignon et de Gérardmer.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Audrey Diwan : « le doute m’a permis d’avancer »

Pourquoi ce titre ? Audrey Diwan : Je voulais donner un élan. Quand il y a une pulsion dramatique, on ne va pas la renforcer par quelque chose de triste — j’ai l’impression que le film n’est pas forcément comme ça. J’avais envie d’un titre inclusif pour les deux personnages du couple Céline Sallette et Pio Marmaï. Comment vous êtes tombée sur ce fait divers ? J’ai rencontré par hasard la femme dont est tirée l’histoire vraie — ce qui ne veut pas dire que c'est son histoire parce que derrière on a pas mal fictionnalisé. Et j’ai été bouleversé par cette femme qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, parce qu’elle venait de découvrir que son mari souffrait d’une grave addiction, que sa famille était contaminé. Elle était surtout pleine de questions, sidérée et puis bouleversée pour elle mais aussi pour lui. C’était quelqu’un capable de sentiments très forts. J’ai longtemps pensée à elle, jusqu’à apprendre quelle avait été la résolution de cette histoire, quelques années plus tard, et comment s’était effectuée la contamination.

Continuer à lire

De la poudre aux yeux : "Mais vous êtes fous"

Drame | De Audrey Diwan (Fr, 1h35) avec Pio Marmai, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

De la poudre aux yeux :

Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman cache sa cocaïnomanie. L’une de ses fillettes étant victime d’une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, les enfants sont placés. Et l’image du bonheur parfait se pulvérise… Audrey Diwan a tiré son argument d’une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu’ils ne soient pas identifiables. De ce fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu’un court-métrage — en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ? —, la cinéaste a su étoffer son propos en composant un film où l’addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation. S’ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et surtout celui que les deux amants Roman et Camille officiellement séparés ressentent l’un pour

Continuer à lire

Crédit révolver : "En liberté !"

Comédie | Pour compenser ses années de taule, un innocent commet des délits. Sans savoir qu’il est “couvert“ par une policière, veuve de celui qui l’avait incarcéré à tort, elle-même ignorant qu’un collègue amoureux la protège… Encore un adroit jeu d’équilibriste hilarant signé Salvadori.

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Crédit révolver :

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvadorien. Ce qui change toutefois dans En liberté ! — et en juste écho avec le titre — c’est que le mensonge se trouve ici en constante réécriture. En impro(ré)visant la légende dorée de Santi qu’elle raconte chaque soir à son fils, Yvo

Continuer à lire

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

En liberté ! | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clef invisible de nombreuses réussites cinématographiques. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur En Liberté ! Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) : Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’est ren

Continuer à lire

Lutins de sa glace ! : "Santa & Cie"

Comédie de Noël | de & avec Alain Chabat (Fr, 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Lutins de sa glace ! :

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

Continuer à lire

"Ce qui nous lie" : un bon millésime pour Cédric Klapish

Le Film de la Semaine | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur et son frère à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie), Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien, constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant. Au temps en emporte le vin Ce qui nous lie estompe cette inquiétude : respectueux de son sujet — l’apprentissage et la domestication du t

Continuer à lire

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

Entretien | C’est sur les terres du châteauneuf-du-pape, aux Rencontres du Sud d’Avignon, que Cédric Klapisch est venu évoquer en primeur le douzième degré de sa filmographie — lequel, à la différence du vin, peut se déguster sans modération.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

Qu’est-ce qui vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. C’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime. Mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le vin a été peu exploité sur grand écran… C’est un sujet inépuisable, et il a été pour moi une des raisons de faire ce film : ce produit est associé à l’image de

Continuer à lire

Trois questions à Sylvain Desclous

Interview | Après plusieurs courts, le cinéaste se lance dans le long-métrage mais conserve son attachement pour les personnages cabossés, nouant avec leur travail des relations ambiguës.

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Trois questions à Sylvain Desclous

Vendeur n’est-il pas avant tout un film sur les addictions ? La plus importante est celle du personnage principal vis-à-vis de à son métier ; les autres (cocaïne, alcool, cigarette, call-girls…) se greffent sur son parcours et sont accessoires. Je suis fasciné par les personnes qui se dévouent corps et âme à leur métier, quel qu’il soit. Je me suis toujours demandé quel était le prix à payer, quels que soient les succès et les honneurs reçus ; ce qu’on a payé, ce qu’on a fait payer — et à qui. Le point de départ du film est là. La première séquence montre un stage de motivation très proche d’une induction sectaire. Correspond-elle à la réalité ? J’ai gagné ma vie à un moment dans l’organisation de séminaires d’entreprises, et je l’ai vu faire dans tous les domaines d’activité : se mettre en cercle et pousser un cri primal pour se donner de l’énergie… Cette pratique est calquée sur des usages sportifs. À la mi-temps, il est fréquent qu’une équipe de rugby se regroupe de cette manière. C’est un moyen de se souder avant d’affronter l’adversaire. En filmant la séquence de cette manière et en la plaçant à cet endroit,

Continuer à lire

Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle Emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en fin de partie existentielle ; ces deux solitaires très entourés vont se prendre d’affection l’un pour l’autre, tentant de comble

Continuer à lire

Alyah

ECRANS | Faux polar suivant la dérive existentielle d’un dealer juif qui tente de raccrocher pour s’exiler à Tel Aviv, le premier film d’Elie Wajeman opère un séduisant dosage entre l’urgence du récit et l’atmosphère de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Alyah

À 27 ans, Alex Rafaelson est dans l’impasse. Dealer de shit tentant de se ranger des voitures, il n’arrive pas à se décoller d’un frère, Isaac, dont il éponge les dettes et dont il dissimule les embrouilles sentimentales. Un soir de shabat, son cousin Nathan lui propose de devenir son associé pour ouvrir un restaurant à Tel Aviv ; mais pour cela, Alex doit faire son Alyah — la procédure de demande d’exil en Israël — et réunir 15 000 euros. Si Alyah possède les atours du film noir, avec son héros cherchant à échapper à son destin en s’offrant un nouveau départ, quitte à sombrer un peu plus dans la délinquance en passant au trafic de cocaïne, Elie Wajeman s’est fixé un cap plus complexe et ambitieux pour ses débuts dans le long-métrage. Exil existentiel C’est d’abord l’observation d’un milieu, la communauté juive, qu’il traite dans tous ses paradoxes, subissant autant qu’elle profite de sa culture — liens familiaux écrasants, ombre du sionisme transformée en point de fuite existentiel… C’est ensuite le beau dialogue qu’il instaure entre les urgences de son récit, de l’apprentissage de l’hébreu à la nécessité de se procurer la somme nécessaire pour quitte

Continuer à lire

Un heureux événement

ECRANS | De Rémy Bezançon (Fr, 1h50) avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 septembre 2011

Un heureux événement

Le Premier jour du reste de ta vie sera-t-il comme un heureux accident dans la carrière de Rémy Bezançon ? Car cet Heureux événement retombe dans les scories de son premier film, Ma vie en l’air, ce mélange d’air du temps branchouille, d’observation sociétale façon magazine féminin et de cynisme médiocre qui glorifie la nullité ordinaire, laissant l’héroïsme et l’altérité dans un hors-champ phobique. Cette chronique d’une maternité comico-dramatique est non seulement très mal écrite (au bout d’une heure, on a déjà le sentiment d’attendre la dernière scène), mais se gargarise d’un déterminisme social qu’on croirait inspiré d’une mauvaise enquête d’opinion. Du coup, Bezançon fait du Bénabar cinématographique : de la vie de couple, il ne retient que les moments merdiques (les engueulades, les lâchetés, les gaps lacaniens en version hi-tech, lui devant ses films et sa Playstation, elle avec ses bouquins et ses cupines) ; de l’enfantement, il souligne les détails bien crados (l’utérus déchiré, puis recousu) ou franchement insupportables (les grands-mères intrusives) ; quant à l’amitié, il la transforme en complicité beauf, y compris au féminin. Dans un monde bien fa

Continuer à lire

Complices

ECRANS | De Frédéric Mermoud (Fr-Suisse, 1h33) avec Gilbert Melki, Emmanuelle Devos, Cyril Descours…

Christophe Chabert | Mercredi 13 janvier 2010

Complices

Complices, premier film d’un jeune cinéaste suisse aux courts-métrages prometteurs, souffre d’une schizophrénie fatale. Présenté comme un polar avec meurtres, flics et enquête, il s’agit en fait d’une énième laborieuse chronique de mœurs. Le corps d’un ado est retrouvé sur les rives du Rhône ; au fil d’incessants flashbacks (la pire idée du scénario, qui tue dans l’œuf l’envie d’en connaître l’issue), on découvre que Vincent était un gigolo ayant entraîné sa petite amie dans ses relations tarifées avec des hommes mariés. En parallèle, les inspecteurs Melki (qui refait peu ou prou son personnage dans la trilogie de Belvaux) et Devos (dont les apartés placement produit pour Meetic font vraiment peine), passent plus de temps à se tourner autour qu’à élucider le fait-divers. Le film accumule au passage tous les clichés — les notables partouzeurs, les jeunes friqués et pervers, les homos honteux ou solitaires… et ne masque pas son véritable dessein : se repaître de l’anatomie de son acteur principal, filmé comme une couverture de Têtu, ce qui en dit long sur la visée générale de Complices, à savoir du Téchiné new-look et branché. CC

Continuer à lire

Largo Winch

ECRANS | De Jérôme Salle (Fr, 1h48) avec Tomer Sisley, Kristin Scott-Thomas, Gilbert Melki…

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Largo Winch

Il faut préciser, avant de parler de ce Largo Winch, que son réalisateur avait auparavant commis l’involontairement comique Anthony Zimmer et son twist en carton démarquant Usual Suspects. Le voilà, par les miracles de la production française, aux commandes de ce blockbuster foireux transposant en live les aventures du héros créé par Franck et Van Hamme. C’est parti pour le refrain habituel : surproduit à coup de musique envahissante, de lumières clippées et de ralentis chics, le film est incapable de développer des scènes d’action cohérentes, surdécoupant jusqu’à la bouillie en confondant rythme et épilepsie. Niveau script, on passe de Largo Winch begins à La Vengeance dans Largo Winch, preuve que Salle aime les mêmes films que nous. Quant aux enjeux, c’est carrément pas de bol ! En antidatant l’action de ce thriller financier entre septembre et octobre 2008, les auteurs se prennent la crise dans les dents et patatras pour la crédibilité. Seul point positif : on est content de voir un film d’action français sans Gilles Lellouche ni Clovis Cornillac, mais avec des acteurs inattendus comme Melki ou Anne Consigny. CC

Continuer à lire