Court (En instance) : l'Inde sans complaisance

ECRANS | de Chaitanya Tamhane (Ind, 1h56) avec Vira Sathidar, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni…

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Photo : © DR


On est rarement déçu lorsqu'un cinéaste glisse ses caméras dans un prétoire, que ce soit pour un documentaire ou une fiction. Car un tribunal réunit en vase clos un condensé de la société dont il défend les intérêts ; les affaires qu'il juge témoignent de ce qui est considéré comme délinquance par un pays, et reflète le degré de liberté publique dont jouissent ses habitants. Une cour est donc, toute spectacularisation mise à part, un puissant révélateur.

Sortant sur les écrans quelques semaines après le décevant La Saison des femmes, Court (En instance) ne se dissimule pas derrière le folklore pour affronter des questions dérangeantes. À travers un procès découpé en plusieurs audiences, il montre une Inde sans complaisance où perdurent des lois obsolètes datant de l'ère Victoria ; où des instructions fragiles peuvent être truquées par la police avec la bénédiction du ministère public, où les magistrats exercent un pouvoir discrétionnaire. Entre chaque session (on devrait dire “coup”, comme aux échecs, tant la défense et l'accusation donnent l'impression de jouter), Chaitanya Tamhane nous fait suivre en pointillés des épisodes de la vie privée des protagonistes de cette représentation judiciaire.

Il nous en apprend davantage sur l'enjeu politique, mais aussi personnel du verdict : si pour la procureure, l'aspiration à la vérité pèse moins lourd que l'ambition de promotion, on comprend qu'elle est mue par une nécessité. L'avocat, de son côté, n'a pas eu grand mérite à défendre la liberté d'expression en naissant avec une petite cuiller en argent dans la bouche. Autant d'éléments permettant au spectateur de relativiser avant de rendre son jugement, en son âme et conscience.


Court (en instance)

De Chaitanya Tamhane (Inde, 1h56) avec Vira Sathidar, Vivek Gomber...

De Chaitanya Tamhane (Inde, 1h56) avec Vira Sathidar, Vivek Gomber...

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Le corps d’un ouvrier du traitement des eaux de la ville est retrouvé dans une bouche d’égout à Bombay. Narayan Kamble, chanteur folk et contestataire, est alors arrêté en plein concert, accusé d'avoir incité l’homme au suicide par l’une de ses chansons politiques et incendiaires.


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Divorce à la tunisienne : "Noura rêve"

Drame | Son époux incarcéré, Noura a refait sa vie avec Lassad et attend avec impatience que son divorce soit prononcé. Son mari étant libéré plus tôt que prévu, Noura doit faire profil bas pour ne pas risquer cinq ans de réclusion pour adultère, ni perdre ses enfants et son travail…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Divorce à la tunisienne :

De la condition féminine dans les pays du Maghreb post Révolution de Jasmin ? Oui et non. Car si l’histoire de Noura s’inscrit dans le sillage des réalisations tunisiennes rendant compte de la difficile situation des femmes dans une société conditionnée par l‘emprise patriarcale — à l’instar de l’exemplaire La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania —, elle pourrait tout aussi bien (ou mal) se dérouler en France, où rappelons-le puisque cela ne semble pas beaucoup émouvoir en haut lieu, 129 femmes ont été tuées par leurs compagnons (ou ex-) depuis le début 2019. Il n’y a pas de meurtre de conjoint ou conjointe dans Noura rêve, plane toutefois en permanence une menace diffuse de violence. Verbale, psychologique et légale, elle fait de l’épouse en attente du jugement de divorce, la captive de son

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Bruce tout-puissant : "Music of my life"

ECRANS | Luton, 1987. Élevé dans une famille d’origine pakistanaise de la banlieue populaire, en proie aux tourments de l’adolescence, Javed se réfugie dans l’écriture. Quand il découvre la musique et les textes de Bruce Springsteen, c’est une révélation : l’œuvre du Boss va influer sur sa destinée…

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Bruce tout-puissant :

Voici un bien sympathique film — certes réglé comme du papier à musique — qui tranche avec la mode ambiante visant à célébrer les stars des 70’s. À la différence des hagiographies autorisées Bohemian Rhapsody ou Rocketman valant surtout pour leurs vertus mimétiques et leur fan service nostalgique, ce n’est point la vie d’un musicien qui est ici narrée, mais celle d’un apôtre à travers ce rapport si intime le liant à l’œuvre de son modèle. Gurinder Chadha illustre à merveille l’épiphanie de la rencontre entre Javed et les chansons de Springsteen, et le sentiment que le natif du New Jersey s’adresse au jeune homme de Luton : au-delà des océans, les points communs sont nombreux (préoccupations sociales des banlieues ouvrières, exclusion ordinaire, fragilité des histoires d’amour…) et la langue poétique, identique. Avec

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Elle l’a à la bonne : "Monsieur"

Drame | De Rohena Gera (Ind-Fr, 1h39) avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Elle l’a à la bonne :

Jeune entrepreneur issu d’une bonne famille de Mumbai, Ashwin vit en célibataire posé et mélancolique, son intendance assurée par la très efficace Ratna, la non moins jeune villageoise dévouée à son service. Séparés par leur naissance, pourraient-ils se rapprocher ? Non, il ne s’agit pas d’une banale réactualisation de Cendrillon translatée en Asie, mais d’une chronique de l’Inde d’aujourd’hui, pays complexe et composite où les verrous sociaux sont encore nombreux, dans le regard des uns ou la tête des autres… Heureusement, certains rompent dans ce conte d’émancipation : le village de Ratna n’est ainsi jamais montré comme zone de régression, pas plus que la ville n’est idéalisée en lieu d'affranchissement. Et le progressisme d’une nouvelle génération masculine doit battre en brèche plusieurs siècles d’immobilisme pour faire changer les mentalités. Sans doute que ce film donne une vision idyllique, ou très optimiste, d'un pays encore patriarcal, où subsistent des règles de dot, les mariages arrangés et d’où parviennent encore d’a

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Bien cuites, les baguettes : "Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald"

Fantastique | de David Yates (G-B-É-U, 2h14) avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Bien cuites, les baguettes :

1927. Le sournois Grindelwald s’évade durant son transfert, affolant toutes les polices magiques du globe. Dumbledore expédie en secret Norbert Dragonneau sur ses traces, à Paris. Mais le collectionneur d’animaux fantastiques étant assigné à résidence sur le territoire britannique, il lui faut donc ruser… Désormais recyclée scénariste et productrice de ce cycle spin-off de Harry Potter, J. K. Rowling ne risque-t-elle pas, à force de tirer sur sa corde, de griller son aura auprès de ses plus fidèles fanatiques ? Oh, l’autrice dispose d’un confortable capital sympathie, et beaucoup de dragées surprises de Bertie Crochue seront avalées avant que ses émules ne commencent à douter de son infaillibilité, à renoncer à leur vénération pour ce gourou au sourire si doux. Prendre un tant soit peu de recul permet pourtant de constater la platitude paresseuse de cet épisode, qui pourrait tenir en deux formules de première année à Poudlard : Dillutio salsa (on rallonge la sauce) et Revelatio caudalix (on balance un vieux cliffhanger

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« On essaie de rentrer dans le caractère de notre personnage »

Les Indestructibles 2 | Gérard Lanvin, Louane Emera et Amanda Lear figurent au générique français des "Indestructibles 2", dont ils ont assuré la post-synchronisation. La tentation était grande de les faire parler de leur voix, et de leur rapport au doublage…

Vincent Raymond | Lundi 9 juillet 2018

« On essaie de rentrer dans le caractère de notre personnage »

Pensez-vous que votre voix ait un super-pouvoir ? Louane Emera : Ah, ça c’est pour Gérard ! Gérard Lanvin : Oui… Les trois personnes que vous avez en face de vous ont des “voix“. On n’y peut rien, c’est un don ; on l’a reçu et on s’en sert. En fait, on nous l’a fait découvrir : à un moment, on vous a dit : « tu sais que tu as une fois vachement intéressante » Et c’est là que vous prenez conscience que la voix pour un acteur est vraiment indispensable et fondamentale : elle fait la différence. Elle donne l’énergie. Amanda Lear : Il y a des voix qui vous calment, vous guérissent, vous donnent des érections instantanées… GL : La mienne ! (rires) LE : Moi c’est différent, parce que j’ai vraiment commencé par la musique, par chanter — parce que j’aimais ça. J’ai pas vraiment compris tout de suite ce que cela pouvait faire. C’est après qu’on le ress

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Mythes au logis : "Les Indestructibles 2"

Animation | De retour à l’animation après sa parenthèse en prise de vues réelles, Brad Bird donne une suite superlative à ses Indestructibles, où le divertissement n’exclut pas le politique. La marque de Pixar.

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Mythes au logis :

Après un énième sauvetage destructeur, la famille Indestructible est, comme tous autres super-héros, définitivement hors-la-loi. Mais un milliardaire désireux de les réhabiliter propose à Hélène d’incarner cette reconquête. Pendant ce temps, Bob gère les enfants à la maison, et notamment bébé Jack-Jack qui révèle d’étonnantes dispositions… À cette lointaine époque (il y a… quatorze ans) où les héros masqués étaient moyennement à la mode — Sam Raimi venait tout juste de sortir Spider-Man — Brad Bird avait eu le nez creux en sortant Les Indestructibles. Non seulement il revisitait l’univers codifié des “super“ selon le prisme Pixar, en combinant vision décalée et parodique, mais il permettait indirectement à Disney d’entrer (certes par une porte dérobée) dans ce territoire, jalousement gardé par Warner (Superman, Batman) et la Fox. Et Dieu dans tout ça ? La donne a changé aujourd’hui où la Maison de Mickey possède l’essentiel de la plus grande fabrique à mutants en

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Grande journée des enfants

Kids | Le programme de la Grande Journée des Enfants des cinémas Pathé est désormais bien affûté : la reprise d’un classique entre deux avant-premières de suite, (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Grande journée des enfants

Le programme de la Grande Journée des Enfants des cinémas Pathé est désormais bien affûté : la reprise d’un classique entre deux avant-premières de suite, convoitées par le jeune public cet été. Apparemment insensible aux néo-nicotinoïdes Maya l’Abeille 2 : Les Jeux du Miel ouvrira donc la matinée, suivie d’une lame par Edward aux mains d’argent (présenté — en vidéo — par Philippe Rouyer). Le héros à la triste figure de Tim Burton précédera une famille extraordinaire dont le retour ravira les amateurs d’élégance (et de Pixar) : Les Indestructibles 2. Grande Journée des Enfants Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le dimanche 24 juin dès 10h30

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Un festival très indépendant

Les Inattendus | Plus de cent œuvres choisies parmi plus de 1100 films candidats, envoyés du monde entier… Loin des grosses machineries, Le Festival des (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Un festival très indépendant

Plus de cent œuvres choisies parmi plus de 1100 films candidats, envoyés du monde entier… Loin des grosses machineries, Le Festival des Inattendus, 11e du nom, invite pendant neuf jours le public à visionner (gratuitement !) des courts-métrages de tous types (documentaire, essai, expérimental, film d’atelier…) qui sans lui n’auraient que peu — voire aucune — chance d’être diffusés. Ce qu’il attend à présent, en revanche, c’est que vous lui rendiez une petite visite. Festival Les Inattendus, du 7 au 19 février à MJC Monplaisir, Lyon 8e.

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Quand la peur monte

Théâtre | Le propos est inattaquable et jamais trop entendu (l'Europe rétrécie et frileuse), les acteurs impeccables, le duo Richter/Nordey parfaitement complémentaire. Mais d'où vient alors cette impression que cela sonne un peu faux ?

Nadja Pobel | Mardi 14 novembre 2017

Quand la peur monte

On ne s'en lasse pas : remettre Fassbinder au centre du jeu. Mort à 37 ans en 1982 en laissant une quarantaine de films, une vingtaine de pièces de théâtre, une série télé au long cours (ah ce Berlin Alexanderplatz !), il est des artistes qui manquent cruellement aujourd'hui. Alors Nordey, qui a trouvé avec Falk Richter un alter ego, joue à le replacer au centre du jeu, la question du genre directement abordée. Il est un Rainer/Stan face à sa mère/Laurent Sauvage reprenant la séquence incluse dans L’Allemagne en automne. Et déjà la question de l'accueil des migrants crée des engueulades : « tu ne peux pas juste les mettre dehors comme ça, ils sont censés aller où ? / Là d’où ils sont venus. / Là-bas il y a la guerre. Il n’y a rien, tout est détruit. / Alors ils doivent reconstruire leur pays. / Mais comment ? En pleine guerre / Je m’en fous ». Cologne est passée par là, la peur de certains Allemands se heurte au généreux « Wir schaffen das » (nous le pouvons) d'une Merkel soudain plus Ossies que CDU. Et Richter convoque l'Europe dans ce spectacle créé en mars 2016 au TNS (S

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Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Entretien | Clowns à l’écran et sur les planches, le duo Abel & Gordon se balade aux quatre coins de la capitale, occasion idéale pour tous les hommages et toutes les rencontres. Cartographie d’un univers partagé qui rend la réalité si triste et les pitres si beaux.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Avez-vous essayé de retrouver la fibre unique du réalisme poétique ? Dominique Abel : On s’inspire de ces films, même si on a trouvé nos propres lieux, qui dégagent une magie bien particulière : je pense à cette statue de la Liberté qui a été un vrai cadeau du ciel. L’idée de mettre un SDF qui plante sa tente à ses pieds, c’était chouette. On a été nourri par plusieurs styles différents, mais on adore le burlesque : Max Linder, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, ou les créateurs plus contemporains comme Kaurismäki. Mais nos goûts sont plus larges que ça. Emmanuelle Riva était-elle l’une de ces références ? D.A : On ne l’avait jamais vu dans un autre registre que celui du drame. Elle était très curieuse, vivante avec le rire incroyable d’une jeune fille de 14 ans. Elle faisait beaucoup de théâtre et nous, ce qu’on souhaitait, c’était de répéter pour atteindre une mécanique propre à notre jeu. À ça, e

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"Chanda, une mère indienne" : Devoirs de mère

ECRANS | de Ashwiny Iyer Tiwari (Ind, 1h36) avec Swara Bhaskar, Riya Shukla, Ratna Pathak…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Servante opiniâtre, Chanda rêve pour sa fille Appu d’un meilleur destin : ingénieure, docteure, gouverneure… Hélas, l’ingrate se contente du minimum en classe. Alors, Chanda décide de retourner elle aussi sur les bancs de l’école afin de donner le bon exemple à la fainéante… Patrons paternalistes et bienveillants, mathématiques pas si difficiles que ça, fille égoïste mais apprenant les vertus de l’effort, ascenseur social en marche, absence de chansons, fin heureuse — pensez donc : Chanda n’a même pas à connaître le sort de Fantine, ni Appu à faire la Cosette… Tout cela part d’une excellente intention : promouvoir, par l’exemple de la réussite, l’émancipation féminine en montrant qu’une fille de servante n’est pas prisonnière de sa classe sociale au nom d’un vague déterminisme… ni d’un quelconque karma. Hélas, cet argument n’a su inspirer qu’un film platement illustratif, une sorte de tract chamarré pour soirée-théma-débat-dossiers-de-l’écran, où les clichés folkloriques répondent aux pirouettes scénaristiques attendues. Son seul atout est de rappeler, au passage, qu’il faut être fortuné ou économe pour offrir des études à ses enfants quand l’enseig

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"La Grande course au fromage" : Bougez-vous les meules !

ECRANS | de Rasmus A. Sivertsen (Nor, 1h18) animation, avec les voix de Michel Hinderijkx, Philippe Allard, Pascal Racan…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

L’impulsivité de Solan le canard lui joue bien des tours ! La preuve avec un dernier “exploit” : parier une maison (qui n’est pas la sienne) contre une usine de fromages (norvégiens, en plus). Pour sauver la bicoque engagée, le volatile et ses amis doivent convoyer une meule géante à travers la montagne. Ils vont s’en payer une bonne tranche… Quelle substance, psychotrope ou non, faut-il avoir ingérée pour imaginer un titre et un synopsis aussi improbables ? Du brunost hors d’âge ? Les arcanes des auteurs de films à destination des jeunes publics demeurent en tout désespérément insondables pour les profanes que nous sommes. L’invraisemblance d’un sujet n’ayant jamais défrisé la moindre tête blonde, brune ou rousse, les tout-petits spectateurs lambda suivront avec gourmandise les déambulations pataudes des personnages de ce stop motion long comme un jour sans pain, pendant que leurs accompagnateurs s’abandonneront à une bienheureuse sieste. Même si l’animation est correcte, l’exotisme nordique ne suffit pas à captiver outre mesure. Bref, c’est râpé.

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À Lyon, le dynamisme du livre

économie du livre | L'Arald a publié fin septembre son baromètre régional de l'économie du livre, s'intéressant à ce secteur d'importance au travers des éditeurs et des librairies indépendantes, relevant différents indicateurs et auscultant le secteur et ses soubresauts.

Sébastien Broquet | Mardi 18 octobre 2016

À Lyon, le dynamisme du livre

À Lyon, le livre se porte plutôt mieux qu'ailleurs dans le pays. Le succès des festivals (Quais du Polar, la Fête du Livre de Bron, Lyon BD) le montre : dans la région, l'on aime lire. Et le dynamisme des libraires (90% organisent des dédicaces avec des auteurs, 63% des rencontres...) se trouve illustré par cette étude de l'Arald qu'est le baromètre régional de l'économie du livre, paru fin septembre. En page sept de ce journal, nous vous offrons une photographie des librairies dédiées ou s'intéressant à la jeunesse, confortée par l'ouverture d'une seconde boutique de Vivement Dimanche, spécialisée dans ce domaine, à la Croi

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Le plein d'histoires pour l'hiver

Librairies Jeunesse | C’est le moment de l’année où faire le plein d’histoires à lire aux enfants sous la couette. Voici notre sélection de librairies où dénicher leurs nouveaux livres de chevet préférés.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 octobre 2016

Le plein d'histoires pour l'hiver

Vivement Dimanche C’est la nouveauté de la rentrée : Vivement Dimanche a ouvert une librairie spécialisée jeunesse. À deux pas de la “maison mère” rue du Chariot d’Or, à l’angle de la Grande rue de la Croix-Rousse, elle a ouvert ses portes le 17 septembre. Un lieu entièrement réservé à la jeunesse, découpé en plusieurs univers selon les âges. Ce rayon grandissant au fil des années, il était temps de lui consacrer un espace à part entière. Maya Flandin et son équipe sont particulièrement attachés à cette section, qui représente un fabuleux moyen « d’inoculer la culture dès le plus jeune âge. » À Titre d’aile La référence à Lyon. Dix ans que Carole Ohana et Cedric Chaffard défrichent la littérature jeunesse pour le plus grand bonheur des habitants du quartier mais aussi au-delà : on vient de toute l’agglomération voire même de la région pour obtenir les précieux conseils des libraires. Tous deux professionnels de l’enfance au départ, ils travaillent avec une approche différente, se plaçant du point de vue de l’enfant pour faire découvrir les livres. Carole est spécialiste

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Trois coups de cœur aux Nuits de Fourvière

Nuits de Fourvière | Vinicio Capossela S'il fallait comparer Vinicio Capossela, déjà présent l'an dernier mais cette fois-ci mis à l'honneur en grande pompe, à un chanteur (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juin 2016

Trois coups de cœur aux Nuits de Fourvière

Vinicio Capossela S'il fallait comparer Vinicio Capossela, déjà présent l'an dernier mais cette fois-ci mis à l'honneur en grande pompe, à un chanteur italien, sans hésiter on choisirait Shane McGowan, qui est Irlandais — mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Comme McGowan, chanteur historiquement édenté des Pogues, Capossela est un pur rockeur qui a toujours su puiser au plus profond du folklore de son pays pour bâtir une œuvre qui puisse être à la fois populaire pétrie d'indépendance, foutraque au dernier degré et immédiatement classique, évoquer la berceuse comme la chanson à boire — l'usage peut-être commun. Avec dans la voix cette fêlure qui ferait pleurer un caillou et dans l'attitude, cette folie furieuse qui donne envie de danser sur les mains. À l'Odéon le samedi 9 juillet Silvain Vanot Lui aussi était déjà à Fourvière il y a deux ans, pour rendre hommage à Robert Wyatt. Lui aussi est mis à l'honneur à un degré supérieur : une résidence à l'Épicerie Moderne pour mettre au point avec Christian Quermalet un spectacle, présenté au Domaine de Lacroix Laval, autour de son nouvel album, le bouleversant Ithaque

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La Saison des femmes

ECRANS | de Leena Yadav (Ind, 1h45) avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

La Saison des femmes

Lorsqu’un film issu d’un pays non-occidental prend fait et cause pour les femmes victimes du patriarcat, de mariages forcés ou de violences ordinaires, le premier mouvement du spectateur acquis à la parité consiste à applaudir. Certaines de ces réalisations sont en effet tournées clandestinement, en dépit de la censure (en Iran notamment), travaillent à briser des tabous en étant projetées sur leur territoire — voir l’exemple de Mustang. D’autres, en revanche, semblent ne s’adresser qu’à l’exportation, en véhiculant des messages politiquement fédérateurs pour le public des festival internationaux. C’était le cas de La Source des femmes (2011) de Radu Mihaileanu, faux film du Sud montré à Cannes mais jamais sorti au Maghreb ; il en va de même avec ce “conte” chamarré présenté à Toronto et Stockholm, encore inédit sur le sol indien, pourtant terre de cinéma. Gommant le plus possible les particularismes locaux (tels les pittoresques intermèdes chantés du cinéma masala) La Saison des femmes adopte un langage universel — une sorte de “globish”— pour témoigner d’une triste réalité. Certes, ce n’est pas à la quantité de folklore que l’on mesure l’au

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Indésirables

ECRANS | De Philippe Barassat (Fr, 1h36) avec Jérémie Elkaïm, Béatrice De Staël, Bastien Bouillon…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Indésirables

Dans la petite famille de l’amateurisme chic français, voici Philippe Barassat ; copain comme cochon avec le tandem Donzelli / Elkaïm, il a recruté ce dernier pour le rôle principal d’Indésirables, son premier long après quelques courts provocateurs et remarqués. Elkaïm y est Aldo, infirmier d’origine étrangère qui subit une sorte de préférence nationale et se retrouve sans emploi et dans la dèche, cachant cette précarité à sa copine. Après une première expérience avec sa colocataire aveugle, Aldo décide de devenir un gigolo d’un genre particulier, donnant du plaisir à des handicapés physiques et moteurs. On aimerait se sentir interpellés, sinon dérangés, par un tel sujet, mais le film se tient dans un tel degré d’approximation qu’il est surtout irritant ; les comédiens jouent n’importe comment — Bastien Bouillon et l’insupportable Béatrice de Staël ne sont jamais crédibles en aveugles — et Barassat cadre à peine ses plans, leur apposant un vernis noir et blanc qui agit comme un cache-misère. Le tout baigne dans une ambiance bourgeois de gauche que le cinéaste arrive in extremis à bousculer lorsqu’il assume la part la plus noire de son récit.

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Une nouvelle Aire

SCENES | Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 janvier 2015

Une nouvelle Aire

Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale qui permet tout à la fois de découvrir un compositeur méconnu et des pièces chorégraphiques dansées sur la musique de ce dernier. Après l'avant-gardiste pop Nico Muhly en 2014, auquel nous avions alors consacré notre Une, c'est le Finlandais Kalevi Aho, musicien renouant avec la "belle musique" et l'harmonie, proche parfois des épopées de Dmitri Chostakovitch, qui sera à l'honneur. Il a inspiré à Maud Le Pladec, habituée de l'événement; Hunted, un rituel performatif sous forme de solo incantatoire ; au collectif lyonnais Loge 22 (à l'origine de l'événement performatif Spider) le trio Rumeur, déclinant l'idée de métamorphose chère à Ovide ; et à l'Australien Adam Linder le duo Vexed Vista, entremêlant voix, danse et décor lunaire et abstrait signé du plasticien Shahryar Nashat. Autant de créations qui seront précédées d'un court concert des étudiants du CNSMD, préambule à un programme dédié à l'Auditorium le 1er février.

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Bébé tigre

ECRANS | De Cyprien Vial (Fr, 1h27) avec Harmandeep Palminder, Vikram Sharma…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Bébé tigre

L’adolescence, la place d’un immigré dans la société française, les méandres nauséabonds des économies parallèles… Le territoire qu’a choisi Cyprien Vial pour son premier film s’inscrit sur une carte bien connue du cinéma hexagonal, sans doute trop. C’est la limite de Bébé Tigre : il ne procure pas, loin de là, le frisson de l’inédit. Pourtant, l’histoire de Many, jeune adolescent indien ayant suivi les voies de l’immigration illégale pour venir travailler en France, où il a bénéficié de la mansuétude de son passeur et été adopté par une famille d’accueil aimante et attentionnée, est racontée avec une évidente volonté de laisser toute forme de pathos ou de discours sur le bas-côté. C’est une certitude : Cyprien Vial a le sens, devenu rare, de l’efficacité, délestant son récit de toute forme de gras, puis filmant à l’os les situations, dans l’action et la vitesse. Pas le temps de se poser des questions ; l’énergie du film est celle de son héros, tiraillé entre son envie de s’intégrer et son désir de travailler pour envoyer de l’argent à sa famille. Le dilemme moral auquel il finira par être confronté rappelle ceux que l’on trouve chez les frères Dardenne, dont Vi

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Écrans mixtes : feux d’artifices et amours monstres

ECRANS | Une nouvelle édition du festival LGBT Écrans Mixtes avec une journée consacrée aux femmes, des avant-premières dont le dernier et beau film de Bruce La Bruce, du documentaire et un hommage à Kenneth Anger… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Écrans mixtes : feux d’artifices et amours monstres

Déjà quatre ans que le festival Écrans mixtes tente d’inscrire à Lyon une manifestation cinématographique L(esbian) G(ay) B(i) T(rans) majeure, à l’instar de celles, bien installées dans la région, que sont Vues d’en face à Grenoble et Face à face à Saint-Étienne. Avec quelques particularités, notamment un goût prononcé pour l’esthétique queer et l’envie de mettre en perspective l’actualité de ce cinéma avec son passé. Ce sera d’ailleurs un des événements de l’édition 2014 : un hommage à Kenneth Anger, cinéaste qui, après avoir longtemps été rangé dans la catégorie "expérimental", en sort peu à peu à mesure où des cinéastes mainstream viennent en repomper l’esthétique — comme Nicolas Winding Refn dans Drive ou Oliver Stone dans Tueurs nés. Autre facteur de reconnaissance : la traduction (tardive, puisque le livre date des années 50 !) l’an dernier de son génial bouquin Hollywood Babylon, où Anger raconte la fondation de la Mecque du cinéma par ses scandales sexuels, ses ragots et ses destins funestes, le tout avec une verve hallucinant

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Sans modération

MUSIQUES | Après un premier rendez-vous manqué pour cause de plantade à moto, le Transbordeur reçoit enfin le super trio berlinois Moderat. Lequel combine le meilleur de deux mondes : l'électro-pop passionnée d'Apparat d'un côté et la techno partouzarde de Modeselektor de l'autre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

Sans modération

Au marché aux puces de Mauerpark, ce poumon vert de Berlin que transperçait jadis une section de l'infâme mur, on trouve absolument de tout, du surplus militaire à la collection de casse-noisettes. Si bien qu'on doit pouvoir y dénicher des potalas, ces boucles d'oreille magiques qui, dans le manga Dragon Ball, permettaient à deux êtres de fusionner en une entité transcendant leurs qualités respectives. Ainsi, en tout cas, aurait pu naître Moderat, réunion du duo Modeselektor et d'Apparat, autrement dit trois des producteurs les plus emblématiques de la scène électronique allemande des années 2000. Mais aussi trois des plus dissemblables. Composé de Gernot Bronsert et Sebastian Szary, Modeselektor produit de son côté une techno potache et métamorphe, d'où cadences hip hop et basses dubby giclent tels le champagne dont ils arrosent leur public, souvent avec la complicité de souscripteurs du Who's who de la musique indé, du rappeur-mitrailleur Busdriver aux post-punks kubrickiens de Maximö Park. Né Sascha Ring, Apparat s'est lui fait connaître avec une IDM fractionnée et cafardeuse à la Aphex Twin, avant de se révéler, sur le très rêveur Walls pui

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Les poings et la plume

MUSIQUES | Chanteur performeur du groupe Oxbow, castagneur de première et journaliste et écrivain accompli, l’Américain Eugene S. Robinson se produira mardi 4 décembre, au Sonic, aux côtés du trio avant-gardiste L'Enfance Rouge. Portrait d’une personnalité peu commune. Damien Grimbert

Benjamin Mialot | Mercredi 21 novembre 2012

Les poings et la plume

On avait découvert Eugene S. Robinson il y a environ dix ans de cela, par hasard ou presque, lors d’un concert de son groupe Oxbow au festival de Dour en Belgique. Et c’est peu de dire que sa performance avait fait forte impression : 110 kilos de muscles et de testostérone portés à ébullition par une présence animale, à la fois hypersexuée et menaçante. Suant, éructant et bavant sur scène, une main ostensiblement plongée dans le slip et l’autre martyrisant le micro, l’homme semblait plongé dans un état de transe primal, prêt à réduire en pièces le premier fort en gueule qui voudrait se frotter à lui. Ce qu’il lui est d’ailleurs déjà arrivé de faire à d’innombrables reprises, l’homme affichant – on l’a découvert par la suite – un penchant affirmé pour la violence mutuelle entre adultes consentants. Ce statut de monstre de foire, incontrôlable et dégénéré, Eugene S. Robinson en joue volontiers. Et l’assume avec l’absence de complexes totale de celui qui a plus d’une corde à son arc. Car au-delà de l’aura bestiale qu’il dégage sur scène, Robinson, c’est avant tout 30 ans de carrière au sein de l’avant-garde musicale new-yorkaise et californienne, la publication de n

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Missile solaire

MUSIQUES | Toujours aussi affûté dans sa politique d'import/export (d'import surtout), le Kafé nous dégoupille cette semaine Monogrenade. Une bombe québécoise lancée très haut et qui ne devrait pas tarder à exploser. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 octobre 2012

Missile solaire

Quand un groupe a pour leaders un type nommé Jean-Michel Pigeon (précisons, pour ceux qui auraient suivi l'actualité médicale de ces dernières semaines, qu'il n'est pas médecin) et une fille baptisée Martine Houle, on ne peut que se laisser avoir et/ou emporter.   En tant que groupe québécois aux paroles saugrenues – visiblement une marque de fabrique locale – et aux ambiances à l'avenant, Monogrenade est le digne héritier d'un groupe comme Malajube – filiation évidente sur De toute façon. En moins farfelu tout de même, malgré cet aveu :« de toute façon, nous on fait les cons ». Et sans doute, ce n'est pas un vain mot, en plus musicalement ambitieux.   On pourrait tout aussi bien, sur certains morceaux les qualifier d'Arcade Fire francophone pour ces morceaux aux structures complexes, cavalantes et volontiers dissonantes. Il y a des cordes tantôt mélancoliques – comme sur L'araignée

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Musiques en Sticks

MUSIQUES | En guise d'invités pas comme les autres, Musiques en Stock convoque à Cluses la mélancolie traînante des Tindersticks, idéale pour les couchers de soleil tardifs ou les couchers tout court. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Jeudi 21 juin 2012

Musiques en Sticks

C'est sans doute parce qu'ils ne sont pas à proprement parler un groupe de festival que les Tindersticks, et donc ici Musiques en Stock, se démarquent quelque peu de l'ensemble des programmations estivales. Si l'on résume, cela fait maintenant une vingtaine d'année que l'étrange formation de Stuart Staples, l'une des voix les plus envoûtantes et les plus mélancoliques de la scène musicale, nous régale de ses étrangetés cotonneuses et éthyliques. Et pourtant, depuis le premier album éponyme, le groupe et sa musique ont considérablement évolué. Il y a la première période qui démarre en 1993 avec leur premier album éponyme, directement élu album de l'année par l'hebdomadaire anglais Melody Maker, qui alterne, comme sur les disque suivants, balades atonales, envolées de violons à s'ouvrir les veines et duos masculin-féminin déchirants (A Marriage Made in Heaven, Travelling Light, Buried Bones). Une période qui culmine avec les sublimes Live in Bloomsbury Theatre, l'album Curtains, où Staples se fait plus grave et désespéré que jamais, et une superbe BO pour le sanglant Trouble Every Day de Claire Denis avec laquelle le groupe collaborera

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Puccini plus, ni moins…

MUSIQUES | Savoureuse idée que ce festival "Puccini Plus" à l'Opéra de Lyon, marathon de trois semaines où l'œuvre du compositeur est confrontée à celle de ses contemporains, dessinant un début de XXe siècle foisonnant d'idées nouvelles. Entretien avec le directeur de l'Opéra Serge Dorny et présentation des œuvres et de leurs metteurs en scène. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 19 janvier 2012

Puccini plus, ni moins…

Serge Dorny, le directeur de l’opéra de Lyon, a une marotte, une obsession bienvenue pour les mélomanes lyonnais. Il aime l’idée du Festival, cette concentration musicale pur jus, ce plongeon total dans une esthétique précise. Pour cette saison, il a choisi des lectures doubles et triples d’un début de XXe siècle où tout était possible. Un Puccini méconnu tout d’abord parce qu’en choisissant Il Trittico, Serge Dorny nous fait découvrir trois œuvres courtes rarement données sous leur forme pleine et originelle. Et puis un Puccini confronté à ses confrères contemporains à l’écriture toute nouvelle. Dans l’interview qui suit, Serge Dorny défend bec et ongles l’idée d’un seul chef d’orchestre pour l’ensemble du Festival. Seulement voilà, Lothar Koenigs vient de déclarer forfait quelques jours avant la première. Dorny a donc choisi… deux chefs dans l’urgence. Gaetano d’Espinosa dirige le Triptyque et Bernhard Kontarsky sera à la baguette pour les autres œuvres. Espérons que la multiplication des chefs aura le même effet que la multiplication des pains : un vrai miracle ! Comment vous est venue cette idée de confronter trois œuvres assez confidentiell

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Bonjour tristesse

MUSIQUES | Moins tempétueux qu'à leurs débuts, les Tindersticks livrent désormais des albums plus apaisés. Mais toujours empreints d'une mélancolie qui reste leur marque de fabrique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 28 octobre 2010

Bonjour tristesse

Musique / En 2010, la musique des Tindersticks ressemble à celle d'un ancien alcoolique autodestructeur qui aurait découvert les joies de la sobriété. Les joies aussi du soleil matinal, trop souvent écarté par les réveils tardifs de gueules de bois. Car longtemps les Tindersticks auront été ce groupe pour lequel le crépuscule aura fait office d'aurore. En poursuivant dans cette voie, le groupe de Nottingham, sextet aujourd'hui viré trio, auraient pu assez aisément sombrer dans la caricature. Au lieu de cela, il a su trouver une forme d'apaisement qui n'a pour autant jamais tari sa source d'inspiration, comme en témoignent leurs deux derniers albums "The Hungry Saw" et "Falling Down a Moutain". Ce dernier a été enregistré dans le Limousin où vit désormais le chanteur Stuart Staples, or on sait que les Angliches installés en France on tendance à revivre. Là le xylophone, le carillon et le piano ont succédé aux violons furibards et ivres des premières saillies. Pour autant, cette musique a toujours la mélancolie chevillée au corps. Mais une mélancolie «heureuse», qui a appris à s'autogérer et qui ne déborde plus comme avant, emportant tout sur son passage. Plaisirs simples

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Aux abonnés Absynthe

MUSIQUES | Ces temps-ci on parle moins de la Belgique pour la vigueur de sa scène rock que pour ses Wallons et ses Flamands qui ne peuvent plus se blairer. Mais (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 octobre 2010

Aux abonnés Absynthe

Ces temps-ci on parle moins de la Belgique pour la vigueur de sa scène rock que pour ses Wallons et ses Flamands qui ne peuvent plus se blairer. Mais Absynthe Minded pourrait bien réconcilier tout le monde tant il fait l'unanimité outre-Quiévrain à coups de disques de platine et de Victoires de la musique locales. C'est que leur indie-rock teinté de jazz (un alliage pas banal) a effectivement un charme fou, à l'œuvre à l'Epicerie Moderne, mardi 19 octobre.

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Querelle

CONNAITRE | Rainer Werner Fassbinder Gaumont vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 22 octobre 2009

Querelle

Dans la foulée de sa reprise en salles (où son cinémascope flamboyant trouve toute sa pleine dimension…), le dernier film de Fassbinder sort enfin en DVD en France. Son réalisateur, alors cocaïné jusqu’aux yeux — son projet suivant devait essayer de retranscrire sur l’écran cette «expérience» — adapte le roman Querelle de Brest de Jean Genet, où un docker découvre conjointement son homosexualité et ses pulsions homicides. Si le film n’y va pas par quatre chemins pour représenter cette matière-là, notamment lors d’une impressionnante séquence de sodomie d’abord subie, puis libératrice, c’est ailleurs que Fassbinder transcende son cinéma. En reconstituant un port de Brest fantasmatique en studio dans des couleurs irréelles et sublimes, en (homo)érotisant les corps jusqu’à en faire des œuvres d’art (le film n’hésite pas à souligner son tribut à la mystique du Christ supplicié), Querelle participe à la révolution avortée d’un cinéma de l’image absolue qui a planté quelques films malades au début des années 80 (Coup de cœur de Coppola ou La Lune dans le caniveau de Beineix). Si Fassbinder fait mieux, et si son film a si peu vieilli, c’est parce qu’il garde du

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Rameau, les Nouvelles Indes

MUSIQUES | Une saison 'Terra Incognita' pour le Concert de l’Hostel Dieu où le nouveau et l’inconnu feront le lien de tous les rendez-vous musicaux. Un début de (...)

Pascale Clavel | Jeudi 15 octobre 2009

Rameau, les Nouvelles Indes

Une saison 'Terra Incognita' pour le Concert de l’Hostel Dieu où le nouveau et l’inconnu feront le lien de tous les rendez-vous musicaux. Un début de saison fracassante avec une singulière adaptation des 'Indes Galantes' de Rameau en version de concert en quatre entrées arrangées par Rameau lui-même et réorchestrées par Franck-Emmanuel Conte. Pour cette étonnante interprétation, le chef, comme à son habitude veut un métissage entre les siècles, des effets de surprises, veut simplement rendre la musique vivante et jouissive. C’est à la salle Sainte-Hélène, les 21 et 25 octobre que les mélomanes en quête d’exotisme pourront voyager des Indes au Pérou.

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Absynthe minded

MUSIQUES | Non seulement la source du rock belge n’est pas tarie mais elle est également en mesure de produire de l’absinthe, la boisson qui rend fou. C’est (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 mars 2009

Absynthe minded

Non seulement la source du rock belge n’est pas tarie mais elle est également en mesure de produire de l’absinthe, la boisson qui rend fou. C’est lorsque le groupe dEUS le prit sous son aile, il y a 5 ans, que le quintette Absynthe Minded, formé à Gand par Bert Ostyn, accéda véritablement à la notoriété. Depuis le groupe a beaucoup produit (pas moins de 3 albums) et a surtout acquis le statut de coqueluche du public belge, tout en raflant de nombreuses récompenses. L’autre particularité d’Absynthe Minded, en concert (gratuit) au Ninkasi Kafé ce mercredi 25 mars, c’est son style qui rafraichit un genre un peu poussiéreux : le jazz rock.

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Mise(s) en scène(s)

ECRANS | Film / On peut considérer Les Larmes amères de Petra Von Kant, tourné en 1971, comme le film qui mit définitivement la carrière du cinéaste Fassbinder sur orbite. (...)

| Mercredi 17 janvier 2007

Mise(s) en scène(s)

Film / On peut considérer Les Larmes amères de Petra Von Kant, tourné en 1971, comme le film qui mit définitivement la carrière du cinéaste Fassbinder sur orbite. Même s'il avait déjà presque une dizaine de longs-métrages à son actif, il est évident que c'est avec celui-ci que les grandes lignes esthétiques et thématiques de son cinéma se sont imposées. Dans l'appartement de la styliste Petra Von Kant se joue un certain nombre de rapports de servitude, sociale, affective et psychologique ; mutisme de la servante Marlene, fascination de la jeune mannequin Karin, pitié de l'amie intime Sidonie... Petra Von Kant tient tout le monde sous sa coupe par le mirage de l'amour (qui est toujours chez Fassbinder, «plus froid que la mort»), capable d'endosser les habits du bourreau, de la victime ou de la maîtresse. Jamais Fassbinder ne cherche à gommer l'origine théâtrale de son matériau : le décor, notamment l'immense toile de Nicolas Poussin qui surplombe le lit de Petra ou les mannequins en plastique qui traînent dans la chambre, est clairement une scénographie ; les déplacements lents et affectés des actrices sont loin du naturel sur grand écran ; même le son, sans perspective, semble repr

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Planches et pellicules

ECRANS | Analyse / Fassbinder et le théâtre, avant, pendant et après Les Larmes amères de Petra Von Kant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 janvier 2007

Planches et pellicules

Avant Contrairement aux idées reçues, Fassbinder commence bien sa carrière au cinéma : c'est avec un court-métrage, Le Clochard, en 1965, qu'il fait ses premières armes artistiques. Pourtant, en 1967, c'est en intégrant l'Action Theater, une troupe de théâtre d'avant-garde, puis en fondant sa propre compagnie, l'Anti-theater, qu'il se forge une réputation. De 1968 à 1971, il écrit une dizaine de pièces, monte des classiques et surtout soude sa famille d'acteurs et d'actrices, qui l'accompagneront ensuite dans son aventure cinématographique. La carrière théâtrale de Fassbinder s'arrêtera après que L'Ordure, la ville et la mort a été taxé d'antisémite en 1976. Pendant Les premiers films de Fassbinder sont d'abord des adaptations à l'écran des pièces écrites à la fin des années 60. Ce choix n'est pas seulement une solution de facilité : le huis clos théâtral n'est pas une contrainte pour Fassbinder, c'est déjà un sujet. Certes, Pionniers à Ingolstadt et Preparadise sorry now sont des pièces éclatées, multipliant les personnages et les temporalités. Mais c'est bien quand il s'enferme dans un lieu unique que le théâtre de Fassbinder est paradoxalement déjà du cinéma. Les Larmes amère

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Femmes d'intérieur

SCENES | Entretien / Antonio Latella met en scène Les Larmes amères de Petra von Kant au Théâtre National Populaire. Il évoque sa rencontre avec l'œuvre de Fassbinder, et ses choix de mise en scène. Propos recueillis par Dorotée Aznar (traduction Nino Marino)

Dorotée Aznar | Mercredi 17 janvier 2007

Femmes d'intérieur

Pourquoi avoir choisi de travailler sur l'œuvre de Fassbinder ? Antonio Latella : Rencontrer Fassbinder après la préparation de Querelle (à l'occasion de la trilogie Genet) était naturel, presque obligatoire. L'urgence réside dans le fait de confronter des auteurs comme Pasolini, Genet, Fassbinder, Testori ou, par certains aspects, Giordano Bruno et Marlowe ; tous les auteurs qui ont mis au centre de leurs recherches l'homme et son essence. C'est-à-dire des auteurs qui, pour exprimer leurs idées, ont payé de leurs propres vies et parfois même de manière brutale. Pourquoi ce portrait de femme en particulier, qu'est-ce qui vous a attiré dans cette pièce ? Avec Petra, Fassbinder dessine un portrait, une idée de femme qui synthétise toutes les figures féminines qui sont présentes dans le texte ; Petra est toutes les femmes. Une femme qui vit dans son appartement, qui semble n’en jamais sortir mais qui reçoit d'autres femmes dans cet intérieur. Ces femmes, ces bourgeoises, tissent une toile d'araignée pour ébranler les conventions et la stabilité de Petra. Fassbinder dit que, lorsqu'il place une femme au centre de son récit, cela lui permet de mieux raconter l'histoire. Qu'est-ce q

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