"Absence" : un film contemplatif, mais quelconque

ECRANS | Un film de Chico Teixeira (Br/Chi/Fr, 1h27) Avec Matheus Fagundes, Irandhir Santos, Gilda Nom

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Photo : © Sokol films


Une contrainte oulipienne a dû être imposée ces derniers mois aux cinéastes sud-américains pour qu'ils intègrent dans leurs œuvres les paramètres suivants : a/ un homme entre deux âges, plutôt aisé, vivant seul et appréciant les adolescents ; b/ un adolescent (ça tombe bien) se débattant avec une vie de galère et nourrissant, sans forcément se l'avouer, une fascination trouble pour son protecteur.

Chico Teixeira l'a relevée, ajoutant au passage une mère alcoolique pour faire bonne mesure et un père tellement démissionnaire qu'il vide les lieux dès la première séquence. Saupoudré de contemplatif, imprégné de frustrations, le résultat ne se distingue pas vraiment du tout-venant : le film est propre, mais terriblement quelconque.

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L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Cinéma | Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 9 septembre 2021

L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en cette rentrée. Notamment rue du Premier-Film, dans un esprit de lointain cousinage : après tout, les anciens CNP jadis créés par Robert Gilbert et Roger Planchon n’ont-ils pas été acquis par l’institut Lumière en 2014 ? Pour marquer le coup, une programmation exceptionnelle propose tous les jeudis un film mettant en vedette quelques-uns des directeurs historiques du théâtre. Après Planchon dans Le Dossier 51, place à Jean Vilar dans Les Portes de la Nuit (jeudi 9 septembre) puis à Une aussi longue absence de Henri Colpi (jeudi 16 à 19h). Palme d’Or 1961, ce mélodrame sur fond d’amnésie, de deuil et d’après-guerre met en scène une patronne de café intriguée par un clochard chantonnant, errant autour de son établissement et ressemblant à son époux disparu. Campé par un Georges Wilson à la fois massif et évanescent, le film capture également une époqu

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"Aquarius" : péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps.

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, brillante intellectuelle, mère de famille, ayant de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (

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Notre cher cinéma italien…

ECRANS | Depuis sa réouverture, Écully cinéma multiplie les initiatives réjouissantes, notamment autour d’une thématique audacieuse mariant musique et cinéma. Cette (...)

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Notre cher cinéma italien…

Depuis sa réouverture, Écully cinéma multiplie les initiatives réjouissantes, notamment autour d’une thématique audacieuse mariant musique et cinéma. Cette semaine, elle met le cinéma italien à l’honneur à travers une programmation réunissant classiques transalpins et avant-premières, ainsi qu’une série d’animations, de concerts et d’expositions. Niveau films, donc, on pourra y voir le dernier Daniele Luchetti (Ton absence) et Ali a les yeux bleus de Claudio Giovannesi, précédé d’une excellente réputation et qui sortira sur les écrans à la fin du mois. On est perplexe en revanche sur Stop the pounding heart de Roberto Minervini, docu-fiction autour d’une famille américaine d’adorateurs de la Bible, où les belles images du cinéaste et sa neutralité bienveillante finissent par créer une désagréable empathie pour ces mabouls de la pureté armés jusqu’aux dents — si, comme nous, vous vous interrogez sur le point de vue de Minervini, il en discutera via Skype à l’issue de la projection. Le plus beau morceau de cette programmation tient cependant aux classiques dénichés par ce festival tout nouveau tout beau : du film trip de Valerio Zurlini

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Les Bruits de Recife

ECRANS | Formidable premier film du Brésilien Kleber Mendonça Filho, cette exploration d’une psychose sécuritaire au motif incertain importe les codes du cinéma de genre dans un récit prenant, mis en scène avec un sens spectaculaire de l’espace et du son. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Les Bruits de Recife

Un jeune couple s’embrasse goulûment dans une ruelle ; un gamin frappe son ballon contre un mur ; un chien aboie la nuit… Ce sont les bruits que les résidents de ce quartier aisé de Recife entendent dans les premières séquences du film. Bruits anodins mais que cette classe moyenne paranoïaque, persuadée d’une menace alentour, prend comme la manifestation d’un danger. À cela s’ajoute le vol chronique d’auto-radios et l’arrivée de deux individus proposant d’assurer jour et nuit la sécurité des habitants… Et voici lancée l’implacable mécanique de ce premier film signé Kleber Mendonça Filho — un nom à retenir impérativement. La multiplication des personnages laisse à penser que Les Bruits de Recife va travailler une chronique chorale sur le modèle Dodeskaden… En fait, sa structure en chapitres trace un dessin beaucoup plus complexe ; si chaque destin semble avancer de manière autonome, une même angoisse sourde les réunit. Mais quelle en est la cause ? Les pauvres qui traînent dans les rues sont tous intégrés dans cet écosystème économique — les femmes de mén

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J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Jerôme Dittmar | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

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