Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Photo : © DR


Près d'un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d'inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert.

Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l'héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l'enfance d'être la fille d'un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c'est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu'elle ne subira pas le contrecoup normal d'une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris…

Basique éteint

Son personnage est-il plus détraqué que celui du maniaque qui l'agresse ? Il ne faut guère plus de deux minutes pour se convaincre que Michèle est insane. Pourtant, jamais le film n'arrive à instiller de réel sentiment de trouble, ni à rendre inquiétant son comportement ou à laisser la place à l'incertitude. Tout est clinique, uniforme et unichrome (le décor semble assorti à sa carnation) ; mêmes les rares séquences fantasmées n'arrivent pas à s'échapper du carcan du réel.

Et pourtant, Verhoeven ne renâcle pas à user d'effets : la bande originale, réussie, ne lésine pas sur les cordes pour rappeler que l'on se situe bien dans un thriller. On se prend à rêver du même sujet malaxé par Haneke : l'insignifiant aurait été rendu suspect, la culpabilité aurait rejailli par les moindres interstices ; et peut-être qu'Huppert aurait donné davantage de folie, de menace, de détresse, de vice ou de sensualité. Loin de provoquer une rixe entre ses partisans et ses défenseurs, l'absence d'Elle au palmarès a suscité un silence pudique. On comprend pourquoi.

Elle de Paul Verhoeven (Fr/All, int.-12 ans, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira…


Elle

De Paul Verhoeven (Fr-All, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte...

De Paul Verhoeven (Fr-All, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte...

voir la fiche du film


Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le Netflix Film Club à l’Institut Lumière

Écrans | Après de rocambolesques péripéties, l’Institut Lumière accueillera bien du 7 au 14 décembre les neuf films du “Festival Netflix“ et sa pluie de grands auteurs, dans un contexte houleux. Récit du feuilleton qui a tourneboulé les “professionnels de la profession”…

Vincent Raymond | Mercredi 1 décembre 2021

Le Netflix Film Club à l’Institut Lumière

Vendredi 8 octobre 2021, Halle Tony-Garnier, ouverture du 13e Festival Lumière. Ted Sarandos jubile. Le directeur des contenus de Netflix n’a pas fait le déplacement à Lyon pour rien. Sur scène, Thierry Frémaux vient de saluer publiquement sa présence. Plus tôt dans la journée, Sarandos a visité l’école CinéFabrique. À la clef, une rencontre avec les étudiants et l’octroi de bourses, comme à la Fémis, l’école des Gobelins et Kourtrajmé. Avec ses 200 millions d’abonnés dans le monde (dont plus 8 millions sur notre sol), la société qu’il représente peut être généreuse : elle n’a payé en France que 728 033 € d’impôts en 2020, soit 0, 6% de de ses bénéfices estimés. Seulement, la France demeure un problème pour son modèle de développement, car elle dispose d’un bouclier protégeant l’exploitation et la distribution des films en salles : la chronologie des médias. Une ligne Maginot attaquée de toutes parts, traversées parfois à la faveur d’exceptions dérogatoires

Continuer à lire

Chokä, resto éphémère, succès répété

Restaurant | C’est un succès populaire, brandi pour prouver qu’on mange bien dans la nouvelle Part-Dieu (oui, le centre commercial). Ses ingrédients ? Un thème éphémère, et de la vraie cuisine, aussi.

Adrien Simon | Jeudi 2 décembre 2021

Chokä, resto éphémère, succès répété

La Part-Dieu fait depuis sa nouvelle extension la part belle à la nourriture. C’est l’espace des Tables, ensemble de restaurants placés sous la grande verrière du troisième étage. Qui s’étendait cet été jusque sur le toit (ce fut le Roofpop) et qui se prolonge dans la pénombre de la Food Society, l'espace street food. On avait évoqué récemment ce dernier, mais pas encore le vaisseau amiral des Tables, lui qui fait le buzz depuis que sa "réouverture" — la dynamique du projet étant de fermer et renaître après avoir tout changé — a provoqué pas moins de mille réservations en cinq petites heures. Pour comprendre, il faut revenir aux beaux jours de 2019, quand trois vingtenaires, Jade Frommer, Annaïg Ferrand et Loris de Vaucelles, se retrouvent fraichement diplômés de l’institut Paul Bocuse. L’histoire ne dit pas pourquoi ils ont rayé "stabilité" de leur vocabulaire, préférant "l'éphémère". Ils squattent quelques temps les locaux de La Cuisign, dans le 7e, pour y penser six menus thématiques. Le premier tourne autour du chocolat et d’un film ins

Continuer à lire

La Bijouterie, enfin le retour

Restaurant | Le restaurant multi-primé La Bijouterie s’est offert un lifting de rentrée. Son chef Arnaud Laverdin en profite pour proposer un menu du soir toujours plus élaboré, alors qu’au déjeuner il se transforme en Mr Baoshi, avec une courte carte de brioches vapeurs à emporter.

Adrien Simon | Mercredi 17 novembre 2021

La Bijouterie, enfin le retour

L’histoire commence en 2015. En remontant la rue Hippolyte-Flandrin, on avait vu sur le trottoir la longue silhouette d’Arnaud Laverdin penchée au-dessus d’un fumoir : il préparait le chocolat de son dessert. C’était devant son tout nouveau, tout premier, restaurant : La Bijouterie. Avec des couverts dorés, on y bectait le midi des "bijoux", des dim sums enluxés ; et le soir ? une succession de petites assiettes, à l’accent un peu provocant. Deux mois après son ouverture, La Bijouterie accrochait déjà un prix, celui du guide du Fooding. L’histoire se répétera pour Sapnã que Laverdin ouvrira quelques années plus tard, à quelques mètres. Depuis, il semble avoir brassé dans le succès, toujours cité par la presse nationale dans les listes des "tables qui font bouger Lyon". On fut surpris de constater qu’en pleine rentrée post-Covid, La Bijouterie restait fermée, sa vitrine barrée d’une affiche noire annonçant un retour, un jour. Du fait de la crise s

Continuer à lire

Gabiodiv fait renaitre la biodiversité sur les quais du Rhône

Association | Le projet Gabiodiv — contraction de gabion et biodiversité — initié en 2019 par Victorine De Lachaise et Quentin Brunelle est désormais ancré dans le paysage. Mais si, vous savez... La libellule métallique près du Pont de la Guillotière ! Deux ans après le début de l’aménagement, 200 espèces dont un castor sont revenues sur les berges. Le co-créateur de l’association Des Espèces Parmi’Lyon tire les premières conclusions.

Louise Grossen | Vendredi 5 novembre 2021

Gabiodiv fait renaitre la biodiversité sur les quais du Rhône

En quoi consiste Gabiodiv ? Quentin Brunelle : C’est un projet innovant. Un aménagement qui vise à restaurer l'habitat des espèces en milieu aquatique, là où toutes les berges sont complètement bétonnées. Il se manifeste par l’installation de modules végétalisés sur les quais de la Métropole lyonnaise, en faveur du cadre de vie des citadins et de la biodiversité urbaine. On s'est aperçu qu'il y avait de grosses lacunes en ville concernant la prise en compte de la biodiversité. Pour nous, il y a un véritable enjeu de sensibilisation des habitants. On ne sauvera pas le monde concernant les espèces, mais commençons par travailler à notre échelle, impliquons durablement les habitants, le reste suivra. Deux ans après le lancement de l'initiative, quels sont les résultats ? L’expérimentation est terminée. 200 espèces animales et végétales — protégées ou menacées — ont refait surface. Le castor, par exemple, vient souvent sur l’aménagement. C’est une espèce mobile qui a besoin de saules et de peupliers pour s'alimenter. Pour lui, c'est un casse-croûte à emporter. Les hérons, les bergeronnettes, le brochet — qui se reproduit à no

Continuer à lire

Les Papillons d’Or Fragiles à l'Espace 44

SCENES | Quand Shakespeare rencontre les séries télé, ça donne Les Papillons d’Or Fragiles : une pièce de théâtre réunissant un comédien et une violoncelliste, qui composent l’histoire d’un acteur pris entre deux feux.

Article Partenaire | Lundi 4 octobre 2021

Les Papillons d’Or Fragiles à l'Espace 44

“ Victor Vivier va enfin jouer le Roi Lear. Le jeune, talentueux et médiatique metteur en scène Stanislas Beaupain l’a choisi pour incarner le rôle-titre. C’est l’aboutissement de sa carrière, son plus grand rêve d’acteur. Mais Victor a été pendant plus de trente ans le héros d’un feuilleton à succès : Peut-il se débarrasser du personnage qui lui colle à la peau ? Seul, dans sa loge, à quelques heures de la première, Victor lutte contre le trac, les doutes, et les souvenirs. “ Voici le pitch de la nouvelle pièce de Sandrine Bauer, jouée à l’Espace 44 du 12 au 24 octobre. Le spectacle est donc centré autour du personnage de Victor, acteur chevronné, installé dans un confort quotidien, qui se retrouve confronté au problème du choix d’une vie, mais aussi de la sécurité de l’emploi. Choisir entre le risque flamboyant et la sécurité ronronnante, c’est un dilemme récurrent du comédien mais pas que : la pièce aborde ici une problématique universelle. Un duo jeu et violoncelle Victor est donc l’unique personnage de la pièce mais il n’est pas seul sur scène : joué par Philippe Saïd, il est accompagné par

Continuer à lire

Rover : holydays on Eis

Rock | Timothée Régnier, alias Rover, le répète souvent en interview, chez lui, l'inspiration et les compositions doivent moins aux figures dont il a pu faire ses (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 octobre 2021

Rover : holydays on Eis

Timothée Régnier, alias Rover, le répète souvent en interview, chez lui, l'inspiration et les compositions doivent moins aux figures dont il a pu faire ses modèles (Bowie, Lennon, Gainsbourg, Brian Wilson) et/ou à l'air du temps musical qu'aux conditions de production dans lesquelles il se trouve au moment d'écrire, de composer et peut-être surtout d'enregistrer. Le lieu où il sévit, les techniques et le matériel utilisé, l'acoustique et l'atmosphère jouant un rôle primordial dans la manière dont le musicien va aborder les choses et conditionnant en bout de chaîne le résultat final. C'est peut-être d'ailleurs en se mettant souvent en quête de lieux singuliers que le chanteur et musicien parvient à conserver cette fraîcheur perpétuelle qui lui donne toujours un peu l'air de débarquer d'une autre planète — chose que l'un de ses incontournables, Bowie, faisait également mieux que personne mais en jouant davantage sur sa propre personne que sur son environnement. Pour Eiskeller, le colosse est allé s'enfermer plus d'une année sous terre dans une glacière désaffectée d

Continuer à lire

Tanguy Viel : « je trouve les gens très tolérants à la domination »

Littérature | Lorsque Laura, jeune femme de retour dans sa ville natale, demande une faveur au maire sur les conseils de son boxeur de père, également chauffeur de l'édile, débute une tristement banale affaire d'emprise qui conduira à la vengeance la plus triviale. À la suite d'Article 353 du Code pénal, Tanguy Viel, à Passages le 12 octobre, livre avec La Fille qu'on appelle le deuxième acte d'un diptyque judiciaire, qui ausculte la question du consentement. Où les phrases s'enroulent jusqu'au vertige autour d'une colère qui sourd jusqu'à l'explosion.

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 octobre 2021

Tanguy Viel : « je trouve les gens très tolérants à la domination »

Au départ de votre livre il y avait le désir d'écrire sur la boxe, de faire votre Raging Bull, avez-vous dit. Comment est né La Fille qu'on appelle, comment son sujet — la question de l'emprise et du consentement — a-t-il fini par dépasser votre désir initial ? Tanguy Viel : Cela s'est fait en deux temps très distincts. J'ai en effet d'abord rêvé un roman de boxe qui s'est un peu écroulé sur lui-même. Et puis quelques mois plus tard est née cette figure de jeune fille. C'est au moment où les deux se sont rencontrés, le boxeur et la jeune fille, que j'ai senti que je tenais le roman, comme si l'un était nécessaire à l'autre. Je crois que la boxe donne une dimension romanesque, mythologique à une histoire qui sans cela serait trop triviale à mon goût. Il y a dans le livre comme l'écho des innombrables affaires ayant éclaboussé le monde, disons, politico-culturel. Jusqu'à présent vos livres se voulaient très romanesques, hors du réel. Quand on s'approche, comme vous le faites ici, de l'actualité, comment maintenir le cap d'une ambition vér

Continuer à lire

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Commençons par une boutade. Si l’on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d’Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ? Cyril Despontin : Merde ! On s’est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu’il n’ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés… Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c’était plus ou moins ce qu’on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu’on était habitué à voir des images bizarr

Continuer à lire

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que son premier et précédent long-métrage, Grave, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Victime enfant d’un accident de voiture dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle des meurtres affolant le sud de la France et “s’accouple” avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce “fils” prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long-métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un “autre cinéma” louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar

Continuer à lire

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Action | Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de piste (tout dépend si l’on compte les spin off au paddock), à nouveau piloté par Justin Lin, déjà aux commandes de la moitié de la franchise. Suivant la règle de la suite accumulative du type Expandables, cet opus surenchérit à tous les étages : davantage d’actions spectaculaires (les voitures vont en orbite, à l’instar de celles d’Elon Musk), plus de personnages — donc de vedettes. John Cena ajoute donc ses biscottos à la fine équipe, dans le rôle de Jakob-le-frère-jusqu’alors-caché-car-maudit-de-Dom-Toretto. Il rejoint à la distribution de Helen Mirren, Charlize Theron, Kurt Russell ou Jason Statham qui viennent eux-aussi montrer le bout de leur museau entre deux poursuites en moto, camion, voiture qui plane ou qui accélère. Sinon, l’histoire ? Disons qu’elle est facultative et ne constitue pas un argumen

Continuer à lire

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

Continuer à lire

Quais du Polar : un festival de littératures noires

Polar | Né en bord de Saône, Quais du Polar s’offre une résurrection post-Covid de luxe en bord de Rhône et à l’air libre. Coups d’éclats, de soleil et lunettes noires à prévoir.

Vincent Raymond | Lundi 28 juin 2021

Quais du Polar : un festival de littératures noires

À quelque chose, malheur est bon : forcée de se décaler à l’aube de l’été pour éviter la parenthèse covidienne, cette 17e édition de Quais du Polar s’est adaptée, démultipliant les interactions avec la ville et l’air libre. Point de Grande Librairie dans le Palais de la Bourse cette année, mais une farandole d’étals s’étirant quai Sarrail en face, le long du Rhône, à la manière des bouquinistes — c’est ici que les autrices et auteurs viendront dédicacer. Pas d’espace jeunesse en intérieur non plus : à l’instar de Lyon BD, le Parc de la Tête d’Or est réquisitionné pour accueillir les auteurs et leur public sur la pelouse des Ébats. Mais ce n’est pas tout : le festival a aussi créé de nouveaux formats, en théorie éphémères (2022 verra en effet le retour du festival à son calendrier normal) de “reconquête” de l’espace public. En plus de la traditionnelle Grande Enquête signée Christelle Ravey, saluons notamment l’hommage

Continuer à lire

En salles : un été en famille

Cinéma | Bénéfice collatéral de sept mois de disette : il n’y aura pas de pénurie estivale dans les salles. Tout particulièrement pour les films parlant des familles ou à leur destination, et du désir de se libérer de son emprise sur un mode tragique, comique… voire les deux.

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

En salles : un été en famille

Variation multiple et ludique de Freaky Friday, Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes (30 juin) crée ainsi un chamboule-tout géant, où les esprits des parents, grands-parents et enfants naviguent dans les corps des uns et des autres sans fin pour une raison inconnue. S’ensuivent d’inévitables quiproquos glissant doucement vers un registre trash, changeant agréablement de l’injonction à faire de la comédie aseptisée. La fin qui ne résout rien permet (presque) de supporter le jeu de Dubosc — le seul à en faire des tonnes. Plus archaïque est la famille des Croods, une nouvelle ère, second opus signé Joel Crawford (7 juillet), revisitant dans une pseudo-préhistoire d’heroic fantasy aux couleurs criardes la querelle entre anciens et modernes, mâtinée d’un remix du Père de la Mariée et de Mon beau-père et moi. Là encore, le finale délirant offre un relief inattendu à ce qui semblait s’engager

Continuer à lire

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Bande Dessinée | Officiellement, la 16e édition du Lyon BD Festival se tient les 12 et 13 juin. Mais chacun sait que, dans les faits, le rendez-vous de la bande dessinée a commencé depuis une septaine déjà. Rien à voir avec quelque éviction prophylactique : entre le off et le in, c’est tout le mois de juin qui est contaminé par le 9e art. Et aussi, surtout, l’ensemble de la vi(ll)e de Lyon…

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Les éditeurs feront sans doute un peu grise mine cette année du fait de l’absence de barnum place des Terreaux accueillant les stands à leurs couleurs — et leurs auteurs. Mais le pragmatisme l’emportant toujours sur la déception, ils se consoleront vite en considérant le verre rempli à ras-bord : la tenue en présentiel d’un des plus grands festival de bande dessinée de France, avec un programme conforme en ambition, en diversité et propositions, avec ceux déployés lors des éditions précédentes — on imagine les trésors d’inventivité qu’il aura fallu mettre en œuvre ! Fidèle à sa philosophie, Lyon BD poursuit en effet cette politique du “décloisonnement“ qui a fait son succès en révélant l’infini extraordinaire des interactions potentielles entre, d’une part, un art séquentiel lui-même multiple dans ses modes d’expression, et de l’autre toutes les disciplines culturelles et/ou les lieux les abritant dans la cité. En gagnant de nouveaux à sa cause chaque année, telle la Biennale de la Danse pour cette édition. Ça repart en live ! Au-delà des dédicaces (lesquelles ont toujours cour

Continuer à lire

Week-end : se presser vers la Bresse

Ain | À à peine plus d’une heure au nord de Lyon, la Bresse est assez méconnue des gones à moins d’y être né. Pourtant avec son territoire vallonné, son poulet nec plus ultra AOC et ses fromages, cette région régale et n’est pas encore débordée par le tourisme de masse. Go !

Nadja Pobel | Lundi 5 juillet 2021

Week-end : se presser vers la Bresse

Attention à ne pas confondre avec la Bresse des Hautes-Vosges ; celle dont il est question ici se trouve essentiellement sur le département de l’Ain (qui regroupe aussi le Pays de Gex riche de sa frontière avec la Suisse, la Dombes et le Bugey) et mord sur la Saône-et-Loire et le Jura. Zone naturelle et non administrative, elle occupe le quart nord-ouest de l’Ain, englobant le massif du Revermont qui culmine à 768m au Signal de Nivigne, paradis des parapentistes. Rien n’est plat sur cette terre agricole couverte de maïs et bien casse-patte pour les cyclistes — loin cependant des 1500m du Grand Colombier (Bugey). Alors que faire en Bresse ? Des balades et des resto à gogo puisque c’est ici que grandissent les seules volailles de France à qui est décernée l’appellation d’origine contrôlée, qu’elles soient dindes, chapons, poulets ou poulardes avec leurs fameuses pattes bleues. Un minimum de 10m² par animal où il puise un tiers de sa nourriture est exigé. Leur chair ferme est parfaite. Une ville : Bourg-en Bresse Préfecture paisible, Bourg-en-Bresse conserve quelques rues aux habitations à colombages du bas Moyen Âge et surtout le

Continuer à lire

100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Médias | Hommes de radio, pirates des ondes, doux dingues ayant senti le vent tourner à l’aube des années 80 quand Mitterrand élu s’apprêtait à libérer les fréquences : Serge Boissat et Christophe Mahé ont tous deux vécu pied au plancher l’époque baptisée "radios libres". Ils ne se parlaient pas, n’avaient rien à fricoter ensemble, l’un doit son succès aux cocos, l’autre ses débuts à Chirac. Mais ils partagent ce même amour inconditionnel d’un média qui a marqué des générations : la radio. Et sont les deux faces d’une même pièce ayant fait vibrer les ondes lyonnaises des 80’s. Au micro, les deux protagonistes de cette fabuleuse histoire : Serge Boissat, dictateur de la cultissime Radio Bellevue, décédé durant l’été 2018, et Christophe Mahé, entrepreneur à succès et patron de Espace Group. Ce sont les 100 ans de la radio : pump up the volume !

Sébastien Broquet | Mardi 1 juin 2021

100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Serge Boissat : My name is Serge Boissat. 1973, j’ouvre ma boutique Bouldingue. 1975, mon frère et trois potes montent une structure nommée Veronica. Plein de petits concerts sont organisés, des trucs de rock progressif comme Van Der Graaf Generator ou Caravan. Et les Rolling Stones au Palais des Sports. À un moment, ils ont trop grossi. Jean-Pierre Pommier démarrait, en tant que banquier il a commencé à financer un concert ou deux. Pommier, il a plein de défauts, il m’horripile des fois, même tout le temps… Sauf quand il est bourré. Lui venait de faire Kevin Ayers, bien dans le même style que ce que faisait Veronica. Donc, ils se sont associés. Et ils ont ouvert le Rock’n’Roll Mops. J’y ai passé deux mois et demi. Le Rock’n’Roll Mops, c’est le début

Continuer à lire

"The Father" de Florian Zeller : ça tourne pas daron

Drame | Florian Zeller s'empare de l’adaptation britannique de sa pièce à succès en embarquant une distribution et une équipe technique expérimentées. Le résultat s’avère conforme aux craintes : un aimant à Oscar lisse et propret ayant plus à voir avec le théâtre que le cinéma…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Octogénaire vivant dans un vaste appartement londonien, Anthony sombre dans la démence. Pour lui, le temps se diffracte : il confond présent et passé, sa fille Anne avec l’assistante de vie, oublie jusqu’à la mort de sa cadette… Sa perception relative de cette altération affecte son humeur, le rendant agressif et paranoïaque. D’ultimes protections avant le lâcher prise final… Tant de dithyrambes ont déjà été dites et écrites sur Le Père (pièce et film) que porter un avis contraire semble tenir d’une posture stérilement provocatrice façon Kaganski époque Amélie Poulain ; tentons toutefois d’avancer quelques arguments… S’il n’est pas rare qu’un triomphe de la scène trouve une prolongation “naturelle” sur les écrans, métamorphoser un matériau théâtral en projet cinématographique n’en demeure pas une affaire aisée. S’affranchir de la contrainte du huis clos que la scène impose généralement constitue la principale préoccupation des réalisateurs : certains s’en accommodent en créant d’artificielles “aérations“ visuelles, d’autres laissent le flux et la tension verbale sculpter les séquences ; d’autres encore créent des objets hybrides jouan

Continuer à lire

"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine Bacon

VOD | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 24 mars 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est s

Continuer à lire

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

Continuer à lire

La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Festival des Idées | Faute de pouvoir se tenir en "présentiel", selon l'infâme expression un peu trop consacrée, Mode d'Emploi s'avance donc virtuellement jusqu'au 21 novembre pour ne pas nous sevrer totalement de débats d'idées et de réflexions sur notre espace contemporain, déjà sacrément chamboulé. Comme pour les Assises Internationales du Roman au printemps, l'événement est à retrouver tous les soirs à partir de 19h sur le site de la Villa Gillet. Si vous voulez un conseil — autre que de défense —, faites-y donc un tour. Voici le programme.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 novembre 2020

La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Confinée au moment des Assises Internationales du Roman, la Villa Gillet en avait livré une version virtuelle sur son site Web. Reconfinée au moment de Mode d'Emploi, son festival des idées, la voici contrainte mais néanmoins enthousiaste de remettre le couvert avec un programme qui, sur la forme, se calque quelque peu sur le couvre-feu et, sur le fond, embrasse les thématiques auxquelles cette drôle d'année 2020 est venue donner davantage de relief. Ainsi chaque jour, sauf exception, Mode d'Emploi proposera un programme en trois temps. À 19h, il sera question de Libertés d'expression, sous la forme de capsules sonores ou vidéo avec des artistes et citoyens engagés. À 19h30 — de 16h à 19h pour la journée, copieuse, du samedi —, on enchaînera avec Les idées sous couvre-feu, soit une heure quotidienne de débats et conversations thématiques avec é

Continuer à lire

L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

L'Odyssée d'Obi

« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut

Continuer à lire

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

Graphisme | Au long d'une exposition sacrément futée et fureteuse, le Musée de l'Imprimerie et de la Communication Graphique célèbre le retour aussi triomphal et paradoxal du vinyle ces dernières années, remonte à sa genèse et en explore les singularités. À voir les oreilles grandes ouvertes. Et prolongée jusqu'au 29 août.

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 octobre 2020

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

On pourrait appeler "paradoxe du vinyle" le fait qu'un objet symbole du matérialisme moderne ayant connu une extinction de masse se mette à revivre sur le marché alors même que la dématérialisation a triomphé de tous les supports. On a longtemps pensé que le CD, cette invention sonore si révolutionnaire et si pratique, avait définitivement supplanté le disque vinyle. Puis la dématérialisation a fait son œuvre avec l'arrivée du téléchargement (ah, cette époque où il fallait une journée pour télécharger un fichier mp3), puis des plateformes de streaming, et l'industrie du disque a plongé, ringardisant définitivement la forme évoluée du disque. Au final, c'est le dinosaure vinyle qu'on a ressorti des glaces de l'oubli et du grenier de papy pour repeupler les rayons des disquaires et les salons domestiques. Tout cela parce que la dématérialisation, grande pourvoyeuse de nostalgie et de paradoxal désir de possession, a fait du 33t répudié un fétiche, un totem d'appartenance à une caste de (plus ou moins) passionnés. Et si l'on veut comprendre (ou pas) pourquoi, il faut se rendre à l'exposition

Continuer à lire

Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

Comédie | Une comédie grand public aux accents de feel good movie.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

Continuer à lire

Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

Continuer à lire

Lyon : remise à flot pour L’Aquarium

Ciné-Club | Les aquariophiles savent qu’ils doivent, pour garantir la survie de leurs espèces frétillantes favorites, changer l’eau régulièrement et maintenir une (...)

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Lyon : remise à flot pour L’Aquarium

Les aquariophiles savent qu’ils doivent, pour garantir la survie de leurs espèces frétillantes favorites, changer l’eau régulièrement et maintenir une oxygénation optimale. C’est un peu pareil pour l’Aquarium Ciné-Café : à l’aube de sa cinquième saison, le spot croix-roussien mêlant vidéo-club aux 10 000 titres et lieu de projection mixte renouvelle un peu son équipe (Émile Belleveaux succède à Damien Vildrac à la programmation) tout en densifiant son offre : la séance du jeudi soir prend le nom de “Regards croisés“ et se thématise chaque semaine en ciné-débat avec des partenaires (Maison de l’Écologie, CinémAsian, Osez le féminisme, etc.). Le fameux Ciné-Mystère mensuel (comme son nom l’indique : vous venez voir un film sans savoir de quoi il s’agit) double la mise en intercalant un film d’animation pour les adultes — pas uniquement du Bakshi ! Et un podcast radio enregistré en direct, des ateliers (pour tous les âges, notamment les plus jeunes pendant les vacances de la Toussaint), et toujours autant de cartes blanches à des festivals amis… Le mois d’octobre qui pointe le bout de

Continuer à lire

Nouvelles Voix en Beaujolais ne se tait pas

Festival | Alors qu'un certain nombre de festivals tentent de résister à la fatalité — Les Musicales du Parc des Oiseaux pour son édition du cinquantenaire qui (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Nouvelles Voix en Beaujolais ne se tait pas

Alors qu'un certain nombre de festivals tentent de résister à la fatalité — Les Musicales du Parc des Oiseaux pour son édition du cinquantenaire qui s'achève le 13 septembre ou le Ninkasi Festival — Nouvelles Voix en Beaujolais a décidé lui aussi de passer entre les gouttelettes et les micro-particules. Mais en se concentrant plus que jamais sur sa vocation première à savoir la découverte de... nouvelles voix. Ainsi pourra-t-on (re)découvrir des artistes à l'univers singulier tels que P.R2B et notre bien aimée Cavale mais aussi Fils Cara, Clara Ysé, Lonny, Le Noiseur et d'autres. Tout ce petit monde se produisant en ordre dispersé entre le Théâtre de Villefranche et diverses salles de l'agglomération caladoise (Centre Culturel de Jassans, Théâtre de Gleizé, Villa Hispanica, Salle des Échevins). Rendez-vous du 17 au 20

Continuer à lire

Niches en série : "Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin" de Pon Kozutsumi et Jun Takagi

Animation | ★★☆☆☆ Un film d'animation de Pon Kozutsumi & Jun Takagi (Fr-Jap, 0h45)

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Niches en série :

Une fillette et son toutou en proie à leur imagination fertile, vivent des aventures extraordinaires sans quitter leur maison ni leur jardin… Cette salve de courts-métrages fait suite à un programme sorti l’an dernier, se caractérisant par un trait minimaliste, une palette également restreinte (du blanc, du noir, un ou deux dégradés colorés) et… un trame un poil répétitive. Comme les protagonistes sont un peu des pendants de Calvin & Hobbes, que le public visé a 3 ans et que l’ensemble dure 3/4 d’heure, ça passe… Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin ★★☆☆☆ Un film d'animation de Pon Kozutsumi & Jun Takagi (Fr-Jap, 0h45)

Continuer à lire

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

Continuer à lire

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

Continuer à lire

Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

Antigone | D’une intrigue tragique vieille comme le monde, Sophie Deraspe fait une relecture terriblement contemporaine et réalisée avec adresse. Il se passe toujours beaucoup de choses du côté du cinéma québécois, plus divers qu’on voudrait nous laisser croire.

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

L’Affaire Fredy Villanueva a été la source principale de votre écriture. Mais la transposition d’Antigone, de par sa lecture géopolitique contemporaine, s’est-elle imposée à vous comme un corollaire à votre documentaire Le Profil Amina ? Ici aussi en effet, les crises du Moyen Orient ou du Printemps arabe forment un substrat nécessaire à l’accomplissement de l’intrigue… Sophie Deraspe : Les liens ne sont pas directs avec Le Profil Amina. Peut-être que je me sentais à l’aise d’aller vers le Moyen Orient ; ici, la famille est algérienne et avant le tournage, je n’étais pas allée en Algérie… Mais j’ai plutôt l’impression que les liens les plus directs avec Le Profil Amina se passent avec la vie en ligne — une vie virtuelle. Par exemple, ce qui concenrne l’affaire Villanueva, je l’ai appris dans les médias traditionnels : les émeutes, les manifestations, les militants… Mais ensuite, c’est en ligne que j’ai eu accès à la parole des gens, à la voix du peuple. Et c’est comme ça que

Continuer à lire

L’amour en queue de poisson : "Poissonsexe" de Olivier Babinet

Comédie | Un futur inquiétant, où il ne reste qu’une seule baleine. Scientifique dans un institut de recherches maritimes, Daniel s’échine à essayer de faire s’accoupler des poissons et échoue à trouver l’âme sœur. Son existence change lorsqu’il ramasse sur la plage un poisson mutant doté de pattes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

L’amour en queue de poisson :

Initialement prévu le 1er avril sur les écrans, jour ô combien adapté à une fable poissonneuse, ce film avait dû pour cause de confinement rester le bec dans l’eau attendant l’avènement de jours meilleurs. S’il est heureux de le voir émerger, on frémit en découvrant le monde pré-apocalyptique qu'il décrit en définitive aussi proche du nôtre : certains ne prophétisent-ils pas la pandémie comme faisant le lit de la 6e extinction massive ? Guère optimiste, mais comme s’en amusait Gustave Kervern, « je ne joue que dans des films tristes ; je refuse les films gais ». Au-delà de la boutade, Poissonsexe marie les menaces du conte philosophique d’anticipation et la poésie du parcours sentimental de Daniel, colosse au cœur de fleur bleue égarée dans un monde où amour et procréation sont totalement décorrélés ; où les couleurs froides font écho aux relations du même tonneau. Après la parenthèse lumineuse que constituait son documentaire Swagger, Olivier Babinet renoue donc

Continuer à lire

Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

Continuer à lire

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça ne s’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après

Continuer à lire

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

Continuer à lire

Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Les Films de la Semaine | Focus sur deux sorties ayant beaucoup en commun, même si l'une ira en salles et l'autre s'en passera : Canción sin nombre et Nuestras Madres, Caméra d’Or à Cannes l'an dernier.

Vincent Raymond | Dimanche 7 juin 2020

Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre / Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et donc, historique (les années 1980). Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’enfants —

Continuer à lire

Restez chez vous, finalement : "Vivarium"

Science-Fiction | Un jeune couple pris au piège dans une maison-témoin diabolique doit élever jusqu’à l’âge adulte un bébé tyrannique comme tombé du ciel. Une fable de circonstances, entre "Le Prisonnier", "La Malédiction" et le mythe de Sisyphe. En VOD.

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Restez chez vous, finalement :

En quête d’une maison, Gemma et Tom suivent un étrange agent immobilier dans un non moins bizarre lotissement, Yonder, fait de résidences identiques et désert. Prisonniers de ce cadre cauchemardesque, ils seront délivrés (leur promet-on) s’ils élèvent un bébé reçu dans un carton… Voici un le parfait film à regarder sur un divan… et à déconseiller aux tourtereaux en âge de convoler ou de concevoir des projets de descendance ! Riche de ses lectures métaphoriques et psychanalytiques évidentes, ce conte fantastique — qu’on aurait bien vu signé par Ben Weathley —, raconte dans un décor empruntant autant à Magritte qu’à Hopper comment l’enfant prend sa place dans un foyer, excluant l’un des parents (bonjour l’Œdipe !), puis finit par remplacer les deux dans la société en les “tuant“, reproduisant ainsi un cycle immuable… La fable est cruelle, l’illustration aussi brillante que plastiquement réussie dans ce qu’elle donne à voir du monde “suburbien“ idéalisée empli de petites maisons identiques — les “Sam Suffit“ ayant fait florès avec les Trente Glorieuses. Un monde de la standardisation aux couleurs pastel écœurantes à fo

Continuer à lire

Plus belle la prophétie

Télévision | Le mot a été balancé comme ça, à l'heure où M. Macron se faisait solennel quoi qu'il en coûte : "coronavirus". Incroyable ! Plus belle la vie, le feuilleton populaire de France 3, avait anticipé la pandémie. On vous raconte.

Nadja Pobel | Lundi 23 mars 2020

Plus belle la prophétie

Jeudi 12 mars. L'épisode 4014 de Plus belle la vie est en ligne depuis le matin même et quand sa diffusion commence sur France 3, à 20h15, Emmanuel Macron prend la parole sur toutes les autres chaînes pour sa première allocution de crise. Rien à voir ? Si ! La série de 26' cause de la même chose que le Président. Un nouveau personnage, quadra, est dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital de Marseille-Est : « j'ai mal à la tête, je me sens vraiment pas bien » dit-il entre deux quintes de toux et un crachat de sang. Le lendemain, il est décédé. Entre-temps, en clôture de l'épisode de jeudi, la médecin dialogue avec sa mère infirmière : « il souffre d'une pneumopathie très violente et il revient tout juste de chine – Tu penses au SRAS ? - Quoi d'autre ? Les agences sanitaires ont toujours cru à un retour du coronavirus et vu les symptômes et la provenance du patient, y'a pas trop de doutes – Depuis quand il est arrivé aux urgences ? - Il est arrivé à 5h du matin, ça fait 15h – 15h ?! Si c'est vraiment le SRAS on est foutu ! » Voilà comment les scénaristes ont introduit le sujet. Un raccro de dernière mi

Continuer à lire

"Jumbo", l'enthousiasmant premier film de Zoé Wittock

Fantastique | Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juillet 2020

Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long-métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant

Continuer à lire

Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

Continuer à lire

Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

Continuer à lire

Pacôme par Thiellement

Littérature | Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 4 février 2020

Pacôme par Thiellement

Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le fit jadis sur Lost ou David Lynch à l'un de ses exercices favoris : une véritable exégèse de l'inclassable série de Damon Lindelöf. Le revoici déjà avec Tu m'as donné de la crasse et j'en ai fait de l'or, que l'on pourra qualifier, si une telle chose est possible le concernant, de livre le plus singulier que nous ait livré l'auteur. Le pop yogi y plonge ainsi dans les événements les plus sombres de sa vie de mortel – amitiés trahies, douleur du premier amour, avanies professionnelles, impuissance sexuelle, décès d'un proche – pour, en un geste philosophal, en faire de l'or, comme le laisse supposer le titre emprunté à B

Continuer à lire

Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Théâtre | Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus glauque » nous dit-on dans Telle est la question (au Nid de Poule jusqu’au dimanche 9 février). Cédric Danielo, sorti de l’ENSATT en 2018, ouvre grand la porte de cet art qu’il connait bien mieux que son avatar scénique ne le prétend. Mais jouer les faux candides est une arme efficace pour lister avec justesse les clichés qui lui collent aux basques : les subventions, le prétendu plaisir à regarder des gens nus qui poussent des troncs d’arbres pour évoquer la solitude, ces « spectacles très chers qui ne se jouent qu’une semaine » et l’émotion, forcément (?) moindre que devant une performance sportive. Jamais son spectacle n’est ennuyeux. Il y a même un talent de showman chez cet artiste qui puise ses interrogations chez Enzo Cormann et Shakespeare. Car le maître règne ici dans des séquences rejouées avec intelligence qui démontrent la capacité de cet art autant à créer du fantasmagorique par des effets techniques qu’à se remettre en question.

Continuer à lire

Au fil de la plume

Littérature | Deux millions, c'est le nombre d'objets qui hantent les collections du Musée des Confluences. Huit celui du nombre de livres édités jusque-là par la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 21 janvier 2020

Au fil de la plume

Deux millions, c'est le nombre d'objets qui hantent les collections du Musée des Confluences. Huit celui du nombre de livres édités jusque-là par la collection Reflets d'Objets proposée par ce même musée. L'idée : convoquer l'imagination des écrivains au contact d'un objet, l'amener à en faire un récit, un sujet littéraire. La dernière en date est Emmanuelle Pagano. D'un châle pas comme les autres, de soie de mer et de confection italienne, l'autrice rhonalpine fait jaillir les souvenirs de l'histoire familiale comme on tire un fil de soie, comme on observe les nuances de la nacre de Pinna Nobilis. Le foulard de se faire ainsi vestige, fétiche, non plus seulement d'un héritage universel mais intime. Ainsi l'autrice s'approprie-t-elle l'objet, offert à la littérature sous le titre En cheveux. De cela il sera question lors du café littéraire organisé au Musée des Confluences avec Emmanuelle Pagano et David Besson, responsable des co

Continuer à lire

Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

Continuer à lire

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

Continuer à lire

Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

Continuer à lire

Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Corbeille et somme :

Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite

Continuer à lire

Pêche à l’homme : "Le Lac aux oies sauvages"

Thriller | Une guerre des gangs de voleurs de motos laisse Zhou Zenong blessé et en cavale dans la région du Lac aux oies sauvages, traqué par les hommes du capitaine Liu. Alors qu’il s’attend à retrouver son épouse Yang Shujun, c’est une mystérieuse prostituée, Liu Aiai, qui est au rendez-vous…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Pêche à l’homme :

Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation et Ours d’or 2014, Black Coal, Le Lac aux oies sauvages pouvait bénéficier d’un a priori favorable. Mais, suivant l’adage vaticanesque appliqué à Cannes, un palmé putatif durant la Quinzaine se retrouve souvent fort dépourvu au palmarès ; Diao est donc reparti bredouille. La sortie de son film en salles devrait lui permettre de se rattraper. Car il s’agit d’un thriller haut en couleurs. Pas uniquement du fait de sa somptueuse photographie magnifiant les séquences nocturnes illuminées aux néons, dans de subtils jeux d’alliances chromatiques. Mais également par sa construction à la linéarité non strictement euclidienne, où le présent subit d’entrée les contrecoups d’un passé sanglant, déployé dans de minutieux flashback. Diao Yinan possède l’art de raconter ; et s’il s’amuse à jouer sur

Continuer à lire

Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

Continuer à lire

Celui qui croyait au Ciel et à la terre : "Une vie cachée"

Biopic à la Malick | L’inéluctable destin d’un paysan autrichien objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale, résistant passif au nazisme. Ode à la terre, à l’amour, à l’élévation spirituelle, ce biopic conjugue l’idéalisme éthéré avec la sensualité de la nature. Un absolu de Malick, en compétition à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Celui qui croyait au Ciel et à la terre :

Sankt Radegund, Autriche, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Fermier de son état, Franz Jägerstätter refuse par conviction d’aller au combat pour tuer des gens et surtout de prêter serment à Hitler. Soutenu par son épouse, honni par son village, il sera arrêté et torturé… Il convient d’emblée de dissiper tout malentendu. Cette “vie cachée“ à laquelle le titre se réfère n’évoque pas une hypothétique clandestinité du protagoniste, fuyant la conscription en se dissimulant dans ses montagnes de Haute-Autriche pour demeurer en paix avec sa conscience. Elle renvoie en fait à la citation de la romancière George Eliot que Terrence Malick a placée en conclusion de son film : « car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’il eût été possible est à moitié dû à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que l'on ne visite plus. » Un esprit saint Créé bienheureux par l’Église en 2007, Jägerstätter

Continuer à lire