Kino Parade au Goethe Institut

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un village pas très classe : "Joel, une enfance en Patagonie"

Drame | Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a neuf ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Un village pas très classe :

Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans une décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, à la petite communauté recluse dans sa tranquillité, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec une galerie de visages haineux ou craintifs, et la soumission des services scolaires, refusant de se mettre à dos la communauté villageoise. Il faut être fort pour s’opposer au rouleau c

Continuer à lire

Invitation à Virginie Efira

Institut Lumière | Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Invitation à Virginie Efira

Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute semble de moins en moins permis —, qu’elle figure à l’affiche du succès français de l’automne Le Grand Bain, qu’elle a incarné avec grâce le rôle difficile de la mère de Christine Angot dans Un amour impossible, et qu’elle sera bientôt la mère d’un garçon difficile dans l’adaptation de Laurent Mauvignier, Continuer, Virginie Efira s’octroie une respiration rue du Premier-Film où elle conversera avec le maître des lieux, avant la projection de Victoria (2016) de Justine Triet. Histoire de mesurer le chemin qu’elle a accompli depuis. À l’Institut Lumière le mercredi 16 janvier à 21h

Continuer à lire

"Dora ou les névroses sexuelles de nos parents" de Stina Werenfels : Dora explore l’amour

ECRANS | de Stina Werenfels (Sui, 1h28) avec Victoria Schulz, Lars Eidinger, Jenny Schily…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

« Différente », selon sa mère, agissant souvent avec la spontanéité désinhibée d’une enfant, Dora vient de fêter ses 18 ans. Libérée des traitements, elle découvre des pulsions nouvelles. Le hasard place sur sa route un homme trouble qui la viole, mais avec lequel elle va entretenir une relation, jusqu’à se retrouver enceinte. Attention, exception ! Dans le cinéma traitant du handicap, il est hélas rare que le fond et la forme présentent simultanément de l’intérêt. Stina Werenfels accomplit donc un petit miracle de délicatesse avec ce premier long-métrage abordant l’épineuse question (en particulier pour leurs parents) de l’autonomie sexuelle des personnes en situation de handicap mental. Lumineux grâce à une photographie éclatante, son film épouse volontiers la singularité du regard de Dora, à la pureté innocente et inconditionnelle — mais non universel, car elle choisit qui elle aime. Et en dépit de ce contexte de départ atypique, tout (des rivalités générationnelles mère/fille à la proximité père/fille, en passant par l’étendue de la gamme de sentime

Continuer à lire

L'Amérique du Sud avec Adia Victoria

Garage blues | Fille du Sud des États-Unis et pas près de le quitter, Adia Victoria brasse en profondeur son atmosphère unique et inquiétante, se jouant des démons qui s'y enracinent, à travers un garage blues à se damner qui mêle la rage la plus poisseuse à la grâce la plus pure.

Stéphane Duchêne | Mardi 7 mars 2017

L'Amérique du Sud avec Adia Victoria

L'an dernier, un nanard cosmique à tendance horrifique titré Southbound faisait état d'une malédiction à laquelle il est difficile de ne pas souscrire : on ne s'échappe pas du Sud des États-Unis car toutes les routes non seulement y mènent, mais surtout y ramènent comme une malédiction. Adia Victoria ne chante pas autre chose sur Stuck in the South : « Yeah, I've been thinking about making tracks / But the only road I know/It's going to lay me back / I'm stuck in the South ». Native de la Caroline du Sud, elle n'a jamais vraiment pu quitter le Sud profond des États-Unis. Elle y a surtout tourné en rond. Passée par la Georgie, brièvement par New York et, toute jeune, par Paris – où elle a attrapé le goût des poètes français – la jeune femme a fini par s'installer à Nashville, Tennessee, aka Music City. Le Sud toujours. Mais là où, dans la grande marmite officielle de la country, des centaines de musiciens tentent de faire rissoler leurs ambitions à l'échelle nationale en s'attifant en cow-boy, c'est l'esthétique Southern Gothic chevillée au corps

Continuer à lire

"Victoria" : Perdita

ECRANS | de Justine Triet (Fr, 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour, héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors, faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira (“tellement à contre-emploi”, comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste (“tellement avec des lunettes”) et Melvil Poupaud (“tellement revenu en grâce”). On sent bien que Justine Triet lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne, un écrivain pervers lymphatique joué par Laurent Poitrenaux vampirisant dans ses romans la vie de son ex. Pas de quoi s’étra

Continuer à lire

"Vicky" : une autofiction signée Victoria Bedos

ECRANS | de Denis Imbert (Fr, 1h28) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby, François Berléand, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

En théorie, on devrait éprouver compassion et bienveillance pour Victoria Bedos, la pauvre petite fille riche racontant ici sa difficulté d’avoir pour père un comédien misanthrope et pour frère un monstre d’égoïsme se servant d’elle comme d’un paillasson — de préférence les soirs de pluie. C’est à cause, ou grâce, à ces modèles masculins étouffants qu’elle a voulu se réinventer en devenant chanteuse underground, car elle a du talent, elle aussi… Mais notre empathie, on s’assoira dessus, puisque la comédienne-scénariste affirme qu’il ne faut chercher aucun règlement de compte dans ce film servant sa gloire et fusillant les affreux machos autocentrés de sa parentèle. Elle s’est pourtant donné bien du mal pour accentuer les ressemblances, pour que chacun identifie sans peine les Bedos derrière les Bonhomme. Cela dit, en étant de presque tous les plans dans l’autofiction qu’elle se consacre, Victoria montre

Continuer à lire

Un Moi(s) de cinéma #7

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #7

Au sommaire de ce Moi(s) de cinéma, les films à voir absolument en ce mois de juillet : • Victoria de Sebastian Schipper • Microbe et Gasoil de Michel Gondry • Love de Gaspar Noé • While we're young de Noah Baumbach • Sorcerer de William Friedkin (reprise)

Continuer à lire

Victoria

ECRANS | En temps réel et en un seul plan séquence de 2h20, Sebastian Schipper passe de la chronique nocturne berlinoise au thriller avec une virtuosité qui laisse pantois, nécessitant une immersion totale dans son dispositif pour en apprécier pleinement l’ivresse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Victoria

Bombardée par une lumière stroboscopique et les basses d’un morceau techno, une jeune fille danse au milieu des fêtards dans un club berlinois ; le plan dure, le son est lourd, l’effet de lumière aveuglant ; à peine a-t-on ouvert les yeux sur son film que, déjà, Sebastian Schipper nous demande un abandon complet à cette expérience qu’est Victoria. Celle d’une immersion totale dans sa réalité plutôt que dans son réalisme car, malgré les apparences, tout ici célèbre l’artificialité de la mise en scène cinématographique. En effet, les deux heures vingt à suivre ne connaîtront aucune coupe de montage, proposant un plan-séquence en temps réel où la caméra, toujours en mouvement, va parcourir à vue d’œil quatre bons kilomètres à travers les rues, les immeubles et les hôtels de la capitale allemande. Et pourtant, le film s’abandonnera à toutes les ruptures — de ton, de genre, de vitesse — répondant à un scénario qui jouerait à cache-cache avec le spectateur, très visible dès qu’on prend un peu de distance avec ce qui se passe sur l’écran, indécelable lorsqu’on se laisse absorber par le dispositif. Celle qui nous sert de guide s’appelle Victoria : elle arriv

Continuer à lire

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

Continuer à lire

Mon amie Victoria

ECRANS | De Jean-Paul Civeyrac (Fr, 1h35) avec Guslagie Malanda, Nadia Moussa…

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Mon amie Victoria

Autrefois chantre d’un cinéma auteurisant ascétique et particulièrement casse-burnes, Jean-Paul Civeyrac a mis de l’eau dans son vin avec Mon amie Victoria, sans doute son film le plus accessible. Est-ce réussi pour autant ? Cette adaptation d’un roman de Doris Lessing montre le choc culturel entre une jeune fille noire et une famille que la voix-off prend bien soin de nous décrire comme «de gauche». Recueillie brièvement chez eux pendant un passage à l’hôpital de la tante qui l’élève, Victoria, alors âgée de 11 ans, connaît son premier émoi sentimental au contact de l’aîné de la famille. Mais c’est aussi la découverte d’un appartement luxueux, propre et frais qui la déboussole. Des années après, devenue une belle jeune femme, elle noue une idylle avec le plus jeune frère de cette même famille, dont elle aura un enfant. Mais les distances sociales sont manifestement infranchissables pour Civeyrac, qui plaque sans cesse un discours plutôt expéditif sur son récit. Pour lui, le racisme est aussi — surtout ? — dans la condescendance, même nantie des meilleures intentions, des bourgeois blancs envers les pauvres noirs, et la désillusion qui saisit Vi

Continuer à lire

Jeux de piste

SCENES | Le nouveau cirque n'est pas qu'un produit d'appel. C'est le constat qui s'imposait au terme de la saison 2012/2013, plutôt époustouflante en la matière. C'est le même qui se dessine en creux des plaquettes estampillées 2014. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 5 septembre 2013

Jeux de piste

Politique et contracté (Propaganda, par les punks d'Acrobat), tendre et intimiste (Pour et le meilleur et pour le pire, du Cirque Aïtal), souple et détendu (Nuage, avec Mathurin Bolze et Yoann Bourgeois), freaky et inquiétant (

Continuer à lire

Famille je vous aime

SCENES | Créé dans les années 90, "Le Cirque invisible" de Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin fait partie de ces spectacles qui marquent les esprits avec bonheur. Deux heures de véritable magie visuelle, sans aucune autre prétention que celle d’émouvoir et d’enchanter le public. Aurélien Martinez

Christophe Chabert | Lundi 5 novembre 2012

Famille je vous aime

Le Cirque invisible, ce sont des images, des sensations, des formes, des couleurs... Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin, que l’on a coutume de présenter comme les pionniers du nouveau cirque (cet art qui s’éloigne du nez rouge et des lapins dans les chapeaux pour rechercher une certaine épure proche de la danse), sont deux artistes délicieusement fantasques. Lui, acteur que l’on a aussi bien pu croiser chez Alain Resnais et Peter Brook que dans la rue en 1968 ; elle, fille du grand et imposant Charlie Chaplin, qui aujourd’hui collabore discrètement avec leurs deux enfants : Aurélia Thierrée (elles ont imaginé ensemble L'Oratorio d'Aurélia), et surtout James Thierrée, artiste pluridisciplinaire qui livra quelques-uns des plus beaux spectacles vus ces dernières années (elle lui confectionne ses costumes). Une lignée à haute valeur artistique ajoutée donc... Mais revenons-en aux parents, qui sont maintenant seuls en piste, leurs enfants ayant depuis longtemps quitté leur Cirque bonjour (qui devint ensuite le Cirq

Continuer à lire

Mince alors !

ECRANS | De Charlotte De Turckheim (Fr, 1h40) avec Lola Dewaere, Victoria Abril…

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Mince alors !

Mince alors ! est tellement nul qu’on ne sait par quel bout prendre son ratage. On pourrait parler de cette manière laborieuse de faire de la comédie où, faute de trouver le tempo, on se rabat sur du mot d’auteur balourd façon Théâtre des deux ânes. On pourrait fustiger ce qui ressemble à un vaste spot de publicité pour les cures d’amaigrissement à Brides-les-Bains. On pourrait enfin se gausser des ficelles vaudevillesques du scénario, où l’émotion surgelée débarque comme un cheveu sur la soupe dans le dernier tiers. Mais plus subtilement foiré est le choix de Lola Dewaere dans le rôle principal. Rien à dire sur son talent de comédienne, un peu gauche certes, mais qu’on ne demande qu’à suivre dans autre chose qu’un nanar. Le problème, c’est qu’elle est supposée incarner une fille un peu ronde qui doit perdre du poids pour plaire à nouveau à son mari. Mais Lola Dewaere est si évidemment belle à l’écran qu’on ne voit pas où est la question et, du coup, pourquoi en faire un film…Christophe Chabert

Continuer à lire

Cherchez la femme

ECRANS | En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Cherchez la femme

En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait sensation, l’année dernière, dans le cinéma d’art et essai français. Tourné avec peu de moyens mais une grande intelligence de la mise en scène, il confirmait que Sciamma était non seulement dotée d’une grande sensibilité pour saisir le trouble identitaire et sexuel (ce que son premier film, Naissance des pieuvres, laissait déjà deviner) mais qu’elle faisait preuve d’un pragmatisme plutôt rare dans le cinéma hexagonal. Issue de la FEMIS, elle n’est pas passée par la filière «réalisation», mais par celle du «scénario» ; et alors que le succès critique et public de sa première œuvre aurait pu lui offrir un tremplin vers des budgets plus confortables, elle a préféré tourner Tomboy avec des petits moyens et des acteurs peu connus. Cette modestie est sans doute ce qui contribue à la vérité du film, concentrée sur l’intelligence

Continuer à lire

Toast

ECRANS | De S. J. Clarkson (Ang, 1h32) avec Oscar Kennedy, Freddie Highmore…

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Toast

Genèse pop et nostalgique de la vocation de Nigel Slater, cuistot et critique culinaire anglais parfaitement inconnu de ce côté-ci de la Manche. Dans sa première partie, le film se révèle aussi passionnant qu’un biopic de Jean-Luc Petitrenaud ou Joël Robuchon pourrait l’être pour un spectateur scandinave. Le deuxième acte, focalisé sur la rivalité entre le héros et sa marâtre, se développe faiblement sur l’idée que la cuisine peut être le moyen de se lier à ses proches, quitte à les transformer de façon irréversible – mais pour le coup, cette absconse morale se dilue dans l’envie de plus en plus tenace de se goinfrer de tarte aux citrons meringuée. Les deux interprètes de Nigel Slater (enfant et ado), d’une fadeur dommageable, participent malheureusement pour beaucoup au désintérêt d’un film dont on a de plus en plus de mal à cerner les enjeux. En prenant tous ces éléments en compte, il faut d’autant plus louer la réalisation de S. J. Clarkson, artisan télévisuel chevronné dont il s’agit du premier long-métrage : élégante, inspirée, ingénieuse mais sans épate, la mise en scène de Toast parvient à élever un récit farouchement anodin et à en faire jaillir une émotion inattendue là

Continuer à lire

Knut Hamsun

CONNAITRE | Victoria Gaïa Éditions

Dorotée Aznar | Mercredi 21 avril 2010

Knut Hamsun

«Naturellement, on ne peut pas avoir celle que l'on aime. Mais si par hasard, ou par justice ou l'obtient, elle meurt aussitôt après». Ainsi, Victoria et Johannes s’aiment depuis l’enfance, mais leur amour est impossible. Il est le fils du meunier, elle est la fille d’un châtelain désargenté et la société ne les destine pas l’un à l’autre. Mais dès leur plus jeune âge, chacune de leurs actions, chacune de leur décision sera guidée par l’amour qu’ils se portent ou par leur volonté d’échapper à leurs sentiments. Amours contrariées, serments éternels, espoirs déçus, séparations, mort. Si les thèmes abordés dans Victoria peuvent a priori laisser froid, l’écriture de Knut Hamsun maintient son lecteur prisonnier dès la première page. Précise mais délicate, radicale mais charmante, la plume d’Hamsun donne à ses personnages fragiles une véritable profondeur et un caractère intemporel. Car les victimes sont ici leurs propres bourreaux, des anti-héros guidés par leur orgueil, qui refusent de se renier, dans leurs meilleures actions ou les pires, à l’image de l’auteur qui les a couchés sur le papier. Un auteur majeur que les Éditions Gaïa remettent à l’honneur en rééditant ce très beau roman

Continuer à lire

Soul Kitchen

ECRANS | Après deux très grands films, "Head on" et "De l’autre côté", Fatih Akin s’offre un break avec une comédie utopiste et musicale, pas toujours drôle mais souvent plaisante, joli portrait du Hambourg d’aujourd’hui et de sa population. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 mars 2010

Soul Kitchen

De la part d’un cinéaste qui semblait parti pour s’installer dans le clan des grands auteurs européens, Soul Kitchen surprend. Après la tragédie Head on et le drame choral De l’autre côté, Fatih Akin ose une comédie simple, linéaire et dans l’air du temps. Où l’on voit un ado attardé gérer un restaurant plutôt glauque dans un quartier en friche de Hambourg. Il laisse sa petite amie friquée s’envoler à Shanghaï pour devenir correspondante de presse et recueille son frère, en liberté provisoire. Sa rencontre avec un chef aussi irascible qu’inspiré (le génial Birol Ünel, découvert dans Head on), un mal de dos qui le conduit chez une jolie kiné, sa passion pour la musique soul et, en fin de compte, le désir d’inventer un lieu d’utopie où la cuisine serait l’âme d’une communauté, forme le ciment des nombreuses péripéties qui rythment le scénario, généreux quoiqu’un rien boulimique. Gastro utopique Pour filer la métaphore, disons que Fatih Akin est meilleur lorsqu’il travaille sur la finesse des ingrédients ou le mélange des saveurs que quand, comme ici, il s’emploie à une grande bouffe un peu rob

Continuer à lire

Amorosa Soledad

ECRANS | De Martin Carranza et Victoria Galardi (Arg, 1h16) avec Inés Efron, Nicolas Pauls…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juillet 2009

Amorosa Soledad

Au sortir d’une rupture, Soledad se prend en main et décide d’affronter seule les trois années à venir. Elle bouge ses meubles, tente d’ignorer son ex, de gérer son hypocondrie, son boulot, le mec suave qui lui fait des avances… Conçu comme une succession de vignettes traduisant le vide affectif de son héroïne comme sa défiance du monde extérieur, Amorosa Soledad parvient, à la grâce de son interprète attachante, à titiller une certaine forme d’empathie, assez rapidement entamée par le côté procédurier de la narration. Personnage fonction engoncé dans sa mécanique quotidienne, Soledad s’épanouit progressivement et le film avec elle – dommage que le film se repose quasi entièrement sur cet effet miroir pas vraiment original. FC

Continuer à lire

En piste, poètes !

SCENES | On en oublierait presque que ce sont eux, les inventeurs du Nouveau Cirque. L'air de ne pas y toucher, avec Le Cirque invisible, Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin ont révolutionné l'art de la piste. Marion Quillard

Marion Quillard | Jeudi 11 décembre 2008

En piste, poètes !

Lui, vieillard fou, tignasse blanche ébouriffée, professeur tournesol de la piste, clown burlesque. Elle, grands yeux noirs écarquillés, cheveux de jais, petit format tout en agilité. Lui, prestidigitateur en couleur, magicien de quatre sous, illuminé émerveillé. Elle, grâce incarnée, acrobate poète, contorsionniste élégante. Eux: Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin, maîtres à bord de cet incroyable Cirque Invisible. L'histoire du Cirque Invisible, c'est d'abord celle d'une rencontre, d'une correspondance. Il lui a écrit, elle lui a répondu. De ce désir de travailler ensemble sont nés deux enfants, James Thiérrée et Aurélia Chaplin, et trente ans de vie commune sur les pistes du monde entier. Au bilan, trois créations: le Cirque Bonjour, le Cirque Imaginaire et le Cirque Invisible, qui tourne depuis 1990. Jean-Baptiste Thiérrée aurait aimé «n'en faire qu'un seul et le peaufiner sans cesse...» Spectacle-valiseAvec facétie, les deux amants inventent un monde étrange et onirique où se mêlent équilibristes gracieux, lapins géants, cyclistes ingénieux et genoux amateurs d'opéra. Dans une irrésistible panoplie de numéros, ils marient la dextérité au merveilleux, l'inv

Continuer à lire

Cirque poète

SCENES | L'air de ne pas y toucher, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin ont révolutionné l'histoire du cirque. Du 9 au 22 décembre à la Maison de la Danse, leur (...)

Marion Quillard | Vendredi 5 décembre 2008

Cirque poète

L'air de ne pas y toucher, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin ont révolutionné l'histoire du cirque. Du 9 au 22 décembre à la Maison de la Danse, leur Cirque Invisible recrée un monde incroyablement libre qu'habitent clowns illusionnistes, lapins géants et autres personnages incongrus. Un univers coloré dans lequel ils se dédoublent, se métamorphosent à l'infini avec une précision et une invention époustouflante.

Continuer à lire

48 heures par jour

ECRANS | de Catherine Castel (Fr, 1h29) avec Antoine de Caunes, Aure Atika, Victoria Abril…

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

48 heures par jour

Face à ce film anodin et médiocre, grande est la tentation de ressortir nos rengaines habituelles sur le délabrement de la comédie française. Mais, fin de saison oblige, la lassitude est trop forte. À la limite, relisez notre papier sur Tu peux garder un secret, dont 48 heures par jour est une version moins agressivement commerciale et misogyne. On y retrouve les mêmes travers : des mots d’auteurs lourds comme du plomb surlignés par le jeu «comédie» des acteurs, une vision désespérante du monde du travail où tout le monde est débordé mais où personne ne travaille jamais à l’écran, une empathie voulue mais introuvable pour les problèmes des gens riches, une relecture à peine dépoussiérée des clichés du vaudeville. Osons donc ici un sepuku critique : ce cinéma-là existe depuis des lustres, il a connu, selon les acteurs et les auteurs qui l’ont alimenté, des hauts (diard) et des bas (en ce moment…), mais surtout, il se contrefout de notre avis de spectateur. Autant dire qu’il n’est pas impossible qu’à l’avenir, on le laisse macérer dans son jus… CC

Continuer à lire

L’un contre l’autre

ECRANS | de Jan Bonny (All, 1h36) avec Matthias Brandt, Victoria Trauttmansdorff…

Christophe Chabert | Jeudi 24 avril 2008

L’un contre l’autre

L’argument de L’un contre l’autre pourrait se résumer en une formule lapidaire : un flic est frappé par sa femme. Cette inversion des rôles de la violence domestique suffit à faire lever un sourcil d’intérêt, mais le film de Jan Bonny évite heureusement de donner des gages aux théories atroces d’un Éric Zemmour sur la perte de virilité masculine. Certes, son policier de héros n’a vraiment pas grand-chose pour lui : effacé devant ses collègues de travail (même devant son partenaire, pourtant très lâche lui aussi), fuyant les problèmes par une formule passe-partout («Ce n’est pas un drame») et se réfugiant dans un auto-apitoiement qui prend la forme d’une cabine de jeu vidéo. Cependant, l’humiliation qu’il subit chez lui trouve un écho chez tous les autres personnages, à commencer par sa femme, qui cherche à conquérir l’estime de ses parents et de ses enfants, mais qui s’enfonce à chaque tentative. L’un contre l’autre dessine en fait une juxtaposition de solitudes qui ne trouvent comme manière d’en sortir que la violence physique. Au détour d’une scène surprenante où des flics répètent en chœur «1600 euros nets, vive la police allemande !», on se demande si ce mal-être n’est pas à ch

Continuer à lire