Valeria Bruni-Tedeschi survole "Folles de Joie"

ECRANS | Un film de Paolo Virzì (It, 1h56) avec Valeria Bruni-Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Photo : © DR


Atypique cavale que celle de Beatrice et Donatella : bien que pensionnaires de la Villa Biondi — une institution dévolue aux femmes atteintes de troubles psychiques —, ces deux fugueuses n'ont rien en commun. Aristo mythomane et extravertie, qui plus est joueuse compulsive, la première a été placée là par son entourage pour que sa gênante présence disparaisse des portraits de famille ; quant à la seconde, pauvre fille paumée accusée d'infanticide, elle rêve de revoir son fils. Ensemble, elle forment équipage, jouant les Thelma et Louise à travers l'Italie.

Plus qu'explicite, la référence au film de Ridley Scott fait même l'objet d'une citation visuelle appuyée lorsque les deux complices se retrouvent par hasard à bord d'une décapotable. L'un des fugaces moments de liberté et de bonheur de ce film portant un regard sensible sur ce que l'on nomme par commodité la “folie” — un terme générique confortable recouvrant bien des situations, représentée ordinairement par des poncifs affligeants.

Paolo Virzì montre que Beatrice et Donatella sont avant tout des victimes exprimant dans leur “folie” une révolte sociale : pour l'une le refus d'être réduite à un objet décoratif inscrit dans une tradition séculaire étriquée ; pour l'autre d'être possédée physiquement et dépossédée de son enfant. Leur rébellion les écartant doublement de la norme, les a conduites à l'internement. Montrant l'implication des structures médicales faisant l'impossible pour que le “couple” ne soit pas incarcéré comme une paire de criminelles de droit commun, Folles de joie défend un point de vue humaniste — c'est-à-dire le simple bon sens.

En réunissant des comédiennes qu'il avait déjà dirigées séparément, le cinéaste a composé un duo impeccable. Et si Micaela Ramazzotti est loin de démériter, Valeria Bruni-Tedeschi survole le film en bipolaire perdue dévorante d'affection. Une quasi révélation.


Folles de joie

De Paolo Virzì (Ir, Fr, 1h56) avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti...

De Paolo Virzì (Ir, Fr, 1h56) avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti...

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Le film est présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2016 Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié.


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Vieux routards que jamais : "L'Echappée belle"

ECRANS | de Paolo Virzì (It-Fr, 1h52) avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay… (sortie le 3 janvier)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Vieux routards que jamais :

Ella et John ont décidé de rouler vers le Sud à bord de leur vieux camping-car, comme autrefois, mais à l’insu de leurs enfants — ce qui n’est pas pour les rassurer, car John est atteint d’Alzheimer et Ella d’une autre saloperie. Il s’agit sans doute de leur dernière balade en amoureux… L’affiche et la thématique visent les spectateur·trice·s susceptibles de s’identifier à des comédiens avec qui ils partagent, outre les tracas de l’âge, le privilège d’appartenir à une génération “à part” : celle, notamment de la libération sexuelle ou des luttes contre la guerre au Vietnam. Voir ces témoins du Flower Power sillonner, éberlués, leur Amérique en train de se recroqueviller sur Trump ou se pencher sur les cause de la rupture générationnelle existant entre ces géniteurs décomplexés et leurs enfants bien plus coincés, aurait pu s’avérer captivant. Malheureusement, les considérations socio-politiques passent au second plan, s’effaçant au profit de séquences plus “faciles” en émotions. Et si l’empathie que l’on éprouve pour le duo Mirren-Sutherland atténue l’agacement, elle ne

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La Prima Cosa Bella

ECRANS | De Paolo Virzi (Ita, 1h51) avec Valério Mastandrea, Stefania Sandrelli…

Dorotée Aznar | Lundi 27 juin 2011

La Prima Cosa Bella

Sous la coupe d’un mari aussi violent que jaloux, Anna quitte le foyer familial avec pertes, fracas et ses deux gosses. Ces derniers, trente ans plus tard, ont beaucoup à gérer psychologiquement au moment où leur mère se meurt avec un surprenant aplomb… Sur une base plutôt préoccupante d’un point de vue psychanalytique (dans la moitié seventies du film, le rôle de la mère est tenu par la femme du réalisateur, lequel affirme avoir mis beaucoup de lui-même dans le scénario), La Prima Cosa Bella jongle élégamment entre les deux époques et cerne les tourments de ses personnages sans forcer le trait. Le mélange entre drame et comédie s’avère très bien dosé, et soutenu avec grâce par l’ensemble du casting, le placide Valério Mastandrea et la toujours rayonnante Stefania Sandrelli en tête. La légèreté du film, dans sa réalisation aérienne, ses partis pris artistiques gentiment foutraques (une scène de crise cardiaque rythmé par Born to be alive, vous en rêviez, la voilà) et sa tendresse à fleur de peau, est à même de séduire – mais lui garantit également son caractère plutôt anecdotique. FC

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Les mains en l’air

ECRANS | De Romain Goupil (Fr, 1h30) avec Linda Doudaeva, Valeria Bruni-Tedeschi…

Dorotée Aznar | Lundi 7 juin 2010

Les mains en l’air

Avec cette fiction inspirée du sort des sans-papiers en France sarkozyste, Romain Goupil fonce tête baissée dans une radicalité tout ce qu’il y a de plus grossière – si vous trouviez Welcome de Philippe Lioret démago, préparez-vous à des séances de scarification intensives… Déjà, l’auteur se cache ici derrière un triple bouclier humain pour se rendre “inattaquable“ : une astuce scénaristique balourde faisant observer le récit de cinquante ans dans le futur, des personnages principaux majoritairement en dessous de quinze ans (pour l’innocence du regard, suppose-t-on), et enfin la présence en second rôle de Valeria Bruni-Tedeschi, belle-sœur de vous savez qui. Fort de tous ces atouts, Goupil dévoile devant nos yeux l’équivalent à peine cinématographique du rap conscient : soit une œuvre dont l’hostilité aux échos de révolte adolescente mal canalisée ne prêchera que les convaincus, fera pouffer les dénoncés, et, pire, amoindrira la justesse d’une cause n’ayant vraiment pas besoin de caricatures pour appuyer sa légitimité. FC

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Les regrets

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Valéria Bruni-Tedeschi…

Dorotée Aznar | Vendredi 28 août 2009

Les regrets

Attention : précision. On est plutôt friand des expérimentations narratives pas toujours évidentes de Cédric Kahn, de sa capacité à s’emparer de sujets casse-gueule pour y imprimer sa marque. Mais le making of de son très bon Feux rouges nous avait tristement mis la puce à l’oreille : la frilosité de la production nationale n’encourage pas vraiment les auteurs à sortir des sentiers battus, et fait même office de machine à broyer les âmes créatrices, obligées de mettre leurs ambitions en veilleuse. Les Regrets, mélodrame au thème éculé (deux anciens amants jouent à “je t’aime, moi non plus“) souligne donc, hélas, le renoncement du cinéaste. Cédric Kahn peine à donner de la substance cinématographique à son récit, ne se permet que de rares écarts formels laissant deviner en filigrane la puissance dont le film aurait pu se targuer. Il touche d’une certaine façon au but, en suscitant une frustration faisant écho au marasme affectif des personnages principaux, mais ce petit plus théorique ne relève en rien l’intérêt restreint d’une œuvre lorgnant plus du côté du téléfilm que de ses références revendiquées (Truffaut en tête). François Cau

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