Sisters : une gênante plaisanterie

ECRANS | de Jason Moore (E-U, 1h58) avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph…

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Photo : © DR


Du même tonneau que Projet X, Babysitting ou Very Bad Trip, Sisters fait penser à ces plaisanteries de fins de soirées, pâteuses, redondantes, avec queues mais peu de têtes, gênantes pour qui les raconte et les entend (une fois que chacun a dessoulé). Écrite à la masse et au burin, cette comédie parait n'avoir été mise en chantier que pour assouvir le désir de filmer la mise à sac d'une maison et les pulsions de vandalisme de quadras ravis de s'encanailler.

À ceux qui objecteraient que The Party (1968) se soldait également par le ravage de la résidence où se tient la réception que parasite malgré lui le héros, on répondra que les dégradations sont secondaires dans le film de Blake Edwards. Catalyseur de destruction, le personnage campé par Sellers est surtout le révélateur du karma en ruine de ses hôtes ; il permet au final d'accorder leur décoration intérieure avec leur état psychique réel.

Ici, la relation entre les deux sœurs aux caractères diamétralement opposés était censée servir de mur porteur ; elle apparaît plutôt comme un vague coffrage recouvrant a minima des séquences régressives ou des numéros de solistes de Poehler et Fey, complices de longues date du Saturday Night Live. On dit qu'à la télé, jadis, elles cassaient la baraque ; ce n'est pas le cas au cinéma, malgré les apparences.


Sisters

De Jason Moore (ÉU, 1h58) avec Amy Poehler, Tina Fey...

De Jason Moore (ÉU, 1h58) avec Amy Poehler, Tina Fey...

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Deux sœurs sont de retour chez leurs parents pour débarrasser leur ancienne chambre d'enfant avant que la maison familiale ne soit vendue. Dans l'espoir de revivre pour une nuit leurs années de gloire passées, elles organisent une soirée "de jeunes" avec leurs anciens camarades de lycée...


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Pete Docter : « depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie »

Soul sur Disney+ | Coréalisateur de "Soul", Pete Docter s’est virtuellement adressé à la presse française pour présenter sa quatrième réalisation de long-métrage au sein des studios Pixar. Trois questions, trois réponses…

Vincent Raymond | Lundi 28 décembre 2020

Pete Docter : « depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie »

En quoi votre approche a-t-elle changée de Monstres & Cie à Soul ? Pete Docter : Quand j’ai commencé sur Monstres & Cie, je n’avais aucune idée de ce que je faisais — d’ailleurs ça n’a pas changé : je ne sais toujours pas ce que je fais ! Je me jette à l’eau. Faire un film, c’est un peu être bloqué jusqu’au moment où vous sentez que quelque chose prend : un personnage, un thème, un sentiment… Dans le cas de ce film, c’était plus un sentiment ou une circonstance de la vie. Chaque film est différent, et il faut avoir confiance dans le chaos inhérent, dans le processus créatif et ne pas arriver avec une idée préconçue : laissez aller et gardez en tête que personne ne sait ce que vous faites ; il faut simplement y aller. Comment avez-vous décidé d’amener le jazz dans ce film ? Au départ, c’était un choix esthétique : nous cherchions quelque chose de sympa à regarder. Depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie : si on pense à Betty Boop et nombre des premiers films de Disney, il y avait du jazz. L’énergie, l’esprit

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Le vagabond des limbes : "Soul", un Pixar privé de salles

Sur Disney+ | Narrant les tourments d’une âme cherchant à regagner son corps terrestre, le nouveau Pixar résonne étrangement avec la situation du monde du cinéma actuellement au purgatoire et peinant à retrouver sa part physique (la salle). "Soul", un nouvel opus existentialiste à mettre au crédit de Pete Docter. Sur Disney+ le 25 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2020

Le vagabond des limbes :

À quelques heures d’intervalle, Joe Gardner se voit proposer un job à plein temps dans le collège où il est prof de musique et de rejoindre un prestigieux quartette de jazz. Cela pourrait être le jour de sa vie… sauf que c’est aussi celui de sa mort. Refusant ce destin contrariant, l’âme de Joe cherche à faire marche arrière mais se retrouve propulsée dans le “Grand Avant“ — des limbes où on lui confie la charge de préparer une future âme (la terrible 22) à sa naissance… Annoncé pour la fin du printemps 2020, à cette époque si lointaine (novembre 2019…) où ses premières images dévoilées en avant-première de La Reine des Neiges 2 laissaient pressentir l’évidence d’une sélection cannoise, Soul aura connu un sort inédit pour un probable blockbuster Pixar : son torpillage par une pandémie, conduisant la maison-mère à le basculer d’emblée sur sa plateforme, Disney+. Ni les regrets des (nombr

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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In Trust we trust !

MUSIQUES | Trust se serait donc une nouvelle fois reformé pour une tournée qui passerait par le Sonic ? Il faudrait être naïf pour le croire mais sur le papier tout porte à croire que c'est effectivement le cas. À moins qu'on ait affaire là à un cas d’homonymie caractérisé et accidentel. Ce sont des choses qui arrivent. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

In Trust we trust !

Bien, asseyons-nous tranquillement, détendons-nous les jambes – nous en aurons besoin plus tard pour danser – et évacuons d'entrée le malentendu qui sourd à l'horizon car on voit d'ici les fans d'un certain groupe punk français avoir des vapeurs anti-sociales et perdre leur sang froid. Alors voilà : non, Trust n'est pas la formation culte de Bernie Bonvoisin et du guitariste Nono – de toute manière une récente jurisprudence passée totalement inaperçue interdit, on cite, «à tout guitariste d'une formation d'inspiration rock de se faire appeler Nono, ça fait plouc». Précisons que cela vaut également pour les Dédés, les Gégés, les Momos, tous invités à se tourner vers l'accordéon ou la guitare manouche. Certes, on n'est pas beaucoup mieux barré avec le chanteur de notre Trust à nous : Robert Alfons, un patronyme qui fait davantage sous-secrétaire d'État aux hémorroïdes que rock star. Reste qu'avec son binôme Maya Postepski (on progresse), Robert est à la tête d'un Trust au magnétisme certain. Le genre de truc qu'on écoute sans trop y penser et qui vous colle au papier peint avant de vous envelopper avec, façon chrysalide. Confusion des gen

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Friends With Kids

ECRANS | De Jennifer Westfeldt (USA, 1h47) Avec Adam Scott, Jennifer Westfeldt, Maya Rudolph

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Friends With Kids

Dans l'enfer moderne de la comédie romantique, Friends With Kids sort étonnamment son épingle du jeu. Tout en reprenant la tendance lourde actuelle (l'amour sécuritaire, le non-engagement, le zéro risque), le film de Jennifer Westfeldt en sape tranquillement les impasses. Le sujet du jour : comment faire un enfant hors couple, entre amis, pour fuir les aléas du mariage, se voit ainsi traité avec une intelligence que la première bobine, un peu manichéenne, ne présumait pas. Embrassant la question avec sensibilité et humour, le film surprend graduellement à force d'étoffer son classicisme. La moralité est toujours la même : nul ne peut se préserver des sentiments, mais Westfeldt l'impose en quelques scènes clés où les idées s'entrechoquent avec une étonnante lucidité. Contre l'arrogance de ceux qui croient gérer leur vie amoureuse comme leur carrière professionnelle, le film balance des vérités nuancées comme ses personnages. C'est tendre, démocratique, et assez réussi.Jérôme Dittmar  

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Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Mes meilleures amies

Jusqu’ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l’exception d’un flic attachant et sensible), tandis qu’une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d’honneur (d’où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l’épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d’improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes. Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d’essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas

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Crazy night

ECRANS | De Shawn Levy (ÉU, 1h28) avec Steve Carell, Tina Fey…

Christophe Chabert | Dimanche 9 mai 2010

Crazy night

"Crazy night", c’est la réunion de deux vedettes populaires de la télé américaine, l’une (Carell) ayant déjà fait ses preuves sur grand écran, l’autre (Fey) s’y cherchant une crédibilité, pour une screwball comedy taillée sur mesure. Un couple de quadras englués dans la routine conjugale décide de s’encanailler au cours d’une virée à Manhattan, mais un quiproquo les entraîne dans une sombre affaire impliquant un ponte de la mafia, des flics ripoux, un politicien érotomane… Non seulement "Crazy night" manque cruellement de rythme, mais sa raison d’être semble avoir échappé à son réalisateur, le tâcheron Shawn Levy, qui ne laisse jamais l’espace nécessaire à ses deux comédiens pour s’exprimer. Plutôt que de les laisser improviser leurs numéros, il surdécoupe, monte à la serpe et pratique des inserts absurdes, là où il aurait fallu laisser la caméra tourner tranquillement. Du coup, seuls les gags purs fonctionnent à peu près à l’écran. Mais la photo horrible, les caméos inutiles ou pathétiques (pauvre Ray Liotta !), la morale familialiste rampante ; tout concourt à rendre "Crazy night" plus glauque que distrayant. CC

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Away we go

ECRANS | De Sam Mendes (ÉU, 1h38) avec John Krasinsky, Maya Rudolph…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Away we go

Derrière tout feel good movie, il y a un monstre de cynisme qui sommeille… À peine neuf mois après 'Les Noces rebelles', Sam Mendes signe une nouvelle histoire de couple, contemporaine cette fois et sans star au générique. Un «petit» film donc, qui s’offre un tour de l’Amérique d’aujourd’hui sur les traces de Burt, vendeur d’assurances par téléphone, et Verona, enceinte de six mois. Ils cherchent un endroit où fonder un foyer et rencontrent à chaque étape un couple qui les renvoie à leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes. Cela devrait être charmant, mais c’est compter sans la lourdeur habituelle de Mendes. Quelque part entre le théâtre arty et le roman de gare, il déroule pépère le programme d’'Away we go', balisé dans tous les sens (les cartons d’introduction, les chansons folk en conclusion…) et reposant sur une vision particulièrement binaire de ses personnages : soient ils sont mélancoliques et attachants, soient ils sont cons et détestables. Pour Mendes, c’est une belle occasion de ne pas se poser de questions de cinéma : entre le pathos complice et la mesquinerie rigolarde, aucune place pour la nuance. Feeling good ? Plutôt envie de fuir… CC

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