“Ma Loute” : à manger et à boire

Festival de Cannes | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Photo : © DR


Quel accueil des spectateurs non francophones — et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes — peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l'une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l'accent nordiste — forçant les non-Ch'tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l'énigmatique cinéaste que l'on connaît ; d'autant plus indéchiffrable avec ce huitième long métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P'tit Quinquin.

Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l'hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d'un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s'agit que d'un habillage comique ; derrière une façade peinturlurée en clown, les paysages humains et l'esthétique sont les mêmes que d'habitude.

Visages d'Opale et plats de côte

L'œil est toujours en premier touché par la singularité de son image, son piqué aveuglant et son étalonnage bressonnien : chez Dumont, la moindre ride devient signifiante ; une aventure picturale. Les visages burinés des marins de la baie de Slack évoquent ainsi les portraits de Dorothea Lange, arrachant de la beauté pure à la misère la plus rugueuse. Quant à la saturation des couleurs, elle fait ressortir de façon surnaturelle le bleu d'un œil, les nuances de gris du ciel ou des rochers, le vert tendre de l'herbe.

Cette signature est un invariant — il n'y a que Hadewijch (2009) qui fasse entorse à ce culte de la perfection formelle. Le cinéaste trouve dans la nature environnante matière à délimiter un cadre par essence sublime, dont ses personnages ne manqueront pas de vanter l'exceptionnelle splendeur. Les pires abominations peuvent ensuite surgir (violence sociale ou physique, anthropophagie…), rien ne dégradera la luminosité ni la brillance de son image idéalement composée. Pareil au portrait de Dorian Gray, Ma Loute se charge en corruptions et en vices sans rien abandonner de son éclat stupéfiant.

Tuerie ou tu ris ?

Un éclat, mais pas forcément de rire. Comme nombre d'auteurs réputés sérieux tentés par la comédie, Dumont se restreint à une codification classique et répétitive du comique, ou bien il reprend quelques figures favorites en les transposant en farce. Ainsi, dans Hors Satan (2011), un vagabond exorciste signait des miracles entre deux voies de faits ; ici, une rombière hallucinée fait de lévitation à proximité d'une statue de la Vierge.

Tout est prétexte à un grotesque appuyé : la misère à la Scola des pauvres prolétaires aux dents pourries, et surtout la bourgeoisie à la Labiche d'industriels fats, incestueux et consanguins. Sans beaucoup d'originalité, cette caste interprétée par Luchini, Binoche et Bruni-Tedechi se livre à un surjeu maniéré, se lamente haut et fort, boit du “ouissequi” et enchaîne les mimiques ; seul Jean-Luc Vincent effectue une proposition singulière de beau-frère frappadingue abhorrant les contacts physiques — peut-être parce que son rôle est essentiellement muet.

Marier la fantaisie à la rigueur n'a rien d'aisé : Resnais s'y entendait souvent et Podalydès a retenu la leçon. Dumont, quant à lui, semble avoir trouvé une formule arithmétique et reproduite en calculant sa dérivée seconde : le résultat est une anamorphose de comédie. On sourit sans rire (et souvent par connivence plus que par réussite des effets), on reconnaît en ses policiers des clones contrefaits des Dupondt de Tintin, et l'on devine derrière le film les contours d'une structure théâtrale à moitié dissoute — la fin, d'ailleurs, trahit le bon vieux deus ex machina des familles. Ma Loute reste comme une chrysalide n'ayant jamais achevé sa transformation, un hybride étrange auquel il manquerait encore un ingrédient pour être totalement opérant. Peut-être davantage de grand-guignol et de terreur, peut-être un supplément de silence.

Ma Loute de Bruno Dumont (Fr/All, 2h02) avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni Tedeschi…


Ma Loute

De Bruno Dumont (Fr, 2h02) avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche...

De Bruno Dumont (Fr, 2h02) avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche...

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Eté 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L'improbable inspecteur Machin et son sagace Malfoy (mal)mènent l'enquête. Ils se retrouvent bien malgré eux, au cœur d'une étrange et dévorante histoire d'amour...


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"Les Amours d’Anaïs" de Charline Bourgeois-Tacquet : love, etc.

Comédie | Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas (...)

Vincent Raymond | Mercredi 15 septembre 2021

Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas indifférente à ses charmes, jusqu’à ce qu’elle découvre la compagne de Daniel, Émilie, une autrice qui va la fasciner… Avec ce premier long-métrage, Charline Bourgeois-Tacquet signe une comédie sentimentale primesautière — mais inégale, le revers de la médaille — cousue main pour l’interprète de son court Pauline asservie, Anaïs Demoustier. Celle-ci endosse avec naturel et piquant ce rôle homonyme de tête folle irrésolue, charmeuse et agaçante, hésitant entre deux hommes, une femme, sa thèse, et se promène de Paris à la Méditerranée ou la Bretagne (malgré ses soucis pécuniaires d’étudiante trentenaire…). Très Nouvelle Vague revue par Podalydès dans la forme et l’esprit, Les Amours d’Anaïs revisite certains motifs du cinéma-chambre-de-bonne (devenu appartement deux-p

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Arles, de l’antique au clic

Bouches-du-Rhône | C’est peut-être le meilleur moment pour y aller. Le soleil brille toujours, les Rencontres de la Photographie s’exposent encore pour quelques jours et les touristes se font plus rares. Entre la majesté des arènes, les clichés de Sabine Weiss et ceux des révolutionnaires soudanais, Arles est la halte incontournable de cette fin d’été.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

Arles, de l’antique au clic

Il y a son cœur doré à souhait par la chaleur réconfortante du sud, ses ruelles entrelacées qui mènent soit à l’imposant Rhône soit à un monument d’avant notre ère. Il y a aussi la Camargue qui la prolonge car Arles est la commune la plus grande, en termes d’étendue géographique, de France. Elle comprend notamment Salin-de-Giraud et ses camels de sel — sa voisine, à l’autre extrémité de la digue, les Saintes-Marie-de-la-Mer étant elles indépendantes. Depuis l’an dernier ce bastion communiste historique est tombé aux mains du "sans étiquette" de droite Patrick de Carolis, ex- patron de France Télé. Le théâtre est alors passé en régie municipale « pour rendre le théâtre plus accessible, selon les déclarations du maire lors du conseil municipal du 27 mai dernier. Le SYNDEAC (syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) a dénoncé dans un communiqué « un projet aux relents populistes » ce dont l’édile se défend. Pour l’instant, il est l’heure de profiter des richesses inestimables de cette ville et de découvrir d’un même coup un lieu historique et les artistes

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Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Bande Dessinée | Officiellement, la 16e édition du Lyon BD Festival se tient les 12 et 13 juin. Mais chacun sait que, dans les faits, le rendez-vous de la bande dessinée a commencé depuis une septaine déjà. Rien à voir avec quelque éviction prophylactique : entre le off et le in, c’est tout le mois de juin qui est contaminé par le 9e art. Et aussi, surtout, l’ensemble de la vi(ll)e de Lyon…

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Les éditeurs feront sans doute un peu grise mine cette année du fait de l’absence de barnum place des Terreaux accueillant les stands à leurs couleurs — et leurs auteurs. Mais le pragmatisme l’emportant toujours sur la déception, ils se consoleront vite en considérant le verre rempli à ras-bord : la tenue en présentiel d’un des plus grands festival de bande dessinée de France, avec un programme conforme en ambition, en diversité et propositions, avec ceux déployés lors des éditions précédentes — on imagine les trésors d’inventivité qu’il aura fallu mettre en œuvre ! Fidèle à sa philosophie, Lyon BD poursuit en effet cette politique du “décloisonnement“ qui a fait son succès en révélant l’infini extraordinaire des interactions potentielles entre, d’une part, un art séquentiel lui-même multiple dans ses modes d’expression, et de l’autre toutes les disciplines culturelles et/ou les lieux les abritant dans la cité. En gagnant de nouveaux à sa cause chaque année, telle la Biennale de la Danse pour cette édition. Ça repart en live ! Au-delà des dédicaces (lesquelles ont toujours cour

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Samedi 12 juin, c'est le D-Day du disque

Disquaire Day | Le Disquaire Day c'est un peu la version pour adultes du dimanche de Pâques : ayant passé l'âge de traquer les œufs en chocolat dans le jardin de mémé, (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 juin 2021

Samedi 12 juin, c'est le D-Day du disque

Le Disquaire Day c'est un peu la version pour adultes du dimanche de Pâques : ayant passé l'âge de traquer les œufs en chocolat dans le jardin de mémé, l'amateur de vinyle se lance dans son annuelle grande chasse à la galette, avec une petite préférence pour les collectors – parfois dispensables, il faut bien l'avouer – édités spécialement pour l'occasion (un 45t live de Ziggy Stardust où Bowie a le hoquet à la fin de Starman ; un split single Adamo / Dinosaur Jr., ce genre). Et histoire de faire de la journée une fête qui ne soit pas que mercantile (on n'est pas des bêtes, enfin pas que), l'événement s'accompagne d'une poignée d'événements. Tels cette année, un showcase de la jeune Claire Days, ancienne finaliste du Ninkasi Musik Lab (dont le Creatures sort le 23 juin), au Village du Disquaire Day (situé à l'Away Hostel, du côté de Croix-Paquet), deux concerts d'After Geography (pop en survêt') et de Midnight Cassette (psyché pop franco-néo Z) au Groom. Ce dernier fera l'objet d'un enregistrement sur vi

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Mathieu Diez, directeur de Lyon BD : « il est temps pour moi de me redéfinir »

Mercato | À la tête du festival Lyon BD depuis sa création en 2006, Mathieu Diez annonce son départ pour de nouveaux horizons… Il laisse une enviable place vacante pour une institution culturelle riche de projets, solidement amarrée dans le paysage lyonnais, contribuant à son rayonnement international et produisant un festival réputé, à l’édition 2021 prometteuse…

Vincent Raymond | Mardi 13 avril 2021

Mathieu Diez, directeur de Lyon BD : « il est temps pour moi de me redéfinir »

Nous sommes à trois mois de la prochaine édition du Lyon BD Festival. Alors que les annulations de manifestations pleuvent, le festival est-il bien maintenu ? Mathieu Diez : Il est maintenu et confirmé aux 11-12-13 juin pour le cœur de la manifestation. Tous les partenaires du festival sont à nos côtés parce qu'on pense qu’il y a un espace raisonnable et de bonnes chances. Bien sûr, cela tient à la réouverture des lieux culturels à la mi-juin (et donc de l’Hôtel de Ville, qui n'est pas vraiment un lieu culturel mais il faut qu'il puisse nous accueillir, de concert avec les institutions culturelles), ce qui est assez crédible. Et si elle s’accompagnait de contraintes fortes, on a montré qu'on savait faire lors de la Saison d’automne l’an dernier — notamment le concert Acid Arab. On saura faire, autant pour pour le week-end que durant tout le mois de juin. Parce que ce ne sera pas un “mini“ Lyon BD : on a quand même un programme important. Même si on doit supprimer les stands éditeurs, intenables pour des raisons sanitaires, le festival se tiendra sur 60 lieux dans la ville, ave

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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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Juliette Binoche et l’école des femmes : "La Bonne Épouse"

Comédie | La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de mai 68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Juliette Binoche et l’école des femmes :

Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces changements insolites et surtout Noémie Lvovsky en bonne-sœur revêche, évoquant un Don Camillo en guimpe — parfaite dans ce registre qu’on ne lui connaissait pas encore. Cœur sensible, Provost complète son histoire d’une romance au

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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Charly Delwart : des chiffres et de l'être

Littérature | Grand moment de cette Fête du Livre, la lecture-performance façon Powerpoint de la Databiographie de Charly Delwart, geste autobiographique où se percutent les datas et la quête de soi. Jouissif autant qu'édifiant.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Charly Delwart : des chiffres et de l'être

Il y a quinze ans, le plasticien, photographe et écrivain Edouard Levé livrait avec Autoportrait une drôle d'autobiographie dressée en pointillés, semblable à ces jeux où il faut relier des points pour voir apparaître un visage. Soit une série de j'aime/j'aime pas et de je suis/je ne suis pas accolés aléatoirement, emprisonnant le réel pour mieux le délivrer et voir émerger derrière la page l'existence d'un homme crayonnée par ces détails où le diable vient toujours se réfugier. Avec sa Databiographie, le Belge Charly Delwart livre un geste littéraire à la fois similaire et autre. Face à la confiscation de nos vies par les datas, l'auteur de 44 ans (au moment des faits) s'est mis en tête de soigner le mal par le mal : éclairer sa propre existence à coups de graphiques, de courbes et de camemberts fonctionnant telles des planches d'anatomie commentées au moyen d'anecdotes et de souvenirs. Une exégèse en partie por

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À ton image : "Le Photographe"

Drame | Modeste photographe des rues de Bombay, Raphi tombe sous le charme de Miloni, appartenant à une classe supérieure. Pourtant, la jeune étudiante accepte de jouer le rôle de sa fiancée dans le but de persuader la grand-mère de Raphi de continuer à prendre ses médicaments…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

À ton image :

Ritesh Batra a une cote pas possible depuis le succès de The Lunchbox (2013). Tant mieux pour lui : cette aura lui a déverrouillé les portes trop hermétiques du cinéma occidental, et permis de tourner avec des pointures (Redford, Fonda, Dern, Rampling, Broadbent, etc.), pour des résultats hélas mitigés — en témoigne À l’heure des souvenirs (2018). De retour au bercail avec une comédie oscillant entre portrait social et conte romantique, Batra semble fort soucieux de respecter le cahier des charges d’un film “concernant“ portant sur la survivance d’un système violemment hiérarchisé en Inde, où chacun a intégré dès la naissance l’étanchéité des castes et l’impossibilité de lutter contre ce déterminisme. Au tableau de la vie misérable chez les plus pauvres répond ainsi celui des “petits-bourgeois“ urbains jouant aux colons méprisants vis-à-vis de leurs concitoyens issus des villages. Plus transversale est la figure de l’auto

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Les expos à ne pas manquer cette année

Art | Les expositions de ce début d'année nous emmèneront en bord de plage avec Picasso, parmi différentes formes de contre-cultures futuristes avec Fabien Giraud et Raphaël Siboni, ou s'attarderont sur les figures moins connues d'Edi Dubien, Oumar Ly ou Claire Vaudey : visite guidée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Les expos à ne pas manquer cette année

Avec une bonne édition de la Biennale d'Art Contemporain et une passionnante exposition consacrée au drapé (au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 8 mars), la saison a commencé sur les chapeaux de roue ! Et l'année 2020 s'annonce sous de très bons augures, avec pour premier grand rendez-vous une exposition autour du thème des baigneuses chez Picasso (au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet), avec pour point d'accroche la si étrange et si touchante Femme assise sur la place (1937) que détient le musée depuis le legs Delubac en 1997. De l'autre côté du spectre artistique, on attend aussi beaucoup des deux larrons quadragénaires de l'art contemporain français, Fabien Giraud et Raphaël Siboni qui occuperont tous les espaces de l'Institut d'Art Contemporain (du 21 février au 3 mai) avec un important dispositif artistique, rassemblant sculptures, vidéos et performances, pour envisager les futurs possibles

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L'impertinent monsieur Luchini

One-Man-Show | Fabrice Luchini revient à Lyon début janvier avec son spectacle Des écrivains parlent d’argent, au Radiant-Bellevue.

Elliott Aubin | Mardi 17 décembre 2019

L'impertinent monsieur Luchini

Le titre de ce spectacle aurait pu être "mon rapport à l’argent", car c’est bien de cela dont il s’agit. Certes Luchini convoque plusieurs penseurs de l’économie ou écrivains, avec la verve qu’on lui connaît, mais le public assiste en réalité à un véritable one-man-show. Quand il entre sur scène, presque intimidé, la voix est discrète et le regard fuyant. Une table, une chaise et un porte-manteau pour décor. Peu à peu, de confidences en confessions, comme sur un divan, Luchini se livre sur sa vieille obsession. Tout débute en 2008 au moment de la crise des subprimes, alors terrorisé à l’idée de perdre ses économies et par les discours des experts en économie qui se succèdent sur les plateaux télé, Luchini n’a plus d’autre choix que de se familiariser avec le monde de la finance. Au fil de son récit, il va mêler des moments de folie et d’érudition, jusqu’au bouquet final, terminant le spectacle épuisé, à bout de souffle… autant que Johnny au Parc des Princes en 93. Évidemment il ne s’agit pas de déceler ce qui est de l’ordre du vrai ou du faux, ni de savoir

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Tout sur sa mère : "La Vérité"

Drame | Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrées La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Tout sur sa mère :

« On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le “mentir vrai“ d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait — par le bénéfice de l’âge — que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose est forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une vertigineuse adresse offrant bien des niveaux de lectures. Sans renoncer aux valeurs intrinsèques de son cinéma (ses “plans haïkus“ célébrant la saisonnalité et la nature ; la famille…), il témoigne d’une authentique compréhension et assimilation des codes

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Que de promesses ! : "Le Meilleur reste à venir"

Comédie dramatique | Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Que de promesses ! :

Le succès du Prénom (2012) — leur précédente coréalisation — a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants — c’est-à-dire à leurs travers — à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache & Toledano, Delaporte & La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicomorphes de leur B.O., les séquences tendresse de leurs protagonistes, les personnages secondaires prétextes inutiles ou mal exploités. Interchangeable et dispensable. Le Meilleur re

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Col de la Croix mourant : "Seules Les Bêtes"

Thriller | Au sein d'une petite communauté montagnarde gelée par l’hiver, la disparition d’une femme provoque des réactions contrastées : indifférence du rude Michel, suspicion de son épouse Alice qui pense que son amant, le solitaire Joseph, n’est pas étranger à l’affaire. Elle n’a pas forcément tort…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Col de la Croix mourant :

Retour gagnant pour l’efficace Dominik Moll, toujours à l’aise dans les ambiances psychologiquement glaçantes : le polar de Colin Niel semblait écrit pour qu’il s’empare de ses personnages tourmentés emmitouflés sous plusieurs couches de peaux et de vêtements, et qu’il compose autour de chacun d’entre eux un chapitre — autant dire un fragment — de l’histoire globale, en variant les points de vues. Comme dans Rashōmon de Kurosawa, chaque protagoniste fabrique sa vérité à partir de faits objectifs, de conjectures et de sa propre part de ténèbres. Une situation donnée pour suspecte dans une séquence se révèlera ainsi totalement anodine dans l’autre… mais l’inverse se vérifiera encore plus souvent. Portrait d’une région rurale d’altitude standard (en proie à ses difficultés économiques ordinaires, à la saisonnalité touristique, à l’irruption des urbains aisés s’installant dans les fermes abandonnées…), Seules les bêtes parvient également, par un de ces stupéfiants raccourcis auxquels la modernité nous habitue, à raconter l’étrécissement de la plan

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Pensée commune : "Alice et le maire" avec Fabrice Luchini

Comédie dramatique | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Pensée commune :

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau, maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimannn, pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le Maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues — mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Pariser insiste, c’est la nécessité pour le responsable politique d’être animé par une inspiration, un souffle ; de disposer d’un socle philosophique et d’un ou une sparring partner int

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Ce qui vous attend dans les musées

Les Expos à venir | Un mastodonte avec Picasso, une intéressante perspective autour du drapé, des locaux à Villefranche et des découvertes : voici ce qui va se passer dans nos musées cette saison.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Ce qui vous attend dans les musées

Picasso voit triple Comme Monet, Van Gogh et quelques autres, Picasso est un artiste bankable depuis plusieurs années. Lyon et sa région n'échapperont pas à la règle, même si les musées font l'effort d'approcher le maître andalou sous des angles originaux. Nos voisins du Musée de Grenoble ouvrent la marche avec Picasso au cœur des ténèbres (1939-1945) en se focalisant sur le travail de Picasso pendant la guerre à Paris. Parallèlement, à La Sucrière à partir du 11 octobre, Imagine Picasso proposera une plus spectaculaire immersion, en images projetées de quelque deux-cents œuvres de l'artiste. Enfin, du 18 mars au 13 juillet, le Musée des Beaux-Arts s'attellera à une relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso et de quelques autres artistes du 19e siècle l'ayant influencé. Imagine Picasso À La Sucrière à partir du vendredi 11 octobre 2019 Picasso Au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet 2020

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Paris vaut bien une danse : "Noureev"

Biopic | De Ralph Fiennes (G-B, 2h07) avec Oleg Ivenko, Adèle Exarchopoulos, Raphaël Personnaz…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Paris vaut bien une danse :

1961. Danseur au Kirov, Rudolf Noureev se distingue par son talent hors normes autant que par son caractère entier. En tournée à Paris avec le ballet russe, il se laisse griser par la vie à l’Ouest, suscitant l’ire du KGB. Au moment du départ, son destin va se jouer en quelques instants… La sympathie immense que l’on éprouve pour le comédien Ralph Fiennes ne doit pas tempérer le jugement que l’on porte sur le travail de Fiennes Ralph, réalisateur amateur de grandes destinées — Coriolan, Dickens et maintenant Noureev. Car si la fresque qu’il nous livre ici possède bien des vertus mimétiques (choix d’un clone de “Rudy” pour le rôle-titre, soin méticuleux dans la reproduction d’un Paris de cartes postales ou de pub de parfum, jolies couleurs satinées d’époque, etc.), elle évoque surtout ces cupcakes au glaçage impeccable mais dépourvus de saveur originale. Diluée dans ses deux heures bien tapées d’allers-retours temporels (un non-sens, quand on y pense, puisqu’il s’agit quand même de l’histoire d’un transfuge, donc d’un passage irrévocable d’un état/État à un autre), l’évocation touris

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PapyArt, profession : sérigraphe

Portrait | Ce dimanche 28 avril aura lieu la 7e édition de la rue de sérigraphie renommée “Sur les pavés la Sérigraphie”. À l’initiative de cette fête, un homme que vous avez sûrement déjà croisé avec son Sérisolex : PapyArt. Figure emblématique des pentes et des luttes anarchiques, il prêche pour sa paroisse laïque et solidaire, celle de l’art de la dérision et du partage de son savoir-faire.

Sarah Fouassier | Mardi 23 avril 2019

PapyArt, profession : sérigraphe

Au 44 de la rue Burdeau, le théâtre de poche Espace 44 a pignon sur rue, tout comme le local voisin qui abrite le syndicat de la Confédération Nationale du Travail. L’atelier de PapyArt se niche dans ces mêmes locaux, au fond, à l’abri des regards curieux des passants. Sérigraphe, artiste et militant, celui que tout le monde appelle Papy depuis le lycée tient la rue Burdeau depuis qu’il a 19 ans. « Papy ça vient du militantisme. Au lycée, pour éviter que le surveillant général ne sache nos vrais noms quand on allait faire des manifs ou mouvements de grève, on prenait des pseudos. » Papy deviendra Papyvore quand il tiendra son imprimerie, toujours rue Burdeau, de 1985 à 1992, « je bouffais tellement de papier avec cette imprimerie, qu’on m’a appelé Papyvore. PapyArt c’est venu après quand j’ai commencé à exposer mes pièces. » Avant d’ouvrir l’imprimerie sociale et solidaire (ISA) qui officiait en offset et sérigraphie pour les luttes sociales et mouvements militants de gauche, Papy a traboulé à travers l’Europe du Nord au gré des luttes. « Très jeune je me suis tiré. Dans les années 70 pour moi la France était un

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Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

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Le cœur a ses réseaux (sociaux)… : "Celle que vous croyez"

Le Film de la Semaine | Sous une identité d’emprunt, une quinquagénaire délaissée noue une liaison grâce à Internet avec un vingtenaire, retardant sans cesse le moment de la rencontre. Une trouble romance à distance magnifiquement interprétée par Juliette Binoche et François Civil.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Le cœur a ses réseaux (sociaux)… :

Son jeune amant l’ayant quittée sans élégance, Claire tente de se rapprocher de lui en se liant sur Facebook avec Alex, son colocataire. Entre Alex et Clara, l’alias de 24 ans que la quinquagénaire s’est créée, va naître une relation érotique d’autant plus trouble qu’elle reste virtuelle et aveugle… Adapté d’un roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez n’est justement pas ce que l’on pourrait croire — à savoir un thriller érotique, ni une fable sur la digitalisation des relations humaines. Portant sur la solitude et la peur de l’abandon, ce film se révèle également un exercice de style autour du récit, dans ses différents niveaux d’imbrication (avec peut-être un rebondissement final en trop) et l’incertitude de son authenticité : en effet, l’histoire est recomposée à partir du discours partiel de Claire à sa psy — aux omissions et travestissements de la vérité près — et se trouve amendée par un roman offrant une version alternative de la réalité. Tout est paroles, faux-semblants, mensonges et fantasmes dans ce qui résonne comme la version contemporaine d’un échange épistolair

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François Civil : « une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Celle que vous croyez | Déjà impressionnant dans Le Chant du loup, François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

François Civil : « une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Vous étiez “Oreille d’or“ dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe… François Civil : (rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt, ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ? Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch. Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) ! Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite présence à l’écran ? Tout au contraire ! En lisant, je me disais « ce n’est qu’une voix pour l’instant », et je trouvais ça super excitant d’aborder le personnage comme cela. Un acteur, c’est un corps et une voix. Généralement, on incarne le personnage en premier ; là, c’était d’abord des pixels dans un chat, puis la voix. C’était tout à fait particulier. Et puis, j’apparais

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Valeria Bruni Tedeschi : « on est tous plein de blessures et de chagrins »

Les Estivants | Autour de leur partenaire et réalisatrice Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi et Valeria Golino évoquent leur travail sur Les Estivants, et de la manière dont la fiction télescope la réalité (et réciproquement) depuis le mouvement #MeToo…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Valeria Bruni Tedeschi : « on est tous plein de blessures et de chagrins »

Avez-vous eu les mêmes difficultés à convaincre la Commission d’avance sur recettes de financer votre film que votre personnage au début des Estivants ? Valeria Bruni Tedeschi : Elle n’a pas beaucoup de mal à monter son film, puisqu’elle le tourne à la fin — c’est génial avec une scène aussi catastrophique. En tout cas, je trouve que je n’ai pas trop de mal. Je fais des films avec pas trop d’argent : celui-là a coûté trois millions d’euros, avec des acteurs peu payés, et très peu de jours de tournage, sept semaines. Je ne suis pas contre le fait que ça soit un peu difficile de faire le film ; après ça serait bien d’avoir un tout petit peu plus de moyens… Dans cette séquence, les membres de la commission parlent des similitudes entre vos films. Les ressentez-vous ? VBT : (rires) J’ai l’impression que je conte toujours un peu la même chose, mais ce n’est pas grave ! J’aime bien donner la parole aux gens qui me critiquent en me disant que c’est toujours la même chose ; à ceux qui me disent des choses un peu désagréables ; du coup ça devient drôle. Mais on travail

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Congés rayés : "Les Estivants"

Comédie dramatique | De & avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr.-It., 2h08) avec également Pierre Arditi, Valeria Golino, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Congés rayés :

Son compagnon venant de la quitter, Anna se trouve fragilisée. Pas les meilleures dispositions pour écrire son nouveau film, ni pour passer des vacances dans la villa de sa richissime famille, entre souvenirs, fantômes et vieux différends. Et si du chaos naissait pourtant un nouvel ordre ? Sur le papier, ce film cumule les handicaps : quel intérêt pourrait-on éprouver à suivre, après Il est plus facile pour un chameau et Un château en Italie, une énième variation sur les désarrois intimes et les relations compliquées de la cinéaste avec sa fameuse sœur et le non moins célèbre époux de celle-ci, de surcroît dans leur lieu de villégiature ? Ne nous permettrait-elle pas là de satisfaire un trivial goût pour l’indiscrétion, comme si l’on feuilletait une version respectable (et autorisée) d’un magazine people ? Et cependant, on est vite gagné par cet effet de dédoublement et de distance qu’elle s’impose. Par l’emboitement des mises en abyme et des échos rebondissant de film en film, également, d’une grande complexité théoriq

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Sous les couvertures… : "Doubles Vies"

Et aussi | De Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Sous les couvertures… :

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

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Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Entretien | Portraits intimes, fresques politiques, cinéma de genre… Olivier Assayas a tâté de tous les registres et vécu autant de vies. Sa nouvelle réalisation les voit doubles, mais lui permet d’évoquer avec clairvoyance les secteurs du livre et du cinéma. Conversation.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Doubles vies a-t-il été difficile à écrire ? Olivier Assayas : Absolument pas ! La seule base, c’était que ça m’amuse. À chaque fois qu’une scène m’ennuyait, je m’arrêtais et j’attendais que me vienne une idée qui m’amuse. J’avais aussi le plaisir de renouer avec des choses qui me manquaient beaucoup, comme tourner en français. Le dernier, c’était Après mai, avec des ados, ce n’était pas du tout la même manière de le penser, de le tourner. À travers le personnage de l’écrivain qui “siphonne“ sa vie privée pour nourrir ses romans, Doubles vies interroge le rapport entre la fiction et l’autofiction… L’espace entre la fiction et l’autofiction est épais comme un papier à cigarettes, dans le sens où les écrivains, quels qu’ils soient, s’inspirent de leur propre expérience — même ceux qui écrivent de la science-fiction : j’ai le sentiment qu’ils sont encore plus près d’eux-même, du monde dans lequel ils vivent que lorsqu'ils racontent des choses à la première personne. Certains ont besoin de jouer avec le feu, parce que ça peut êtr

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Juliette Binoche et graine de mystère : "Voyage à Yoshino"

ECRANS | de Naomi Kawase (Jap-Fr, 1h49) avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Juliette Binoche et graine de mystère :

Vingt ans après une mystérieuse épreuve intime, Jeanne est de retour dans la forêt de Yoshino en quête d’une plante médicinale très rare aux vertus universelles, Vision. Hébergée par Tomo un forestier taciturne, elle apprend à lire les signes annoncés par une vieille aveugle un peu mage… Naomi Kawase aime le vent, les forêts, la nature, les cérémonials prandiaux, les mourants et les morts. Un joyeux programme qu’elle recombine à l’envi et avec une frénésie enviable, et des succès inégaux. Ce Voyage… fait penser à Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou à Sils Maria d’Assayas : des prétextes à filmer Juliette Binoche — qui le mérite et parvient à elle seule, par la grâce de sa personne à justifier ou à porter un film à l’intrigue ténue. Cette quête semi-ésotérique de la plante miracle, bercée par la poésie relaxante de longs plans contemplatifs du vent balançant les arbres et appuyée par des calculs de nombres premiers ou les apparitions spectrales d’êtres aimés, se

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De la Terre à l’hallu : "High Life"

Sci-Fi | de Claire Denis (Fr-All-G-B-Pol, int. -12 ans avec avert., 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

De la Terre à l’hallu :

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day. En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des

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Le Graphique de Boscop de retour au Lumière Terreaux

Culte | Il fit les belles nuits du CNP Terreaux et s’imprima dans sa cave voûtée, où chaque samedi à minuit pendant 34 ans (!!!) on pouvait assister dans un (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Le Graphique de Boscop de retour au Lumière Terreaux

Il fit les belles nuits du CNP Terreaux et s’imprima dans sa cave voûtée, où chaque samedi à minuit pendant 34 ans (!!!) on pouvait assister dans un religieux bordel à sa projection. Pourtant, Le Graphique de Boscop (1976) de Sotha et Dumoulin, film culte sur une famille déglinguée de Saint-Rupert (village de gens pas fiers) avait disparu depuis 2010 de sa programmation. À la faveur d’une ressortie, ce monument interprété par la troupe du Café de la Gare (à commencer par le truculent Romain Bouteille) est enfin de retour, hélas pas à son heure fétiche et visiblement que pour une séance. Mais de même que le soleil se lève (et puis il se couche), si la foule est au rendez-vous et réclame l’inscription au patrimoine immatériel de la séance du Graphique le samedi à minuit, peut-être qu’il entamera une 35e année. Ça c’est sûr, ça c’est sûr, ça c’est sûr ! Le Graphique de Boscop Au Lumière Terreaux ​le samedi 3 novembre à 22h20

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L : « la chanson est une affaire de sensation »

Petit Bulletin Festival | Estampillée "futur de la chanson française" en 2011 avec son album "Initiale", L a su négocier les changements de direction, et même d'identité, sans jamais se trahir. Revenant avec son troisième album, "Chansons", à une forme de simplicité dont le charme néo-classique viendra hanter la Chapelle de la Trinité le temps d'un concert.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

L : « la chanson est une affaire de sensation »

Vous dites avoir toujours chanté, que c'était chez vous un genre de cérémonie familiale ? Pouvez-vous nous parler de votre premier contact avec la musique ? L : Ça remonte à loin. Mes parents ne sont pas musiciens à proprement parler mais il y a toujours eu beaucoup de musique à la maison, ils adoraient ça l'un et l'autre. À la maison on écoutait les Beatles, Otis Redding, Barbara, Mozart, c'était très éclectique. Je me suis mise à chanter toute petite, je n'ai pas de souvenir de moi sans chanter. À l'époque, je faisais déjà des spectacles devant tout le monde à longueur de temps. Entre chanter pour sa famille et monter sur scène, il y a un pas, comment vous êtes-vous retrouvée à en faire non seulement une activité sérieuse mais surtout un métier ? À vingt ans je pensais encore que j'allais faire des études et j'ai commencé à faire de plus en plus de musique, à rencontrer des musiciens qui sont devenus des compagnons de route comme Babx que j'ai rencontré quand j'avais 19 ans. Là j'ai su assez vite que je voulais pas faire autre chose. Après, il y a eu dix ans pendant lesquels j'ai commencé à écrire, à faire des petits co

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Poltred, le nouveau concept store dédié à la photographie

Photographie | Plus qu’un concept store, Poltred a vocation à être une véritable maison de la photographie et des photographes à Lyon.

Lisa Dumoulin | Jeudi 13 septembre 2018

Poltred, le nouveau concept store dédié à la photographie

Alors que débute Septembre de la photographie, on a une bonne nouvelle à annoncer aux amateurs (et aux professionnels) : un lieu dédié à la photographie sous toutes ses formes vient d'ouvrir ses portes à Lyon. À la fois café, galerie (photographies d’auteur en édition limitée), boutique (appareils argentique, objectifs, pellicules, papier…), agence et studio de photographie, co-working dédié aux photographes (avec studio, laboratoire et matériel), et laboratoire de développement (argentique et numérique) ! Poltred organisera aussi un programme de workshops et ateliers autour de la photo. Inauguré le 13 septembre, c'est aussi l'occasion de découvrir le travail de Céline Villegas, photographe franco-chilienne oscillant entre photographie artistique et documentaire. Avec son exposition Balnearios Plus Ultra, elle dresse un portrait poétique de trois grandes villes où s’entremêlent l’urbain et le balnéaire, aux contextes géopolitiques ou socio-économiques parfois difficiles

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Une rue vernie

Vernissages | Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Une rue vernie

Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. Avec des menus appétissants : une exposition photo collective au Réverbère (William Klein, Denis Roche...), une autre expo collective autour du dessin à la galerie Pallade (avec Ivan Messac, Nicolas Rubinstein...), un dialogue plastique entre le peintre Jean-Pierre Schneider et le sculpteur Olivier Giroud chez Pome Turbil... À deux pas de la rue Burdeau, l'Abat Jour vernit aussi une expo prometteuse avec les photographies d'Arnaud Brihay.

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Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

Petit Bulletin Festival | Le Petit Bulletin Festival revient les 26, 27 et 28 octobre en la Chapelle de la Trinité. Au programme, trois concerts uniques en compagnie d'L, Stuart A. Staples et Yael Naim.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juin 2018

Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

À peine refermé son volet printanier aux Subsistances, voici déjà que s'annonce les 26, 27 et 28 octobre la nouvelle version automnale du Petit Bulletin Festival. Toujours sis à la Chapelle de la Trinité, le programme propose trois spectacles uniques, tant qualitativement que quantitativement (autrement dit, vous n'aurez pas la possibilité de les voir ailleurs), au croisement de la pop, de la chanson et du classique. Cela débutera le vendredi 26 octobre avec L (alias Raphaèle Lannadère) dont le premier album, Initiale, armé d'un sens inouï de la poésie, avait charmé la critique en 2011 au point d'en faire un grand espoir de la chanson française. Accompagnée de deux violoncelles et de percussions, elle viendra présenter son troisième long format, Chansons, lui-même uniquement et subtilement habillé d'un quatuor à cordes et d'une harpe. Le samedi 27, c'est une petite légende de l'indie rock que les spécialistes reconnaîtront en la personne de Stuart A. Staples, ci-devant voix vibrante des Tindersticks, formation rock flirtant depuis 25 ans ave

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Clair-obscur de femme : "Et mon cœur transparent"

Bien propre | de Raphaël & David Vital-Durand (Fr., 1h26) avec Julien Boisselier, Caterina Murino, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Clair-obscur de femme :

Le taciturne Lancelot a quitté sa première épouse pour vivre au côté de la sculpturale Irina des plaisirs volcaniques, à peine interrompus par les escapades professionnelles de la belle. Un jour, Irina meurt dans un accident de la route. Assommé, Lancelot découvre alors sa vie cachée… Les frères Vital-Durand ont pris leur temps pour passer des courts au long. Sans doute trop. Résultat : ils appliquent des recettes esthétiques ayant fait leur gloire il y a vingt ans bien tassés dans la pub et le clip — où en général une intuition plastique reposant sur une image saturée ou polarisée, doublée d’une grande maîtrise formelle ainsi que d’un ou deux clichés, peuvent compenser toutes les fragilités d’une structure narrative défaillante. Avec leur goût pour les belles optiques et les vastes décors déserts, ils auraient pu tirer vers l’arty étrange façon Jérôme Salle, voire le fantastique malsain de Mocky, le roman de Véronique Ovaldé dont ils signent ici l’adaptation. Hélas, ils semblent avoir préféré explorer une autre voie, s’enlisant quelque part entre le sentimentalisme flasque et le

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La sérigraphie tient la rue Burdeau

Sérigraphie | Ce dimanche, l’association Raclettes Party menée par Papy Art reprend ses quartiers rue Burdeau, berceau fertile de nombreuses productions lyonnaises et d’une exposition d’affiches sur le thème de mai 68.

Sarah Fouassier | Mardi 24 avril 2018

La sérigraphie tient la rue Burdeau

Pour la sixième fois, la rue de la sérigraphie tiendra le pavé dans le 1er arrondissement avec 55 stands de vente, une tombola, du graffiti et des ateliers d’impression sur tous supports. Cette année, la nouveauté c'est l’impression sur ballon de baudruche avec une encre spéciale latex, de quoi attirer tous les enfants du quartier ! En bonus, l’association a édité un passeport de la sérigraphie à venir chercher en divers points de la rue Burdeau. Le Passeport de la Confédération officielle Raclette Party Solidaires sera à faire tamponner à chaque atelier auquel vous participerez. Il sert également de guide pratique pour petits et grands pour comprendre chaque étape du processus pour devenir un parfait sérigraphe. De la rue Pouteau jusqu’à la montée Saint-Sébastien, des artistes et ateliers débarqueront leurs productions : Mauvaise Foi, Edith Lake, l’

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Louis Faivre d’Arcier : « mettre en avant la modification très profonde du rôle de Confluence dans la ville »

Entretien | Déjà quinze ans que la première pierre du vaste chantier Confluence a été déposée. Les Archives Municipales de Lyon et la SPL Lyon Confluence consacrent, à partir du 18 avril jusqu’au 20 octobre une exposition sur la transformation du quartier, avec une programmation culturelle dense. Autre temps fort pour le service municipal, la réédition du plan scénographique de Lyon d’ici la fin de l’année. Nous avons rencontré le directeur des archives municipales de Lyon, Louis Faivre d’Arcier.

La rédaction | Mardi 3 avril 2018

Louis Faivre d’Arcier : « mettre en avant la modification très profonde du rôle de Confluence dans la ville »

D’où est née l’idée de cette exposition ? Louis Faivre d’Arcier : Nous avons décidé de réaliser cette exposition pour plusieurs raisons ; la première, c’est le fait que les Archives y soit installées, on ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe autour de nous. Nous sommes la première installation dans la mise en place de Confluence. La deuxième raison, c’est que notre service s’intéresse à la fois aux archives qui concernent la population (l’état civil…) et aussi à ce qui concerne la ville et l’environnement. À partir de cette année, nous lançons un cycle d’expositions où nous parlerons d’urbanisme et d’architecture. Il y avait pour nous une certaine logique à commencer ce cycle par la Confluence. Cette exposition représente pour notre service, et notre coopération avec la SPL, près d’un an de travail. Le premier temps fut celui de la réflexion et de la maturation du projet et le second celui de la fabrication du chantier. Comment reliez-vous cette exposition à l’Histoire et aux mouvements du quartier ? Est-ce uniquement un

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Papier Carbone

Une Nouvelle Revue | Quelques mois après son site (et avant son application), Carbone lance une revue homonyme. Un bel objet pour asseoir un non moins audacieux projet transmédia méritant de laisser son empreinte…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Papier Carbone

Ebdo, Vraiment et maintenant Carbone… Le papier serait-il en train de signer un grand retour alternatif dans les kiosques et sur les étals des libraires ? L’équipe de cette nouvelle revue y croit dur comme du diamant — lequel, comme chacun le sait, n’est rien d’autre que du carbone pur cristallisé, trônant au sommet de l’échelle de Mohs. Imaginé à l’été 2016 sous la houlette de Raphaël Penasa, patron du studio transmédia lyonnais Fauns, le concept de Carbone tient de la pierre philosophale, puisqu’il permet enfin d’opérer la fusion entre toutes les formes de pop cultures, en croisant théorie, anecdotes et créations… sans hiérarchie ni primat d’un art sur l’autre. Décliné sur le site www.carbone.ink depuis 2017, le concept voulait se doter d’un rendez-vous papier complémentaire. Mais pas sous forme d’une revue généraliste culturelle — « c’est compliqué aujourd’hui », concède Jérôme Dittmar, rédacteur en chef de Carbone —, plutôt d’un récep

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Ours dort : "Ernest et Célestine en hiver"

Animation | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr, 0h45) animation avec les voix de Pauline Brunner, Xavier Fagnon, Raphaëline Goupilleau…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Ours dort :

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que le long-métrage ayant donné vie cinématographique aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Aubier & Patar, que font-ils sur grand écran sans “plus-value”, sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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Variable à orageux : "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr, 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Variable à orageux :

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du WTF revient au face-à-face final avec Depardieu jo

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Laure Mary-Couégnias : un tigre dans ses tubes

Peinture | Elle ne peint pas avec le dos de la cuillère, Laure Mary-Couégnias : la jeune lyonnaise nous plaque à la rétine ses fruits et ses animaux avec autant de simplicité que de duplicité. C'est beau, fourbe et voluptueux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Laure Mary-Couégnias : un tigre dans ses tubes

Le conte de Gustave Flaubert, Un cœur simple, se termine sur ces mots : « Une vapeur d’azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son cœur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entrouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête. » Ce perroquet gigantesque existe dans les faubourgs de Lyon et trône, crête punk et plumage gonflé d'orgueil, dans l'atelier de Laure Mary-Couégnias. Il se nomme Mona Lisa et tient, en un sens, son rôle : il répète, il reprend... quoi ? L’œil, le regard, la fascination, l'émoi de la rencontre visuelle. Soit ce "cœur simple" et essentiel de l'histoire de la peinture qui, du Caravage à nos jours, relève, avant tout, de l'émotion sensible. Il est répétition et il est, aussi, différence : le fond uni, la simplicité

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

ECRANS | Apparaissant de façon intermittente dans "Rodin", Camille Claudel (ici incarnée par Izïa Higelin) est désormais sortie de l’obscurité où ses contemporains voulaient la reléguer, en partie grâce au 7e art.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

On ne dira jamais assez le pouvoir du cinéma lorsqu’il s’agit de réhabiliter une figure oubliée ou injustement dénigrée en son temps. Morte dans l’indifférence générale à l’asile psychiatrique de Montfavet, où sa famille l’avait faite interner trente ans plus tôt, inhumée à la va-vite avant que ses restes ne se trouvent jetés à la fosse commune, Camille Claudel (1864-1943) aurait pu demeurer cette silhouette grise et honteuse hantant l’ombre de ces “grands hommes” que furent son frère Paul et son amant Rodin. Mais grâce au roman Une femme (1982) signé Anne Delbée, suivi deux ans plus tard par une biographie de la main de Reine-Marie Paris, descendante de la sculptrice, la tragédie d’une artiste se fit jour. Isabelle et Juliette Isabelle Adjani s’empara de cette destinée malheureuse, dont elle voulut exalter le lyrisme funeste et passionné dans un biopic. Réalisé par son compagnon de l’époque, le chef-opérateur Bruno Nuytten, le film qui en découla se voulait digne d’un mausolée à la mé

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"Ghost in the Shell" : critique et interview de Scarlett Johansson

ECRANS | À l’instar de ses héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des anime : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film “adulte” (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigé en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc “déshab

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Au Mouton Danse, la cuisine du marché mondialisée

Restaurant | Rue de la Thibaudière, dans le 7e : Raphaël et Anissa Fortin ont pris la relève de l’Elémentaire. Ils servent une cuisine qui lorgne au delà des frontières, à arroser de vin naturel.

Adrien Simon | Mardi 28 février 2017

Au Mouton Danse, la cuisine du marché mondialisée

Un mouton noir en tutu a remplacé l’enseigne de L’Élementaire, le restaurant de Thibault Cuilleron (qui officie désormais au Cinq Mains, avec son Top Chef de frère). La déco a discrètement changé, sans folie. La cuisine, désormais élaborée par Damian Langman, oscille entre plats de bistrot (steak-sauce moutarde, poulet à l’estragon, fondant au chocolat) et propositions globe-trotteuses (une épaule d’agneau écossais s’entichant des « saveurs d’orient » ; un cabillaud en deux façons : posé sur une tartelette au wasabi et nageant dans un bouillon safrané). La carte contient aussi des plats végétaliens (du tofu fumé, sauce aux cacahuètes ; en dessert, une crème caramel à l’orange et vanille, faite de lait d’amande). On ménage ainsi le mouton et le chou : les vegans peuvent s'offrir un resto sans devoir soudoyer le chef, et sans que leurs convives, drogués à la bidoche, ne fassent la tronche à table. Les tenanciers (Raphaël et Anissa Fortin), pourtant omnivores, ont l’air heureux de contribuer au bien être (et bien manger) de tous et accueillent, un dimanche par mois, un "marché" garanti sans morceau d’an

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"Lumière ! L’aventure commence" : retour en salles

ECRANS | de Louis Lumière et de nombreux opérateurs (Fr, 1h26) documentaire commenté par Thierry Frémaux

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Qui a déjà assisté à une séance d’ouverture/clôture du Festival Lumière, voire à l’invitation à un(e) cinéaste ou à quelque personnalité rue du Premier-Film, a forcément entendu Thierry Frémaux s’acquitter d’un commentaire en direct de vues Lumière, dévidant force anecdotes historiques sur le mode badin — il est rompu à cet exercice depuis le Centenaire du Cinématographe, en 1995. Ces inestimables bobines des premiers temps du 7e art venant d’être restaurées numériquement, l’idée a germé d’en faire revivre une sélection sur grand écran, histoire que les yeux du XXIe siècle redécouvrent le monde du XIXe. Au bilan, 108 vues figurent dans ce programme composé suivant des chapitres thématiques plus que chronologiques ; 108 ultra courts métrages “escortés” par la voix du patron de l’Institut Lumière — son ton ici plus solennel qu’à l’accoutumée, atteste qu’il est conscient de l’éternité à laquelle il se soumet en posant son timbre sur ces enveloppes cinématographiques. Projetés dans le respect de la vitesse du tournage — donc sans ces odieux accélérés transformant le moindre plan en saynète comique

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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DIY, feuille, ciseaux

Fanzine Camping | C’est Noël avant l’heure avec l’édition d’hiver du Fanzine Camping. Le festival de dessin, fanzine et musique pour enfants revient avec un mini-festival (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 6 décembre 2016

DIY, feuille, ciseaux

C’est Noël avant l’heure avec l’édition d’hiver du Fanzine Camping. Le festival de dessin, fanzine et musique pour enfants revient avec un mini-festival condensé sur une journée et une myriade d’évènements en gravitation, sur invitation des médiathèques de Villeurbanne qui leur ont donné carte blanche. Le point culminant, c’est la super boum de samedi avec le vernissage d’une grande exposition sur le thème de la fête foraine, par les collectifs Cuistax et Maison Komiki. Depuis Bruxelles, Cuistax édite un fanzine pour les enfants « magnifique et de qualité impressionnante » d’après Sébastien Escande, chef scout du Camping. « C’est pour représenter des projets comme celui-ci que nous avons eu envie de monter le festival Fanzine Camping. » Quant à Komiki, c’est une maison de petite édition qui fabrique des bandes dessinées et des affiches, fondée à Lyon par Marie Novion (l’auteure de Panpi et Gorri notamment) et Gaëlle Almeras. Pour l’occasion

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Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

3 questions à... | Découvert et palmé à Cannes avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), le cinéaste roumain poursuit sa route avec une minutieuse exigence, en conjuguant lucidité et bienveillance — pour ses personnages comme ses comédiens. En témoigne Baccalauréat.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

Votre personnage Romeo n’habite nulle part : ni chez lui, ni chez sa maîtresse, ni chez sa mère. Il est presque un sans domicile fixe… Cristian Mungiu : C’est quelqu’un qui cherche des solutions ; il se trouve dans un moment de la vie où il a davantage de doutes que de réponses : il part d’un canapé, il finit sur un autre canapé… Je voulais faire le portrait de quelqu’un qui se sent coupable, que le spectateur comprenne ce qu’il ressent. Dans un film, c’est compliqué de parvenir à cela ; encore plus lorsqu’il est tourné en plan-séquence. J’espère que l’on partage cette angoisse de Romeo qui, parce qu’il mène une double vie, a toujours l’impression que quelqu’un le suit. Pourquoi êtes-vous autant attaché au plan-séquence ? C’est ma philosophie. Lorsqu’on utilise le montage, ce n’est pas compliqué de faire du cinéma. Mais si l’on crée des scènes de 4, 5, 6 ou 8 minutes comme je le fais en plan-séquence, alors il faut être précis, comme un chorégraphe dans un spectacle. J’essaie de respecter des continuités de temps pour avoir la vraie vie sur l’écran. Ensuite, je répète beaucoup, car c’est dans le tournage que se fait le fi

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"Baccalauréat" : les meilleures intentions, avec mention

Le Film de la Semaine | Un médecin agit en coulisses pour garantir le succès de sa fille à un examen, au risque de renier son éthique. Entre thriller et conte moral, Mungiu signe une implacable chronique de la classe d’âge ayant rebâti la Roumanie post-Ceaușescu — la sienne. Lucide et captivant.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Que reste-t-il en Roumanie quand on a tout oublié du communisme ? Son administration procédurière, ainsi que ses passe-droits, ses renvois d’ascenseurs, ses faveurs… Une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes du cru : après Porumbiu (Policier : Adjectif, Le Trésor) ou Muntean (L’Étage du dessous), voici que Cristian Mungiu s’en empare. Pas pour une simple histoire de corruption ou de prévarication — car le héros, Romeo, demeure en dépit de ses travers conjugaux, un honnête homme — mais bien pire : l’autopsie d’un renoncement personnel ; d’un sabordage moral symbole d’un échec collectif. L’échec d’une génération d’idéalistes, jadis désireux de reconstruire sur des bases saines leur pays s’ouvrant au monde, mais qui peu à peu se sont transformés en petits notables désabusés. Alors, quitte à faire le deuil de leurs espérances, ils peuvent bien enterrer simultanément leur intégrité. Responsable mais pas coupable Si Romeo vacille en cherchant à transgresser les règles, c’est pour réparer une cascade "d’injustices originelles” : l’agression de sa fille sur le point de pass

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Des chibres et des lettres

Pornographisme | Mickaël Draï vient de publier Pornographie, un éloge aux affiches de films pornographiques des années 70 et 80 que son père distribuait dans les salles obscures. Pour contourner la censure, fi des photos et oui à l'imagination : typographies engageantes et graphismes éclatants faisaient monter la sève. Histoires.

Sébastien Broquet | Mercredi 30 novembre 2016

Des chibres et des lettres

Ce livre, c'est l'aboutissement d'une saga familiale débutée avec votre grand-père... Mickaël Draï : À mon avis, pour lui, ça n'aurait pas été un aboutissement (rires) ! Il y a toute cette histoire de famille racontée dans le livre : le travail de ma famille ne se limitait pas à la pornographie. C'est même ce qui m'énervait quand j'étais plus jeune. Aujourd'hui, les mœurs ont changé et le porno n'est plus honteux. Les gens commencent à en consommer dès douze ans... On est plus dans le même rapport à la sexualité et aux images pornographiques. Ce livre a fonctionné par étapes. Déjà, il y avait ce fond d'affiches de films X redécouvert grâce à un ami, moi je passais devant sans les voir même si j'en avais une accrochée chez moi, plus par provocation... Petite anecdote : mes beaux-parents sont garagistes. La première fois que je les reçois à la maison, ma belle-mère passe sous l'affiche de La Grosse cramouille de la garagiste... Ce qui a permis de briser la glace (sourire)... Mais ces affiches, je ne pensais pas qu'elles pouvaient avoir cet impact. Mon père était prêt à les donner à un brocanteur pour une centain

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