"Love & Friendship" : une délicieuse adaptation de Jane Austen

ECRANS | Avec cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, Whit Stillman semble du genre à se faire désirer. Logique qu’il ait succombé aux charmes de Lady Susan, cultivant la séduction comme l’un des beaux-arts. En résulte une transposition délicieuse du roman épistolaire de la jeune Jane Austen.

| Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


Le rôle du cinéma et de la télévision dans le regain de popularité rencontré par l'œuvre de Jane Austen est indubitable : la prodigieuse quantité d'adaptations — qui elles-mêmes ne l'étaient pas toutes — déversées sur les écrans depuis une vingtaine d'années a contribué à la postérité contemporaine de l'auteure britannique au-delà du périmètre des lecteurs avertis et des anglophones.

La surexposition de Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments ou Emma a cependant eu comme corollaire étrange de restreindre la notoriété de ses écrits à ces quelques titres, abandonnant les autres à une ombre plus épaisse encore. En un sens, c'est heureux que personne ne se soit emparé de Lady Susan avant Whit Stillman : il a eu le bonheur de travailler sur un matériau vierge de tout repère. Et de façonner “son” image de Lady Susan.

Une Kate avisée d'un époux aisé

Celle-ci épouse les traits merveilleux — comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il s'agit d'une coureuse de beau parti, fine manigancière au physique envoûtant — de Kate Beckinsale. Il y a une autoréférence malicieuse et cohérente dans ce choix d'actrice, comme dans celui de Chloë Sevigny pour incarner sa confidente : Stillman reconstitue son duo des Derniers Jours du disco (1998), accréditant l'idée dans l'esprit du spectateur d'une complicité ancienne et naturelle entre ces deux (encore) jeunes séductrices.

Au-delà de sa splendeur physique, le personnage de Lady Susan est séduisant par son esprit et sa rouerie : drôle dans ses traits et répliques qu'envierait Oscar Wilde, sa capacité à tirer avantage de ses infortunes, sa faculté féline à retomber sur ses coussinets. Habillée d'impassibilité soyeuse, cette femme fatale avant la lettre ourdit des péripéties d'autant plus jubilatoires qu'elle a tout pour se faire haïr (de l'intelligence à l'absence d'amour maternel, en passant par l'ambition), et qu'elle se trouve encerclée par une gent masculine brillant par sa stupidité.

Stillman use d'un classicisme à la Resnais — c'est-à-dire profondément moderne — en insérant des cartons présentant les personnages, qui contribuent à instiller un humour à froid divergé, souterrain. On peut ainsi “lire” le film comme une respectueuse adaptation en costumes faussement guindée, ou bien s'amuser à déceler les jeux sur les non-dits, allusions, mensonges, parades et fuites à l'anglaise. Quelle que soit l'option, le plaisir est exquis.

Love & Friendship de Whit Stillman (Irl/Fr/PB, 1h30) avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny, Xavier Samuel…


Love & Friendship

De Whit Stillman (Irl, 1h32) avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny...

De Whit Stillman (Irl, 1h32) avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny...

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Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente. Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d'ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide… D'après Lady Susan de Jane Austen.


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Sans pitié pour le cheval : "La Route sauvage (Lean on Pete)"

Le Film de la Semaine | Cavale épique d’un gamin s’étant piqué d’affection pour un canasson promis à la fin dévolue aux carnes hippiques, cette errance passant du hara qui rit au chaos corral est menée par le prometteur Charlie Plummer, Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra.

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sans pitié pour le cheval :

Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché par l’entraîneur grognon d'un vieux pur-sang, Lean on Pete. Quand il apprend que l’animal est menacé, Charley fugue avec lui. Rebaptisés en débarquant en France, les films étrangers sont souvent gratifiés d’une dénomination outrepassant la pure traduction. Si la mode est aux franglaisicismes approximatifs — The Hangover (La gueule de bois) de Todd Philips se soigne en Very Bad Trip — autrefois, on aimait embrouiller les spectateurs : connu comme La Cinquième Victime, While The City Sleeps (1956) de Fritz Lang pouvait difficilement être traduit par Quand la ville dort, déjà attribué à Asphalt Jungle (1950) de John Huston ! Parfois, les deux titres coexistent. Et se succèdent comme pour témoigner d’une variété de focalisations ou d’inflexions soudaines à venir

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Contrebande

ECRANS | De Baltasar Kormakur (Islande, 1h49) Avec Mark Walhberg, Kate Beckinsale, Ben Forster

Jerôme Dittmar | Vendredi 11 mai 2012

Contrebande

Ce n'est peut-être pas avec Contrebande que Baltasar Kormakur (101 Rekyavik, État de choc)  conservera son visa pour Hollywood. Trop brouillonne, mal servie par un script pressé et une mise en scène sans éclat, cette course contre la montre d'un père qui pour sauver les siens doit retremper dans les magouilles et ramener des faux billets du Panama, laisse un arrière goût d'inachevé. Dommage, en posant ses valises sur un bateau cargo et ses ports, le film invite pourtant à une géniale plongée dans le milieu des contrebandiers moderne - arrière plan quasi documentaire à peine exploré par les décors et gâché par la mécanique vampirique de l'intrigue. Reste Mark Walhberg, éternel bad boy, héros infaillible et point névralgique de tout qui malgré ses bonnes résolutions de patriarche (revenir sur le bon chemin), s'amuse à endosser son vieux costume de voleur. Éloge de l'illégalité jamais remise en question, Contrebande joue aux anars avec le sourire. C'est déjà pas si mal. Jérôme Dittmar

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Mr. Nice

ECRANS | De Bernard Rose (Ang, 2h01) avec Rhys Ifans, Chloë Sevigny…

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Mr. Nice

Dans ce biopic autour d’Howard Marks, étudiant prometteur qui découvre à Oxford les joies de la marijuana avant d’en devenir le principal trafiquant en Grande-Bretagne, l’intérêt est paradoxalement quand Bernard Rose s’éloigne des règles du genre. Notamment l’introduction, avec une belle idée : Rhys Ifans ne fait aucun effort pour se rajeunir à l’écran, et son corps est littéralement projeté sur des images d’époque et dans des séquences hallucinatoires visuellement percutantes. Plus le personnage rattrape l’âge de son acteur, plus le film rentre dans les clous et les événements se succèdent sans réelle dramaturgie. Même la mise en scène se contente du strict minimum, à savoir de belles images sur une belle musique de Philip Glass. Une déception de la part du réalisateur de Candyman. Christophe Chabert

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