"L'Économie du couple " : un douloureux huis clos

ECRANS | Un film de Joachim Lafosse (Bel/Fr, 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Photo : © DR


Déjà qu'il est peu plaisant d'être le témoin privilégié d'une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupe à la grimace, d'arguties fielleuses, de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d'une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal. Des considérations tristement mesquines, à hauteur de porte-monnaie, montrant combien (sic) la passion est volatil, et ce qu'il peut rester d'un mariage lorsque la communauté amoureuse se trouve réduite… aux acquêts.

Douloureux, éprouvant à voir — pour ne pas dire à subir —, ce quasi huis clos est moins insupportable lorsque des amis, invités dans cet enfer domestique, sont pris à témoins par les deux belligérants. Le temps d'une seule séquence, qu'on soupçonne d'être le prétexte du film — un court-métrage aurait suffi. Pour achever la punition, on se mange ici après Camping 3 un nouveau titre de Maître Gims in extenso. Pas très charitable pour le spectateur…


L'économie du couple

De Joachim Lafosse (Bel-Fr, 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn...

De Joachim Lafosse (Bel-Fr, 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn...

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Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c'est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c'est lui qui l'a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d'y cohabiter, Boris n'ayant pas les moyens de se reloger. A l'heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu'il juge avoir apporté.


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En fin de conte : "Le Prince Oublié"

Le Film de la Semaine | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

En fin de conte :

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu’Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117

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Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

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Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Entretien | Dans le film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elles n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. On n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage : peu importe. Il ne sait pas ce que j’ai dans la tête quand je joue, et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres, ou les maîtresses, ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les “mères“ que sont Claire Darling dans le film homonyme ou Junon dans Un Conte de Noël ? CD : Pour Claire Darlin

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Pièce rapportée : "Fête de famille" avec Catherine Deneuve

Drame | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pièce rapportée :

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendr

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Blues de la blouse : "L'Ordre des médecins"

Urgences | De David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Blues de la blouse :

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper d'elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) “médicaux“ initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière — par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’institution, permettant au soignant de la contempler en position distan

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Route que coûte : "Continuer"

Cavale | De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Route que coûte :

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizstan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)… Tirée du roman homonyme de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes — celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son

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Jusqu’au bout des limites : "Marche ou crève"

Drame | de Margaux Bonhomme (Fr, 1h25) avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Jusqu’au bout des limites :

Elisa vit avec son père et sa sœur Marion dont le handicap a eu raison du noyau familial : la mère, épuisée de s’en s’occuper et seule à militer pour un placement en institution, a préféré quitter la maison. Alors Elisa prend le relai de son père, au risque de sacrifier son avenir… La dédicace finale, “à ma sœur“, laisse peu de doute sur l’inspiration de Margaux Bonhomme, et sur la charge personnelle autant qu’affective pesant sur ce film. De fait, Marche ou crève déroule un schéma tristement banal dans la galaxie du handicap : nombreuses sont les familles à connaître une rupture, favorisée par la polarisation extrême suscitée par l’enfant réclamant une attention plus soutenue mais résultant aussi de l’accumulation de stress et de fatigue causée par l’absence de relais par des tiers — on parle là de conséquences privées et intimes d’une politique publique insuffisante. Ici, ni la mère, ni le père, ni la sœur ne veulent être soupçonnés de mal aimer Marion — ce que signifie le recours au placement en institution —, et ils s’obstin

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Marche ou Crève

Avant-Première | Actuellement en course pour le prix Louis-Delluc avec La Prière dont il est le réalisateur, Cédric Kahn parcourt les routes pour Marche ou Crève de Margaux (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Marche ou Crève

Actuellement en course pour le prix Louis-Delluc avec La Prière dont il est le réalisateur, Cédric Kahn parcourt les routes pour Marche ou Crève de Margaux Bonhomme, à l’affiche duquel figure cet interprète de moins en moins épisodique — puisqu’on peut également l’apercevoir dans Cold War. La réalisatrice de ce long-métrage tourné dans le Vercors, en Isère et dans la Drôme sera présente pour l’avant-première lyonnaise en compagnie de son confrère-comédien, mais aussi de son actrice principale, Diane Rouxel, fidèle des productions Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Marche ou Crève Au Comœdia ​le lundi 26 novembre à 20h

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Drame de cœur à vous l’honneur : "Le Jeu"

Phone Game | de Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Drame de cœur à vous l’honneur :

Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars à force interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer avec Le Jeu son meilleur thriller, une étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès, Perfetti sconosciuti (jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant comme dans Carnage les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances so

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Joints, les poings : "La Prière"

ECRANS | de Cédric Kahn (E-U, 1h47) avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl…

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Joints, les poings :

C'est la dernière chance pour Thomas. Lourdement dépendant, violent, le jeune homme a accepté une retraite dans une communauté montagnarde dirigée par d’ex toxicomanes n’ayant pour soutien que le groupe, l’amitié et la foi. Il va falloir tenir, avec la prière pour seul expédient. Restant extérieur au protocole, comme un observateur privilégié un brin éthologue, Kahn s’intéresse crûment la trajectoire particulière de son protagoniste durant sa parenthèse thérapeutique hors le monde “ouvert”. Ni prosélyte, ni film à charge, La Prière ne prouve ni n'élucide rien : il montre les effets — placebo ? Sur ce point, chacun se fera sa religion — d’une thérapie par l’ascèse, où une addiction est délogée par une autre (menant du désordre aux ordres), avant d’être chassée par une nouvelle idée fixe, d’ordre sentimental celle-là. Le déclic de la guérison reste aussi brutal dans son mystère que la cristallisation amoureuse ou la survenue d’un miracle : il faut vivre l’événement pour le ressentir ; aussi, les ellipses ménagées par Kahn laissent-elles toute leur place a

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Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

La Prière | De retour de la Berlinale, où son film a été distingué de l’Ours d’argent pour son jeune interprète Anthony Bajon, Cédric Kahn se confie. Sans se faire prier.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

Votre personnage “n’existe” cinématographiquement que durant son passage dans la communauté… Cédric Kahn : J’avais écrit une première version du scénario il y a cinq ans, où on racontait l’avant, d’où il venait. Mais il ne fonctionnait pas. Ce projet a marché à partir du moment où l’on a mis la prière au centre du récit. Cela s’est fait par étapes : le film commence quand il arrive et finira quand il part, comme un western ; comme quelqu’un qui tape à la porte du ranch et dit : « sauvez-moi ! ». La situation était tellement forte, simple et lisible que plus on en racontait, plus elle s’affaiblissait. On ne trouvait pas de meilleur enjeu que l’histoire d’un gars arrivant en disant : « j’ai failli mourir et j’ai envie de vivre ». Tous les détails ajoutés sur la biographie amenuisaient le personnage. C’est assez étrange, et un peu contraire à toutes les règles du scénario. Quelles ont été vos sources documentaires ? Comment avez-vous recueilli les parcours de vie des résidents s’exprimant face caméra ? Le scénariste est allé vivre dans une comm

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Tous en prière au Comœdia

Avant-première | Inconnu au bataillon jusqu'à présent, Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur à la Berlinale pour son rôle de jeune toxicomane dans La Prière. Tourné en (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Tous en prière au Comœdia

Inconnu au bataillon jusqu'à présent, Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur à la Berlinale pour son rôle de jeune toxicomane dans La Prière. Tourné en Auvergne-Rhône-Alpes, le film suit l'évolution de Thomas, 22 ans, depuis son arrivée dans une communauté isolée en montagne avec d'anciens drogués, où il découvre le travail, l'amitié et même l'amour. Cédric Kahn montre ici sans prosélytisme aucun la force de la foi et de la prière pour sortir de la dépendance... Il en dira plus lors de cette avant-première, à laquelle il assistera en compagnie de ses comédiens, le nouveau lauréat de l'Ours d'argent et Damien Chapelle — le bien nommé. La Prière Au Comœdia le lundi 12 mars à 20h

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JLG, portrait chinois : "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius

Le Film de la Semaine | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

JLG, portrait chinois :

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky

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"Fais de beaux rêves" : L’incompris et le non-dit

ECRANS | de Marco Bellocchio (It-Fr, 2h10) avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

En charge de la cession de l’appartement familial, Massimo, un journaliste, replonge dans son passé et notamment un événement le hantant depuis l’enfance : cette nuit fatale où sa mère mourut subitement, sans l’avoir bordé… Tout à la fois portrait psychologique empli de subtile délicatesse et traversée dans l’Italie des quarante dernières années, cette nouvelle réalisation de Marco Bellocchio témoigne de sa virtuosité tranquille comme de l’importance de ce mémorialiste discret. Si l’Histoire est une toile de fond (en plus d’être la “matière première” dont se nourrit le héros au quotidien), elle n’a rien d’une surface lisse : on y lit les soubresauts d’un État chahuté, marqué par les crises et les collusions entre sport, affaires, criminalité — est-ce d’ailleurs un hasard si un ancien Président du Conseil a brillé dans les trois catégories ? Alternant les séquences de passé(s) et de présent dans une construction “en lasagne”, Fais de beaux rêves accouche d’une vérité évidente pour tout spectateur, mais aussi sans doute pour Massimo : sa révélation tient de la délivrance. C’est contre ce silence qu’il a bâti son existe

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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The Search

ECRANS | De Michel Hazanavicius (Fr, 2h14) avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

The Search

Mal accueilli à Cannes, judicieusement remonté depuis, The Search prouve que son cinéaste, Michel Hazanavicius, possède un très estimable appétit de cinéma. Après le triomphe de son néo-muet The Artist, il signe le remake d’un mélodrame éponyme de Fred Zinnemann, qu’il réinscrit dans le cadre de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999. En parallèle, on suit deux destins : l’errance d’un enfant dont les parents ont été massacrés sous ses yeux par l’armée russe recueilli par une chargée de mission de l’Union Européenne, et un jeune un peu paumé que ladite armée va transformer en machine de guerre. On ne révèlera pas ce qui les réunit, tant il s’agit d’un des tours de force de The Search. L’autre, c’est la sécheresse avec laquelle Hazanavicius parvient à raconter son histoire, différant longuement la montée émotionnelle pour s’en tenir à un classicisme bienvenu et efficace. Peu de musique externe, une volonté de trouver la bonne distance face aux événements et de ne pas chercher la fresque mais plutôt le désarroi qui émane des ruines ou des colonnes

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Vie sauvage

ECRANS | Cédric Kahn s’inspire de l’affaire Fortin pour relater la cavale d’un père et ses deux fils qui fuguent loin de la ville, trouvant refuge dans une communauté de néo-hippies. Un film qui tourne un peu trop autour de son sujet, malgré un Kassovitz époustouflant et des moments poignants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse de son précédent et très beau long-métrage, Une vie meilleure. Une femme — Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne — quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, notamment ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses — Mathieu Kassovitz — les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort bourgeoi

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Le Dernier diamant

ECRANS | D’Éric Barbier (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Bérénice Béjo…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Le Dernier diamant

Dans la grande poubelle à films foireux du mois d’avril, Le Dernier diamant est un exemple fascinant : ce film d’arnaque à la française où un escroc fraîchement libéré de prison tente de dérober un diamant inestimable à une riche héritière révèle, même au moins attentif des spectateurs, sa fabrication chaotique. Il démarre comme une comédie policière enlevée façon Ocean’s eleven et s’achève dans un bain de sang à la Johnnie To ; les dialogues — surtout ceux de Bérénice Béjo, qui grille en un rôle toute la crédibilité acquise chez Hazanavicius et Farhadi — sont grotesques de sérieux explicatif, comme le scénario qui récapitule sans cesse l’intrigue pour les mal-comprenants, jusqu’à une scène où des révélations top confidentielles se font au milieu d’un parc public — super discret, donc. Mais le plus incroyable reste le montage hystérique du film, aussi vain qu’épuisant, qui vient compenser la mollesse manifeste d’une mise en scène accumulant les gros plans jusqu’à la nausée. Éric Barbier a longtemps été considéré comme le cinéaste maudit de la génération IDHEC — celle de Desplechin, Rochant, Ferran… En fait, après cette daube hallucinante, on se

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Fedora, star au crépuscule

ECRANS | Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora, star au crépuscule

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte : celle d’une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d’une vieille infirme, d’une gouvernante, d’un garde du corps et d’un médecin alcoolique, qu’un producteur «indépendant» cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d’Anna Karenine. Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d’un de ses plus grands succès, Sunset Boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s’est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine pour laquelle la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par «les jeunes cinéastes barbus» et leurs «caméras légères». La puissa

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles la semaine prochaine), Axelle Ropert signe ici son deuxième long après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de Lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire d

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Au galop

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr, 1h33) avec Valentina Cervi, Marthe Keller…

Jerôme Dittmar | Jeudi 11 octobre 2012

Au galop

On n'a rien contre les films de dandy parisien, du moment qu'ils sont à la hauteur du dandysme. Beaucoup moins proche d'Eustache que d'Assayas, sans avoir la prétention d'être l'un ou l'autre, le premier long de l'acteur Louis-Do de Lencquesaing rappelle cet adage. Histoire d'un romancier parisien et des trois femmes de sa vie (sa mère, sa fille et sa maîtresse), Au galop n'est pas du genre à savoir tenir sa monture. Platement filmés, ces petits désordres amoureux et existentiels ressemblent à une compilation "tendance du cinéma français" avec au programme : adultère, mort, naissance, liberté, amour, famille et droits de succession. Beaucoup pour un seul homme. L'air de déjà vu n'aurait rien de fâcheux si De Lencquesaing nourrissait ses intrigues autrement que d'un lointain regard sur les choses. Et si son personnage n'était pas qu'un grand vide (plus ou moins voulu, peu importe) qui finalement ne révèle rien. Le manque de matière est ici un peu alarmant. Jérôme Dittmar

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Alyah

ECRANS | Faux polar suivant la dérive existentielle d’un dealer juif qui tente de raccrocher pour s’exiler à Tel Aviv, le premier film d’Elie Wajeman opère un séduisant dosage entre l’urgence du récit et l’atmosphère de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Alyah

À 27 ans, Alex Rafaelson est dans l’impasse. Dealer de shit tentant de se ranger des voitures, il n’arrive pas à se décoller d’un frère, Isaac, dont il éponge les dettes et dont il dissimule les embrouilles sentimentales. Un soir de shabat, son cousin Nathan lui propose de devenir son associé pour ouvrir un restaurant à Tel Aviv ; mais pour cela, Alex doit faire son Alyah — la procédure de demande d’exil en Israël — et réunir 15 000 euros. Si Alyah possède les atours du film noir, avec son héros cherchant à échapper à son destin en s’offrant un nouveau départ, quitte à sombrer un peu plus dans la délinquance en passant au trafic de cocaïne, Elie Wajeman s’est fixé un cap plus complexe et ambitieux pour ses débuts dans le long-métrage. Exil existentiel C’est d’abord l’observation d’un milieu, la communauté juive, qu’il traite dans tous ses paradoxes, subissant autant qu’elle profite de sa culture — liens familiaux écrasants, ombre du sionisme transformée en point de fuite existentiel… C’est ensuite le beau dialogue qu’il instaure entre les urgences de son récit, de l’apprentissage de l’hébreu à la nécessité de se procurer la somme nécessaire pour quitte

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Cinéaste libre

ECRANS | Avec "À perdre la raison", Joachim Lafosse risque de trouver une reconnaissance publique que son film précédent, le pourtant excellent "Élève libre", ne laissait pas deviner. Il s’explique ici sur ce désir de devenir un cinéaste populaire sans pour autant renier ce qui a fait la force de son cinéma, un regard cruel sur les limites morales de la société contemporaine. Entretien et critique : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Cinéaste libre

Comment avez-vous été en contact avec le fait-divers dont À perdre la raison s’inspire et quand avez-vous eu envie d’en tirer un film ? Joachim Lafosse : Il y a cinq ans, je suis dans ma voiture quand j’entends parler de cette histoire. Et ça me laisse dans l’effroi, je ne comprends pas. Je rentre à la maison, j’en parle à des amis, à ma femme et tous me disent c’est impensable, c’est incompréhensible. Puis j’écoute les informations et j’ai l’impression qu’on est en train de fabriquer un monstre. À ce moment-là, je vais voir mes co-auteurs et je leur demande si on ne pourrait pas faire un film pour rendre ce passage à l’acte un peu plus pensable, imaginable et compréhensible, même s’il reste d’énormes vides et qu’on ne répondra pas à toutes les questions. Je pense qu’il y a des actes monstrueux mais qu’il n’y a pas de monstres. Il fallait rendre un visage à celle qui commet cet acte monstrueux. Par ailleurs, il se trouve que c’était au moment où j’allais être papa, ce qui n’est pas si hasardeux que ça. Qu’est-ce qui vous a frappé dans cette histoire ? Le récit médiatique est une chose, mais ça ne

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À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable — ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamai

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Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leïla Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le

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The Artist

ECRANS | Hommage déférent et fétichiste au cinéma muet hollywoodien, le nouveau film de Michel Hazanavicius échoue à dépasser son maniérisme pour raconter une histoire forte et attachante, et la fantaisie de départ se transforme en cours de route en ennui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 octobre 2011

The Artist

The Artist commence par un tour de force très impressionnant : nous regardons un film muet avec dans le rôle de la star Georges Valentin. C’est une comédie un peu inepte, mais le pastiche est réussi. Le rideau se ferme, le cadre s’élargit et l’on découvre les spectateurs du film. Et là, stupeur, leurs applaudissements ne produisent aucun son. Astucieuse mise en abyme qui permet à Michel Hazanavicius de justifier instantanément le postulat arbitraire de The Artist : faire en 2011 un film à la manière des muets hollywoodiens des années 30. La période n’est pas innocente, car il s’agit du moment où le parlant va faire son apparition, balayant ainsi toute une génération de comédiens incapables de s’adapter à cette révolution dans leurs codes de jeu. Si Chantons sous la pluie de Stanley Donen envisageait la chose du point de vue des metteurs en scène, si Sunset boulevard en inspectait les conséquences tardives et névrotiques chez une star persuadée qu’elle pouvait encore faire son come back, The Artist saisit le désa

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Les regrets

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Valéria Bruni-Tedeschi…

Dorotée Aznar | Vendredi 28 août 2009

Les regrets

Attention : précision. On est plutôt friand des expérimentations narratives pas toujours évidentes de Cédric Kahn, de sa capacité à s’emparer de sujets casse-gueule pour y imprimer sa marque. Mais le making of de son très bon Feux rouges nous avait tristement mis la puce à l’oreille : la frilosité de la production nationale n’encourage pas vraiment les auteurs à sortir des sentiers battus, et fait même office de machine à broyer les âmes créatrices, obligées de mettre leurs ambitions en veilleuse. Les Regrets, mélodrame au thème éculé (deux anciens amants jouent à “je t’aime, moi non plus“) souligne donc, hélas, le renoncement du cinéaste. Cédric Kahn peine à donner de la substance cinématographique à son récit, ne se permet que de rares écarts formels laissant deviner en filigrane la puissance dont le film aurait pu se targuer. Il touche d’une certaine façon au but, en suscitant une frustration faisant écho au marasme affectif des personnages principaux, mais ce petit plus théorique ne relève en rien l’intérêt restreint d’une œuvre lorgnant plus du côté du téléfilm que de ses références revendiquées (Truffaut en tête). François Cau

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Élève libre

ECRANS | Cinéma / L’éducation scolaire et sexuelle d’un adolescent par un trio de quadras aux intentions opaques : signé Joachim Lafosse, le film le plus troublant et gonflé de ce début d’année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

Élève libre

Ça s’appelle un grand écart : après l’exaspérant Nue propriété, Joachim Lafosse crée la surprise avec Élève libre. En apparence pourtant, le cinéaste continue sur sa lancée : figure centrale d’adolescent paumé, absence de musique et goût du plan-séquence poussé à l’extrême. Mais là où Nue propriété tentait de dramatiser le vide et l’ennui, Élève libre est une œuvre basée sur un crescendo romanesque aussi discret qu’essentiel. Jonas loupe son année scolaire et échoue à intégrer le circuit du tennis pro. Si ses parents (séparés) n’ont pas l’air de s’émouvoir de son sort, trois quadragénaires (un couple et un homme seul) dont on ignorera jusqu’au bout comment ils sont entrés dans sa vie, pensent qu’il y a quelque chose à faire de Jonas. Pierre notamment (Jonathan Zaccaï, énorme) va lui donner des cours particuliers dans toutes les matières pour qu’il décroche une équivalence du BEPC. Diplôme de languesAu détour d’une des nombreuses conversations à table entre les quatre personnages, la parole glisse abruptement vers la vie sentimentale de Jonas. Il a une copine, aussi jeune et inexpérimentée que lui, et cette situation intéresse de près ses nouveaux am

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Bouquet final

ECRANS | De Michel Delgado (Fr, 1h41) avec Didier Bourdon, Bérénice Béjo…

Dorotée Aznar | Vendredi 31 octobre 2008

Bouquet final

Pour ne pas finir dans la même déchéance que ses parents “artistes“ (bouh, le vilain mot), le jeune Gabriel accepte un boulot de directeur commercial dans une entreprise de pompes funèbres et doit se former auprès d’un cador de la boîte. Spectateurs français, on vous ment. Cette pseudo comédie trash, qui confond politiquement incorrect et vulgarité gratuite, n’est en fait qu’un long plaidoyer pour le sinistre conformisme ambiant, morale fumeuse à l’appui. En lieu et place de la réinterprétation promise du délicat art de l’humour noir à l’anglo-saxonne, nous n’en avons ici que son basique assaisonnement à la sauce France d’après. FC

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