Trois questions à Sylvain Desclous

Interview | Après plusieurs courts, le cinéaste se lance dans le long-métrage mais conserve son attachement pour les personnages cabossés, nouant avec leur travail des relations ambiguës.

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Photo : © DR


Vendeur n'est-il pas avant tout un film sur les addictions ?
La plus importante est celle du personnage principal vis-à-vis de à son métier ; les autres (cocaïne, alcool, cigarette, call-girls…) se greffent sur son parcours et sont accessoires. Je suis fasciné par les personnes qui se dévouent corps et âme à leur métier, quel qu'il soit. Je me suis toujours demandé quel était le prix à payer, quels que soient les succès et les honneurs reçus ; ce qu'on a payé, ce qu'on a fait payer — et à qui. Le point de départ du film est là.

La première séquence montre un stage de motivation très proche d'une induction sectaire. Correspond-elle à la réalité ?
J'ai gagné ma vie à un moment dans l'organisation de séminaires d'entreprises, et je l'ai vu faire dans tous les domaines d'activité : se mettre en cercle et pousser un cri primal pour se donner de l'énergie… Cette pratique est calquée sur des usages sportifs. À la mi-temps, il est fréquent qu'une équipe de rugby se regroupe de cette manière. C'est un moyen de se souder avant d'affronter l'adversaire. En filmant la séquence de cette manière et en la plaçant à cet endroit, je voulais restituer l'image renfermée de ce milieu pour les gens qui y travaillent, et en effet à quel point il pouvait sembler sectaire pour ceux qui le regardent de l'extérieur.

Avez-vous montré le film à des vendeurs ?
Oui, en décembre. Les jeunes l'ont bien aimé : ils ont trouvé que le miroir tendu sur la profession était assez juste, même s'il était cruel. En revanche, pour les plus anciens, le miroir était uniquement cruel…


Vendeur

De Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marma...

De Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marma...

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Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé.


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Vendeur : le jeu cruel de la transaction

ECRANS | de Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elsoplus…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Vendeur : le jeu cruel de la transaction

Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu’il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d’acteur et son habileté à l’art de l’escroc, tout en cumulant pour l’officiant le stress engendré par ces deux activités. Davantage qu’aux façades brillantes ou aux réussites de la profession, Sylvain Desclous s’intéresse à ses coulisses, à ses recoins sombres, et aux contrastes métaphoriques qu’ils révèlent. Aux magasins où les commerciaux font l’article autour de modèles étincelants, il oppose ainsi les hôtels impersonnels et les cafétérias interchangeables des zones d’activité, où les vendeurs se posent entre deux “représentations”. Se consumant dans le négoce de la promesse, le héros Serge (sur)vit dans un présent permanent et contagieux, puisque son fils habite une maison inachevée et son père se contente d’un minimum pour subsister. Serge semble autant de passage dans son existence que les clients en transit dans les galeries marchandes, dans l’attente d’être harponnés. Mais si Vendeur dévoile avec adresse le jeu cruel de la transaction, forme moderne de la chasse primitive, le film manque un peu d

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