"L'Effet aquatique" : romance comique en Islande

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Photo : © DR


Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs — le public éprouve en effet une impression d'inachèvement, comme si la voix portant le récit s'était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l'énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d'une incertitude : correspond-elle aux désirs de l'absent(e) ?

Cette charge funèbre pèse sur L'Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu'elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n'a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie.

Elle a même ici l'arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l'on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé, le film se déploie au contact de l'eau pour gagner les rives de l'Islande et celles de la comédie romantique — ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner l'utopie du coup de foudre et la persévérance des idéalistes. Cela peut surprendre dans un contexte ordinairement cynique.

L'Effet aquatique de Sólveig Anspach (Fr/Isl, 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir…


L'effet aquatique

De Solveig Anspach (Fr-Isl, 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi...

De Solveig Anspach (Fr-Isl, 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi...

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Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons - or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour...


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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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"Jeunesse" : C’est Conrad qu’on rate

ECRANS | de Julien Samani (Fr, Por, 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

À force, les cinéastes devraient savoir que transposer un roman de Joseph Conrad dans le monde contemporain n’est pas sans risque : Welles s’y était cassé les dents et Coppola a failli y perdre la raison (avant d’accoucher, il est vrai, d’un chef-d’œuvre monstre). Peu superstitieux, Julien Samani s’est jeté à l’eau en portant à l’écran Jeunesse, un récit partiellement autobiographique, qui devient hélas une chronique initiatique aussi vague que démodée. Comment croire qu’en 2016, un jeune gars puisse traîner sur un port dans l’espoir d’embarquer sur un cargo pour aller faire fortune en Afrique ? Comment admettre qu’un matelot novice devienne en l’espace de deux séquences et un regard distrait sur son manuel, un sous-officier expérimenté ? Pour faire “authentique”, sans doute, Samani ranime des figures légendaires : le vieux capitaine, loup de mer roublard et éthylique (campé par un Stévenin en mode Haddock) et son lieutenant, incapable de se dépar

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Trois questions à... Jean-Luc Gaget

ECRANS | Scénariste de L’Effet aquatique, mais aussi des films précédents de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Trois questions à... Jean-Luc Gaget

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ? Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré — on en était raides dingues ! En sortant, on s’est dit : « on va écrire un film qui se passera dans une piscine », et c’est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d’Agathe faisait du documentaire — mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie. Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie ? C’est un suite sans être

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa concision et

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Queen of Montreuil

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Queen of Montreuil

L’ambition de Solveig Anspach est ici ni plus ni moins de croquer la bourgeoisie bohème d’aujourd’hui, tout en peignant le portrait d’une femme encore jeune et déjà veuve, incapable de trouver la bonne distance pour faire son deuil. Le choix de Montreuil, terreau de prédilection des bobos parisiens, n’est pas anodin : à la fois urbaine et pavillonnaire, la ville donne à cette comédie douce-amère un petit exotisme, renforcé par la présence de deux comédiens islandais et d’un… phoque, créature bizarre et comédien imprévisible. Tout cela donne lieu à des vignettes sympathiques et inoffensives, qui se laissent suivre même si Anspach semble accumuler les scènes plutôt que de construire une dramaturgie, ce que la fin, rassemblement expéditif de tous les personnages loin de leur territoire, souligne par son caractère arbitraire. Christophe Chabert

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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La Petite Chambre

ECRANS | De Stéphanie Chuat et Véronique Reymond (Suisse-Lux, 1h27) avec Michel Bouquet, Florence Loiret-Caille…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

La Petite Chambre

La dépendance, les media (sous impulsion présidentielle) en parlent beaucoup, et ce film l’exemplifie joliment, à travers la relation entre un vieil homme bourru et malade et son aide-soignante qui, touchée par son histoire et sa dignité, décide de l’accueillir chez elle. La Petite Chambre, c’est avant tout un très beau duo d’acteurs : Bouquet, impressionnant, et Loiret-Caille, probablement la comédienne française la plus sous-estimée, servent à la perfection les failles et les peurs de leurs personnages. Les deux cinéastes, venues du spectacle vivant et du documentaire, trouvent la juste distance pour les filmer. Dommage cependant d’avoir rajouté au sujet principal un autre drame (un enfant mort-né) qui conduit à de lourdes chevilles scénaristiques, nuisant à la fluidité de l’ensemble. Ce petit film honnête et droit reste toutefois assez recommandable. CC

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