"Retour chez ma mère" : un double portrait de femmes réussi

ECRANS | Un film de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Photo : © DR


Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la “génération boomerang” humiliée par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d'autant plus réussi qu'il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire.

Malgré les apparences, la mère n'y est pas qu'une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament — sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandra Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l'écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, la seconde retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante.

Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l'ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Mais au moins, il y a du rythme et à la différence du théâtre filmé qu'on nous inflige si souvent, les comédiens ne récitent pas ici leurs tirades l'air satisfait l'œil en coin, cabots aux abois mendiant le fou-rire des premiers rangs. Grâce à Éric Lavaine, vous ne mangerez plus surgelé comme avant.


Retour chez ma mère

D'Eric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko...

D'Eric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko...

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À 40 ans, Stéphanie est contrainte de retourner vivre chez sa mère. Elle est accueillie les bras ouverts : à elle les joies de l'appartement surchauffé, de Francis Cabrel en boucle, des parties de Scrabble endiablées et des précieux conseils maternels sur la façon de se tenir à table et de mener sa vie…


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La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

Animation — dès 6 ans | Une évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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Battling Vieux : "Vous êtes jeunes, vous êtes beaux"

Réforme des retraites | À 73 ans, Lucius se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre “vieux“, il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona, qui sait ?

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Battling Vieux :

Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s’ajoute à un propos fort ainsi qu’à une interprétation solide. Or si c’est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu’elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres ; Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une “non-comédie” — et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n’aient pas l’imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards le Wrestler d’Aronofsky. La confidentialité de cette production risque de l’empêcher de briguer le parallélépipède doré — concourir pour les César n’est pas “donné“ à tout le monde. Portrait d’une société cynique, vénale et dépourvue de compassion (en d’autres terme

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Naissance d’un nouveau nez : "Edmond"

Pif parade | De et avec Alexis Michalik (Fr, 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Naissance d’un nouveau nez :

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire du plus grand succès théâtral de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui ce trouve être son premier long-métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante — en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise - puisqu’il a été en compétition au festival d

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L’art de miser sur le bon cheval : "Le Poulain"

Politique-fiction | de Mathieu Sapin (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

L’art de miser sur le bon cheval :

Étudiant surdiplômé, Arnaud se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle d

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À la petite semaine : "7 jours pas plus" de Héctor Cabello Reyes

Du sur mesure pour Benoît Poelvoorde | de Héctor Cabello Reyes (Fr, 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À la petite semaine :

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné sept jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles — troquant par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tar

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"Nos Patriotes" de Gabriel Le Bomin : le soldat noir

ECRANS | Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale — voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : pers

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"L’Embarras du choix" : ou pas…

ECRANS | Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de l’épouser, elle va devoir trancher… À Alexandra Lamy, il sera toujours beaucoup pardonné : l’actrice se montre en toute circonstance d’un indéfectible enthousiasme et d’une absolue sincérité. Cette générosité naturelle lui fait hélas du tort lorsqu’elle s’embringue dans des films hâtivement bâclés tel que celui-ci, précipitamment torché par Éric Lavaine, un an à peine après leur précédente collaboration — le plutôt aimable Retour chez ma mère. Ce n’est point tant la prévisibilité de l’intrigue qui pêche (on se doute bien, que dans une comédie romantique, la dame finit avec au moins un des deux messieurs), mais plus l’écriture en gruyère moisi, à base de trous scénaristiques — des manques qui n’ont rien à voir avec des ellipses — et d’excroissances inutiles (mais pourquoi ce caméo Franck Dubosc ?).

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Retour chez ma mère

Avant-Première | Décidément, les enfants ont de plus en plus de mal à échapper au nid parental. Après la génération Tanguy qui squattait jusqu’à la trentaine, voici celle des (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Retour chez ma mère

Décidément, les enfants ont de plus en plus de mal à échapper au nid parental. Après la génération Tanguy qui squattait jusqu’à la trentaine, voici celle des quadras qui revient au bercail. Éric Lavaine s’en inspire pour Retour chez ma mère, et vient présenter ce nouveau film avant-première à Lyon (où il a tourné Barbecue), avec une belle partie de sa distribution : les comédiens Josiane Balasko et Jérôme Commandeur. Ouvert aux familles. Au Pathé Vaise à 19h30 et à 21h au Pathé Bellecour le vendredi 13 mai

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr, 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir, Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas, Rémi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai, Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mention spéciale à la séquence de jérémiades sous-titrée et à la couette ornée de petites fraises. VR

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Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept — une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc — pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque — exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre — la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive la so

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De toutes nos forces

ECRANS | De Nils Tavernier (Fr, 1h30) avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

De toutes nos forces

Attention, recrudescence de téléfilms sur grand écran en ce début de saison ! À ce titre, le film de Nils Tavernier — fils de Bertrand, qui donne ici une furieuse et imprévue modernité au cinéma de son père — est quasi-imbattable. Les bons sentiments, les rebondissements téléphonés, la platitude visuelle et les dialogues surannés renvoient impitoyablement à la plus mauvaise des télévisions, et le scénario se contente de recycler les schémas éculés du mélodrame sportif. À ceci près que le héros est handicapé physique et qu’il va convaincre son père — Jacques Gamblin, à la filmographie longtemps irréprochable, et qui commence à enchaîner les faux-pas — de courir à nouveau un triathlon mythique, en tandem cette fois. Cette originalité-là consignée, rien ne différencie De toutes nos forces de n’importe quel Rocky, où doute, culpabilité, élan, effort, découragement et dépassement de soi se succèdent selon une construction archi-prévisible, avec les inévitables brouilles et réconciliations familiales en sauce froide mélodramatique. Christophe Chabert

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Mes héros

ECRANS | De Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac...

Jerôme Dittmar | Jeudi 6 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis, veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeux et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit coeur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Jerôme Dittmar | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

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Possessions

ECRANS | Pour son troisième film, Éric Guirado s’inspire de l’affaire Flactif pour explorer, à travers une mise en scène passant sans cesse du chaud au froid et un quatuor d’acteurs excellents, le fossé grandissant entre les possédants et les dépossédés. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix. L’or blanc vire au rouge Le couple formé par Jérémie Rénier (gras et lourd : parfait !) et Julie Depardieu (inquiétante de ressentiment contenu) a tout du cliché : lui adepte du tuning, elle braquée sur des images de bonheur superficiel, co

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Bienvenue à bord

ECRANS | D'Eric Lavaine (Fr, 1h45) avec Franck Dubosc, Valérie Lemercier, Gérard Darmon…

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Bienvenue à bord

Franck Dubosc dans un ersatz de Croisière s'amuse par l'auteur de Poltergay, forcément ça fait peur. Sans miracle, Bienvenue à bord se hisse pourtant par-dessus la mêlée des comédies françaises qui font de la peine. Inutile de tergiverser sur les fantasmes hollywoodiens d'Eric Lavaine, le film est un brouillon de comédie US. Trop gras pour convaincre mais avec un échafaudage qui par rares moments fonctionne. L'essentiel c'est bien sûr Dubosc, dont la nullité intrigue. Idiot généreux et fédérateur, son personnage (toujours le même) rappelle parfois ceux de Will Ferrell. Le talent en moins, mais avec la même envie de déjouer l'ironie, d'être plus littéral que parodique, sentimental que cynique ou juste caricatural. Jérôme Dittmar

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La Guerre des boutons

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h35) avec Éric Elmosnino, Mathilde Seigner…

Dorotée Aznar | Dimanche 11 septembre 2011

La Guerre des boutons

Avec cette première Guerre des boutons, la catastrophe attendue est au rendez-vous. Le film est impitoyablement dénué d’intérêt et même de savoir-faire : les enfants sont très mal dirigés, leurs dialogues incompréhensibles ou bêtement récités (pauvre Petit Gibus !), la réalisation multiplie les faux-raccords et les plans illisibles à force de caméra secouée, certains postes techniques semblent avoir été désertés en cours de route (exemple hilarant : la maquilleuse se contente de faire des genoux au mercurochrome, toujours de la même taille !). Même les comédiens adultes pataugent dans la semoule (Alain Chabat mauvais, impossible ? Ben si, ici…). Yann Samuell, crédité au scénario, confirme son incompétence totale après L’Âge de raison : il n’a aucune affinité avec ce qu’il filme, déclinant des plans sans âme et des péripéties laborieuses, et sa tentative pour mettre le récit en perspective historique est expédiée dans la confusion. La Guerre des boutons est un téléfilm à 13 millions d’euro, ni fait ni à faire, d’un ennui incommensurable, qui du coup laisse le champ libre à la version de Christophe Barratier la semaine prochaine. Christophe Chabert

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Lucky Luke

ECRANS | De James Huth (Fr, 1h44) avec Jean Dujardin, Michael Youn, Melvil Poupaud, Alexandra Lamy…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 octobre 2009

Lucky Luke

Seule l’Italie a su déterritorialiser le western en préférant le baroque au respect des traditions. Mais on se souviendra que ces relectures transalpines ont aussi méchamment viré à la parodie : ce fût l’heure de gloire des Trinita avec Terence Hill. Ce dernier, justement, signait en 1991 une première adaptation de Lucky Luke. Si James Huth et Dujardin font mine de l’avoir oublié, leur horizon est pourtant semblable. Rien à attendre donc de cette nouvelle version. Par vague fidélité au matériau d’origine, le film ressert une soupe parodique indigeste, hystérique et lourdingue. Acteurs en roue libre, récit chaotique aux enjeux flous, seule la mise en scène dévoile quelques fulgurances. Entre Jan Kounen et Jean-Marie Poiré, ce Lucky Luke tient de l’ovni volant à très basse altitude. JD

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Le Hérisson

ECRANS | De Mona Achache (Fr-It, 1h40) avec Josiane Balasko, Togo Igawa, Garance Le Guillermic…

Christophe Chabert | Jeudi 25 juin 2009

Le Hérisson

Dans les cercles de lecteurs, après des mois de succès phénoménal, le livre de Muriel Barbery L’Élégance du hérisson avait été rebaptisé Le Hérisson tout court. Comme Les Ch’tis au cinéma l’an dernier… Le film tiré de ce best-seller que tout le monde a lu (sauf nous) prend acte de ce diminutif, ce qui lui permet au passage de prendre aussi ses distances avec le roman. Il faut dire qu’indépendamment de son origine littéraire, Le Hérisson se présente comme une œuvre d’une terne modestie, à la tristesse constante proche par instants de la neurasthénie. Tout est dit quand Paloma, la petite fille qui assume l’arc narratif principal, saisit une caméra Hi-8 (cette caméra vidéo pré-DV dont Alain Cavalier avait fait un usage superbe dans La Rencontre et Vies) et filme son quotidien bourgeois et étriqué, soudain révélé par la pauvreté de l’image. Mona Achache, dont c’est le premier film, ne fait pas de vague non plus dans sa mise en scène, propre, invisible, évanescente. L’éloge de la bonté d’âme manifestement héritée de Barbery, qui culmine dans la relation entre la concierge Renée (Balasko, en mode Cette femme-là, son plus grand rôle) et son voisin japonais Ozu (magnétique Togo I

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 4 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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Cliente

ECRANS | de et avec Josiane Balasko (Fr, 1h45) avec Nathalie Baye, Éric Caravaca…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2008

Cliente

Une quinquagénaire friquée se paie un gigolo trentenaire, marié et dans la dèche ; voilà un sujet qui convenait parfaitement à Josiane Balasko. Pour preuve : elle l’avait déjà traité dans un bouquin éponyme, faute de trouver des producteurs assez courageux pour le porter directement à l’écran. Plus personnel que son précédent et désastreux L’Ex-femme de ma vie, Cliente n’en est pas moins raté. Un ratage latent plus que criant, le film se contentant d’accumuler des scènes assez convenues et platement filmées, des dialogues pimentés de mots d’auteur pas toujours heureux jusqu’à un dernier tiers franchement laborieux. Ce qui manque pour que la sauce prenne, c’est le désir : les rapports Baye-Caravaca ne sont jamais charnels, alors qu’ils ne sont, au départ du moins, rien d’autre, et tout le trouble qui devrait en découler en est annihilé. Seule la description d’une banlieue multiraciale qui ne pose pas de problème à ceux qui y vivent apporte un peu de chaleur à un film étrangement désincarné et lointainement ennuyeux.CC

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